E. MARC-AUREL, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Rue Richelieu , 102.
I,. HACHETTE , UBRAIHE.
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PRÉFACE DE L'AUTEUR
Le but de l’auteur en écrivant cet ouvrage a été non-seulement d’éclairer et d’interpréter les annales primitives du Nord, mais encore de faire ressortir, au milieu des progrès de la société à cette époque, les points les plus saillants de Thistoire, qui, — bien que négligés ou légèrement traités par les écrivains de France et d’Angleterre , — n’en jettent pas moins une lumière vive et féconde sur les affaires de l’Europe pendant le moyen
PRÉFACE DE l’aETEUR.
âge, et expliquent rorigine des grandes monarchies qui forment aujourd’hui les Etats les plus puissants. Pour atteindre ce but, l’auteur à toujours puise aux sources primitives , aux documents originaux trouvés dans les nombreuses collections des savants et des Académies du Danemark, de la Suède et de laNorwége, aux anciens chants mythologiques, aux Sagas, et surtout au grand ouvrage historique de Snorre Sturleson, écrit en langue Islandaise, ou vieux Scandinave, qui fut en usage dans les trois royaumes du Nord, jusqu’à la formation des langues Danoise et Suédoise actuelles.
Ces documents embrassent les monuments historiques des premiers temps, — d’une authenticité telle qu’aucune nation de l’Europe ne peut s’enorgueillir d’en posséder de semblables, — interprétés et compris avec un talent que ne surpassent ni les critiques ni les antiquaires des autres contrées.
De plus, l’auteur a fait de fréquents et
PUÉFACE DE l’auteur.
Vit
d'utiles emprunts aux historiens nationaux modernes : — Schæning, Siihm, Gcijcr, Rafn« à l’histoire des Anglo-Saxons de M. Turner, à l’ouvrage de M. Depping sur les Expéditions maritimes des Kormands, et enfin à l’histoire de M. A. Thierry sur la Conquête de l’Angleterre. 11 doit ajouter qu’il a incorporé dans son ouvrage deux articles écrits par lui et insérés dans les Quarterly Reviews de Boston et de Philadelphie ; l’un sur la Mythologie et la Littérature Scandinave, l’aulre sur l’ouvrage de M. Depping. Il a souvent consulté avec fruit le premier volume de l’Histoire Ecclésiastique du Danemark et de la Norwége, par son ami le célèbre docteur Münter, évêque de Seelande ; le Sagabibliothek du professeur P. E. Müller (aujourd’hui évêque), et les différentes publications des professeurs Finn Magnùsen,Werlauff, Schlegel, Rafn et Rask, sur la mythologie, la langue, les lois et la littérature de l’ancien Nord. Il avoue, avec orgueil, — avec plaisir, — le puissant secours qu’il a reçu des conseils de
nu PBÉFACE DE l’aUTEUR.
ses confrères et amis pendant sa résidence en cette ville, — résidence dont le souvenir se rattache pour lui aux plus heureuses années de sa vie.
Copenhague, avril 1831.
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
L’ouvrage que nous présentons au public français est moins une traduction qu’une nouvelle édition de l’ouvrage qui parut en langue anglaise à Londres et à Philadelphie (1831). Une circonstance heureuse, en mettant le traducteur en rapport avec M.Wheaton, lui a permis d’enrichir l’édition française des notes et des recherches que l’auteur réservait pour une seconde publication. Une autre amélioration est résidtée de ce con-
PUÉFACE DL TRADl'CTEin.
cours réciproque. Depuis dix ans, en effet, l’attention de l’Europe lettrée s’est portée avec ardeur vers l’étude de l’ancienne histoire du Nord, si riche en événements et si prodigue en grands hommes , mine féconde dont les écrivains précédents n’avaient fait qu’indiquer l’existence, et qui devait, par ses heureux résultats, réaliser les espérances des critiques et des savants. Depuis cette époque, chaque nation apporta le produit de ses recherches, et contribua à poser les fondements de l’édifice commun. En Angleterre, un ouvrage fort important , sous le titre de « Scandinavia , » fut publié en i838 par M. Wheaton, conjointement avec M. Crichton d’Edinbourg. C’est l’histoire ancienne et moderne du Danemark, de la Suède et de la Norwége , contenant une description géographique et physique de ces pays , des renseignements sur la mythologie, les mœurs et les institutions politiques et religieuses de leurs habitants. En Danemark , sous les auspices de la Commission
PnÉl'ACE ne TRADLCTEIR.
