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CHAPITRE V. — LES DJEMSHYDITES DE L'IRAN

un peu moins purs de sang, moins illustres et moins riches, tenaient aussi aux familles de la Bonne Création. Les dyws soumis ne pouvaient être avec les métis et les étrangers domiciliés que le noyau de la classe des artisans , dont le code religieux mettait presque toutes les occupations hors la loi. Quoiqu'il en soit, cette dernière catégorie de personnes, jusque-là réduite à un état précaire, cessait d'être un accident, une chose bénévolement épargnée, et prenait place dans la population légale. J'ai fait observer plus haut que cependant l'Avesta la compte fort peu ; il ne la mentionne même qu'une unique fois. Je reviens encore sur ce point important pour dire que ce n'est pas là une preuve qu'elle n'existât pas. Seulement, si l'État reconnaissait son existence, la religion continuait à protester et à repousser cet élément hostile. Elle ne le recevait pas dans la communauté des prières et des vœux. Elle n'avait rien à lui donner, et son mépris haineux dura toujours, et se manifestait encore avec beaucoup d'éclat à la fin du règne des Sassanides. Néanmoins , la caste reniée avait conquis un droit à l'existence dès le temps des Djems, par cela seul qu'on ne saurait concevoir un empire de quelque étendue qui se puisse passer de serviteurs. Grâce à cette nécessité , à partir de l'installation des classes, il fut interdit d'attaquer et de détruire les impies; l'essayer, ce fut violer les institutions du pays. Lorsque cette organisation eut lieu, les Arians- Iraniens et les Arians-Hindous ne formaient toujours qu'un seul et même peuple, n'ayant qu'une même et unique religion et vivant sous un même gouvernement, puisque la loi djemshydite est bien celle qui a donné naissance aux quatre castes primitives de l'Inde : les brahmanes, qui ne sont jamais devenus des prêtres proprement dits, les kjattriyas, les vaisyas et les soudras. De même, on voit qu'à cette époque l'empire n'était plus lié au gros des populations scythiques ^ puisque celles-ci ne paraissent pas

avoir connu les quatre subdivisions sociales qui viennent d'être montrées " .

C'est ici qu'il faut remarquer que les Scythes ne représentèrent jamais une population permanente , mais bien des masses ambulantes que d'autres masses poussèrent constamment vers l'ouest et vers le nord , et cela depuis les époques les plus anciennes jusque vers les cinquième et sixième siècles de notre ère. Cette observation est de la plus haute importance. Les premiers Scythes, ceux dont il est question à ce moment et beaucoup de ceux qui vinrent plus tard, étaient des gens de race ariane. Mais il arriva un temps, vers la fin des grandes migrations, où pareil à un tonneau qui, en s'écoulant, a épuisé ce qu'il avait de vin généreux et ne donne plus que de la lie, les invasions scythiques présentèrent des multitudes mêlées au sang des Jaunes, et enfin des Jaunes presque purs. On était encore bien loin, sous le règne des Djemshydites , d'avoir dans l'Iran de pareils voisins. Seulement, j'ai voulu rendre déjà attentif à ce fait que les terres scythiques n'ont jamais été, à proprement parler, qu'une grande route où les émigrants arians passaient avec plus ou moins de lenteur, sans s'arrêter jamais indéfiniment.

Je ne compléterais pas le tableau des institutions du Vara, si j'omettais de noter que c'est déjà alors que s'établit la fête du Norouz , si chère aux Persans de toutes les époques. On la considère comme destinée à célébrer le premier jour de l'année. Elle a lieu au moment où le soleil entre dans le signe du Bélier. Alors, dit la tradition, Djem le Splendide se plaçait sur un trône magnifique au

1 Cependant je n'oserais pas me prononcer d'une manière tout à fait ri{;oureuse h cet égai*d, et il n'y aurait rien d'impossible à ce que la classification Scandinave des trois ordres ne remontât aussi, quant au principe du moins, à l'institution djemshydite.

milieu de son palais. Il ëtait revêtu de ses habillements les plus somptueux et d'armes ëtincelantes. Les pierreries ruisselaient sur lui et autour de lui. Lesgprands de l'empire, également parés , venaient offrir au souverain leurs vœux et leurs présents, et le peuple, accourant en grande foule, prenait part à ces démonstrations.

L'empire était arrivé à un degré extraordinaire de puissance et d'éclat. Pour décrire d'une façon plus saisissante la prospérité dont jouissait alors le peuple iranien, l'histoire locale a imité les procédés de la légende grecque. Elle a fait descendre jusqu'à cette époque toute humaine la prérogative la plus saillante de cette ancienne race d'or qui n'avait jamais connu l'Iran. Elle a dit que la condition des sujets de Djem-Shyd était devenue si parfaite que la nature humaine échappait aux conséquences de sa débilité, et que pendant trois cents ans la maladie , la vieillesse et la mort cessèrent d'exercer leur pouvoir. Ce que voyant, le souverain fit briser toutes les bières devenues inutiles , et pour donner encore plus de réalité à ce récit, on désigne comme le jour anniversaire de cet événement le jour Khordad du mois de Ferwerdyn , c'est-à-dire le sixième de mars et le dernier des fêtes du Norouz.

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