‹ Histoire des petits théâtres de ParisChapitre 19 sur 44 · ADRESSE DE CHAPELLE · texte numérisé non relu

ADRESSE DE CHAPELLE

CaMtndre du vaudeville et épicier , tue

8aial*H(moré.

Ain : Toujours debout^ toujours en roule ^

Grimmréin (1), CMsandre, Chapelle, Vend daiis «4 boutiquQ iiouvelle Du miel, du soufre el des pruoeaui;,^ Des anchois et de la firellc.

Des macarons, de la chandeHe, De9 fruits conÛts, vieux et uouyeauif Des comtchoQs petits rt eros, Brugnona, aspergea, sel d\>seîUe, Sirops d'^orge^t et de groseille, Moutarde, sucre rafiine,^ Vinaigre, thë, thon marine , Des Mi'vea, de la pommade, |liiil«s pour ouinquets et aalade.

De Tempoisi au locre, du lard.

Bons bonbons et merde à gaillard,

(i) Nom d'un personnage de la Jhnne AuhaiM, ^iic« de IV«d«t*

GCil-^fri^rdrix et pain dVpke»

Cir« à frotter, jus de réglisse ;

Il Tend du Terinicelle à Tun, /

A l'autre du riz, de i'âlUn,

Bu froiôage, des avelines.

Des pipes ou bien des praliaesi

Fort bon savon, fort bon tabac,

Gomme, gnimairre, rhum et racit,

Sacre dWge, amandes^ cigares^

Liqueurs communes, hquètirs rares»

PetitS'Verres sur le comptoir ;

Fil blafic, fil gris, fil bleu, fil noir;

Bon chocolat a la Tanille,

Muscade, gérofle et pastille ^

Il Tend aussi, pour les friands,

Mignonnette et quatre mendiants j

Il fournit, à toutes les dattes,

flannell^, j a jubés et dates,

A.nisette et tnacarani ;

De plus, il est très bien fooriii

De cornes -de- cerf, de bougies,

D^bîs^ de cafë, d^eau de tie, \

De noiTrc, d^hmle de Ydnas.

Eoun, sans tous en^dire plus.

Tout ce qu^un ilpicier peut Tendre,

Chez Gbapelle, venez le prendre,

Ifûus lui lerex un grand plaisir ;

Il est logé, pour tous serTir,

Rue Honore, tout juste en facr.

Tout juste en face de la place

Oà s''assemMAient les jacobloS,

Grands aboyeurs, méchants voisnit ;

Mais pour la sûr«té publiqae,

On a démoli leur boutique,

Et Chapelle rend grâce aux Dieux,

Car la sienne s^en tNNiTe mieux.

One scène touchante arriva au ttiéâtre Ad

Vaudeville , à propos de Tâcteur Garpentier , dont j*ai déjà parlé. Sur les derniers temps de sa carrière dramatique , ce comédien , d'un talent réel, avait contracté l'babitude du café, et souvent sa tête se ressentait des excès qu'il avait faits : Barré , dont la brusquerie égalait la bonté , avait essayé tous les moyens pour le corriger d'un penchant qui nuisait à sa profession et à sa santé. Par malheur, Garpentier n'en tenait compte , si bien que , d'année en année, la mémoire de cet auteur en. souffiit à tel point , que l'on n'osait plus non seulement lui confier de nouveaux rôles , mais qu'il avait même de la peine à jouer les anciens. Barré , malgré lui, fut obligé de se priver d'iui sujet que le public avait applaudi pendant vingt ans... Garpentier en était donc réduit à jouer des bouts de rôle et des accessoires ; on Ini laissait faire à peu près ce qu'il voulait , afin de pouvoir lui conserver de petits appointements sans blesser sa délicatesse. Depuis un an cepen*dant , il avait à peine paru quelquefois sur la scène.

Un soir , à l'une des représentations de VJle de la Mé galant hopo gênés ie ou les Savants de naissance , Garpentier monte dans sa loge sans rien dire , prend le costume d'un perruquier gascon, emploi dans lequel il excellait, et lorsqu'à la fin de la pièce tous les coips de métiei-s défilaient sur le théâtre , chacun avec l'in-

signe de sa profession , Carpentier , le peigne à

rorêiile , tenant une. botte à poudre sous son

bras , et une houppe à la main, passe devant le

parterre et salue ; toute la salle le reconnaît..,;

un rire universel s'empare des spectateurs ; des

applaudissements le suivent jusque dans la cou*

lisse. Là le pauvre Carpentier se met à pleurer

en disant à ses camarades, avec autant de joie

que de modestie : « Mes amis, mes amis;,., ils

» m'ont reconnu!... ils m'ont reconnu!.,. »

Dans la pièce de Jean Monnet , Carpentier

avait un couplet de facture à chanter^ dont voici

les premiers vers :

« Un acteur 7> Qui veut deraiitcur m Suivre en tout y L'esprit et Je goût

» Doit rl'abord V De savoir son rôle j» Faire, au moins, le petit effort . »

A cet endroit, il demeura court, recommença trois fois et ne put aller plus loin ; c'est de ce jour que le chagrin s'empara de lui et qu'il alla toujours en déclinant, Carpentier s'est suicidé en se jetant par une croisée ; cet acteur fut regi-etté du public et de ses camarades.

Parmi les actrices qui ont brillé au Yaude* ville dans son oiîgine, on remarquait mesdames Duchaume, Blosseville, Molière, Cléricourt, Bodin , et surtout une charmante femme nommée Sara Lescaut.

