THÉÂTRE DU MARAIS
&UE CULTtAE-SAINTE-GATHfiaiNE (l).
L'histoire dn théâtre du Marais ^ que je vak tracer ici , n'est pas celle du théâtre fondé en 1660, lequel fut d'abord rue de la [Poterie > près la Grève , a l 'hôtel d'Aiigent , plus tard vieille rue du Temple, au dessous de l'égoutde cette rue , où les comédiens avaient loué un jeu de paume, et enfin rue MicheMe-Comte, jusqu'en 1673, époque à laquelle il fut fermé et aémoli, et quelques uns de ses meilleurs sujets léunis à ceux de Thôtel de Bouiigogne.
Ce n'est pas non plus le Marais des temps passés que je vais explorer,
h ne vous conduirai point dans la rue Cul-
(1) Ce qu^on appelait, avant et aprt-s Henri ÏV, cuï" ^Qre ou conlture , c'tait des terrains ensemences on ^jardinage. Paris a conserve longtemps,. dans beau- ^iip de quartiers, des moulins « vent, des prc4, des ^^«s, etc» On disait : les coultures Sain te- Catherine, V. Gervais, V. Martin, L. Quelques <îcrivains disent aos«i coutureSé
ture-Sainte-Cattierine pour vous indiquer L
1)lace où le connétable de CUsson fut assassiné, a maison du boulanger qui lui sauva la vie, e1 où le roi et toute la cour l'allèrent voir ; je ni vous conduirai point rue des Toumelles , cbe mademoiselle de Lenclos , pour vous faire assister à la lecture de Tartufe , en présence di grand Condé, de Corneille, de B.acine, La Fou taine , Saint «• ETremont , LnHy 9 Quinault Chapelle, etc. ; je ne vous mènerai pas chez Mar non Delormè , cette folks courtisane , qui recevait diee elle toute la jeunesse dorée et titrée, «yant à sa télé ce sémiUant marquis d'Effiat €C ce vertueux et candide de Thou, cette saioi^ TÎGtime de Tamiliié. Vous ne rencootierez pai dans mon Marais oes p,raves prisîdcnts mo&tâ imt leurs mules. N'ayez pas peur de vous trois Ter face à taoe avec Montiiiioreocy<*Boutevill«| €(ai livra à la place Royale un «oubliât de tnw contre titiîs , dans lequel Bassy d'Amboisesuc «iHifil^a ; vous pouivez voms promener d^ps i^^^' arsenal ,- sans craindre qn'un raffiné on un m^^ imii gurçok "vous barre le chemin.
Le Marais de 1791 ne sera plus ce Marais* la physionomie distincte , ori^j^inale , ce Mara! peuplé de présidents à la Grand'chambre, i Marais inféodé; si loin de Paris, dans Paij même : ce sera le Marais reVotoib«/?tai/v ; v entendez bien : le Marais révolutionnaire^ A mots cpii ont l'air de hurler ensemble. Et v
te chercherez plus la Bastille ?. . . Elle est tombée ous les coups <la grand démoHsàeur ).... 1er leuple !..., Vous né nie demanderez \AtiÈ If >lace Royale ?. . . Elle s'appellera bientôt la placÀ les Piques , avant de prendre le nom de placé Les Vosges, pour redevenir la place Royale; le Vlarais ne sera plus un quartier de Paris ^ maiê lue section ; oui , vous lirez bientôt sur la porte le l'hôtel de Marion Delorme : Liberté , égalité, raternité ou la mort!.... la mort!..«. pauvre Vlarion!.... Elle qui ne voulait la moft de personne!.... Sur le boulevart Saint^Antoine, visa ris la rua du Pa«-de-la-Mule , vous apercewez une maison nouvellement bâtie , un jardin fraW chement remué , et vous lirez cett<s inscrriptioa ;
« Ce pçtit jardin fut planté » L^an premier de la libertë . »
Et cette maison , ce jardin, à qui seront-ih?..» à Caron de Beaumarchais , à rhomme dé là lutte incessante, à Thommç du pugilat littéraire^ politique et Bnancier ; à ce Garon de Beaumarchais qui disait au pouvoir en portant la tété haute : u Si vous ne voulez paà que Ton joué mon Mariage de Figaro à la Comédie-Française^ on le jouera dans l'égUse dé Notre-Dame.
Prédiction terrible.. , et qui s'est, en quelque sorte , accomplie ! . . .
Beaumarchais démoUra la noblesse , prendra les grands seigneurs corps à ct)rp8 , les déshabillera pièce à pièce ; mais alors , le satirique
wra enfermé à Saint-Lazare , et ces noMes, ces
5;randt seigneurs qu'il avait pinces, mordus, gratignés , flagellés , le fustigeront à leur tour. Le marquis de Ghampcenets, de folle et douloureuse mémoire , loi chantera à travers les baiTeaux de sa prison :
« Sans doute, U tragédie,
y» QuUl nous offre en cet instant,
» Ne vaut pas la comédie
a De cet auteur impudent.
» On VétrilU, il pleure, il crie,
» Il s^asite en cent façons ;
1) Plnignons-le par des chansons . »
Bientôt Garon sortira de Saint-Lazare pour achever sa vie tumultueuse , et le pauvre marquis de Champcenets prendra sa place en prison; mais il n'en sortira , lui , que pour aller à l'échaiaud, après avoir demandé, en riant, à Fouquier-Tainville , s*il ne lui serait pas permis de se faire remplacer comme à la garde nationale. Beaumarchais continuera son œuvre diabolique , et cet homme extraordinaire, qui a dit avec raison : Ma vie est un combat , mourra subitement , sans infirmités , sans maladie, dans toute la vigueur de son esprit, le i ornai' 1799, k peine âgé de 64 ans. Son dernier voeu fut exaucé , le voici :
(c Dans mon printemps,
» J*cus du bon temps,
» Dans mon été
» Trop ballotté, » Puisse un bon esprit encore vert, » Me garantir du triste hiver.
i^oilà des vers fort médiocres.., ^ jVime mieux a prose de vos mémoires ^ monsieur Caron.
La fondation du théâtre de la rue Culture- »aint&4iathenne remonte à 1790.
Les comédiens italiens ayant voulu, à cette rpoque, liquider leurs affaires •, résolurent de se ëduire à vingt parts , et de placer tous les ans les ixautres parts sortantes dans une caisse d'amortistement. Les acteurs sur qui cette réforme tomba ;e réunirent pour fonder un nouveau spectacle. Embarrassés sur le choix de l'emplacement, ils le rappelèrent qu'il y avait eu jadis un théâtre ians le quartier du Marais et se décidèrent à e relever.
Les six acteurs réformés étaient Gourcelles [ dit Langlois ) , Yalroy, Raymond , les dames (Terteuil , Raymond et Desforges. Gourcelles fit lonc bâtir une salle en 1 790, rue Culture-Sainte- Catherine, dans le dessein d'y jouer la tragédie H la haute comédie. Mais les temps étaient changés... ; nous n'étions plus en 1660. A cette époque , le Marais était un quartier fréquenté , c'était le centre des plaisirs. Toutes les jolies femmes , tous les sens du bon ton , allaient se promener au temple ; un spectacle pouvait donc &'y maintenir. Depuis et avant la révolution , le Mai'ais était devenu le quartier des rentiers et des dévotes (il l'est bien encore un peu aujoui'd'hui ) . C'est ce qui rendit alors impossible la réussite de ce spectacle, qui fut ouvert le i" sep-
tembre 1791» par la Métromanie et VÉprewn houi^U: Lé directeiir avait engagé'Baptîtte â^aé, sa faiTiille et d'antres artistes distingués. Tout semblait Itti^ promettre une ère de prospérité. La première année fut heureuse, maik laseconde le fut moin^. Laissons parla: VAhnamuk des
'spectacles de 1794*
«t Depuis la Wvolution , le Marais a encore
' » une fois changé de physionomie ; ce quartier, » àiiisi que celui du faubourg Saiat^Gennaii, » s^est le plus ressenti de rémigration. Toas te 1» dévots , tous les gens de robe , tous les rea- » tiers ont abandonné leur patrie , leurs nai- » sons, et le Marais, déjà assez désert > l'est » encore devenu davantage. Cet abandon d'xui w ramas de riches , d'égoïstes , a nui à l'entrew prise du citoyen Courcelles. L'année 17921 » fertile en événements , a tout à fait ruiné son » spectacle , et, vers le milieu dé 1793, leci- * toyen Courcelles ,' abandonné de son prioci- » pal soutien , le citoyen Baptt«te atné , qui est
' » entré, arec sa famille , au ihédire de la Réf^t- » hlique, a fermé la salle, en dëdarant son 'm- » possibilité de satisfaire à ses engagements. » A son début, la troupe était nombreuse t B^p' tiste aîné, Perroud , Dubreuil> Dugrand, Courcelles, Perlet (père dé l'artlstedn Gymoase), Baptiste cadet, Bourdet, Lasozelière, etc. ; ^^ dames Yerteutl, Baptiste bru, Baptiste nièrei
'Paulin> BfeUevjd, doirthier, Destivai) noms
bers aux amis du tbAtre et qui sont encore ans la méiiimre de quelque» vieuK %w4f^.