Arna Magnœane, se poursuivait la publication des anciens manuscrits et des Sagas de l’Islande ; plus tard vinrent les profondes dissertations de M- Finn Magnûsen ; en Allemagne, on continuait avec zèle et succès les recherches déjà commencées sur les mêmes matières par les savants auteurs de ce pays. La France, bien que plus éloignée du berceau de cette histoire , malgré ses préoccupations intérieures , suite des commotions politiques, la France ne restait pas inactive, et de sérieuses publications, — entre autres l’Histoire de la Poésie Scandinave , par M. Edélestand Du Méril (Prolégomènes) , ouvrage d’une érudition vaste et profonde, trop peu répandu par l’excessive modestie de l’auteur, — ont prouvé l’importance de l’Histoire des Hommes du Nord , oii chaque peuple retrouve les traces glorieuses de ses pères. Pour les Danois et les Norwégiens , en effet , c’est une histoire nationale ; ce sont leurs ancêtres qui , laissant le foyer dome.stiquc ,
PRÉFACE üi: TRADICTEI R.
s’élancèrent sur le reste de l’Europe, qui, trop faible pour résister à ces hordes barbares , semblables à un torrent débordé renversant tout obstacle, se soumit à leurs armes victorieuses. Tout semblait les pousser à l’émigration , et les déterminer à s’associer à ces expéditions hasardeuses et lointaines qui les rendirent si redoutables. La soif du butin, le besoin du pillage , la
nécessité d’obéir au penchant de leur esprit aventureux , sont autant de mobiles puissants en harmonie avec leur caractère sauvage et aventurier ; plus tard des raisons plus honorables et moins barbares, — le désir de la gloire , la prévoyance de l’avenir, — les déterminèrent à chercher ailleurs que dans leur patrie des moyens d’existence durables et productifs. Et cependant ils quittent la mère-patrie, pour eux toujours hospitalière, dans laquelle ils reviendront tôt ou tard , ou pour l’enrichir, — en fils généreux et reconnaissants, du produit de leurs conquêtes étrangères , — ou
l'UÉFACK DF TKADICTEVR.
Mil
pour solliciter, dans rintérêt commun, des secours qu’elle ne refusera jamais, car sa fécondité est inépuisable! Pour l’Amérique du Nord , c’est l’histoire de sa première découverte , bien des siècles avant Christophe Colomb ; pour la France et l’Angleterre, c’est l’histoire de leurs guerres et de leurs résistances.
Et si nous parlons de l’Islande , notre intérêt redouble encore ; car sa colonisation, ses causes et ses résultats sont autant de phénomènes qui ne se retrouvent dans aucune autre histoire. Cette île sauvage et écartée, qui , par son isolement , semblait à jamais exclue des bienfaits de la civilisation, cette île eut une littérature originale, pleine de fraîcheur et de poésie, longtemps avant le reste de l’Europe ; bien plus , les semences de cette civilisation jetées sur une terre qu’on croyait ingrate et inhospitalière , s’y fécondèrent plus rapidement que partout ailleurs ! Comment donc justifier ces faits en apparence si contradictoires ? comment
l'nKFACK Ül rRADlT.TEl'U.
expliquer ces mystères? Jetons un coup d’œil rapide et succinct sur son histoire et sa dècouverle.
Les premiers colons établis en Islande appartenaient à l’aristocratie la plus haute et la plus indépendante de la Norwége.
Nous apercevons déjà les conséquences immédiates du rang élevé de ces émigrants, et la différence fondamentale qui sépare la colonisation de l’Islande de celle des autres contrées ; aussi les particularités remarquables que l’on trouve dans les institutions et dans l’histoire de l’Islande ne peuvent s’expliquer que par la haute position de ses législateurs. Dans les autres pays , les habitants primitifs étaient un mélange de toutes les classes ; et dans les temps modernes, combien de grandes colonies ont été fondées par des hommes dont les successeurs se seraient contentés de ce que l’histoire ait pu les oublier, et qu’une antiquité de deux mille ans n’a pu ni annoblir ni canoniser (1 ) !