Pendant la période révolutionnaire , le YâttdeVille eut à soutenir déi luttes contiiiil«ll«s ; Il fallait qu'à l'exemple dei âutred théâtres, il jouât des pièces composées dans l'esprit dû momerit. Or, diaque auteur croyait de?4>ir 5 mettie des restrictions selon ses propres opinions y ce qui Valut aux opposants des scènes tumultueuses et parfois même la prison. C'est ce qui arriva à Barré, Radet et Desfontaiues au sujet de leur Chaste Suzanne , où Ton crut voir des allusions au procès futur de Mari6*Aiitoinette. Au moment où le juge dit aux deux vieillards accusant Suzanne : « Vous êtes ses » accusateurs , vous ne pouvez pas être ses M juges , » des applaudissements et des sifflets se firent entendre , et bientôt le tumulte devint tel que l'on fit évacuer la salle , et les auteurs furent aiTêtés quelque temps après ; Radet et Desfontainès furent donc arrêtés. On les engagea à faire un vaudeville de circonstance , ils composèrent Au Retour y pièce qui fut repr&entée pendant qu'ils étaient encore en prison. C'est dans ce vaudeville qu'une charmante actrice, nommée de Laporte , chantait le couplet que voici :

« SI jYais un amant, dit Manon,

» Je veux qu'ce soit un bon luron,

1» Qui soit bon |>atriotè :

» L'âge et la mise n'y fraient rien :

» Mais pour son bien comm' pour rmicii,

» J'raimcrais mieux sans-colotte. »

Et puis :

« C1ac[nez et Tanteur et Tacteur^ » Car ils sont sanB^culottes. »

Radet et Desfontaines expièrent pAr iix mois de prison le mot courageux : f^ous é'tes ses necusateurs y vous ne pom*ez pas Are ses juges,,. Comme on craignait pour eux , leurs amis les engagèrent à laire quelques couplets. Ils improvisèrent sons les verrous ceux que voici , qu'ils envoyèrent au président de la commune avec la lettre suivante :

« Citoyen président ,

M Nous avons lu avec autant de plaisir que » de reconnaissance, dans le journal du Déceuii^ » la mention civique faite au Conseil général » de la commune de notre pièce intitulée » Au Retour,

» En attendant l'expédition qui doit nous B en être remise , et que nous désirons avec la » plus vive impatience , nous te prions , citoyen » président , de communiquer au Conseil nos n joyeux remerciments. Reçois , citoyen pré* )> sident , la salutation fraternelle de tes conci- » toyens(i).

. » Signé Radet et Desfontaikes. »

(i) Le lecteur aora remai*qu^, comme nous, combien cette lettre est digne et mesurée $ les deux Taudevillistes ne s*hitmiUent pas devant uo ponroir qui pouvait disposer de leur vie et de leur liberttS. . . Ils chantaient galmcnt en lace de la m^rt : c*est Tcsprit franc ii$.

L'aristocrate incarcère, Par le rcmorcls estdt^cliirp;

C'est ce qui le désole.

Mais le patriote arrêté.

De Tamc a la sérénité;

C'est ce qui le console.

Des mesures de sûreté Nous ont ravi la liberté ;

C'est ce qui nous désole .

Mais. dans nos fers nous Fadoroos, Dans nos chants nous la célébrons ;

C'est ce qui nous console.

Des lieux témoins de nos succès.

Hélas ! OH nous défend l'accès ;

C'est ce qui nous désole.

Mais dans nos vers, c'est là le A/c, Nous propageons l'esprit public j

C es t ce qui nous console .

Pour nous encor la vérité, N'éclaire pas l'autorité;

C'est ce qui nous désole.

Mais en attendant ce bea»u jour, Vous applaudirez au Retour,

C'est ce qui nous console.

Ces couplets , composés en prison , me rappellent ceux que Laujon fit pour n'y point aller, et qu'il avait signés par malice : par le citoyen Laujon , sans-culotte pour la vie,

Henri ly disait : Paris vaut bien une messe! Kadct et Desfontaines pouvaient dire : la liberté vaut bien quatre couplets.

A cette époque , il n'y avait pas de censure , mais on s en prenait aux aiitçurs et qiiélquefoii

aux comédiens , si un mot ou un couplet provoquait une allusion.

Déjà , en 1 792 , à la première représentation de V Auteur d'un moment , où Léger, auteur et acteur, jouait un rôle , un couplet, dirigé contre la tragédie de Charles IX de Chénier, qui finissaitpar ces mots :

« Il faut renvoyer à l'école » Celui qui régente les rois^

quelques personnes ayant demandé bis , d'autres s*y opposèrent; on voulut forcer Léger à faire des excuses. U se sauva par le théâtre , avec son costume et son rouge , et la salle fut évacuée.

Le lendemain , un exemplaire de la pièce de Léger fut brûlé sur le théâtre.

Ghénier a gardé rancune au vaudevilliste ; dans sa satire du docteur Pancrace ^ il dit ;

e ne te cite point, Langloîs, ni Baralère, (i Le'ger le niais, ni Tobscur Souriguière,

Dans son discours en vers sur la calommcy on trouve encore :

« Le stupide Léger veut remplacer FréroQ. »

Les pièces de ce temps*là étaient , en général, très légères de fond et très faibles d'intrigue; il suffisait de trois ou quatre jolis couplets pour en assurer le succès ; du reste , si cette, époque

né fut pas k plus gaie ni la plus litt^ake clu Yaudeville , elle n'en fut cettainement pas la moins spirituelle. On entendait souvent des Cou-

Ïlets bien tournés. Dans V Heureuse Décade de >arréy Léger et Rosièires, Un enfant chantait celui-ci t

Amis, mets la main sur mon cœur ; Tu sentiras que j'ai la taille.

Tout comme toi, rempli d'ardetir, , J 'grandirai Tjour de la bataille.

Les plus petits 6omm' les plus gnmii»| Savent combattre les despotes 3 C'est à leur bain* pour les tyrans Qa''on doit mesurer les patriotes. •

Un usage qui subsista longtemps au TâQde* rille , ce fut de faire chanter avant chaqiM pièce nouvelle un couplet d'ânnmice ; ce toapkt ser< tait souvent à célébrer telle ou telle drcons^ tançè : c'est aussi ce qui arriva à la pii^tnière rH présentation de René Le Sage^ ou Foiià bm 7*urcaret, On apprend, au moment de lever 1^ rideau, que Bonaparte vient de ratifier le trait^ d'Amiens; Laporte chante aussitôt, au brait dQ canon qui résonnait en dehors , le couplet sui^ vant que les auteurs venaient d'improviseï dans la coulisse :

Cl Pour éviter certaine guerre ft Entre le public et l'auteur, 9 Par uu couplet prdliminaiiH; • to On vous engage à la douceur.