Le comédien La^otelière joigDftit à un grao4 3iids d'ainouir-propiç w esprit tpè» çau^iqUf . «s camarades, aya^t ei| souvent à tupnor^iur es railleries, ses épigranimesy résolurent da ^'411 enger gainient.
Un matin , on répétait /î^ Florentm deLaFoi^ aine, dans lequel Lasozelière devait remplir le 61e d'Arpajèae. On sait que le dénouement de ette comédie se fait par le moyeii d'une cage de er i ressorts. La cage avait été exprès apportée (ur le théâtre. Lasozelière , qui ne se méfiait de rien , et qui répétait toujours avec beaucoup de soin , le mit dan,s la cage; à peine y écait41 entré, [{a'à un signal convenu , quelqu'un pousse te ressort, et voilà Lasozelière pris au traquenard* Une ibis prisonnier, tous les comédiens et comédiennes défilèrent devant lui en riasit ot ta lui rendant les mauvais complimenta dont il Q'a?ait cessé de les gratifier. Plus il criait^ plus ses camarades riaient. La duègne lui disait : a Laaozelière , tu comifiences à manquer de mémoire, mon ami, il faut prendre earde àedia.»» Le grime le prévenait charitaUement i^^'il avait été détestable dans Uarihah. . . ; le comique lai reprodiàit de ne pas savoir s'habiUer; la Mubretae, en l'agaçant, lui chantait : u Âh! h bel oèseau vraiment,... ; » et la }eunié premiènS , riant comme une folle ^ lui répétait à travers Us
bftrreaux de sa cage : « Baisez petit fi!. ... petit mignon/.... 9 Lasoa&elière, furieux, criait, jurait, 9*a£ttaît dans sa cage de fer, çonune un animal de la ménagerie du Jardin des Plantes. Enfin, après lui avoir dit toutes ses vérités, on lui rendit la liberté. Cette plaisanterie fut cause qu'il Ïuitta la troupe du Marais. Lasozelière, cornéien passable , possédait des connaissances en littérature. Sa conversation était amusante ; comme il avait vu beaucoup de choses , il avaiti la tête remplie d'anecdotes curieuses, il nous eo a raconté beaucoup à Merle et à moi, mais jamais celle de la repétition du Florentin.
Le directeur du théâtre du Marais a£Fectait de jouer de préférence les pièces de BeaumarcLaiS) cela ne lui faisait point d'argent, mais, en r^ ▼ancbe,beaucoup d'ennemis. Il remettait même des pièces anciennes , Eugénie, le Négociant et hyon^ le Barbier de Sét^ille, le Mariage de Fi' garOf tous ouvl^ges qui avaient, comme on dit, fait leur temps.
On a prétendu que Beaumarchais indemnisait le directeur Gourcelies pour Targent que la remise de ses vieux ouvrages lui faisait perdi'e. On a même pensé qu'il était intéressé dans Tettti^prise du nouveau spectacle ; alors on trouvait tout naturel qu'il fit représenter ses comédies de préférence à celles des autres auteur. Beaumarchais usait d'un droit acquis), puisqu'il était en même temps le marchand et l'acheteur.
Dix jours après Touverture, Mercier, 7V* leau de Paris ^ y donna VÉi^éque de Lisieux ou han Hennyer, que les plaisants d'alors appeaient Jean Knuyeux»
TJ n homme de lettres qui fi t grand bruit plus tard m-son hymne réactionnaire, le Réi^eil du peuple ^ it jouera ce théâtre une tragédie de ciixonstatice : Artémidor^ ou le Roi citoyen. L'auteur, Sourijuière, dont les opinions monarchiques n'étaient point douteuses, avait voulu peindre Louis XVI sous le nom à^ArténUdor, En 1791, lors de l'acceptation de la constitution, on avait donné à ce malheureux monarque le nom de Roi citoyen, Beaumarchais dont , comme on le voit , le ooin se rattache à l'origine du théâtre du Marais , donna avec -Diderot le signal de la révolu- ÛOQ dramatique , que la jeune école s'efforça de suivre et de consommer. Le style de Diderot , comme celui de Beaumarchais, a quelque chose ^'^^pre, de sauvage, mais de dramatique; les deux ^ri vains ont innové pour titrer le théâtre de la vieille ornière , ils ont fait le diame incisif, la comédie à l'imitation d'Aristophane; BeaumartW\s a même renchéri sur Diderot par la manière dont il décrit le lieu de la scène , et jusque l'ameublement dont il convient de le décol'Cr; il indique aussi comment il faut que chaque acteur soit habillé, le moment où il doit tousser 0^ prendre du tabac. Pour désennuyer les spcc- ^teurs pendant les entr'actes, il voulait que la
sc^B^y au lieu de demeurer vide, fût remplie par des personnages muets , tels que des valets qui frolteraient un • appartement , balaieraient une chambre, battraient des babits ou régleraient une pendule ; ce qui n'empêcherait point Torchestre de jouer, m. Bouilly a suivi de dos jours les préceptes de Beaumarchais^ c'est l'auteur qui indique avec le plus de soin ce que nous appelons la mise en scène.
Un drame allemand, Robert^ chef de Briganè, imité des Voleurs de Schiller^ fit grand bruit sur cette scène. Ce drame, à Tépoque de son apparition , devait être un excitant. Les têtes étaient exaltées , on en voulait aux nobles , aux riches, et la devise de Robert était formulée par ces mots terribles ; Guerre aux cl0t eaux j paix aux çhaumièrci .'. . .
Un journal du temps (i) s'exprime ainsi en parlant de cette pièce : « L'auteur allemaocl a » peint des voleurs de grand chemin dont k » chef était un jeune homme bien né , qui con- » serve le sentiment de la vertu au milieu àes » crimes qu'il commet. L'auteur français, au » contraire, a fait de ses voleurs des redres- >> seurs de torts qui se comparent souvent à » Hercule , et qui n'assassinent jamais que jus- » tement les hommes puissants et pervers Wi^ « le glaive de la loi a épargnés C'est Iw
(i) Journal âe Pains t 1791,
lï
» roïsme dès brigands; de tels exemples peuvent » donner lieu à des applications dangereuses. » Malgré ces observations critiques , que nous » ^vons cru devoir à Tart dramatique et à l* ordre » social f les beautés répandues dans ce drame an- » noucent, d'une manière avantageuse, M. delà *» Martelière qui en est l'auteur et que l'on a de- » mandé. » ^
Robert^ chef de Brigands^ commença à Paris la réputation de Baptiste alué. La haute stature de ce comédien , sa figure sévère , sa diction grave, son maintien noble le rendaient propre aux personnages qu'il était chargé de représenter.. Il a fort bien joué le Glorieux. La Martelière, séduit par le grand succès de Robert , voulut lui donner une suite , en composant, peu de temps après, leJTribunal redoutable. Mais^ comme îl n'avait plus Schiller pour guide , et qu'il lui ïallait inventer, ce qu'il inventa ne valant pas ce qu'il avait copié , la suite de Rohert ne produisit qu'un mince effet.
