CHAPITRE VIII. — ASPECT DE L'ELBOURZ
des moutons à la toison rousse ou noire, des chèvres, les plus charmantes créatures et les plus gracieuses de leur espèce , les bétes de quelque muletier qui revient du Mazendëran ou qui sort de l'Aragh , une fois par mois un passant , ce n'est pas là de quoi troubler le silence universel, ému de temps en temps par les rafales d'un vent violent. Quelques sangliers , des troupes de gazelles sont les véritables maîtres de ces domaines perdus. Au milieu des touffes de thym s'ébattent par milliers des cigales aux ailes violettes.
Scènes grandioses, spectacle sublime, nature véhémente, excessive dans toutes ses œuvres , et que rehausse , soit de jour, soit de nuit, d'un éclat incomparable, la limpidité de ce ciel iranien, auprès duquel l'azur de l'atmosphère italienne la plus épurée ne saurait s'imaginer sans désavantage.
Après plusieurs journées de voyage dans ces gorges abruptes, dans ces vallons herbeux que l'automne encombre bientôt de frimas , car l'été ne dure ici que trois mois, après avoir erré encore de méandre en méandre, sans perdre jamais de vue pour peu de temps le cône glacé du Demawend, volcan à peine assoupi et qui sans cesse
pours, les Bourbours, les Rourd-batjehs , les Karkanehs, les Sbastys, les Alekays, les Arabs, les Arab-misbmebs, les Pazékys, les Rémoonkesbrt, les Shab-é-séwends, les Rashkabys et les Rourd-karasourlous. Ces nomades n*amèneDt jamais tout leur monde, et ce ne sont, en réalité, que quelquesunes de leurs familles ou de leurs brancbes qui fréquentent la montagne. Il faut y joindre quelques bobémiens ou Raoulys de différentes tribus, principalement de celles des Sbebryarys et des Sanadys. Les Syl-soupours, les Rourd-batjebs , les Sbab-é-séwends et les Rasbkabys sont Turks; les autres, pour la plupart, se disent indifféremment Farsys, Loures, Rurdes ou Arabes; et ces différentes dénominations ont le même sens dans leurboucbc , c'est-à-dire qu'ils réclament une origine persane. Les Pazékys seuls se reconnaissent à la fois Persans et Turks. Tous ces Ilyats ou nomades babitent pendant Tbiver les plaines de Wéramyn , k dix ou douze farsakbs au sud des montagnes, sauf les Sbab-é-séwends, qui viennent du pays de Raswyn, et les bobémiens, dont la résidence la plus ordinaire est aux environs de Kirmansbâb.
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tourmente au loin le pays de ses ruineux tressaillements, on arrive aux versants septentrionaux de cet amas cyclopéen de plaines hautes et de crêtes. On descend. On retrouve des bourgs, des hameaux, des champs. Mais bientôt, ce ne sont plus les déserts de l'autre versant qui vont se présenter sous les pas. Ce sont les forêts profondes du Mazendéran et du Ghylan, remphes de dédales dangereux où des boues sans fond ont quelquefois dévoré des caravanes entières. Des fièvres cruelles y sévissent pendant presque toutes les saisons de l'année. Dans ces bois inextricables, la cognée du bûcheron réussit à grand'peine et pour bien peu de temps à faire çà et là quelques trouées. Une végétation infatigable multiplie de tous côtés les pousses et les feuilles. Les villages, les maisons sont cachés dans les fourrés. Des arbres magnifiques, chênes, ormes, noyers, pins, toutes les essences d'Europe entre-croisent à l'onvi leurs rameaux et servent d'encadrement aux orangers, aux citronniers , aux grenadiers, aux mûriers couverts de leurs fruits, tandis que des vignes somptueuses , grimpant jusqu'au plus haut sommet de ces géants, secouent, quelquefois à quatre-vingts pieds de haut, leurs grappes savoureuses et pesantes au milieu des dernières branches. Le soleil ne perce qu'à grand'peine les voûtes de verdure sous lesquelles s'abritent des tribus innombrables de volatiles et où passent les sentiers tracés par les daims, les ours et les tigres, frères de ceux de l'Inde.
Dans les éclaircies, les cultures profitent, favorisées par un climat humide. Les rizières s'étendent au loin, et, ainsi que je viens de le dire, on salue de nouveau les bois d'orangers que la Perse centrale ne connaît pas et dont les derniers, du côté du sud, se font voira Kazeroun, entre Shyraz et le golfe Persique. Ici , ils croissent à l'aise aux environs d'une large grève courant de l'est à