3> En coQS^queiice, moi, Laporte, SI J'allais vous demander la pais ; i> Le canoii a la Toix plus forte, 9 II Y0U9 Tannouce, et je me tais . m

Ua autre soir , an s«it que le général Mo« reaa est dans la salle j ou improvise le «w* plet que yoici :

Du Danube c'est le Taiocfueur»

Sage et modeste en sa coqdaite, Il exécute avec valeur Ce au'avec prudence il n.edite; Par le plus noble monument.

Bappmnt Turenne à notre âge.

Il sait encore» en Timitant, Le rappeler bien davantage (i),

Moreau venait de faire élever ua uiûuument ila gloire de Tuienae.

Puisque j'en suis aux couplets d'auooiice , je dois en citer un qui produisit un effet électrique . Le jour de la première représentation de A-/. Ro^ssettu } ou la F'aUéc de Mon/unortncy^ DQ n'avait mis sur Tafficlie que le second titre* Uporte chanta le couplet que voici :

Arlequio ne vous a promis

Sue le tableau d\me vallée, ais d'un de vos meilleurs amis L'ombre s'y trouvera méUe .

Si le litre que l'auteur prend N'c9t qu'un titre faux et posticbe.

Le vei itable était trop grand four la petite aflîcbe !

(i) Enûa noMy voilai parlss aut«uf s ties J)tncrs Ut4

Je n'esftalerai pas de décrire Tenthonsiasme qu'il fit naître ; ce n'étaient pins des applaudissements , c'étaient des cris , des trépignements; U fut bise 9 tercé, je crois ; je l'ai retenu , et depuis trente ans il n'est jamais sorti de ma

mémoire.

Lorsqu'en t8o4 9 Bonaparte alla au camp de Boulogne s'asseoir dans le fauteuil du roi Il^gobert pour faire la première distribution de croix d'honneur , le directeur du TaudeTille i\it cod- Tié à cette grande fête militaire et s'y rendit avec rélite de sa troupe ; on vit le yauderiUi^c Barré célébrer les victoires de Napoléon comme, cinquante ans auparavant, on avait vu le chansonnier Favart chanter celies du maréchal de Saie à ses avant-postes. L'empereur paya largement les frais du voyage, il dota chacun des trois auteurs d'une pension annuelle de 3, 000 francs. A partir de ce moment, le Vaudeville ne fera plus d'opposition pendant toute la durée de l'empire. Une police inquisitoriale , une censare ombrageuse ne lui laissaient pas prendre une

Krcilie licence. Faute de mieux , il se jeta dans ; pièces dites de galeries ; alors tous les grands hommes défilent successivement , en robes de chambre , sur sa petite scène : Corneille, Racine, Molière , Rousseau , Voltaire , du Guesdin , Ck>ndé , Turenne , Lavater. Il n'est pas jusqu'à Young, le poète des tombeaux , l'ami des cimctièresi qr' y chanter aussi :

flod, flon, floa, lariradondaine.

Gai, gai, gai, Jariradondë.

Une pièce Jttérite une mention particulière en raison du prodigieux succès qu'elle obtint ; je veux parler de Fanchon la vielleuse , de cette jolie savoyai'de qui fit fortune, à ce qu'on prétend, dans son temps, rien qu'à Tendre des cahiers de chansons à deux sous. Je ne suis pas détracteur des femmes , il s'en faut de beaucoup ; mais, en vérité, je pense que ThéroïnedeMM. Bouilly et Joseph Pain a du enyen« die un certain nombre d'exemplaires pour amasser une fortune de 3o mille livres de rente. FancboD allait au Cadran Bleu et chez BanceUn jouer delà vielle; elle était si jolie que les mousquetaires et les abbés la faisaient chanter à table , loi permettant de tremper un biscuit dans le madère ou la malvoisie. Si nous en croyons le drame très historique de MM. Bouilly et Pain , Fanchon, non seulement conserva son honneur intact, mais encore veilla sur celui de plus d'une jeune Elle , qui lui dut le bonheur et la fortune..... Chose singuhère ! cette pièce contraiîa beaucoup l'autorité. Napoléon , qui commençait à rêver de nouveaux éçussonsf*, ne vit pas avec plaisir la vieille noblesse immolée à une courtisane ; toutefois on laissa la pièce poursuivie sa vogue; mais, de ce moment, la censure se montra plus méticuleuse encore quand il s'agissait de mettre en pi'ésence le populaire et l'aristocratie.

Fanehon était d'aillears une pièce bien conduite , qui offrait un mélange de qaHé et d'intérêt. Julien, dans le râle du capitaine de Saint- Luce, déployait de la grâce et de l'élégance, li était assez difficile de ouer les roués de bonne compagnie à côté d'E leviou, qui était alors la coqueluche de tout Paris. Madame Belmont était tout ce qu'il était possible d'être dans le râle de Fanchou , la nature avait fait la moitié de Tœuvre*, son talent fit le reste. Enfin , pour querieu ne manquât au succès de la Vielleuse , le célèbre abbé Geoffroy, qui rédigeait à cette époque le feuilleton officiel du Journal de t empire , qui s'était appcté et qui s'appelle encore aujourd'hui Journal des Débats , l'abbé Geoffroy poursuivit cette pièce avec acharnement, et fit au moins vingt' articles contre la F'ielleusey qui n'en continua pas moins d'attirer la foule. A madame Belmont , succéda plus tard une excellente comédienn&, inadame Hervey, qui quitta ensuite le Vaudeville pour la Comédie-Française , où sa place était marquée depuis loi^gtemps.