Ce fut un grand événement littéraire pour ce théâtre que la première représentation de ta M^ère coupable ou C autre Tartufe , qui eut lieu le 26 juin I 7g2. Ce drame, attendu longtemps, avait été prôné par les a mis de Beaumarchais et par lui-même aussi, à ce qu'on assure.
Plusieurs théâtres s'étaient disputé cette œuvre tant vantée d'avance. Cette lutte honorable pour rouvrage semblait présager un grand succès.
On ea a dit l)eaucoup trop de bien et beaucoup trop de mal ; la vérité est que la pièce ne fit point d'argent d'aJjord , elle est pourtant demeurée au rëpertoii'e , grâce au jeu brillant et pathétique de plusieurs comédiennes qui y parurent successivement. Après l'illustre Contât , mademoiselle Volney est une de celles qui ont le mieux compris et le mieux joiié ce rôle difficile. Toutefois mademoiselle Levert le jouait aussi d'une iaçou fort convenable. Je ne dois point omettre, dm l'histoire du théâtre du Marais, un ouvrage qui y obtint quelque' réputation , les Bizarreries de la Fortune ou le jeune philosophe , par Loasd Thréogate; mais je dois dire aussi qu'il n*eut point beaucoup de peine à le composer, car àf Bizarreries de la Fortune ne sont autre chose qu'une comédie polonaise , les Coups du Sort, de Mowinski, auteur à réputation que l'on avait surnommé le Molière de la Pologne. Loasel n|a rien changé à la pièce de Mowinski, il l'a copiée acte pour acte, scène pour scène, mots pour mots; et , chose extraordinaire ! plusieurs }onf' naux que j'ai lus et qui en ont rendu compte ne font aucune mention de l'auteur polonais. Les Coups du Sort furent composés en ly^i» et les Bizarreries de la Fortune furent jouées a Paris le i6 avril 1793. On lit dans une xïoùce mise en tête de la comédie des Coups du Sorti « La pièce dont nous offrons la traduction nous »> a paru être plutôt une œuvre du génie à^
» Howinski qae ses autres ouvrages ; on y re- M marque suitout le goût et les nuances du M Théâtre-Français y qui lui a, sans contredit, » donné beaucoup d'idées et un vaste champ M à glaner. »>
Efiectivement, en lisant la comédie de l'auteur polonais , on y retrouve le goût et les plaisanteries françaises.
Loasel Thréogate aurait dû, je pense, annoncer sur la brochure que sa pièce était uue traduction de celle de Mowinski ; cet acte de modestie ne lui aurait fait aucun tort. « Rendez » à César ce qui est à César, et aux Polonais ce » qui est aux Polonais. »
Un comédien qui a occupé longtemps une place distinguée au théâtre de rOdéon et à la Comédie-Française , d'où il vient de se retirer, Buparay, remplissait dans les Bizarreries de la Fortune un rôle très minime , celui d'un brigadier de la maréchaussée. Depuis , cet acteur a , fait un chemin brillant , et sa retraite laisse un grand vide à la Comédie-Française. J'ai vu peu de comédiens aussi naturellement bons , aussi spirituellement naïfs. Duparay a compris Molière à merveille. Il était parfait dans Orgon ^U Tartufe , dans Chrysale des Femmes sa^ vantet, Et avec quelle admirable bonhomie ne jouait-il pas le rôle du Drapier, dans Bertrand ^i Raton : C'était la nature prise sur le fait. Ce i^chand de drap doit exister quelque part.
àe vicissitude/ que celle du théâtre des Yariétésj situé maintenant boulevart Montmartre,
La chronique de ce spectacle sera longue, mais curieuse et amusante (je l'espère) ; poux récrire complètement, il me faudra remonter à près de soixante ans.
Une femme dont la réputation fut européenne, et qui s'appelait mademoiselle Montansier, bien que son véritable nom fut, je crois, firunet, acheta en i ^89 à un sieur Delomel les Beau" jolais , petite salle de spectacle bâtie antérieurement pour des comédiens de bois : des marionnettes paraissaient sur le théâtre, tandis que des acteurs chantaient et parlaient dans 1^ coulisse.
Voulant remplacer les acteurs de bob pai des acteurs en chair et en os^ la demoiselle Montansier fit faire des travaux à la salle par uii architecte nommé Louis , qui agrandit la scèa^ de manière à ce que l'on pût y jouer la comédie, la tragédie et l'o^^ra.
Baptiste cadet créa sur ce théâtre le rôle du fameux d^AsnièreSy et le diamant de la Comédie* Française , mademoiselle Mars , y joua , étan( enfant, celui du petit frère de Jocrisse ^ créé aussi par Baptiste cadet.
Damas, Gaumont et d'autres acteiu^ qui ont brillé sur la scène française , y parurent égalcJ meut. Les deux comédiens Grammont père etfib ignoraient, en y jouant leurs rôles, que le dénofr
Dent pour eux aurait lieusur réchafaud(i). !e théâtre avait pris le nom de théâtre • Je 2 Montagne en i^ç^Z; il reprit celui de FarUtés a 1795.
Yei-s 1798, Brunet ayant quitté la salle de la !ité y débuta chez la M ontansier : c'est de Tenrée de Brunet que date la vogue dont cet établissement a joui si longtemps.... Je vais em- »ranter à un de mes spirituels collaborateurs , ferle , un passage sur le foyer de ce théâtre à «Ue époque ; o Le foyer Montansier était l'arsenal d'où sortaient les traits décochés au gouvernement directorial ; les rédacteurs des petites feuilles légères , les plus hostiles au pouvoir d'alors , en étaient les habitués. Les vaudeviUistes sont par nature de l'opposition ; les pièces de
• circonstances de celte époque étaieut la cri- » tique la plus mordante des événements et des » hommes le plus haut placés ; elles ne de- » vinrent louangeuses que sous Bonaparte. On M avait loué le général par admiration , on loua » le consul par reconnaissance, et l'empereur
• par intérêté Le vaudeville perdit sa malice, il » ne sut plus tourner que de fades madrigaux , » et c'est à la servilité de la plupart de ses con- » frères que Béranger a du depuis la popularité » de ses succès...»
(i) Tous les deux ont eV guiUotin^a.
.et de Tiercelin, ajoutons ceux de Grétu , César, Amiel (qui ëtaîent dii'ecteurs avec la demoiselle Montansier) Foigaet père, Simon; puis Boaquler* Gavandan, rbomine de France qui a le mieux chanté le vaudeville; Dubois, Cazot, Lefèvre, et ce bon M. Duval qui a donné son nom à une création dramatique; je veux parler des fameux Jocrisses de Dorvigny, dans lesquels TacteurDuval jouait toujours le rôle de M. Duvd, Je )ie laisserai point passer Jocrisse sans lui dii'e un adieu mêlé de larmes!.... Jocrisse m'a toujours paru une délicieuse création ; je trouve Jocrisse plein de poésie, pour me servir de Texpression adoptée par nos poètes sans poésie. La familiarité du msdtre et du valet ne vous paiait-elle pas ravissante? Jocrisse s'appuyant sur l'épaule de M. Duval! Jocrisse causant iamilièrement avec M. Duval! Jocrisse prenant du tabac dans la tabatière de M. Duval ! Et Jocrisse maître et valet j et Jocrisse grand^-père^ Jocrisse changé de condition^ et son désespoir .^... son fameux désespoir!,,,. Est-ce que ce n*étal pas à pouffer, à mourir de rire? Puis, à côté d< cela. Cadet Roussel inventé par Aude, autrt création sublime et du même genre. Eh bien avec ces tilres-là sur l'affiche, le nom de Brune en vedette, tout Pa» is défilait au Palais-Royal. Oj ne parlait que de Brunet ; on se demandait? «avez^ vous yuBiiinet? connaissez-vous lederniercaleml bourg de Brunet? .» M. de Chateaubriand, dan^
ai
& JtUUraire de Paris à Jérusalem^ a écrit que petits Bédouins connaissaient le nom de naparte, qu'on les entendait crier dans le ;ert : En opontj marche/ eh bien ! je puis inner que le nom et les calembourgs de Linet ont été répétés sur les bords du Nil inme sur ceux de la Bérésina.
