CHAPITRE VIÏI. — ASPECT DE L'ELBOURZ
deneh », « un tournant » , soit du root turk « ghedouk. »
Unkotel, gherdeneh ou gliedouk est un sentier qu'il faut suivre si Ton veut passer , mais qui ne constitue en aucune façon une route bien commodément accessible. Les chevaux y gravissent dans les éboulements du sable ou sur la roche vive , contournent les précipices en en suivant le bord étroit, traversent des torrents avec de Teau par-dessus les sangles , mettent au sortir de ce tapage leur sabot où Dieu leur indique et arrivent au terme, parce que leur sûreté de pied, leur patience et leur instinct tiennent du prodige ; mais Thomme n*a absolument rien à faire pour s'aider que de s'abandonner à la conduite de sa monture.
Plus on gravit, plus les difficultés augmentent. Pendant des heures on tournoie avec un large ruisseau dans des déBlés que dominent des murailles énormes. Ce ruisseau , architecte de la route , il faut le traverser dix fois , au risque de tomber dans ses eaux , étourdi par leur fracas et par la rapidité furieuse de leur cours. On contemple, à droite et à gauche, les fleuves de pierres que chaque hiver fait descendre du front des montagnes , et dont il encombre l'entre-deux .
Enfin , on trouve la neige avec le voisinage des nuées, sous ses pieds. Cette neige, à chaque pas qu'on fait, devient plus épaisse et plus forte. Elle couvre les torrents de ponts immenses. Elle forme le long de leur cours comme une sorte de chaussée , et les éboulements qui la chargent ne la forcent point à fléchir. Ce sont les restes accumulés des avalanches amalgamés avec elle. A des hauteurs considérables ruissellent des filets d'eau aériens; ils se font jour à travers les fentes des rochers, les travaillent, les minent incessamment, et en annoncent l'effritement et la chute.
A chaque pas, on croit d'abord qu'on n'ira pas plus loin. On voit, on touche la paroi d'apparence infranchis-
iôfé LIVRE I«'. — PREM. ET SEC. FORMATION DE LIRAN.
sable qui se dresse menaçante devant vous. On passe, cependant, et si Ton se retourne, Tissue, que Ton a aperçue à peine, semble s'être refermée derrière vous, comme dans les contes de g^énies. On circule quelquefois dans des espèces de couloirs étouffés entre des pans de rochers dont, en levant la tête, on a peine à apercevoir la cime et où un cheval ne pourrait se retourner. C'est cependant làleg^rand chemin des armées et des conquêtes, des caravanes et du commerce. Rien de moins difficile que de trouver dans ces lieux des Portes Gaspiennes : il y en a cent pour une.
Puis tout à coup, sans nulle préparation, au bout d'un labyrinthe, le passage s'éclaircit, la muraille de rochers s'abaisse, la voie s'élarçit. Une croupe verte se montre. On entre dans une vallée où le torrent se précipite avant vous et perd son horreur en perdant sa colère avec les obstacles amoncelés qui la causaient. Point d'arbres, ni même de buissons, mais des herbages savoureux, mais des prairies de fleurs de toute espèce , du thym , du serpolet, des nénufars, des iris, des tapis bleus de germandrées, des assa-fœtida, et, à la place du torrent, une véritable, large et paisible rivière où abondent les truites, et qu'entretiennent mille sources cristallines jaillissant de toutes parts.
La solitude est absolue. Depuis longtemps on a quitté les derniers villages. Il &ut un jour de marche et plus pour en rencontrer un. On ne voit au versant des colHnes, au bord des cours d'eau , sur les plateaux qui dominent les pâturages , que ça et là les tentes noires et basses de quelques nomades, et le désert en est plus complet par le sentiment qu'éveillent ces demeures de l'instabiUté de leurs habitants *. Des haras de juments errant sans gardiens ,
^ Quatorze tribus seulement viennent, à différentes époques de Tannée, occuper certaines parties du Djebel. Ce sont les Ala-wends, les Syl-sou-