CHAPITRE II. — REGNE DE FERYDOUN. tT
Ispahan pour sa mëtropole et que jusqu'ici toutes les légendes ont place cette métropole dans l'ouest, ce qui convient beaucoup mieux, un détail présenté par le récit tout à l'heure exposé de l'origine des Kurdes achève de trancher la question. Puisque les malheureux épargnés par les bourreaux assyriens gagnaient aussitôt les montagnes du Kurdistan , il faut que ces montagnes n'aient pas été très-éloignées. Of , cette conclusion ne serait pas possible s'il s'agissait d'Ispahan. Â.u contraire , veut-on parler de Ninive, les montagnes sont extrêmement voisines, et c'est même une opinion répandue dans toutes les tribus kurdes, depuis l'Arménie jusqu'au pays de Shouster, l'ancienne Susiane, qu'autour de Moussoul, c'est-à-dire sur le territoire de l'ancienne capitale d'Assyrie, se parle le dialecte kurde le meilleur, le plus pur, et qui peut être considéré comme le prototype de la langue nationale. Au Ueu d'Is-. pahan, il faut donc entendre ici Ninive, et c'est dans les environs mêmes de cette cité que commença l'insurrection qui vint en aide à Férydoun, ou du moins, si elle n'y commença pas , elle s'y étendit d'abord et de là gagna toute la contrée : ceci, d'ailleurs, nous ramène directement à l'histoire de la révolte d'Arbaces contre Sardanapale.
Quoi qu'il en soit , à Ispahan ou à Ninive , vivait un forgeron appelé Gav^eh. Cet homme avait eu deux de ses fils enlevés par ordre du roi. Exaspéré et craignant de perdre encore ^8 autres enfents, dont l'un, nommé Garen , devait être plus tard un des plus grands hommes de l'Iran, il sortit tout à coup de son atelier en appelant le peuple aux armes, attacha son tabUer de cuir à une lance, ei» fit le drapeau de l'insurrection, et le marteau à la main attaqua les oppresseurs. La population iranienne se souleva sur ses pas. Alors Férydoun descendit comme un torrent des hautes vallées du Laré-
djan aux monta(>nes de Demawend, où, suivant Abdoullak- Mohammed, fils de Hassan, fils d'Isfendyar, il avait déjà consolidé sa puissance. Il unit ses bandes aux multitudes révoltées qui suivaient l'étendard de Gaweh, et le roi et le forgeron s'emparant de Zohak, le lièrent, et l'attachant sur un chameau, le conduisirent d'abord à Demawend, puis dans un' champ situé à une lieue et demie de cette ville.
J'ai vu ce champ. C'est un endroit stérile, semé de cailloux et de blocs de rochers , au versant d'une vallée immense et d'aspect lugubre. Du côté du nord s'élèvent les cimes de r£lboùrz, et dans une échancrure des montagnes on aperçoit le cône neigeux et très-élevé du mont Demawend. C'est un lieu grandiose, triste et sinistre.
Parvenu dans ce champ , Férydoun et Gaweh , aidés de Garen , à ce qu'assure Moslyh-Eddyn-Mohammed-Lary , détachèrent leur captif, le firent descendre du chameau qui le portait, puis, levant leurs épées, se préparèrent à lui donner la mort.
Mais Zohak poussa des cris lamentables, se traîna à ' leurs genoux et leur dit : » Craignez l'injustice ! Je suis roi, et je n'ai pas abusé de mon pouvoir. M'a-t-on jamais vu ^porter la main sur une femme iranienne? »
Férydoun et Gaweh reconnurent la vérité de ces paroles. Ils épargnèrent leur prisonnier, et se contentant de le conduire jusqu'au cratère du mont Demawend, ils l'y enchaînèrent, là où se forment les exhalaisons ^sulfureuses qui encore aujourd'hui s'échappent du volcan et le couronnent d'un nuage blanc. Le tyran s'y tient, retiré dans le coin le plus obscur , seul avec les serpents qui rongent ses épaules et sont devenus énormes depuis qu'ils dévorent librement sa chair. •
» Le sang de son cœur arrose le sol » , dit Ferdousy. Voilà une version asiatique du mythe de