Je me sowriens qu'au 3i mars 18149 étant garde à la barrière Saint-Martin , les premiers mots que m'adressa un jeune officier kal- :>uk qui parlait à peine français fiirent pour e demander le Palais -Royal et le théâtre \ Briinet.
Brunet a été un acteur parfait de naturel et
ï naïveté ; son jeu était non seulement simple
Trai, mais encore il était chaste, et je n'exa-
re pas. Brunet apportait sur la scène cet air
nide et embarrassé qu'il garde à la ville :
est peut-être à cette extrême timidité, à cette
lucherie modeste, qui ne le quittent pas dans
monde, qu'il a dû son succès au théâtre.
Brunet était aimé, au .point que l'on fit pour
i et une actrice nommée Caroline*, oui
rait une voix ravissante , une pièce intitulée
runet et Caroline. M. le comte de Ségur en
ait l'auteur.
Aujourd'hui , si l'on met dans un petit jour-» al une plaisanterie politique, on imprime :
\i) Cette eoinéciicnne est morte en 1807..
Tousez a dit telle chose, Odry a dit telle autre, oa bien , comme dit Aroal. . . Dansce temps^U, oà un journal n'aurait pas osé écrire tin mot coalre le plus mince personnage de l'État^ on mettait tous les càlembourgà politiques sur le compte àû firunet. Un jour, on disait : £st-il vrai que Bronet a été arrêté pour avoir dit dans la pièce du Sourd, au papa Doliban :
« Vous ne sBves pas, papa Doliban , avant de songer à épouser votre fille , je pensais à m4 faire nommer tribun?.-*- Pourquoi cela ? - C'rf que j'aurais épousé une tribune^ et nous aunoflt Ait des petits tribunaux, «> Une autre iové" Brune t avait été , disait-on mandé à la polid^ poiir avoir dit à propos de la descente ea Ao^^ terre que Bonaparte voulait tenter... BakI nol ' soldats passeront la Manche aisément, et chanll ^ tout bas : La canards l*ont bien passée y etc. ^n^d^' pas un mot, pas une épigranime contre le potf^' voir d'alors, sans que Brunetnè fût censé H avoir imaginés. Daris les salons , dans les eaféi| | dans les coulisses , on le faisait arrêter régulièrat' < ment deux ou trois fois par mois; on ajoiitaiM>
Ju'oa le conduisait aux représentations entrt ' eux gendarmes, et que le soir on le ramenait ea prisoii de la même manière.
Or, vous saurez que le bon Brunet n'a , DieÀ merci, jamais couché en prison de sa vie,... A quoi lut eût-dl servi de se compromettire ?. . Aussif <|uand on était quinze jours sans répandre le '*^
niit qu'il arait été oenduit à la ptékdante 9 il tsait en riant : ^^ Vous ne poiuriez pas m^ap^ rendre si j'ai été arrêté hier au sciîr?*«.
Tiercelln;, qm avait partagé le sceptre avec runet , était un acteur peuple des pieds k là te ; son j^m était délirant; ... ; ivre, .i.j c'était la dté en débraillé ; dans les rôles grivois 9 ies »rtft de la halle , les uiariniers , il tnontrail; ae étpnnante vérité* Dans une pi^e appelée nm, ou le Mitron de la rue de tO'urwu^ aaod il disait à Brunet : Prends garde , gtain t tel ^ ou je iégrugêL*,, on avait peur pottt ininet.««.
Dane le Suicide de Fakdse ., M. Crédule , le '^ieux berger^ les Vendanges de Champagne , et leaueoup d'autres rôles , il a déployé un talrât« ine verve qui ne sei^oot pas remplacés de lopg*emps ; mais dans les savetiers surtout , on se rottait les yeux pour chercker raetcMr, on se irouvaift jamais que le personnage. Prè^ille el Taeonaet ,^ de MM. Merle et Branei> a mis le ioeau â sa réputation ; aussi, ku^ue L^einU« ëoé, ÎMant le rôie de PwvslLe, dittit â i&ontiaat Tietxrelin i
<c Tout Paris en est idolâtre, )> Et chez vous c'est à q.ui Viendra ; 9 Pour l'IboQneiardc Totreth^tre, » QQH9eiXfre7L bien ceit homipe-là ! . , . p
L^allusion ne manquait jamais son effet
rera ëuît soureùt bissé. . • • 'nercelin est du pe^ nombre de ces comédiens de genre qui ne sui gissentpas coup sur coup...; il a, ainsi qo
Îuelques autres, donné son nom à son emploi. )n dit d'un acteur aujourd'hui : Il joue 1( Tiercelin..., comme on dit : Il joue les Trial. En femmes , la troupe était composée di dames Granger, Elomire, Flore , Di'ounllf Mengozzi, et la bonne, l'excellente^ la yerveu Barroyer, qui fut une des meilleures duègnes i la capitale.
La littérature | dans ce temps*là | était ass( bonne fille ; les vieux encourageaient les jeunes Dorvigny serrait la main, à Desaugiers, Duma niant riait avec monsieur Etienne; le comte deSj gur, le grand-maitre des cérémonies del'empir^ causait amicalement avec Tournay, tandis çi son frère le vicomte^ qui se faisait appeler S%o sans cérémonie , tenait bras dessus bras dessoa Dubois ou Cbazet; Henrion offrait des bouqnq aux nymphes du foyer en traçant le plan à Manon la Rat^audeuse... Servières, qui nepev sait pas à devenir référendaire , cherchait m couplet de facture avec Coupart ; et au milieu^ ées groupes animés on entendait souvent uoi voix qui couvrait celle des autres , c'était ceIK de Martainville I de spirituelle et fou^ueas^ mémoire..; Martainville si gai, si vif, si pn^ vençal !... mais si tmbulent, si mauvaise tételj riiomme qui avait , comme on disait iJor»^ H
['esprit en petite monnaie... Tout ce pèle* léle était vivace. . . , pittoresque. . • ; on riait , on changeait des bons mots..., on racontait lei oecdotes du jour. . . .
Le théâtre des Variétés , et principalement le ^yer, étaient le rendez-vous des militaires; la réublique, le directoire, le consulat, l'empire y Qt traîné leursl éperons et leurs erands sabres; était là qu'on faisait halte entre deuxTictotres; ! n'était toutefois qu'un bivouac , car le grand l)atteur de trônes ne laissait pas à ses capitaines temps d'y faire élection de domicile ; j'y ai tu teD des scènes tumultueuses , car c'est toujours ! Palais-Royal qui a donné le signal des ré^ olations , depuis celle de 1 789 jusqu'à celle de B3o, depuis Camille Desmoulms, attachant une ouille verte à son chapeau et criant : à la Basile !... jusqu'aux premiers groupes qui protestent contre les ordonnances de juillet. J*ai vu ien des fois le théâtre cerné , le jardin fermé , tais on y était habitué , et le commissaire Ro-* illard nous connaissant tous , nous n'avions u à craindre d'aller coucher à la Préfecture. Les pièces de cette époque n'offraient guère intérêt ; elles étaient, en général, assez mal îtes. Un rôle pour Brunet , une douzaine de leinbourgs, et l'on allait aux nues. Vers i8o5, fauteurs voulurent voir si le public, qui couit à des niaiseries, goûterait un ouvrage d'un nreunpeupluséleve. M. Francis et feuMorcau
ti. 5
ii^eiit |ou^r &/ Chtyilles de maitrp ^Japitce
Vaudeville eut un succès exiraordi»aire,etfitdV
boudantes recettes ; dès lors, on ne parlait plus
i^uedes Cluevillçis ^fc mattrè Aclfumi c'étaient des
jpJLèc«$ dans ce gen.rip ijii'il jEaUait dorénavant , o»
n'en voviaît plus <jue de jetées dans le niêrae
inouïe. À rpccasipn de cet ouvrage, on voulutj
^e3;s;aver defaiteune réaction. Brunçtdevait jouer ^
ique)qv\çs jourjs après, une parade appelée oajim\
gçonoxjL te jeuniç Troquçis\ .vollà qu'june cabal^
epouvanta&le e^ montée contre la pièce et l'ac-j
tem*; à peine Içi toilç esjt-ellç levée, que des siffle^
^ai tent 4^ tou$ Ids coins de la salle. Brunet pa
i^it Qn saumge; c'est alors que le tumulte redou
ble ; il yeutparlçir, on le hue ; il veut dansçj',(M
jettie s«r la scè^ç.d^ poncun^$ et des marrons; de
cris partent jde j^p.utes jpart$ ; à bas jBrunet !.••
.bas le pantin ! . , . a bas les calembourgs î . . . vivei
Ips C^ej^ULçf dfi niaiire Adaml***- Qn brise 1
j^anqueUe^.....^ Oji) déçhii*^ les s^f&ches , une ce
îa\n^ de jeunes gens dansient e^ rond dans
foyer. I^a fi^Ueest évacuée par ord^e du coi
p>issai4*e, etle$ groupes des cab^^e.ur$ parcoure
|e jardin du Palais-)^pyal ep criant toujourt
vivent les Chevilles de matirje 4dçm! à bas Br
^e^t L . . k bas Jle pantin ! ... La cabale était patent
prj'ai de bonnes raisons pouraffiriner que'
^^ade 4ù)nM*e laguellç on I|i diiigealt n'était
lii^llçarie niplus mfiuvaise <|ue beaucoup d'ai
très qui avaient eu un sort plus heureux.
