CHAPITRE V. — LES DJEMSHYDITES DE L'IRAN
répandit partout des mulâtres qui aux traits modifies de leurs mères joignaient une intelligence vive et d'une espèce toute nouvelle. Les rois djemshydites , dans leur partialité pour la puissance de l'esprit, firent certainement ce qui a toujours eu lieu en pareille circonstance. Ils constatèrent que ces gens de demi-sang étaient des serviteurs plus soumis, plus dévoués et surtout plus dépendants que les feudataires d'origine pure , et ils cherchèrent et réussirent à en tirer un certain nombre de l'abjection. D'autre part, les professions industrielles s'étendant dans le pays , bien que méprisées par les hommes des familles arianes , furent abandonnées aux métis, et on vit abonder chez ceux-ci les richesses et la considération qui en résulte dans toute société où les occupations agricoles et guerrières ont cessé d'être les plus réellement importantes. L'esprit devenait plus fort que l'arc, l'opulence plus considérable que l'extraction , et dès lors , l'ancienne et simple distinction entre TArian et le dyw ne suffisait plus à exprimer l'état respectif des classes.
Il y eut donc une autre formation de hiérarchie qui n'eut pas pour base l'origine, mais bien les occupations. Ainsi furent instituées quatre castes : les savants, les guerriers, les laboureurs et les artisans ' .
Sous la dénomination de savants , les annalistes musul-
' Je reproduis ici ia tradition per&ane; mais il est certain que le livre sacré ne nomme que trois caj^tes : les prêtres , les guerriers et les laboureurs. (Vispered, t. II, p. 12.) — Néanmoins il me parait positif également que dans une société qui s'organisait si complètement, un élément puissant par le nombre, tel que l'était celui des esclaves et des étrangers, a dû représenter sinon une caste dans le sens religieux et strictement légal , du moins un corps déjà reconnu par l'Etat; et, en ce sens, la tradition persane est dans le vrai en mentionnant la classe des artisans, qui d'ailleurs se retrouve directement indiquée dans un autre passage du Yaçna(SpiEGEL, t. II, p. 99). Probablement cette insertion appartient à une époque plus tardive, mais le fait existait incontestablement avant d'être reconnu par la loi religieuse, qui d'ailleurs , jusqu'à l'époque musulmane, s'est toujours montrée excessivement dure pour les gens de métiers.
106 LIVRE r«^ — PREM. ET SEC. FORMATION DE L'IRAN.
maDS entendent désigpfier les prêtres. l«e Vendidad, dans ses parties que Ton peut considérer comme les plus anciennes, ne fait pas mention d'un tel ordre de personnes, et il n'y a aucune raison de croire que des prêtres à la façon hébraïque , ou tels qu'ils existèrent à une autre époque dans le mazdéisme, aient paru avant le temps de Zoroastfe. La raison tout à fait concluante que l'on en peut donner, c'est que bien des siècles après les prédications de leur législateur , les Iraniens n'admettaient pas tous la légitimité d'un sacerdoce proprement dit. La plupart maintenaient que les fonctions du culte appartenaient à chaque chef de famille, et ce ne fut que très-tard , et pas avant le règne des Sassanides, qu'un clergé rigoureusement constitué parvint à triompher de ce principe et des répugnances qu'il faisait naître. Mais en généralisant beaucoup le cercle des idées qui s'attachent à la qualification de prêtre, il n'est pas impossible que la première caste des Djemshydites fut formée de personnes prenant part aux travaux de l'État à un titre religieux quelconque , absolument comme le vézyr Shehrest, tout ministre qu'il était, avait organisé une réforme spirituelle. Il s'y joignait sans doute aussi des hommes particulièrement versés dans les rites sacrés, connaissant héréditairement les hymnes et les récits liturgiques, rédigeant et conservant les souvenirs de l'histoire, les poètes , les hommes chargés de déterminer le sens de la loi , et de telles personnes étaient déjà désignées trèsanciennement , avant la séparation d'avec les Indiens, par le titre d'Athrava ". Mais ce n'étaient pas plus des prêtres que ne le sont les brahmanes , et ils avaient le droit comme ceux-ci de se livrer à toute autre profession que celle du sacerdoce.
Les guerriers étaient les hommes de descendance ariane conservant l'habitude et le goût des armes. Les laboureurs y
^ Lassex, ouvt. cité, t. I, p. 5Î3.