Parmi les actrices mentionnées dans cette chronique , je ne dois point oublier une charmante femme . mademoiselle Rivière : cette actrice a joui longteinps d'une vogue et d'une réputation méritées. Elle jouait les gi^andes dames et les officiers de cavalerie avec un égal succès. Une de ses créations les plus brillantes fut Jeanne cfjf^e ; il était impossible de se mon-

ivetphïê bdie, plm noble, fkûi couchftnM; aussi là f<)^le m porta à ce drame , plus attirée par les charmes de l'actrice que par esprit na« tionai. Mademoiselle Rivière par sa bi*autë, Téclat de soti armure, son œil jetant du feu , a pudoaner uneidëe de Thëroïnede Yaneouleurs. Je crois même que l'actrice avait quelques uns de ses traits , j'ai vu des portraits de Jeanne d'Arc auxquels elle ressemblait. 6rai^ nombre de comédiens se retirent souvent trop tard du théâtre , madeittoiseik Rivière l'a quitté beauconp trop t6t. N'oublions pas une autre charmante actrice, madame Désmar^. Son jeu plein dedëcence , ses manières toutes gracieuses, en ont fait longtemps l'un des sujets les plus précieux du théâtre de la me de Chartres. Elle jouait les amoureuses et les rôles travestis. Madame Desmares joignait à beaucoup de taleht des (|iiaUtés personnelles qui la faisaient estimer dans le monde. Elle a laissé deux fils qui cultivent avec succès les arts et les lettres. Sa fille a ^usé M. Tfaéaulon , auteur d'une foule de jolis ouvrages.

Les parodies , les i^evues smtoût eurent le privilège d'amuser ks Pai4siens. Dieulàfoi, Gersm, Désaugiers , Moreaiu, Francis , Rongemont, Aomersan, lliéaulon, DartoiSj Dupaty, Merle, de Jouy, Tournay, Dupin en firent jouer de très piquantes.

Le genre poissard s'y montra également,

tnals de loin à Imn : Une Matinée du Poni-^Nenf^ Jean Monnet j une Journée chez Baneelin, la Famille des Lurons j amusèrent beaucoup; mais il est juste d'ajouter que ce n'était plus le lan-

Îage grosner<le la foire Saint-Gemiain: C'était ien, comme aupai-aVant» le peuple quipai4ait, qui chantait ; mais le peuple libre, franc dans son allure, émancipé, vif, malin, spirituel, non

Ïlus ce peuple abruti des Porcherons et de la lourtille, mais ce peuple tel que Gharlet et Bellangé nous l'ont montré depuis.

Deux comédiens se distinguaient alors dans le genre grivois : d'abord Joly , acteur soigneux, mais un peu froid , se peignant bien le visage , s'babillant avec esprit et goût; on se rappelle combien il était vrai dans Lantara et les Deux Edmond. Citons ensuite mademoiselle Minette, jouant au Vaudeville Temploi de Brunet et de Potier ; petite actrice^leîne d'esprit , de finesse , de malice et de comique ; mademoiselle Minette est de plus une vaudevilliste, elle aurait le droit d'assister à l'assemblée générale des auteurs , et de nommer des commissaires. Elle a donné au Yaudeville Piron au café Procope , à elle seule , non qu'elle eût manqué de collaborateurs; au contraire, elle en aurait eu presque autant que M. Scribe , si elle l'eût bien voulu.

Citons encore Virginie Déjazet qui jx>uait

avec esprit la fée Nabote dans la Belle au bois

'onnant , et Jenny Vertpré qui s'était déjà fait

remarquer par cette rare iatelligencei cette espièglerie , cette gaité communicative qui devaient un jour la ranger parmi les premières comédiennes de son temps. :

Dan^ le bon temps du Vaudeville , il s'élevait souvent de petites querelles entré théâtres, m^is la guerre se faisait au bruit des chansons, et tout devenait motif de couplets : ainsi , la Comédie- Française ayant voulu donner une pièce mêlée de chants, le théâtre de la rue de Chartres fit jouer aussitôt la tragédie au J^audevillcy disant, avec raison et malice, que si les comédiens français chantaient le vaudeville, le vaudeville avait bien le droit de chanter la tragédie.

Le grand .Opéra anxioncie un oratorio appelé la Création du Monde ; deux jours après , le Vaudeville ^affiche la Récréation du monde...* Messieurs Etienne , Nanteuil et Moras improvisent pour rOpéra-Comique la Confession du isaudeyiUe) Barré, Radet, Desfontaines ripostent par une pièce intitulée Après la Confession la Pénitence»

£h bien ! toutes ces choses, qui paraissent des niaiseries , étaient alors de petits événements littéraires..^. On en parlait un mois d'avance, CD s'en entretenait dans les salons , dans les cafés, dans les foyers, dans les coulisses. Les temps sont bien changés ! . . . aujourd'hui, si l'on donne par an trois cents pièces qui ne laissent pas trace de traces.,., c'est que l'on ne croit

ptaâ k rien , et qti'aloH on croyait dû théâtre , au talent, à la critique, à Tespr it , à là gfttté, ftn fylaiéir.... Je tie me fais pas pes^ivhiste , mais 4ites-nioi si je mens....

LA société du Gâteau moderne se tattaelie à rhlstoii*e dd théâtre du Vaudeville, car presque fôtts les auteurs qui en faisaient partie y ont donné grand nombre d'ouvrages. Cette société fut fondée, en t8o5, par Gapelle et Armand GoufFé. Yoîcl la liste de ses convives depuis son OTijnne jusqu'à son extinction, arrivée en 1817:

Gapeltè (t) , fondateur et membre , car il y payait aussi son écot par de jolies chansons et des

Sctits contes remplis d'esprit; Laujon*, présent ; Armand GoufFé , secrétaire ; Piis*, Désaugiers'^, Grimond de la Reynière"', Marie de Saint^Ursin*^ ; la Réveillerez qui signait Glyto-

Ïhone; An tignac**, Francis, Béranger, Moreau*, 'ournay, Pliilipon de la Madeleine*, Demeautort * , * Jouy , de Chazet , de Rougemont , Dupaty , Longchamps * , Ducray - Duminil * ; Eusèbe Salverte, aujourd'hui député; Ourry, Gentil; Gadet-Gassicourt, qui signait Gharies de Sartrouville* ; Théaulon, BalUeul (journaliste} ; Braciér^ Goupart, Jaquelitt* ; parmi les membres honoraires et comme artistes, Mosin, Alex.