Les comédiens fia^içais et ceux de rOpérfi- Comique, fatigués d'un voisiû côuinîô firûnèïy ne cessaient de se plaindre de té qu'il reiWplissait, tous les soifs, la salle delaMontansier^ tandis que les leurs étaient vides trois fois la semaine; ils attaquèrent , non seulement l'acteur, mais le genre. tJn houra se fit entendre , les jotirliâux reçurent l'ordre de crier à l'immoralité, au mauvais goût] Foucbé s'éleva dVec indignation contre un tnéâtre qui coiTOitipàlt les saines doctrines lit^ téraires. Enfin on fit tant que l'empereur rendit un décret qui obligeait les directeurs des Variétés à quitter la salle du Pâlàiâ^Jkô^àl lé t'^jâtivier 1807 ; toutefois on leur permettait d'en oâtir une autre sur le boulevart Montmartre, Laçons-' temation fut générale dans le quartier, Içs adieux furent touchants ; tous les acteurs vinrent^ api^ès la dernière pièce de spectacle du 3 f décehiore, chanter chacun uu couplet, dans le costume du rôle où il avait brillé. . • Ces couplets se rattachent trop à l'histoire des Yariétës et dii Vaudeville pour que je ne les ci te pas ( i J •
Vous qui, chaque soir, à nos jeuv.
Depuis dix ans, veiiiez sourire ; Daignez recevoir nos adieux»
En partant, notre joie expire.
(1) Ils furent improvisas en quelques heures pàrDesangierSy Moreau et Francis .
Brunet, dans Monsieur T^autour.
K la cit^, de mon tabac Je vais transporter l*entreprîse ; J^aurai toujours du niacoubac, Pour moi, n'allez pas lâcher prise. -
Madame Barroyer, dans la Serponle de Mon," sieur Girafe,
Vous que Tcaquet n'faliguepas,
Vous savez tous qu'c'est moi qu'ça regarde :
Dans le cfuartier des avocats.
Comme je vais être bavarde (i) !
Djtibois , dans Maître Adam.
Mattre Adam vous quitte aujourd'hui.
Adieu saillie et gatte franches ; Si vous ne changez pas pour lui.
Il n'aura que changé de planches.
Joly, dans Gallet,
Au débit de tous mes couplets Ces lieux furent longtemps propices ; Mais dans le quartier du Palais, Gallet vendra bien ses ëpices .
Caroline , dans le Diahle couleur de rose.
Si longtemps, par ses tours malins, Colifichet |)arut aimable', Dans la saison des diablotins (a), Oubltrez-vous le petit diable ? . . ,
(0 La troupe allait jouer au théâtre de la Ciu5 , en atendant la nouvelle salle.
{%) C'était le 3i décembre.
Bosquier, dans Yalogne , du Diable couleur de rose.
Vers la Cite, de quelques pas.
Faites pour moi le sacrifice ; Comme Normand, d'avance, MIas !
Je crains le Palais de Justice.
Madame Drouville (i), dans Manon la Ra^ t^audeuse.
Dans le quartier ou nous allons, Comme ici, puissé-je être heureuse !
N^allez pas tourner talons A la petite ravaudeuse,
Yaudoré (2) , dans Monsieur Girafe.
Nous craignons, sans votre secours, De n'ëtrenncr.que les dimanches ; Ici nous ëtrennions toujours, C^est une antre paire de manches.
Aubertin(3), dans le Jardinier dé Moniieur Girafe,
J^oous consolVons bientôt, ma foi.
Du pHit voyag' que ^'allons faire.
Si rhaquc fleur quVi je voi Vient orner not'nouveau parterre i*
(1) Vorte en i833,
W) Mort eu 1808.
(3) Mort le 16 novembre i8s(.
du diéàtre; on se pressait..., on se foulait, on se battait pour tâcher d'entrer ; il y avait beaucoup d'appelés et peu d'élus. Une salle charmante et coumioae , une société brillante et choisie , une pièce étincelante , des acteurs ivres de galté, un succès pyramidal... , des bravos !.. des bis!... un ouvrage joué presque deux fois dans la soirée , telle fut l'ouverture d'un théâtre qui, pendant vingt ans, a joui d'une vogue sans égale !.•• Vous croyez peut-être qu'une fois la salle du Palais -Royal fermée, l'Opéra, les Français , l'Odéon , Feydeau vont entasser recettes sur recettes ?... point : leur position ne devint ni meilleure ni plus mauvaise ; le petit acte de vengeance dirigé contre Brunet et son genre ne servit, au contraiie, qu'à faire sa fortune et à continuer celle de ses co-associés.
Le tliéâtre du boulevart Montmartre fut si
constamment heureux , qu'on aurait dit qu'il
défiait le bonheur; car aux acteurs que j'ai
liommés vint se joindre un talent d*un ordre
très élevé. En i8og. Potier, arrivant de Nantes,
a complété la galerie originale des Pano^
rainas \ une chose à remarquer, c'est que
son début ne fut pas brillant , et que même on
^'accueillit avec assez de froideur. Brunet et
liercelin étaient encore à l'apogée de leur gloire;
è public, qu'ils faisaient tant rire, ne pouvait
as croire que d'autres comédiens dussent Ta-
iXXk^ï. Potier joua, dans Maître 4i^i ei Poin-
tnei f le rôle que Branet avait crëë; on trouva [ue sa voix était rauque , caverneuse , que son iébi tétait lent, froid, monotone; des sifflets iiéixie se firent entendre ; quant à nous autres, ;unes auteurs , qui l'avions déjà deviné, nous i trouvions amusant , et nous Fencouragions. In soir qu'il avait encore été sifflé , il nous dit a liant : « Je suis bien fâché , mais les Parisiens me prendront comme cela , ou je ré<prendrai le chemin de la province. » Potier entait tout ce qu'il valait ; aussi , fort de ses onvictions et de ses études , il persista dans sa iianière de jouer, et ce mêmepublic> qui l'avait ugé médiocre, finit par le trouver ce qu'il était, ;rand comédien...; ce qu'il était..., un homme [ui avait approfondi son art, un homme à qui a nature n'avait rien refusé , pas même lés défauts nécessaires à son genre d'emploi. Potier tait continuellement en scène ; ses yeux paraient, ses bras parlaient..., et l'on devinait ce [u'il ne voulait pas ou ne pouvait pas dire, ''était l'acteur au sel fin, aux nuances délicates, acleur du grand monde et du peuple ; il savait aîie passer un mot graveleux avec un goût ex- [uis ; il sauvait une situation équivoque avec in tact parfait ; mon opinion , à moi , c'est que ^otier a été l*un des meilleurs comédiens qui ient jamais brillé sur aucune scène. Toutes ses téations sont ravissantes de vérité, tout y resûre une fleur de bonne comédie. Lorsque, dans
1^ même soirée, il jouait le Ci'ckpant jeune homme \ le prihcé Mirliflore, <fé là Chdile mervèilleusèi Pinson, dé Je fais mes farces \ il faisait â lui seul trois acteurs. t)ans lé Conscrit ^ Vîtommc de 60 ànsy Tf^erther et le Centenaire^ on riait et Ton pleurait tout à Id fois ; et dans la Matrimomomanie^ les AfiglaisespoUtrire^ la Soirée de Carnai^aL que de talent! (me de gaîté ! qiië de folie !
