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CHAPITRE III. — LA FAMILLE ARIANE

A de longs intervalles, dans les contrées envahies, s'élevaient des bourgs fortifiés, des villages, des châteaux. Les populations immigrantes étaient trop faibles en nombre pour pouvoir dès l'abord occuper tous les points. Les cultures, aussi étendues que possible, ne Tétaient pas cependant assez pour franchir l'enceinte des retranchements qui , surtout dans les provinces de l'ouest et du sud , les protégaient contre les attaques des aborigènes. Les lieux déserts abondaient, et, non moins que les noirs, les loups, les ours, les tigres, les bétes de proie de toute espèce, se montraient peu pressées de céder leurs domaines sécu* laires. Quand la nuit couvrait les campagnes, les hurle* ments des chiens aimés et vigilants avertissaient les Arians endormis des dangers que couraient leurs troupeaux. Alors l'homme de garde entretenait plus vif le feu du pyrée, et les guerriers sortaient pour faire face au péril.

Si, au lieu de quelques monstres des bois, les Arians armés voyaient de loin sauter et s'agiter dans les ténèbres les faces démoniaques des dyws, tout le monde averti était sur pied et courait repousser les assaillants. Pendant . le combat, le guerrier de la Loi pure massacrait sans pitié et sans remords. Après la lutte, si sa colère était trop excitée, s'il avait quelque injure, quelque malheur à venger, il massacrait encore. A la fin, sa fureur s'épuisait , et les ennemis restés debout pouvaient vivre. Ils devenaient des esclaves et habitaient désormais sous l'ombre de leurs maîtres. Quand l'Iranien était vaincu et son enceinte forcée, il apprenait à ses dépens que les dyws en savaient long en fait de cruauté, et une tuerie générale, à laquelle échappaient à peine les femmes, était l'accompagnement d'un incendie qui à la place de la cité naissante ne laissait qu'un monceau de cendres.

C'est ainsi que la colonisation se faisait au milieu de dangers constants, de combats perpétuels, d'une vigilance

de tous les instants, soutenue par le sentiment exalté que nourrissaient les Iraniens de leur noblesse, de leur supériorité, de Févidence de leurs droits, et par leur mépris sans bornes pour les créatures dont ils venaient saisir le sol. On se représente assez bien leur situation en se mettant devant les yeux celle des puritains anglo-saxons, leurs neveux, colonisateurs de T Amérique du Nord, et les luttes que ces derniers eurent à soutenir contre les sauvag[es.

Successivement et par de longs efforts, et avec l'aide de plusieurs siècles, les Arians s'emparèrent complètement de toutes les contrées que j*ai nommées, sans que ce nouvel empire leur fit jamais oublier leurs demeures de TAyryana-Vaëja , restées au fond de leur mémoire comme un paradis. Ils ne renoncèrent pas aux mœurs qu'ils avaient eues dans la patrie première. Ils en continuèrent la tradition et les habitudes. Ils en gardèrent les lois et les institutions. Jadis, le pays primitif avait été appelé par eux le tt Vara » , c'est-à-dire « l'enceinte » . Ils communiquèrent ce nom à leurs établissements, et en dehors ils ne reconnurent rien de sacré, de saint, de pur, c'est-à-dire, rien qui leur appartint, qui leur donnât sécurité. Ce mot « vara » s'appliquait surtout aux bourgs, et à toute habitation ariane construite et défendue suivant les rites. Par extension, on le donnait à des districts, à des provinces, à des territoires tout entiers ^ absolument comme dans nos usages le mot « église » signifie aussi, bien le temple étroit et rustique du dernier hameau que l'universalité de la société catholique qui couvre le monde. Dans le persan de l'époque sassanide, le mot « vere » ou « voourou » indiquait plus particulièrement une circonscription administrative; mais, je le répète, pour les premiers Iraniens, l'ensemble de leur empire s'appelait excellemment « le Vara » .

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