Kccini, Frédéric Duvernoy, Doche*, Ghenard*, Baptiste.

(i) J^ai marque d'un ask'rîsqiie les noms de ceiu qui éont morts.

A la niôrt de Lâujûn , ârrit^e êa t8t f , t) Tilt décide que touâ tes inetnbréi du Gâteati se f fts«- ^embleraiènt pottt payei* à la mémoire de soh président un tribut d'éloges en flonflons. Il fut mèié que Ton composerait une pièce intitulée Laujon de retour à l ancien Caveau ^ que ccue pièce serait donnée au théâtre delà rue de Chai>ires , et q\xe le montant des droits d*auteur servirait à donner une fête à laquelle^ seraient inrites les comédiens qui auraient joué dedans. Le directeur Barré s'associa de cœur et d'esprit à cette bonne idée t dès que le vaudeville fut acbe* ré, il le mit en répétition, et le fit jouer immédie^ teinent. La pièce, montée avec l'élite delà troupe, obt'mt un grand succès ; trente représentations (le suite prouvèrent que le pubKc avait compris 1 mtention des membres du Copeau moderne^

Un mois après la représentation de la pièce, le 20 janvier i8iâ, Baleine ayant été prévenu qu'il y aurait grand gala au Rocher de Cancale, donna des ordres en conséquenee. Un vaste salon fut décoré d'une manière somptueuse, des bouquets avaient été mis à de certaines places , car les actrices cnii avaient joué dans l'ouvrage avaient été aussi invitées : c'étaient mesdames Hervey, Rivière, Desmares ; les acteurs Vertpré, Saint-Léger, Lenoble, Isambert, Hippolyte, Chapelle, Fontenay, Joly, Edouard.

Par une attention délicate , les artistes avaient désiré dîner à midi , afin-qu'ayant fêté Laujon

An maretiâtid de colifiobet.

Alors, d*ua ton po)î, Ficliet Dit : de vos crh Fi<»i«t M fiche ; Car il fa ni bien, foi de Piehet, Lorsque Fichet est sur raffiche, Ataler Tàffiehe et Fichet .

Le ttiorchatid de coliOcIiet, Fichant Tafficheur sur Fichet, Chiffionua Fichet et Taifiche Et dit : Fi donc! fichu Fichet I Fiche ^tnoi le camp de Faifiche ; Car tu n^es frais qu'au lit, Ficliet I

Je n'ai donué ces couplets que parce c|U*il^ appartiennent à l'histoire du Yaudevilte. Vanleur est trop connu comme chansonnier poa> que je uie aispense de rappeler ses titres. Ar mand CoufTé joint la pureté de Panard àl malice de Collé. Le CorbiUarJ^ la Mort subiu Diogèncp ta Lanterne magique. Plus on est dl Jbus plus on rit y et beaucoup d'autres cliansonv ont depuis longtemps fait sa réputation.

Jusqu'en i8i49leyaudeyille marcha dans lei voies que nous venons de dire, mais de grand événements durent alors l'en faire dévier. Le étrangers avaient envahi le territoire , ralarm< était générale; le Vaudeville comprît qu6 sa mis sion était de relevet l'esprit public, et le Vaiv deville se montra fidèle à sa mission. Malheu reusement, il est plus facile de chanter quedi vaincre ; la France devait céder au nombre ; l Providence avait résolu qu'an peuple qui avai

deux hi» emvabi deux grandes capitales derEa** rope devait, à son touri voir l'Europe en armes déborder chez lui. Les rois et les peuples reçoî<« vent souvent de grandes leçons!...

Cependant Barré se faisant vieux nous disait souvent mi riaut t « Mes amis» il est temps que " j'abdique ; j'ai bonne envie de faire comme » Charles-Quint, non pas de me faire moine, » mais bon bourgeois de Paris, » Désaugiers fuc désigné en i8i6pouvsuccéderàBarré; cela devait être. On ne pouvait placer à la tête d'un ibéâtre chantant un homme plus capable d'y entretenir le feu sacré; toutefois, ayons le couu^e de le dire , nous qui avons été son ami, |Jéi>augiera, homme d'esprit s'il en fut, mais '^ible, bon, insouciant, n'avait point cette volonté ferme, cette assiduité, cette persistance de 'ous les instants, qualités indispensables à im directeur de spectacle; il ne savait rien refuser, pas même un congé aux actem^s dont il avait lé i'ius besoin.

Heureusement, M, Scribe vint, et avec lui une iiouvelle génération d'auteurs. MM. Mélesville, Deleslre-Poirson, Mazères, Carmoucbe, Frédéric de Courcy, Saintine, Bayard, Oupeuty, de Villeneuve, Emile, Vanderburch, Delurieu, T. Sauvage, etc. ; une actrice venue de province, iiiadame Perrin, débuta avec un succès prodi"* i;ieux. Gontier, qui n'avait pas nu se faira dis» ^iugiicr anx Français ni à Feydeau , faute de

tàleB où il put développer les germes de ce talent varié dont il a donné tant de preuves, Gontier, ennuyé de doubler des acteurs qui souvent valaient moins que lui, se présenta au Vaudeville, et devint en peu de temps un des comédiens les plus remarquables de cette époque. Il créa, ainsi que madame Perrin , le Petit Dragon, le Nouçeau Pourceaugnac , le Fou de Péronne , les Montagnes russes , le comte Ory , et beaucoup d'autres ouvrages d'une physionomie neuve et originale. On se rappelle aussi avec quel talent il jouait les vieux soldats. Ce théâtre, sous la restauration, a été surtout remarquable parles pièces faites sur nos victoires passées. Gontier, Philippe, Joly, Lepeintre aîné , Fontenay out eu pendant dix ans l'entreprise des vieux grognards ; ils en ont tant joué qu'ils auraient pu demander une haute paie pour frais de catogans, éperons, moustaches, croix d'honneur, et autres objets d'équipement. Il était rare qu'une pièce ne renfermât pas une douzaine de couplets sur la gloire, la victoire, les guerriers, les lauriers. C'est au point que, sur les derniers temps, on finissait par dire aux auteurs : Votre vaudeville est reçu, mais à condition que vous ferez de votre notaire un maréchal des logis, de votre calicot un lancier polonais, et de votre mèrenoble une vivandière, liu reste, il est juste (le reconnaître ici que le vaudeville cherchait dèb lors à se raj^rocher de la comédie» M. Scribe

direcj Arago.