J*ai entendu dire à Talma que Potier était le çpinedien le plus complet qu'il eut connu... Cet éloge était précieux dans là bôUclië du tragique le plus complet lui-même...
Potier a abordé quelquefois ce c[u*en termes cle coulisses on appelle ^e grand troitoir : je Fài ni dans le Médecin malgH lui et dans les Plaideurs.] il comprenait parfaitement sa comédie française . . j j*ai toujours i'égretté de ne pas l'y voir , car il nie semblé qu'il y eût été bien place... Po* tier devait tout coniprendrè.
Potier naquit -à Paris , en 1775; sa fauiille était distinguée dans ta magistrature. Les Potier de Gèvres siégeaient au pai'Iement de Paris.
Qui croirait que Potier, cet homme si délicat^ si frêle . cette espèce de roseau , était destiné att métier des armes?... Élève de l'Ecole militaire,| il eh sortit , connue tant d'autres jeunes fran* çais , au moment où le sol fut menacé. Il parti! comnie volontaire , le sac sur le dos » le mous^ quet gur l'épaule , et les champs de Jeniniape et de Valmy le virent un des premiers sou
les drageaux. fiieti qu'il eût, Comme ^ 4^^ Louis XYÏTÎ , le bâjton de maréchal de FtatlCe dans sa giberne , il ne jugea pas a propos d*àp' tendre que cet honneur lui arrivât. Il sollicita son congé après les premières yictoires de nps armées , auxquelles il assista , et , de retour* à Paris, ses idiees se dirigèrent vers le théâttë, q^'il aimait déjà avec passion.
n débuta, comme on Ta vu, au boulevart du Temple, sur la scèiie des Délassements conf.i" Hues , et fut le camarade de Joanny qui d*étaSt lait aussi comédien après avoir paye sd dette au pays, et reçu un^e honorable blessure!
Des Délassements Potier passa au théâtre de la rue 4,u B^!C ; ce fut là qu il connut le bon et spiriluel Désaugiers et se lia d'amitié avec lui. Bientôt , ayant quitté Paris ^ la Bretagne et la Normandie l'applaudirent; Nantes et Brèfet furem Ipn^emps témoins de ses succès.
Ensuite la ville de Bordeaux le reçut «ivecac-
amatipn. C'est à partir de cette époque que son Valent marqua sa place à Paris. Les a4uiiûistrate^rs des Variétés l'engagèrent , et Potier vint se placer à côté de Brunet et de Tiercelin , deux réputations européennes • comme on sait. Potier né tar4a pas à électriser les Parisiens , et 4ès lors sa réputation grandit de jour en jçtir. ^tt i8i8, par suite de petites discussions^ Po- ^Cï .quitta les Yariétés pour aller au théâtre de la Porte-Saint-Martin , bu il débuU, le 7 liiaf ,
dans un yaudeville de MM. Merle et Brazîer, Le Café des Originaux; puis il créa le Bourg^i mestre de Saardamy le Tailleur de Jean-Jacques, les Frères féroces , le Ci^devanl jeune homme mi^ rié% la Cloyère d^ huîtres , le beau Narcisse de! MM. Scribe , Courcy et Sainttne, et le fameux Père sournois , des petites Danaïdes, Plus tard, il rentra aux Yariétés pour y briller de nouveau. Enfin sa réputation devint si grande, que toutes les administrations théâtrales se le disputèrent, n joua successivement , à la Gatté, aux Now veautés , au Palais-Rojrai , et partout la foule suivait son acteur chéri.
A la suite d'un voyage en Hollande qu'il fit en i835, ce comédien célèbre commença, à éprouver lessymptômesd'unemaladieorganique; alors il comprit que l'heure du repos avait sonné pour lui , et quitta tout à fait le théâtre pour se retirer dans une maison de campagne qu'il avait achetée à Fontenay-sous-Bois : c'est là qu'il s'est éteint tout doucement à l'âge de 64 ans, le 19 mai i838^ vers trois heures de l'après-midi.
Le 28 du même mois , ses restes mortels ont été transportés , de Fontenay-sous-Bois , à son ancien domicile rue de Lancry , et de là à l'église Saint-Laurent , où fut célébré un service funèbre, modeste, mais honorable.
Parmi les hommes de lettres qui suivaient le cortège, on remarquait MM. Merle, Antony Béràttd, Gognard, Desnoyers, Âlboize , Amédée
Thooret, Henri Simon, sans oublier Fauteur de ces chroniques, qui lui doit une partie de ses succès. La plupart deis auteurs et des directeurs de Paris se sont fait un devoir de grossir le cor^ lége.
Brunet^ malgré son âge et une pluie incesr santé, est venu faire un oemier adieu au comédien distingué qui fut son camarade, mais jamais son rival.
Lorsque le corbillard fut arrivé dans le d* metière du Père-Ii^chaise , Vemet, Bouffé, Cazot, Sainville, Guyon, Serres et beaucoup d'autres artistes, se disputèrent Thonneur de porter le coi*ps. Cette scène était vraiment touchante , et tous les spectateurs en furent émus;
MM. Bouffé et Antony Béraud prononcèrent quelques paroles , qui ont trouvé de l'écho dans le cœur des assistants.
Un monument doit être élevé à Potier, par sa famille. MM. les hommes de lettres et MM. les comédiens y voulant donner aussi on témoignage public de leur admiration pouir ce beau talent , ont ouvert une souscription.
La commission nommée à cet effet est corn* posée de MM. Merle, Antony Béraud, Gognard, Bouffé , Emile Taigny, Bressaut.
Cest , dit-on , le buste en marbre du célèbre comédien qui sera placé sur son tombeau.
Potier alaisséy en mourant, deux réputations
as
bien établies et bien méritées, celle d'homme de SsUçat et celle d'honnet^bomm^
Après lui, ^epeintre aîné se &% distinguer çpnm^e un çoii^édieii yerv^ux. Lçp^iatre, k
(providence du vaudeville militaire, vo^ié i 'épaulette comme on se voue à la togç pu à la ^ontane , car sous la restauration nou§ I'^yods Xa , dragon , hussard, chasseur, lancier, grçna-| ^ter, caporal, colonel, tambour, général. Le-| peintre a enlevé tous ses grades à 4a pointe du couplet. Puis Legrand, jouant les suffisants aT<ec une impertinence grave et comique tout A la fob; Ârnal qui préludait à sa gfoire futorc«..^ el.Odry, CWry, ce balourd si drôle , cet, aeteuv qui n^en est pas un , mais qui a su tirer, a bon parti de son regard béant , dé ses genoux j ç^peux, de son i,iv^ d'iinbéciUe, Odry qui était) si l[ipn 49ns M. Çc^^fwtriy et si mauvais dans Monsieur de Pourceaugnoiç^,,, Gomme s Odry çt Mol^re aurait F^ufUiis du se rencontrer sur ^n thé^tçe ! Et tp\^^is , ft'aUex pas croire que le çheifchç. en ]fien à ter^r b gfoire àe ce bon pdicy^ ç'^st bien Vi^omnie lè plu^ fou, le pins bouÔbi;! que je cqniiaisae. . . ^ il restera comme | t](pe de Is^ bonne g^oss^ bétuse. . . ; n'est pas béte | cctvçime hii qui veut..., , après cela il ne jouera j pas Molière , vç^là ^o^t, ...
