CHAPITRE VII. — RÈGNE DE CAMBYSE. M
morale de ce pays. Il a su le souder très-fortement aux contrées de la Loi pure. Là serait la principale g^loire du conquérant. Il n'a pas seulement envahi, il a possédé; pas seulement dominé, il a incorporé; et ce qui sous lui est devenu perse est resté perse à jamais d'esprit et de forme, de fait et d'instinct, et peut le redevenir aujourd'hui même si les circonstances s'y prêtent.
Pour être tout à fait exact, il faut remarquer que ce résultat est dans la nature des choses autant et plus même que dans la virtualité de la race iranienne ou dans le génie de son grand conducteur. On comprend que chaque fois qu'un État fort sera constitué au centre de l'Asie et mettra à profit les ressources de cet énorme foyer, qui d'un côté touche à rindus, de l'autre à l'Euphrate, il sera inévitable que cette puissance déborde et domine d'un côté sur lu région des Sept-Fleuves et de l'autre sur les plaines mésopotamiques , et que les courants d'idées établis aux deux revers des plateaux, trouvant leur point de jonction sur ces plateaux mêmes, s'y laissent aisément rallier. De là pour l'Iran une assez grande faciUté naturelle à devenir une monarchie considérable et jouant dans le monde le rôle le plus imposant.
Lorsque Cyrus mourut, ce territoire sacré n'avait pas pris encore son extension la plus grande ; mais , ce qui valait mieux, il avait acquis son extension normale. Tel qu'il était, il représentait incontestablement l'empire souverain et dominateur du monde. Rien sur la terre ne pouvait alors lui être comparé à aucun point de vue. Ce n'était pas la Chine, divisée en principautés qui se faisaient la guerre les unes aux autres, toutes sans gloire et sans richesse, et tendant lentement vers une fusion dont la réalisation devait être tardive. En tout cas, la Chine représentait un univers à part, et de même qu'elle était à l'intérieur sans majesté, à l'extérieur elle restait
sans expansion. Une querelle avec les tribus frontières mettait aux abois chacune de ces parties.
Ce n'était pas non plus l'Inde, qui ^ de même que la Chine , trompe notre esprit par une dénomination unique usitée par nous, mais inconnue de ses habitants. Là encore vivait un monde isolé et morcelé. Les nombreux États se partageant la péninsule luttaient difficilement les uns contre les autres, et le sang arian, infiltré dans la masse, réagissait péniblement contre le génie des autochthones.
Là où la fusion était le plus avancée , la querelle commençait entre les brahmanes et les çramanas bouddhistes, et allait entretenir de longs troubles dans la sphère de la politique autant que dans celle du dogme. En tout cas, il y avait abondance de royaumes et de principautés, beaucoup de monarques, beaucoup de dynastes; il n'y avait pas d'empire.
La Lydie était tombée. Un moment les Grecs avaient admiré dans la lignée des Mermnades l'image de la plus hante puissance royale que l'homme pût concevoir. Mais on a vu comment Cyrus précipita cette magnificence dans la poussière. Babylone n'avait pas semblé moins auguste , et s'était écroulée de même et sous la même main ; l'Egypte était forte encore, en décadence cependant, et la triple alliance dont il a été question et qui unissait cet État à Sardes et à Babylone pour la défense de son indépendance, l'avait trouvé infidèle à des obligations impérieuses , mais trop pénibles pour la torpeur dans laquelle il était tombé. C'était encore un pays riche, ce n'était plus un pays puissant; la vie s'y usait ou plutôt s'y était usée déjà. Nous en verrons plus tard les marques, et devant les agglomérations considérables d'intérêts qui occupaient l'attention du monde, Babylone, Sardes, l'Egypte, les cités phéniciennes ne jouaient plus qu'un bien petit râle. Garthage, la colonie tyrienne, n'avait pas encore atteint son