ir, que là j directeui* i de circon8«« i//ef. Ce vau- .dque, brillait j, mais aussi par barricades, ilde«* . Le Vaudeville prit aionai. C'est la seule js qui ont ëtë j ouëes de* erile d'être mentionnée, que le Vaudeville , qui a de 1 789, la république, le , la restauration, n'ait pas .rain pour le pouvoir de i8ào?

ipn que je laisse à résoudre à l'Etat ; il y aura une lacune dana Vaudeville. Les circonstances n'é^ rlus de nature à échauffer sa vervte

au'à régayer, le Vaudeville changea bientôt e genre. Possédant déjà Lafont , acteur ballant , Lepeintre aîné, acteur habile , Fontenay, acteur correct , Guillemain, acteur utile , il engage Arnal et Yolnys, deux contrastes ; à des talents comme ceux de Mesdames Dussert- Bocbe (i), Thénard , Guillemain et Brohan , il ajoute madame Albert y actrice à passion nerveuse, douée de ce magnétisme dramatique qui entraîne irrésistiblement tout un auditoirf .

Plus tard, la troupe se recruta du jeune Emile Taigny, qui tient aujourd'hui tout ce qu'il avait promis à ses débuts. Une pépinière de jolies femmes apparut ensuite , mesdames Balthasar, IMayer, Anaïs Farguiel ; avec Yolnys, Taigny, eti madame Albert, le Vaudeville va se faire drame actuel, il portera la toque de velours et la bonnt dague de ■ 7 olède.

Henri II, Henri III, Charles IX, Louis Xllli Louis Xiy, Louis XY, vont défiler un à un devant le peuple qui a si souvent comparu deJ vant eux. M. Ancelot (2), homme de talent^ va exhumer le xviu* siècle, cet extravaganl XVII i^ siècle qui descendit de voiture pour moutci

(1) Elle Tient de mourir jeune encore; c^st ud^ perte pour ce théâtre. I

(») A côlé de M. Ancelot , depuis quelques anot^^t le* auteurs qui ont obtenu de grands surcrs au Vaiidej Tille sont MM. MdJes ville, Bayanl. Paul Dup«a't, Lokrui Fournier, Arnouïd, Duvcrr, Devergors, Varin,etc. '

en charrette!... il nous fera assister aux orgies

de la i^gence, aux saturnales du cardinal Dubois....; il nous montrera ce noble Cazotte qui mourut si bien , et cette pauvre Dubarry qui liiourut si mal ! Puis les courtisanes arriveront à leur tour : Ninon, Marion Dclorn^ , Marie Mignot, la Camargo, et toutes ces folles seroiU bien accueillies.

Puis viendra Fauh/as, cette spirituelle saturnaledes boudoirs, puis enfin le livre de Laclos, les L-'aisons dangereuses!,», sujet triste, mais qui n'est point aussi immoral qu'on a voulu le dire. Tout ce pèle même attirera de nouveau la foule à la rue de Chartres ; la plupart de ces ouvrages, visant plus aux larmes qu'au rire, on J^liantera peu désormais au Vaudeville, ou, pour Milieux dire, on n'y chantera plus du tout. On 8e contentera d'un chœur de la Gaz2a pour faire entrer les acteurs en scène, et d'un air de Roùin des bois pour les faire sortir.

Mais alors la direction se souviendra d'Arnal, ^nial!.... )e niais de la fashion , Arnal qui joue si spirituellement la sottise en gants jaunes ; et à côté d'Arnal , prince des fous , on trouvera un acteur introuvable , un phénomène vivant , un vrai morceau d'histoire natui^lle, Lepeintre jeune, puisqu'il faut le nommer, Lepcintre , prince des niais ; et alors Arnal H'endra Lepeintre jeune par la main , il le Posera en face d'une brillante société , l'expU-

quera , l'analysera , le disséquera , et alors Arnat dira au parterre, en montrant le gros Lepeintre :

« Ce que vous voyez là , on pense que c'est »• peut-être un homme; celte excroissance de ». cliair que vous apercevez entre les yeux et la » bouche nous semble devoir être un nez ; ceci • ressemble à des bras , cela pourrait bien être » des jambes. »

Et alora un colloque s'établira qui ne ressemblera plus à quoi que ce soit d'humain , ce sera presque un cours d'anatomie comparée. U gros compère de la rue de Chartres , le Falstaî français , se prêtera à toutes ces folies avec une bonhomie surnaturelle , une bêtise divine...^ et enfin, pour arriver d'un mot jusqu'au sublime du genre, Lepeintre jeune dira à Arnal i

Comment vous portez-vous? et Arnal lui

répondra devant quinze cents personnes : YoQl en êtes un autre.

Or ces extravagances seront écitites et àk bitées de la façon la plus exhilarante qu'on ai jamais imaginée. Le vaudeville, né français, arlera plus aucune langue, et cependant to s exotiques riront : l'Anglais rira , Tltalû rira, l'Allemand rira; car, si l'étranger ne les comprendre , il les verra du moins , et c' assez. Gloire vous soit rendue , è Arnal , Lepeintre!. .. vous avez agrandi le domai

le la folie, tous aréi recule les frontièreé de * absurde!

Telle est, en abrégé , Tliistoire du théâtre de a rue de Chartres. Au moment oâ j'achère , re théâtre est menacé de démolition pour cause le sûreté publique ; il n*y a rien à dire à cela, si ce n*est qiie voki tantôt quarante-cinq ana pi'îl menace ainsi la sûreté publique , sans que personne s'en sok aperçu jusqu'à présent , pas même le pouvoir. Enfin, n'importe! ....

