CHAPITRE IX. — HISTOIRE DE L'ELBOURZ
fut une espèce de Numa, et la lëgende lui donne le surnom de Justicier. Il mit un peu d'ordre dans ses domaines, et avança l'œuvre civilisatrice en exploitant les mines de fer et en façonnant des armes nouvelles. II apprit à son peuple à travailler le mëtal, a fabriquer des meubles de bois, à creuser des puits, à prendre des ouvriers à gages. Il ne laissa pas non plus de gagner du terrain sur les dyws , qu'il battit en plusieurs rencontres, et il fonda des établissements étendus , bien qu'on ne s'accorde pas sur les noms de ses villes ou qu'on en propose d'impossibles à admettre. Il mourut après avoir commandé pendant quarante ans. Il avait eu un frère appelé Wygbert, qui a passé comme lui, chez quelques auteurs, pour avoir été un prophète. Du reste , c'est à Housheng que Hamza Isfabany commence la lignée des souverains, et il le fait régner dans une ville très-vaguement désignée sous le nom d'Istakhr ou « Boum-é-Shah », « la Terre royale » .
Après lui parut Tahmouras , qui voulut mériter et qui obtint le titre de « Dyw-bend », « le Lieur de dyws » . Il fut surtout guerrier, et fit sentir aux aborigènes la pesanteur de son bras. On l'appelle aussi Zényawend. Quelques auteurs le donnent pour fils de Housheng. Plusieurs assurent qu'il n'était que son petit-fils, et qu'il avait pour père Dyw-Djehan. D'autres, comme Hamza Islahany, mettent entre ces deux noms trois générations ainsi dénommées :
Hunkadh. Veyven-Djehan.
Ayotinkadh.
Mais c'est par une confusion manifeste avec la lignée des Djems.
Thamouras remporta de nombreuses victoires sur les sauvages, en réduisit un grand nombre en servitude ^ et tout ce qu'il ne put dompter il le repoussa dans les marais du Mazendéran y de sorte que sous son règne lu
lOM. I. il
conquête de l*Elbourz fut achevée. On ne lui prête pas seulement des exploits guerriers; on veut aussi qu'il ait été un protecteur de la science, et qu'il ait introduit l'écriture dans les cités de la Montagne. On assure même que de son temps parut un certain sage appelé Touzasef ou Djoudasp, de la race de Besab, fils du prophète Idrys, qui fit connaître aux Iraniens de l'Elbourz les doctrines sabéennes , c'est-à-dire chaldéennes * . Ce même apôtre institua aussi les jeûnes. Gomme en même temps on reproche à Tahmouras , malgré ses grands mérites , d'avoir donné dans l'idolâtrie et consacré des images, on peut admettre que son règne, époque de tranquillité relative, de sécurité et de richesse, coïncida avec cette époque où les doutes religieux , suivant le Vendidad , s'introduisirent dans Ragha , et où toutes les contrées de l'empire, se livrant au luxe et aux discussions frivoles, virent poindre les dissentiments qui les livrèrent d'abord aux idées de révolte, puis à la conquête étrangère. Tahmouras occupa le trône pendant une période de trente ans.
Il eut Djem-Shyd pour successeur immédiat. On en doit inférer que lorsque la dynastie des grands rois fut renversée par Zohak , la lignée secondaire des souverains de l'Elbourz éprouva le même sort, et que le torrent de l'invasion sémitique atteignit l'existence politique de la Montagne comme celle des autres provinces , et y abolit tout gouvernement particulier.
Après la bataille où il fut vaincu , le dernier Djemshydite prit la fuite, et l'on raconte trèswliversement sa destinée ultérieure. Suivant les uns, il se retira dans un ermitage et y mena longtemps la vie ascétique. Livré au repentir de ses fautes , il parvint au plus haut degré de la perfection, et mourut comme un saint. Suivant d'autres, il erra sur le bord oriental de la Caspienne pendant quelques
1 Traité des écritures cunéiformes, t. H, p. 177 et 8cqq.