(1) Scliœning. — Henderson’s Travels in Icelaiid , vol. I , p. 308-3-20.
PRÉFACE nu TRAmCTEl’R. \V
L’émigration , en Islande ^ fut la eonséquence de la plus grande révolution politique qui ait eu lieu dans l’histoire de la Norwége. Divisée , — si l’on peut appeler divisé ce qui n’a jamais été joint, — en de petits royaumes et en seigneuries indépendantes, la Norwége fut, non pas une contrée , mais un amas de plusieurs contrées jusqu’au temps d’Harald, à la belle chevelure , et dont le père Halfdan avait été le chef de l’un des plus grands de ces petits royaumes. L’ambition d’JIarald , son orgueil et son amour propre , froissés par les railleries et les dédains d’une princesse Norwégienne à laquelle il avait fait des propositions de mariage , lui suggérèrent l’idée téméraire de réunir sous son sceptre, par la conquête, tous les petits Etats ci-dessus, et de se rendre « souverain aussi indépen- « dant de la Norwége que le roi Erik « l’était de la Suède, Gorm- le-Vieux du « Danemark et Athelstane de l’Angleterre. » Mais ce que les temps modernes ont loué
pnÉi'ACF, m; TRAntT/rEun.
comme l’entreprise politique la plus gigantesque et la plus digne d’éloges , fut interprété par les prinees de la Norwége comme une œuvre de tyrannie et d’oppression. Il devint l’ennemi commun, — l’ennemi de tous. — Les mécontents formèrent donc une ligue, assemblèrent leurs armées de terre et de mer, et présentèrent le combat à celui qu’ils appelaient le tyran; mais ils étaient plusieurs, — il était seul; — il y avait donc chez lui plus d’unité dans les conseils, plus de promptitude dans l’exécution; puis, aucune rivalité, aucun ombrage; il n’y avait qu’une tête , il y avait mille bras. Il livra plusieurs batailles aux princes confédérés, et en sortit toujours vainqueur. Le plus décisif de ces engagements fut la bataille navale de llafursjord (1), où Harald mit en déroute complète ses adversaires ; aucune résistance sérieuse n’était plus possible , la ligue fut rompue , et Harald vit ses désirs accom-
(1) Snorre, Haralds Saga ens Haarfagra, cap. XiX.
PRÉFACE on TRADUCTEUR.
plis, il était roi de Norwége! Les princes Norwégiens , cependant , étaient vaincus , niais non soumis ; ils ne pouvaient oublier qu’ils avaient été les éjjaux d’Harald en pouvoir , en dignité , en naissance. Comme lui , ils avaient été souverains ils ne pouvaient accepter l’idée humiliante de devenir sujets. Gomme lui , iis descendaient des Dieux , et leur orgueil était satisfait de penser que ce serait une impiété , — un abaissement de leur nature divine , — de se soumettre au joug de l’esclavage. Plusieurs préférèrent donc la mort à la soumission. Ce fut une consolation pour eux d’é/re triés sur leurs propres domaines , lorsqu’ils croyaient leurs personnes sacrées , et la mort leur paraissait moins amère que partout ailleurs (1.) ! Les plus faibles ou ceux
(1) aAtfalla d eignum simtm. — Tomber dans le domaine d’un autre.» Cette phrase fayorite aux princes du Nord, et que l’on rencontre si souvent dans les Sagas , exprime une idée chérie . constamment présente à leur pensée. Cn prince ou un chef tué dans ses États était appelé Saint (HimAOR); s’il mourait ailleurs, il était non saint, profane (UNHEU.AGB). Même après l’intro-
xvin
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
qui , ayant moins la conscience de leur dignité, ne regardaient pas comme une humiliation de ramper aux pieds du tyran , payèrent hommage à Harald ; mais les plus fiers , chez lesquels vivait toujours l’idée de perpétuer leur ancienne race et de continuer leur histoire , allèrent chereher d'autres terres, pour y conserver leur indépendance; et s’ils n’espéraient pas reconquérir un pouvoir égal à celui qu’ils avaient perdu , ils laissaient sommeiller leur vengeance , et attendaient , du moins , dans l’ombre et le silence, que les événements leur vinssent
duction du Christianisme, cette phrase resta en vigueur : il y a plus, Snorre Sturicson, homme d’un haut rang, et par conséquent bon catholique chrétien , disait de saint Olaf , — que l’Église avait canonisé , — que son seul titre au canonicat était d’avoir été tué par ses sujets dans son royaume; car sous bien d’autres rapports, il était comme son neveu, Harald-le-Sévère, qui fut tué dans une bataille, près d’York, et dont Snorre disait qu’on ne pouvait l’appeler saint, parce qu’il mourut pendant qu’il envahissait un royaume étranger. Il avoue cependant que dans certains cas , il fut le meilleur des deux , et comme homme et comme roi. Mais comnte il fut un homme de génie, il est probable que, s’il edt réussi dans son projet de conquérir l’Angleterre, il eût eu les moyens d’acheter plus que le titre de saint, {Repp, on the Jury , p. 155. )
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
en aide , et se croyaient moins humiliés parce qu’ils étaient plus éloignés du théâtre de leurs défaites.
