CHAPITRE V. — GENEALOGIE DES FEUDATAIHES
ment à la lang^ue zende, et par conséquent aux ori{pnes de la nation.
Le mot « khshaëta » , devenu « shah » dans le persan moderne , était le titre des grands feudataires tout aussi bien que du roi suprême lui-même. Ces grands feudataires étaient considérés comme souverains dans leurs domaines. On verra en son temps que sous les princes achéménides ils possédaient le droit royal par excellence de battre monnaie; ils le conservèrent sous les Arsaces, et même sous les fils de Sassan. Il a été dit plus haut qu'ils portaient les brodequins dorés comme le Grand Roi, faisaient frapper du tambourin devant eux et déployaient des étendards timbrés de leurs armoiries. Leurs sujets ne connaissaient que leurs ordres. Ces chefs habitaient des « aywans » , palais ouverts j peints , sculptés , entourés de vastes corps de logis où logeaient leurs serviteurs, leurs ouvriers en tous genres , leurs danseurs , leurs musiciens , tout ce qui composait leur cour. Ils possédaient, partout où ils le jugeaient nécessaire, des forteresses qui, dans les régions montagneuses, défendaient les passages contre les Scythes , mais quelquefois aussi contre le monarque supérieur. Celui-ci, ainsi que les rois français de la seconde et du commencement de la troisième race, n'était pas toujours riche, souvent même il était plus pauvre et moins puissant que tel de ses vassaux. Nous sommes arrivés au moment où cette situation a changé absolument, et où les conséquences qui vont découler de cette nouveauté ne manqueront pas d'altérer profondément la constitution iranienne. Cependant, si le roi Cyrus s'est enrichi outre mesure, il n'est encore que le premier entre ses pairs , et rien de plus. C'est ce qu'indique très-bien le titre particuUer qui lui est affecté , « païti-khshaêta » , ou « padishah » dans le persan actuel , c'estrè-dire le maître roi, le Roi par excellence, le Grand Roi, le Roi des rois,
« Shahinshah » . Cette dëDomination n'a donc rien de fastueux, comme les Grecs se sont évertués à le répéter. Elle ne répond à aucun sentiment d'org^ueil despotique, elle indique un fait matériel : Gyrus, ses devanciers et ses successeurs furent les Rois des rois de Tlran , les Grands Rois. Au-dessous des khsliaé'tas, shahs, ou grands feudataires, venaient les seigneurs qu'on nommait « ratou n , « rad » dans la langue moderne. C'étaient les fils , les parents , les alliés des khshaëtas, les possesseurs d'arrière-fiefs considérables. Ainsi , tandis que l'aîné de la maison de Nestouh était kbshaêta d'Ecbatane et de la Médie , Kaous était ratou de la Perside. On comprenait donc sous ce titre les grands gentilshommes qui, sans relever immédiatement de l'empire , n'y exerçaient pas moins beaucoup d'autorité. Gomme ces ratons tenaient le plus ordinairement de trèsprès au feudataire auquel ils devaient hommage , ou que , dans le cas contraire , ils avaient à se réclamer de quelque origine très-haute, ils constituaient, à proprement parler, le corps de la noblesse de premier rang, et se trouvaient sans cesse à la tête des troupes. Aussi est-ce parmi eux qu'on rencontre souvent les « acpa-païtis » , « spehbed » , maîtres de la cavalerie, qui furent jusqu'à la fin de l'empire sassanide non-seulement les généraux, mais encore les gouverneurs de provinces et souvent les ministres de l'État. On verra de nombreux exemples où les hommes de ce rang furent opposés par les Grands Rois à leurs trop puissants feudataires , et commandèrent à des royaumes plus vastes que les domaines des chefs auxquels on ne pouvait disputer l'honneur et le. droit de régner. Ce furent quelquefois, sous les premiers Achéménides, les satrapes des provinces royales , les gouverneurs qui relevaient du prince et qu'il pouvait changer à son gré. On appelait volontiers les nobles de cette catégorie « mehteran, bouzoïurgan » , les grands. Ils possédaient une autorité considérable,