‹ Histoire des peuples Bretons dans la Gaule et dans les iles britanniquesChapitre 29 sur 75 · DU SERVICE MILITAIRE. H · texte numérisé non relu

DU SERVICE MILITAIRE. H

existaient, dans les maenors^ des tribunaux domestiques où se jugeaient tous les différends qui pouvaient s'élever entre les membres du clan » parents , vassaux et colons ; 2*" que tous les hommes libres étaient tenus de remplir les devoirs de justice au tribunal de la cenedl comme à celui de la cymmwd et du canton. Or, Tobligation du service militaire était placée dans les mêmes conditions, c'est-à-dire qu'elle existait dans deux sphères différentes, dans la Cenedl et dans l'État. Tout kymro cynwynawl devait, lorsqu'il en était requis, se ranger sous la bannière de son arglwyddy et ce dernier, de son côté, était obligé de marcher, avec ses hommes, pour le service du brenin. Il y avait donc des armées nationales et des armées privées , comme il y avait des justices jmbliques et des justices domestiques. Nous en trouvons des preuves sans nombre dans l'histoire des deux Bretagnes dès la plus haute antiquité. Nous voyons, par exemple, dans les Commentaires de César, les quatre reguli ou argwlydds du Cantium prendre les armes avec tous leurs vassaux ' à la voix de Casswallawn (Cassivellaunus), élu chef suprême ou pentyem de la Bretagne envahie". L'ennemi extérieur vaincu, tous ces tyems ou tyrans se faisaient «ntre eux une guen-e acharnée. Britannia fertilts protnncia tyrannorum^ disait saint Jérôme*. Les calamités même de l'invasion saxonne ne purent mettre un terme à ces luttes fratricides. Chaque tribu, Gildas le déplore avec l'amertume du désespoir*, chaque tribu, oubliant que l'ennemi était au cœur du pays, épousait avec passion les querelles de quelques chefs ambitieux. Dans l'Armorique attaquée de toutes parts par les Francs, les guerres privées n'étaient ni plus rares ni moins sanglantes.

^ GvxtSj gwesyn {gaisates dans Polybe) est un mot gaulois fort ancien , nous l'a* vons dit plus haut, et qui signifie jeune homme, serviteur.

* ...Cassivellaunus ad Cantium, quod esse ad mare supra demonstravimus, quibué regionibus lY reges prœerant, Cingetorix, Carvilius, Taximagulus, Segooax, nuncios mittit, etc. (Cœs. De Belle gall. L. V. c. 2.] — Ces tyerns, auxquels César donne le nom de regeSy n'étaient que des chefs de canton. On a vu plus haut que chaque cité se divisait en quatre pagi chez les Gaulois d'Europe et d'Asie.

• V. notre Introduction.

^ Voir des fragments de Gildas dans notre Appendice.

TOX. II. ^^

Des grèves de Saint-Malo aux rochers de Pea-Tir, les princes et les machtyerns luttaient les uns contre les autres. Grégoire de Tours a décrit quelques-unes de ces scènes de carnage \ Au septième siècle et au huitième , la Bretagne fut découpée en une foule de petites seigneuries, et les dissensions intestines s'y multiplièrent'

* V. notre premier volume.

' Dans sa belle Histoire des institutions judiciaires des Anglo-Normands, Philipps m*apprend un fait que j'ignorais ; c^est que les Bretons avaient donné asile à Griphon au septième et au huitième siècle. Voici ce que je lis dans le savant travail que je viens de citer :

« L'expression de perfida gens , que les chroniques françaises emploient presque toujours pour désigner les habitants de la Bretagne continentale, donne lieu de penser que les Francs, malgré tous leurs efforts, ne purent jamais parvenir à soumettre complètement ce petit peuple; et c'est là, en effet, ce que l'histoire confirme. Les Bretons étaient, sans exception, d'origine celtique. Du temps des Romains, la Bretagne était le séjour des Veneti et des Coriosolitani , avec lesquels des réfugiés bretons vinrent se mêler lors de la conquête de leur pays par les Anglo-Saxons , et ils donnèrent leur nom à cette contrée. Pépin d'Héristal d'abord, puis Pepin-le-Bref, eurent des combats à soutenir contre les Bretons , qui avaient donné asile à Griphon [Ann. Mettens. ann. 691-753, ep. Pertz). Il paraît que, depuis cette époque, ils furent tributaires des Francs , mais qu'ils mettaient beaucoup de négligence à acquitter leur tribut. Gharlemagne fit plusieurs campagnes contre eux {Einh. Ann, ann. 786- 799-844). Jusqu'à ce moment ils n'avaient pas obéi à un prince unique^ mais avaient été gouvernés par plusieurs petits chefs. Mais , sous le r^ne de Louis-le- Débonnaire, un certain Murmanus (Morvan) prit le titre de roi et fut tué en 848 (Einh. Ann. 848). Wiomarus (Wiomarch) se distingua particulièrement comme chef des Bretons dans la guerre qu'ils eurent à soutenir contre les Francs (Einh. Ann. nnn. 822. 824. 825). Après l'assassinat de Wiomarch, Louis prit la résolution de faire une nouvelle campagne en Bretagne (Ann. Mettens, ann. 830) ; mais les troubles qui éclatèrent dans ses États l'en empêchèrent. Nominoé avait reçu la Bretagne de Louis avec le titre de duc ; mais lui aussi envahit la France , et il était dans le Maine quand une descente des Normands en Bretagne l'obligea à retourner sur ses pas. Quelques années après, nous le voyons dévaster l'Anjou (Regin. Prum. Chron. ann. 837). Respogius (Erispoé) se montra plus fidèle envers les Francs : sa fille avait épousé Louis, fils de Charles-le-diauve ; mais il fut à son tour assassiné par Salomon, qui se mit à la tête des Bretons. Charles avait déjà combattu les Bretons, et toujours avec désavantage; il fut complètement défait par eux en 860. Le prince breton s'était engagé à demeurer fidèle aux Francs et à les secourir contre les Normands. II le fit, en effet, pendant un certain temps ; puis tout à coup il conclut avec les pirates un traité spécial , et Bretons et Normands se mirent à piller la France en commun » (Hincm. Rem, chron. ann. 862i 865. 866. 868. 869). ^ V. Philipps, Histoire des institutions des Anglo-Normands ^ § 3. note 70. Comparez cette rapide esquisse avec nos récits, T. L

Page 1