Les colons d’Islande furent donc tous des hommes choisis. Emigrant d’un pays supérieur à ses voisins par les arts et les sciences que le siècle admirait , ils furent les hommes les plus éminents de cette contrée, et laissèrent leurs égaux derrière eux. L’ignorance ou l’aveuglement peuvent seuls s’étonner que la poésie d’Islande ait été, pendant le moyen âge , plus riche et plus cultivée que celles des autres nations ; — que les Islandais aient été plus intrépides navigateurs, qu’ils aient été reçus et honorés comme des hôtes célèbres dans les cours étrangères qu’ils visitèrent ; — qu’à Constantinople , ils aient été capitaines dans les cohortes étrangères (1); que leurs ouvrages historiques aient été supérieurs à
(i) BoLÇtyyot,
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
ceux que le moyen âge produisit; — que leurs lois aient été meilleures que celles des nations voisines. La terre à'Ultima Thule n’est pour rien dans toute cette supériorité ; mais ses premiers habitants , hommes de talents et d’instruction, écrivaient des histoires, parce que leurs faits et gestes étaient dignes d’être conservés ; — ils aimaient la poésie, parce que leurs passions, leur langage , leurs sentiments , étaient à la fois ardents et civilisés ; ils composaient enfin de bonnes lois , parce que la conscience de ce qu’ils valaient, — l’ambition, — l’amour propre, — attirèrent de bonne heure leur attention vers les principes de la justice.
L’état avancé de la civilisation en Islande n’est donc ni un miracle, ni, — comme l’ont prétendu des hommes à esprit étroit, — le résultat de longues nuits et de l’oisiveté; mais les mêmes causes qui avaient ailleurs favorisé le développement de la civilisation
PRÉFACE DU TRADUCTEUR. XXI
produisirent de grands résultats, même en Islande (1).
IS’avions-nous pas raison de dire que Thistoire de la Scandinavie justilBait rattention de l’Europe lettrée.
M. Wheaton , et par sa position et par ses travaux , ne pouvait rester indifférent à cette tendance nouvelle des esprits. Ayant résidé longtemps à Copenhague comme ministre des Etats-Unis d’Amérique, de son poste d’observation il enregistrait tous ces progrès qui venaient justifier ses écrits, et attendait le moment favorable de publier ses dernières recherches.
Cette occasion s’est offerte à lui par la traduction française; elle contient le résultat de ses nouveaux travaux. Il a puisé dans la « Scandinama » les matériaux propres à combler les lacunes qui se trouvent dans la première édition des Peuples du Nord ; il a suivi soigneusement les progrès et profité
(1) Repp, Trial by Jury , p. 151 et passim.
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
des travaux savants et consciencieux des antiquaires Danois sur les origines Normandes, et laborieusement étudie la suite des anciens Sagas, dont la publication se continue depuis 1831. Son attention s’est surtout fixée sur le grand ouvrage du savant professeur Rafn, publié à Copenhague en 1837, sous le titre à'Antiquitates Americanœ^ et contenant les détails les plus amples et les plus curieux sur les expéditions et découvertes des Scandinaves dans le Groenland, dans les régions Arctiques et sur les côtes de l’Amérique du Nord, pendant les x® et XI® siècles.
L’auteur a pensé , en outre , que c’était commencer d’une manière heureuse l’Histoire des Peuples du Nord , que de la faire précéder de l’exposition complète de cette mythologie Scandinave , si pittoresque , si allégorique , et qui , par ses rapports intimes avec l’origine de ces peuples , par l’influence qu’elle exerça sur leurs insli-
PRÉFACE UC TRADCCTECR.