Lorsque j'écrivais ces choses en i836, le théâtre du Vaudeville était, en efiet ,menacéde démol ition; il était même question de ne lui accor-* der que six mois pour se pourvoir. Historien des théâtres , ma mission est de les défendre. Je ne uouvais pas mauvais que Ton pensât à trans-* ]M)rter ailleurs un établissement dont le voist* nage pouvait devenir dangereux pour le quar^ tier ; mais je voulais que l'on donnât aux action* naires et aux directeurs le temps de déménager. On ne quitte pas une entreprise théâtrale comme an appartement de garçon.

Si an gouvernement trouve qu'une exploitatlon est depuis longtemps à craindre ^ il peut , il doit la supprimer, mais en donnant aux propriétaires de longs délais et des dédommagements en raison des sacrifices qu'ils sont obligés de faire.

Le funeste événement qui vient d'arriver prouve qu'il faut plus que jamais que les salles

de spectacle soient isolées, mais il faut aussi que la mesure soit «jénérale.

Puisque tous les gouvevuements qui se sont succédé avaleut cru devoir laisser subsister la salLe du Vaudjeville pendant quarante-cinq ans, on avait lieu d'espérer qu'elle pouvait vivre encore quelques années. Le destin en a décidé autretneot. Le mardi 18 juillet la salle de la rue de Ciiartres a été incendiée; le feu s'est déclaré dans les combles entre trois et quatre heures du matin.

Voiqi comment un très spirituel journal rend compte de cet événement.

u La jolie petite salle du Yaudeville, où l'on avait vu passer tant de charmantes pièces, où l'on avait ri de si bon cœur, n'est plus qu'un monceau de décombres.

ûii retrouver maintenant l'endroit où le: jeunes et jolies actrices posaient leurs pas?... Gomment saisir, dans cette atmosphère char(;é< d'asphyxie,, le dernier écho des couplets d'Arnal , et le petit bruit des phrases coquettes d( Madame Ancelot, si bien dites par MadanK Albert?.,.

On ne sait pas encore à quel endroit le feu i commencé. £t qu'importe l'endroit?... Queâ soit l'atelier des peintres, ou toute autre localité qui ail servi de loyer à l'incendie, le fait est qa< le feu s'est manifesté, qu'il a envahi toute la salie; }>9uvre édifice ei^ bois qui servait auirefoi

des réunions dansantes, ayant que Musaid xistât, monument fragile comme la contexture 'un vaudeville , et qu'aujourd'hui il n'y a sur ette scène. Lier encore si riante, si prospère et i heureuse, que de la fumée et des tionçons de ois noircis...

Le feu a pris à quatre heures du matin , ['autres disent à trois heures et demie. Aussitôt, es provinciaux qui se logent dans les boyaux [ul s'appellent les rues de Chartres, Saint-Thouas-du-Louvre et autres, sous prétexte d'être )lus près du centre de Paris, du Palais-Royal, )ai u'est au centre de rien du tout ; ces provinciaux, disons-nous, ont pris l'alarme, et Tonna rencontrait dans les rues que des gens en chemise, portant leurs dieux pénates sous le bras, un sac de nuit et une valise.

Le duc d'Orléans, le préfet de police, les colonels des pompiers et de la garde municipale, M. Fontaine , architecte du roi , se sont rendus sur les lieux ; mais il était impossible de se ren-. dve maître du feu : il a fallu employer le procédé deSamson, et écraser les Philistins sous les colonnes du Temple.

Le courroux du ciel s'est attaqué au Yaudcville; les auteurs dramatiques devront faire une neuvaine. Cette calamité est, du reste, une calamité nationale. Le rire s'en va comme les dieux, comme les rois; que va-t-il nous re^r, liclas ! si le rire , chassé des salons, àp^

des promenades, est encens réduit en cendres daus la ^rsonne du Vaudeville?

Toutes les forets sont brûlées, il ne reste pas an seul arpent de forets à ce grand propriétaire qui s^appelait le Vaudeville , tous ses pans ont été détruits; la flamme consume encore les toits de ses maisons de campagne ; il ne lui reste pa^ le plus petit salon doré, pas la pins petite mansarde pour recevoir les comtesses de la régence e( les grisettes de i838.

Parmi les gens qui se sont dévoués^ personne n*a péri ; c'est encore une consolation : tout le monde a déploré ce fatal événement , tout le monde, excepté la province, qui jouira peudanl quelques mois, et d'une manière inespérée , de^ talents de celte troupe, qui ira attendre à Lyon à Marseille , à Bordeaux , qu'on lui ait hâti u nouveau théâtre, pour régner encore et se fair applaudir. »

Tout le monde a parfaitement rempli &o\ devoir; l'autorité a promis de venir en ai^i* aux incendiés, il faut qu'elle se hàtei il y a ur gence.

Deux intérêts se trouvent en présence , cela de la propriété et celui de l'exploitation : espc' rons que les deux parties s'entendront dans ui malheur commun.

Les directeurs du Vaudeville ont été reçus le jour même du désastre, par M. le ministJ de l'intérieur, qui les a fort bien accueillis.

MAI. Dormeuil eC Hare) ont offert leurs illes aux comédiens pour y donner des repréentations trois fois la semaine. Cette proposition l'a pu être acceptée.

Des pertes plus ou moins considérables ont ^té faites par les comédiens , notamment par ^ile Taigny, Hippolyte, Lepeiutre ainé^Fonvenay , et Alesdaines Albert, GuillemiU} Fargucil, Baltkasar, Mayer, etc.

Le limcmadier, M. Malbret, a beaucoup soufleit; cependant les glaces de son établissement, son argenterie et quelques effets ont été retirés 'mtaets.

Le caissier a mis sa caisse et ses registres à couvert.

