CHAPITRE m. — LA FAMILLE ARIANE
Les Iraniens, en tant qne naturalistes, ne pouvaient, non plus que les autres peuples de leur race , appartenir h la série très-moderne des populations purement monothéistes. On a vu déjà que le Dieu céleste , le grand Dieu , se présentait à Yima entouré des Yazatâs ou divinités secondaires. Il en était ainsi chez les Arians-Scythes et chez les Arians- Hindous, et le nombre de ces divinités secondaires, quand avec le cours du temps et le raffinement graduel des idées il vint à augmenter, finit par composer un véritable Panthéon que l'influence des idées sémitiques revêtit d'une teinte de mysticisme au temps des Achéménides, et qu'ensuite, vers la fin de cette dynastie, l'influence grecque tourna, tout au contraire, vers l'anthropomorphisme et la réaUté un peu brutale des formes plastiques. Dans les temps vraiment anciens , les Yazatas se réduisaient à un |>etit nombre , et tels on les trouve chez les Scythes ,. tels ils étaient aussi chez les Iraniens, coreligionnaires de ceux-ci, et, pour les uns comme pour les autres, ils entouraient le Dieu céleste et ne semblent pas lui avoir été trèsinfërieurs.
C'était, après lui, la Terre ou Çpenta - Armaïti , féconde et nourricière ; les Scythes la nommaient Apia ; c'est un mot analogue au zend » apa » , «sur, au-dessus» , c'est-à-dire « la surface » . Venait ensuite le Feu , l'Agni indien , si vénéré des Perses de toutes les générations , qu'on a cru quelquefois devoir le considérer comme leur dieu suprême, tant ils lui multipliaient les hommages. Ce Feu sacré s'appelait pour les Scythes « Tahiti » . On peut y voir une combinaison des deux racines « dkn , «donner» , et* vid» , «connaître, savoir» , « celui qui donne, qui crée, qui possède l'intelligence » , autrement dit « l'Intellectuel » . Le soleil était encore, en même temps que le plus ancien symbole de l'empire iranien, un des premiers objets de l'adoration des multitudes. Les Scythes le nommaient
« (ïltosyros » , qu'on peut rapprocher de a aïti » , « audessus », et de « soura », « le héros » , ce qui signifierait « le Héros suprême » . Ârtimpasa l'égalait en vertu ; c'est cette divinité qu'Hérodote appelle la Vénus céleste et qu'ensuite Artaxerxès adora sous un nom que le même historien rend par l'expression sémitique d' « Analitis» ; en réalité, c'est la lune, et le nom scythique se décompose en deuxmotszends, «arta» , «nohle, illustre» ,et «path» , «marcher» , « la déesse à la noble démarche » . A ces dieux, les Scythes royaux, dit Hérodote, en ajoutaient encore un. Gomme les Scythes royaux sont les véritables Scythes- Arians, il n'y a pas lieu de passer sous silence un des objets de leur adoration : c'était un Neptune, Thamimasadas. Ce dernier nom est difficile à reconnaître ; peut-être pourrait-on le comparer avec le sanscrit «tama» , «obscurité » , et le zend « asha» et « ashivat » , « doué de pureté » , ce qui signifierait « la mer pure et sombre » ; on doit ici remarquer que les Indiens ont donné la quaUfication de « tàma » à deux rivières, la Tapti et la Yamouna. Mais un tel rapprochement est plus que conjectural et il vaut mieux le laisser, en se contentant de ce fait que Thamimasadas est le même que l'Ardvisoura des Iraniens, c'est-à-dire l'eau en général. L'important, c'est que les dieux des Scythes représentent parfaitement les dieux des Iraniens primitifs'. Résumant ce qui précède , on n'aura pas de peine à se représenter les nations sorties de l'Ayryana-Vaëja, les pensées qui les animaient, les ressources dont elles disposaient , le but qu'elles se proposaient , non }>lus que les ennemis qu'elles avaient à vaincre et à déposséder.
' Lassjsn, Indische Aiterthumskunde , t. I, p. 517, remarque que les objets communs de Tadoration des Hindous et de^ Iraniens dan« les Védaâ et dans l'Avesta ne sont rien de plus que le feu, le soleil, la lune, la terre, Teau, et que tout ce qui est spécial dans les livres sacrés que je viens de citer appartient aux époques où la séparation des deux peuples avait déterminé doux cours de notions différentes.