XXIH
tutions , leurs mœurs et leur caractère , justifie rimportaiice qu’il lui a accordée. Elle sert donc d’introduction à l’ouvrage ; c’est comme le portique du temple.
Enfin , l’auteur a ajouté un dernier chapitre entièrement inédit, retraçant l’histoire des expéditions et des conquêtes de Robert Guiscard et des autres fils de l’ancrède de Hauteville à INaples , en Sicile et en Grèce, jusqu’à l’extinction de la dynastie Kormande dans le midi de l’Italie.
En présence de ces importantes améliorations , le traducteur a senti qu’il devait être à la hauteur de la tâche qu’il s’était imposée, et que, lui aussi, devait apporter sa part de matériaux pour consolider l’édifice. Il n’a reculé devant aucuns sacrifices , devant aucuns travaux ; il a pensé que , pour mieux illustrer ces expéditions et ces découvertes , il devait joindre à sa traduction une carte d'après la géographie Scandinave
PRÉFACE OU TRAOLCTECR.
du moyen âge. Elle a été gravée avec un soin remarquable par M. Dufour , un de nos plus habiles géographes , et le traducteur a mis à sa disposition les cartes originales publiées par le professeur Rafn. 11 donne, en outre, le texte de la célèbre inscription R unique , gravée sur un rocher près de Rhode - Island , ainsi que l’interprétation lumineuse du savant archéologue Finn Magnùsen , attestant la présence, les faits et gestes des hommes du Nord dans ces parages , cinq siècles avant la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Il a, de plus, ajouté, pour l’explication de la mythologie du Nord, qui sert d’introduction à l’ouvrage , une carte du système de l’univers Scandinave , le texte d’un alphabet Runique , et des traductions complètes de quelques uns des anciens chants héroïques et mythologiques cités dans le texte ; suppléant ainsi aux indications qui, pour le lecteur français, auraient été trop fugitives.
PIIÉFACE DU TRADUCTEUR.
Ces traductions sont tirées de l’ouvrage de M. Edelestand Du Méril, sur l’histoire dé la poésie Scandinave.
Enfin , le traducteur , sous sa responsabilité personnelle , donne un aperçu rapide du pouvoir judiciaire et des compensations pécuniaires chez les Anglo-Saxons. Toute la partie comprise sous le nom de Notes et Eclaircissements appartient donc entièrement à l’édition française ; elle a été , du reste, approuvée par M. Wheaton.
Cette double tâche est achevée maintenant. Depuis longtemps l’auteur est récompensé de ses travaux et de ses veilles laborieuses par le succès qui accueillit son ouvrage. Pour le traducteur, au contraire, l’épreuve commence ; déjà il a été encouragé et soutenu dans ses travaux par l’amitié dont l’honore l’auteur ; i! désire plus encore, et s’il lui est permis de préjuger de l’avenir par le souvenir du passé, il espère que cette œuvre recevra un accueil aussi favorable
PRÉFACE DU TRADUCTEUR
que la traduction qu’il a publiée en 1834 de l’ouvrage anglais si remarquable de John Allen, intitulé : « Recherches sur l’origine et l'accroissement de la Prérogative Royale en Angleterre. »
Murs 1844.
INTRODUCTION
MYTHOLOGIE SCAINDINAVE.
Pour bien comprendre l’histoire des peuples Scandinaves, avant leur conversion au Christianisme et pendant leur longue lutte avec les nations de l’Europe Occidentale déjà converties, il faut connaître d’ahord le système du Paganisme qui leur lut commun avec les tribus Saxonnes et Frankes de la Germanie. De tous les principes qui concourent à former le caractère d’une nation, la religion est, sans contredit, le plus important. Celle qui fut professée par la grande famille nationale des Goths, dans les deux branches Scandinave et Teutonique, est tellement identifiée avec les mœui's, les institutions politiques et militaires de ces peuples , et se rattache tellement à la langue qui anima la poésie riche et merveilleuse inspirée par cette religion , que nous avons jugé nécessaire de faire précéder notre histoire d’un résumé succinct de sa mythologie , de sa cosmogonie et de son culte.
ISTRODICTIOS.