J'ai ài\i que les Variétés avaient été souvent | en butte à la jaloMsi^ dei ^iindsi théâtres, et j'ai 'iX ^ y^fit^. A câ^tè de. Tand^^iUes agréables ,
s^^ôuVéHàât èlielquefbis tde lëut vieille origine, filles jotiaieiil ae« vaudevilles plus que grivois. . . OâQS l'année 1 8 H, oh en représenta Un appelé Wgr^se, ou iâ Belh au bois dormant, Tiërcdin , chafgé du tôle de Togresse , y était d'im grotesque à faire peur aux petits enfants*... La pièce attirait la foule. . . Le duc de Kovigo^ alors ministre de la police, manda tous les directeurs <ie8 petits spectncles et leur fit une allocution, touchant la morale, la littérature , le bon goût, comme i\ la littérature et le bon goÂt avaient affiiiredans une parade des Tarie tes.... Qûaîid Ifi lour des directeurs des Variétés fut Venu, iemittistre tonna contre ce théâtre plus fort que (^ntrè les autres , disant qu'il le ferait fèrmbif s'il tie purgeait son répertoire. Brunet osa lui ^jre d'un air timide que les pièces étant censii- ■^, il ne devait pas être responsable de l^éftet I«'elles pouvaient produire ; que, sous l'ancien ^me, t)n donnait des ouvrages plus licencieux!... A ce mot d'ancieti régime, le ministf^e fonfa le sourcil , et dit en se piroinenant i [^nd» pas dans son saloh : « Oui , vous avez raison , sous l'ancien régime , les ducs , lés marquis , les comtesses riaient volontiers de tes platitudes ; mais on les à tous mis à la porte , et nous , on ne nous y mettra pas. » Deux ans après, Napoléon éuit à l'île d'Ëlbe, t son excellence à la porte dé 90tL ministère. Jocrisse a danc vu, pendant vingt ans, l'épée
le rAle d^n boMu d'une maniéré tt oir\« gisak.
Lea couplets et l'acteur allèrent anx nues , et la seule, compensation que les pauvres cabaleun reçurent^ c'est que, grâce au prologue, la pièce, qui n*aurait peut-^être eu que quelques représentations, fut jouée pendant deux mois consé* cutifs. Le nom de Calicot devint proverbial, et je ne serais pas surpris qu'on le trouvât dans le nouveau Dictionnaire de l'Académie.
Tout Paris chanta ce. couplet adressé aux commis*marchands qui portaient des éperons et des moustaches.
Ah ! croyec-moi, déposez sans regrets Ces fers bruyants, ces appareils oe guerre, Et clés amours^ sous vos pas indiscrets, N^eifrayez plus les cohortes légères.
Si des hcautés dont vous causez les pleurs,
Nulle à vos yeux ne se dérobe,
Contentez-vous» heureux vainqueurs.».,
De déchirer leurs tendres cœurs.
Mais ne déchirez pas )cur robe.
Plusieura jeunes gens furent arrêtés , quatre subirent un jugement correctionnel. Il est boni de rappeler aujourd'hui ce que l'on imprimaiC k ce sujet : « Les jeunes gens devraient réfléchi^ » que faire le portrait d'un homme qui exercf^ » une profession n'est point attaquer la profes » sion elle-même ni tous ceux qui l'exercent »» On a mis en scène les médecins , les apothii
cairesj les procureurs, les auteui^eux-mêinei
n an ne Aiit en eelà qu'uëel* du dt^il aecôi^ à » tous ks ëeiiyaifts dramatii^es.
(c La comëdie est un miroir » Qui réfléchit le ridicule. »
Le théâtre des Yariétés a joué peu de para* dies ; mais il en est une qui mérite une mention particulière* Je Veux parler de Cadet Routsel heaa^père , imitation burlesque de la comédie des Deux Gendres : c'est une des farces les plut amusantes qui se soient vues au théâtre pour la franchise et la gaîté du dialogue. Brunet y était d un naturel et d'une bonhomie à faire pouffer de rire.... Quand il adressait des reproches à ses deux filles sur l'abandon dans lequiel elles le laissaient, et qu'il leur disait avec le pathétique de Cadet Roussel : u Quand vous alliée à le » Gaité, à l'amphithéâtre des quatrièmes, pour » Yoir M. Marty dans t Illustre Apeugle, ett|ue » TOUS me laissiez seul dans ma chamln*e) et » sans chandelle encore. « . , c'était tiioi qui Tétais » nilustre ai/eugle!,é». » £t puis quelle admi« rable moraUté termine la pièce ! « Ne donnons >» jamais rien à nos enfants , si nous toulèns u qu'ils aient pour pous une reccmnaissance » égale à nos bienfaits! » Cette excellente paro* die est de M. Dnmersan^
J'ai dit, au commencement de ce chapitre, que le théâtre dés Variétés arait été j depuis son ori^^ gine^ en butte à des critiques soutent acerbes
et même injustes. Il me resie maintenant à le prouver, et pour cela il me suffira de quelques citations ; voilà ce que je trouve dans un recueil du temps :
» On peut donner en très peu de mots un » résumé fort exact sur le genre du théâtre et » sa situation.
» Quant à son genre , c'est l'égout des autres
» théâtres : bêtises, platitudes, trivialités,
» coqs-â-l'âne , calembourgs et jeux de mots ,
» voilà ce qui compose son répertoire , et ce
N qu'il offre à l'avide curiosité des gobennou-
M ches , des oisifs , des Midas parvenus > et de
N tous les imbécilles qui ne sont plus communs
» à Paris qu'ailleurs que parce que Paris est la
» plus grande ville de la Fiance.
. N Quant à sa situation, c'est l'établissement
w. le plus avantageux, pour les propriétaires, de
M tous.ceux qui existent dans la capitale. Avec
w les trésors dont je viens de faire l'énuméra*
» tion , les administrateurs du théâtre des V^i-
» riétés ont trouvé le moyen de se faire cha-
» cun soixante ou quatre-vingt mille livres de
n rente.
M Considéré dans ses rapports avec les grands M théâtres dont il attaqua la prospérité, le » théâtre de 6runet(caril faut bien le nommer u ainsi , puisque toute . sa fortune repose sur » la tite de Brunet , et que sans Brunet il ne w serait rien ) est k plus grand ennemi de ces
> a&dqaes établissements qui suffisaient aux » plaisirs de nos a'ieux.
» Considéré relativement à son influence sur i le goût et Tart dramatiques, et sur la littérature I en général , il paraît plus dangereux encore. I Depuis son établissement on s'habitue à croire
• que la gaîté comique ne peut plus être tolérée » qu'au Doulevart ; et dès que l'on découvre,
• dans une pièce ancienne ou nouvelle jouée sur
• les grands théâtres, quelque chose de naturel I» et de plaisant qui blesse les règles d'une déli- » catesse outrée auxc[uelles on veut les astrein- » djre , vous entendez crier partout : aux Va^ » riéiés 1 au bouht^cwt !, . . Ce qu'il y a de plaisant, N c'est que les mêmes personnes qui s'offensent » d'une plaisanterie tolérable aux grands théâ- » très approuvent et applaudissentaux Variétés » des pièces tissues de grossièretés et de bêtises : » leur délicatesse et leur indulgence sont éga- » lement ridicules et révoltantes. »
On voit clairement , par cet article , que la croisade était- toujours prêchée au nom des grands théâtres...; cet excellent Brunet était censé être un obstacle à leur prospérité. Si Ton n'allait pas voû* les vieilles pièces du répertoire français, c'était la faute de Brunet.. ; si les Sabots ou Biaise et Babet n'attiraient per* sonne à l'Opéra-Comique, c'était encore la faute de Brunet..., si le Devin de village ne remplissait pas la salle de l'Académie impériale de
Que les grands théâtres lyriques imitent votre exemple, et quand on ouvrirait des petits spectacles au coin de chaque rue, on serait tonjours bien forcé d'aller chez tous ; oui, quel que soit le grand nombre des spectacles, on ne comptera jamais à Paris qu*un Théâtre-Françab fondé par Molière , une Académie /oyale de musique inventée par LuUy, un Théâtre-Italien mis en vogue par Gimarosa , un Opéra-Gomique immortalisé par Grétry.
