CHAPITRE II. — REGNE DE FERYDOUN
On prétend que, dès ce monde, Zohak avait été soumis parle diable, avec lequel il avait contracté un pacte ^ à • rhorrible supplice de porter soudés à ses épaules deux serpents qui se repaissaient de sa chair. Pour en obtenir un peu de relâche, il les nourrissait de cervelles humaines, et ses pourvoyeurs avaient chargée de parcourir les pays iraniens, d'en enlever les enfants et les jeunes gens, et de préparer ceux-ci pour les repas des deux reptiles. Mais les officiers du grand Roi , moins intéressés que leur mattre à bien nourrir ces monstres , se laissaient toucher de pitié à la vue des victimes , et lorsque chaque jour il leur était ordonné d'en immoler deux, ils avaient soin d'en laisser échapper une. Les fugitifs gagnaient les montagnes qu'on nomma plus tard le Kurdistan , ils s'y cachaient, et avec le temps, devenus très-nombreux , ils formèrent le noyau des tribus du pays.
On retrouve ici , assez bien exprimée , l'idée du mode de formation des peuples dont il s'agit. Les Kurdes ne constituent pas une race homogène , car ils ne se ressemblent nullement entre eux. Ceux qui occupent la région méridionale n'ont que peu de rapports de physionomie avec ceux du nord. Les aïeux des uns et des autres ont été des gens d'extraction différente. Leurs dialectes respectifs se présentent sous des apparences très-divergentes, et en connaître un ce n'est pas avoir la clef des autres. La composition de ces dialectes accuse un mélange des langues iraniennes avec l'araméen, auquel a succédé l'arabe, mais ce mélange s'est exécuté, dans des proportions complexes. Tandis qu'au nord l'élément iranien maintient sa prépondérance, au sud c'est tout le contraire. Probablement des nations scythiques ont grossi de leurs déserteurs quelques-uns de ces groupes déjà hétérogènes , car dans les temps plus modernes les invasions arabes, mongoles, tartares, fléaux des pays environnants, ont aussi rejeté leur
contingent d'alluvion dans ces montagnes. Ce qui est re* marquable et paraît bien garantir le décousu de Tagglomération kurde , c'est que n'imitant pas l'exemple des Parthes descendus de l'Eibourz , des Afghans venus du Gour , et de tant d'autres populations de montagne , les Kurdes n'ont jamais cherché à établir leur domination sur les gens du Hamis. Ils ont fourni des individualités extrêmement fortes et brillantes ^ Saladin au moyen âge, Nadir- Shah presque de nos jours ; ce sont d'intré{>ides cavaliers, des gens très-intelligents, des agriculteurs très-laborieux, mais aucune aptitude générale à leur race ne les porte à se hausser au rang de nation conquérante. La cause en est qu'ils ne sont de toute antiquité que des amas de détritus formés par des peuples très-contrastants, dont les circonstances n'ont pas déterminé l'amalgame au sein d'un élément plus abondant et suffisamment énergique.
Quand Férydoun eut pris le commandement après la mort d'Abtyn', il trouva l'indignation et la colère des Iraniens portées au comble. Se voyant soUdement éU^ili dans le nord et fort d'une influence plus consentie que ne l'avait été celle de son père , il lui fut permis de demander aux événements de plus grands résultats. C'est ce qui ne tarda pas à se montrer.
La population d'Ispahan ne supportait qu'avec colère la coutume des sacrifices humains imposée par Zohak.
Ispahan remplit ici , pour la première fois , le rôle de capitale du pays, de résidence du souverain, mais ce n'est pas à croire. Bien que communément on fasse remonter jusqu'à Housheng la fondation de cette ville, la configuration du pays à ceUe époque, où la vaste étendue de la mer de Khawer arrêtait l'expansion des Iraniens dans la direction du sud , s'oppose tout à fait à ce que cette opinion soit admise. Ensuite, outre qu'il n'y a pas de raison pour que le grand roi ninivite ait jamais choisi