‹ Histoire des PersesChapitre 160 sur 192 · CHAPITRE VII. — RÉGNE DE CAMBYSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — RÉGNE DE CAMBYSE

apogée. Les Étrusques et leur coniiédération de douze villes n'étaient remarqués que dans l'extrême Occident. Les colonies grecques de l'Italie commençaient leur ère municipale. Tout cela était mesquin , petit dans les forces , petit dans les prétentions, et ne glissant une faible influence qu'à l'aide d'occasions imprévues.

La Grèce proprement dite représentait moins encore. L'état de misère, on peut dire de sauvagerie, dans lequel elle végétait, l'absence presque absolue de culture intellectuelle sur les points même les plus favorisés, à Athènes notamment; complète et totale partout ailleurs, en Béotie, en Arcadie, en Thessalie, en Phthiotide, dans le Péloponnèse, à Sparte, étaient des faits si patents, qu'il etiste évidemment un abime entre cette époque et l'âge héroïque tel qu'Homère le représente.

Plus de palais massifs, superbes, plus de richesses accumulées , plus de ces nobles puissants assemblés autour d'un roi de grande race , plus de sceptres d'ivoire ni de meubles somptueux, et surtout plus de poètes comme Démodocus. Le génie antique était éteint; le génie nouveau n'était pas né. A lire avec attention ce qu'Hérodote raconte d'Athènes à ce moment, ce n'était qu'un village d'une certaine étendue habité par des gens dont la crédulité rustique étonne l'homme d'Halicarnasse lui-même. Pisistrate cherchait à créer là un gouvernement et à faire éclore une vie nationale. Il en était encore aux premiers expédients des civilisations qui commencent : il faisait réunir les poèmes homériques non pas tant par goût Uttéraire , comme on l'a trop souvent répété , que par besoin de donner aux Athéniens une raison d'être , et de leur inspirer une sorte de conscience d'eux-mêmes en tant qu'Hellènes et descendants des sujets de Thésée. En réalité, le sol de l'Attique ne possédait qu'une misérable bourgade, réunion imparfaite d'habitations éparses au milieu de plantations d'oliviers.

Cette singulière décadence qui aurait saisi les Grecs au sortir de l'époque chantée par Homère et se serait prolongée jusqu'au temps de Pisistrate et au-dessous, est de nature aussi difficile à expliquer qu'elle est évidente. Pour ma part, ne trouvant rien qui la justifie, ni {jrands * déplacements de peuples , ni conquêtes opérées par des races inférieures, ni calamités politiques bien remarquables, ni domination d'étrangers, je reste convaincu que notre jugement sur cette question est seulement égaré par suite de l'habitude prise de transporter et de voir en Grèce le théâtre de la légende héroïque grecque. J'ai montré ailleurs que l'erreur était manifeste pour plusieurs des plus importantes traditions éoliennes,et que les événements auxquels ces traditions se rapportent s'étaient accomplis en Asie et même dans la très-lointaine Asie, nullement à Gorinthe ou à Athènes, comme le supposent les mythographes. Il serait raisonnable et juste, à mon avis, d'étendre davantage ce mode d'interprétation ; il feut renvoyer bien loin dans l'est et les dynasties, et les champions, et les peuples, et même les montagnes, les fleuves, les villes qui figurent dans les récits des temps fabuleux. Ce qui reste en propre aux territoires hellènes, ce sont les œuvres de la famille pélasgique, soit qu'il fiaille comprendre sous ce nom des Celtes, des Slaves ou des demi- Arians. Des Celtes mêlés de Finnois sont surtout probables; c'est ainsi qu'il convient de se figurer le peuple minyen d'Orchomène et de la région entière du CopaYs, ces gens qui ont laissé dans le terrain de Marathon , en Épire et presque partout sur le continent et dans les îles, cette abondance d'instruments en obsidienne, têtes de flèches, couteaux, haches, pointes de lances, que Ton y recueille encore si aisément. Les Hellènes proprement dits, venus plus tard, les Ioniens de TAttique, les Doriens du Péloponnèse, avaient eu leur passé ailleurs; au septième

Page 1