La fameuse Marchande de Goujons , si bien représentée par mademoiselle Flore , était ce qu'on appelle un vaudeville au gros sel. Get ouvrage scandalisa de prudes notadbilités , on cria de nouveau contre le pauvre théâtre , on fit encore courir des bruits sinistres, et cette fois il ne s'agissait rien moins que de le rayer du nombre des vivants!...
Depuis cette époque jusqu'à la révolution de juillet, ce théâtre déclina sensiblement; des rivalités d'auteurs , de petits abus dans l'administration , furent cause que le théâtre le plus gai de Paris en devint tout à coup le plus triste. Plus de ces bonnes folies , de ces pièces de bou aloi, de ces petits tableaux de mœurs qui avaient si longtemps amuse et fixé la foule ; mais des ouvrages sans couleur, beaucoup de mauvais acteurs de trop, beaucoup de bons comédiens
moins. Voilà ou en étaient les Variétés quand Armand Dartois , ayant acheté la part de
Bninef, en 1829, se chargea des noavelies destinées de l'entreprise. M. Dartois, bon garçon, auteur spirituel, arriva avec les meilleures dispositions du monde ; mais à peine était«il au timon des affaires théâtrales , que , se trouvant débordé par les circonstances, il fut obligé, comme ses confrères , d'ouvrir au drame sa porte à deux battants.
Depuis quelques années, Tiercelin ( i ) , Potier, Lepeintre aine , Arnal , Legrand ne faisaient plus partie de la troupe ; Brunet et Bosquier- Gavaudan se retirèrent à leur tour ; il ne restait plus que Yernet pour pleurer sur Jérusalem....
Dans la situation précaire où se trouvait le théâtre , on tint conseil et on sonna le tocsin ; à ce bruit lugubre , Frédéric-Lemaîti*e accourut.
Frédéric-Lemsdtre est un comédien à grandes ressources , un homme capable de remuer des masses ; mais Leicester et le Joueur , en compagnie (t Etienne et Robert , ou de M. Chapolard , me paraissent une énormité. De deux choses l'une : ou les Variétés doivent jouer le drame, ou elles doivent jouer le vaudeville. Si elles inclinent pour le drame , Frédéric est leur homme, elles ne sauraient trouver mieux; mais alors, donnez-lui un grand cadre, une vaste «cène , des compositions larges , bizarres , hardies..., comme son talent ; entourez-le de co-p
( 1) 11 est mort le i4 février 1837 .
mMîeiis qtti te deTiiic^nt, le comprennent f qui •^harmonisent avec lui ; car l'ensemble , comme on dit dan» les coulisses , l'ensemble , ee gvand levier de l'art dramatique , ne s'acqu^rt pas Aans un )our^ il &ut des années : voilà pourquoi Vancieniie troupe du Panorama a jeté tant a*é- <iat. Si , au contraire, le théâtre veut en revenir à son genre natif ^ Frédéric ne lui sera d'au* cttue utilité et se nuira à lui-même , parce que, }ele répète, c'est un comédien pour lequel il feut tracer des tableaux d'histoire et non faire des eroqnis ou des aquarelles... Une autre considération plus puissante encore , c'est le danger ^'it y a , pour une entreprise théâtrale ^^ de recourir à des mojens exotiques;; d^appeler, si ^^oseledire, l'étranger à son secours* Un théâtre doit vivre de lui, de lui seul, de son inteliigenoe , de son répertoire , de ses acteurs ; sans oeh , il court grand risquç de n'avoir, que des momrents de prpspérité , et quand les jours né' fastes arrivent, s'il ne trouve pa$ sous sa main, à heure fixe, un nom magique..., un Frédéric' LemaHre enfin , il peut reperdre en $ix mok ee quHl a gagné en un an.
Lorsque j'ai dit que Vernet restait seul poui; pleurer sur Jérusalem ] je n'ai pas prétendu dire que l'on ne riait plus aux Variétés , ni que Tou n^ rirait phis désormais : cette idée serait injuste et triste!.... mais ce que j'ai voulu dire et ce que je pense , c'est que Vernet sera la der-
nière exyreasien de cett^ trouipe «• fiEak»»««y im brillante | si complète, et qui a brilK m lang-^ temps au boulevart du Panorama.
Les Variétés possèdent encore aujourd'hui queloues anciens sujets qui leur sont d'une granae ressource et que le public aime toujourt à voir. Parmi la nouvelle troupe , Bressan peui prétendre à des «ûccès solides s'il veut donn«v à son jeu plus de naturel et moins de prétention*
Les autres comédiens et coniédiennes mériteni des encouragements, et je désire que quelque uns d'entre eux nous rendent, un jour, un firunet , un Potier, un Legrand , un Arnal , ainaî qu'une Élomire,, une Pauline, une Cuisâti voire même u^e mère Vautrin , si naturelU «Â siparfiite dans la mère Micbsl des Cwinière^**. Cela peut arriver.*».^ L'avenir appartient ii tout le monde , et jamais je ne désespère du salut dû. «pairie! ;
Le théâtre des Variétés lut presque mon ber^ ceau de vaudevilliste, et je forme des vœux bieft sincères pour sa régénération et sa prospérité.
Un grand événement dramatique, c'est la îentrée solennelle de Jenny-Vertpré l...
Cette petite actrice si fine, fei maligne, si ûouée de cette rare intelligence tmi lilit seule ks bonnes comédiennes, Jenny-Yértpré Vient d'obtenir aux Variétés un nouveau triomphe... "'^le a reparu telle qu'elle s'y était montrée il y * quelques années , toujours gentilk , toujoilrs
piquante» toujours bonne actrice. Jenny est encore une exception au théâtre... C'est une comédienne qui jette le mot avec un art , avec un tact parfait... : il faut, bon gré mal gré ^ qae Ton trouve de Tesprit dans tout ce qu elle débite ; elle aimerait mieux y mêler du sien plutôt que de laisser prendre un auteur au dépourvu. Elle vient de jouer dans le Chevalier fTÉon^ de MM. Bayard et Dumanoir, deux rôles tout h fait différents , une impératrice et une petite fille d'auberge.
Eh bien ! elle a porté le diadème avec la même grâce que la cornette ; l'un ne la gênait pas plus que l'autre : lorsqu'elle a chanté, au troisième acte , le couplet qui suit ,' elle a été saluée par une triple salve d'applaudissements. Déjà au premier acte , sous le costume SÈllsa' heth , une couronne de fleurs lui avait été jetée galamment. Elle a donc été couronnée deux fois dans la même soirée... Yoici le couplet i c'est la petite fille d'auberge qui chante ;
Dans cet hôtel, du a beau faire,
La four n'abonde pas toujours ;
Mais enfin, en ces lieux, j espère
Qu'avec moi r'yiendront les beaux jours i
Car du public je suis la fille.
Trop heureuse, si toujours bon.
Il me trouvait assez gentille
Pour achalander la maison .
YoiL^ donc les variétés en possession de Fré"
dëric-Lemattre et de Jenny-Yeiipré... ; c*est le drame et le vaudeville aux prises : espérons que les directeurs sauront tirer bon parti de ces deux talents.
M. Bayard , homme de lettres , avait succédé à M. Dartois dans la direction du théâtre des Variétés. Comme auteur dramatique, les tal^ts dé M. Bayard sont connus ; son intelligence et sa inoraUté offrent encore toutes les autres garanties que demande ce genre d'administration.
M. Bayard vient de céder sa place à M. Du- Djanoir, auteur de beaucoup de jolis vaudevilles. Les Variétés paraissent vouloir rentrer «ans leur genre primitif; j'en félicite Tadminis* Ration , je crois que là seul est la fortune de ce luéâire.
Le Père de la débutante, Suzette, Madame et Monsieur Pinchon, les Saltimbanques et Mathias ^^nvalide prouvent que le sol et les comédiens
prouvent que itiellement grii ^é par Brunet et fécondé par Désaugiers ,
î^ni essentiellement grivois , et qu'au théâtre
Il faut rire,
Bire et toujours rire.