Monsieur Docbe, dont le père a tant £aiit chanter à la rue de Chartres et qui continue avçc succès la réputation paternelle, a sauvé son violon de l'incendie... : c'est d'un bon augure... i le ^lofofi du F'audewille^ c'est le drapeau du régiment.».

« Le théâtre du Yaudevilley depuis 1 792 jus- » qa^en i838, a passé successivement entre les » uiains de Barre, de Désaugiers, pub de Mes- > sieurs fiérard, Bobain, de Guerchy, Bernard » Léon ; les actionnaires gouvernèrent eux- ^ méunes pendant quelque temps , mais sans » succès* Enfin la direction échut à M. Etienne » Arago, qui s'est, a plusieurs reprises « donné "^ Ae& associés : on a cité MM. Bouffé^ CaiM*

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» sade, Lauray, Diilac, Villevieille et Dulacq. M Au moment de Tincendie , ces deux der- » niers étaient les seuls associés de M. Etienne » Arago. Celui-ci tenait la salle à loyer toutsim- » plement.

» On rapporte que la salle du Vaudeville, w soumise, il y a quelques mois ^ à Tinspection » de trois commissions, avait été condamnée. » M. le ministre était sur le point de signer uu » arrêté ordonnant la suspension des reprcn sentations du Vaudeville dans remplaceineot » rue de Chartres ; mais comme cette décision 9 froissait des intérêts multipliés et pouvait faire » surgir des pVocès interminables, à force de » démarches et d'objections on avait fini par » l'ajourner et l'on demeurait dans le pro« » visoire. »

(Courrier des théâtres, \c^ juillet,)

On a raconté Tanecdole suivante au sujet dd l'incendie :

Les événements importants n'ont jamais liea sans que plusieurs personnes les pressentent longtemps à l'avance. Ainsi l'incendie du Vaudeville n'a surpris personne. Une vague idée de destruction prochaine occupait la pensée publia que au sujet du Vaudeville, et il n'y a pas longtemps, ce pressentiment se manifesta dans des circonstances que nous allons vous conter.

On donnait, ce soir-là , Renaudin de Caen ou l« Mari de la dame de chœurs. Dans uiic loge, m

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tranger se prélassait, tout seul, et assistant sys- •inatîqaemciit, sans y rien comprendre, aux laos de la gaité française. La vétusté de la salle araissait le préoccuper beaucoup plus que tout \ reste : curieux apparemment de savoir jusu'à quel point sa vie était compromise par le laisir dangereux qu'il goûtait dans un édifice ussi délabré , rétran{)er leva doucement sa anne vers le plafond de sa loge et y frappa eux ou trois petits coups. Ce fut assez pour causer un grand dégât et pour donner l'essor .des nuages de poussière qui s'envolèrent lencment vers le lustre. A l'instant même deux ou rois cris de femmes se firent entendre, suivis du avait des banquettes qu'on renversait, des portes le loges qu'on ouvrait précipitamment, des couoirs qui gémissaient sous les pas des fuyards. Tout le inonde avait pris ces trois petits coups pour le bruit d'un écroulement, et la poussière sortie de la loge pour les premières fumées de l'incendie. L'étranger, cependant, ne bougeait pas, et regardait émci-veillé le tmnulte soudain dont il était la cause involontaire.

Araal était en scène en ce moment : stupéfait ^e cette inattention, de ce bruit, de cette fuite soudaine, il contemplait les loges avec la pliy- ^onvie effarée que nous lui connaissons tous, et ^6 regard si parfaitement inintelligible dont la nature Ta doué. La méprise générale ne lui avait pas échappé. Il se risqua donc à venir mod'*^*~

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mêDt au boffd de la rampe demander poarq;iioi on s'en allait.

-* C'est le feu; le théâtre bruIe, lui criait-on de toutes parts. £t quelques spectateurs, déjà debout sur les banquettes, ajoutaient avec la plus amusante fureur :

-— Gomment ne rassure-i^n pas le publie! C'est indigne!—- 'Qu'on rassure le public!

Alors Arnal eut une belle inspiration : boutonnant son habit b!eu avec un mouvement de généreuse colère, et passant noblement la main dans ses cheveux :

— Ah ça ! s'écria-t-il ! croyez-vous donc que s'il y avait le moindre danger je m'amusei*ais i rester là , moi ?

Nous n*avons pas besoin d'ajouter, pour ceux qui connaissent Arnal , que la frayeur générak ^e perdit dans un éclat de rire, dont trembla la salle, et qui fit courir au public un danger ti'ès réel cette fois.

On ignore le parti que les anciens actionn^ùres vont pi^ndre. . ; on pense généralement qu'ils re-j bâtiront une salle, mais le temps de trouver un terrain.., de s'entendre... et de réédifier, tout| cela sera l'affaire d'une année au moins... Que deviendront les altistes en attendant ?.. i

Quant à moi, pauvre chansonnier.., j'étais loin de ni'attendre, quand je donnais dans Id première édition de cet ouvrage, l'acte de nais*' âauce de ce théâtre, si couru,., si fcté pcndan^

quarante-sept ans, que, dans la seconde édition, je serais obligé d'enr^strer son extrait niorluaire.

Ombres de Favart , de Laujon , de Barré, de Piis, de Radet, de Ségur, de Désaugiers, consofiz-vous dans vos tombeaux.. ; le Vaudeville l'est pas mort.., le Vaudeville ne peut jamais nounr en France.., il renaîtra de ses cendres...

0 mon petit Vaudeville... , loi que j'ai tant ùiné...,toi, mon enfant chéri..., te voilà donc uns asile?... quel sera ton refuge?... ou iras^ tu?... que deviendras-tu?... je l'ignore...

Mais, sois*en sûr, où tu planteras ta tente, où ta feras élection de domicile, mes vœux te iuivront toujoui*s.

La CHANSON, c'est la vie pour moi..., vétéran lu couplet ; c'est l'air, c'est la santé, c'est la joie, c'est tout!,..

Riez de moi si vous le voulez, riez de moi tant

e vous voudrez; mais j'ai bien peurde mourir

ans la peau d'un vaudevilliste.

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