La religion primitive des nations qui habitaient la Scandinavie semble présenter une forme d’adoration plus pure et plus simple que celle qui survécut à l’apotbéose d’Odin. Nous avons peu de documents sur ses rites particuliers et ses doctrines , « parce que toutes les tribus des Gotbs, » dit Tacite, € chercbaienl à cacher le plus possible leurs mystères sacrés aux yeux des étrangers. » Le Dieu suprême des nations Hyperboréennes, semblable à la Divinité des anciens Germains, était adoré comme l’auteur et le maître de l’univers ; son pouvoir était infini, son savoir universel, sa justice incorruptible. La religion défendait de le représenter sous une forme corporelle, de l’adorer en images ou dans l’enceinte des murs et des temples. Mais c’était seulement au milieu des forêts épaisses et solitaires, dans les bosquets consacrés, — en présence du spectacle imposant des œuvres de la nature, — qu’il acceptait son culte. De cette Divinité principale émanait une foule d’êtres inférieurs, présidant aux éléments et aux opérations de la nature, et, — intermédiaires intelligents entre le ciel et la terre, entre le Dieu et l’bumanité, — agissaient comme messagers du bon ou comme instruments du mal. On achetait leur faveur par des sacrifices, afin d’obtenir, dans une vie future, la récompense réservée au juste et au brave. Tel était le code religieux et moral des Goths et des Scythes. Insensiblement, leur symbole de foi perdit sa pureté primitive et se corrompit par les superstitions étrangères, imposées par leurs conquérants comme une marque de servitude, ou peut-être aussi empruntées
INTRODUCTION
aux nations qu’ils soumirent. Ainsi les traits de la simplicité première du Paganisme des Scandinaves, d’abord naïfs et purs, s’altérèrent graduellement; de nouveaux Dieux furent adoptés en même temps qu’ils reçurent de nouveaux maîtres, jusqu’à ce que le culte d’Odin vint remplacer déünitivement toutes les idolâtries précédentes (1).
On trouve un exposé particulier de ce système, — qui prévalut pendant sept à huit cents ans, jusqu’à l’introduction du Christianisme, — dans les restes de la littérature Islandaise, où se conservèrent toutes ces brillantes fictions qui constituaient le symbole de la religion et enrichissaient la poésie des nations du Nord. Un ecclésiastique nommé Sœmund-Sigfusson, — l’Homère de la Scandinavie , — qui florissait au milieu du xii* siècle, rassembla et consigna par écrit les chants et les traditions orales de l’antiquité. Ces lais et ces légendes historiques ne formaient pas uu poëme d’unité et de longue haleine, comme l’Iliade ; mais consistaient simplement en fragments détachés, se rapportant aux attributions de leurs Divinités et aux exploits de leurs héros. Cette composition célèbre est appelée le vieil Edda ou l’Edda de Soemund (2), pour le distinguer du petit Edda ou
(!) Tacite Gertn., c. 9. — rclloiilicr, Histoire des Celtes, I. II, c. 17.
(î) Sœmund ou Sœiniindr, Island.iis, né vers 1154-57, cl appelé ffini- Frodr , le Docte, à cause de rétcnduc de scs connaissances. Il avait étudié en France cl en Allemagne; on dit même qu'il visita Rome. Le vieil Edda a été dernièrement édité avec soin et illustré par lu Commission Arna-Magnœan de Copenhague, société littéraire instituée par le roi de Danemark en 1772, et qui lire son nom du célèbre Arne-Magnùscn. Il visita l'Islande en 1702 12, et a laissé une grande quantité de manuserils anciens cl modernes avec une somme de 10,000 dollars destinés h éditer et h publier les plus impor-
IXTRODLCTIOX.
Ëddu Cil pi ose , uttribué cominunémcnt à Suorre Sturleson, et qui forme un abrégé explicatif du premier. Son contenu embrasse différentes catégories de poésie ; le premier est le Volu-Spa, — l’oracle ou la prophétie de Vâla, — dans lequel la naissance des Dieux, la création et la destruclioii de l’univers sont décrits dans un style sombre, mystique et souvent inintelligible, ressemblant aux vers de la sibylle.
C’est dans ce chant mystique, en forme de dialogue, que nous puisons tous les documents relatifs à la cosmogonie et à la mythologie sacrée du Nord. Nous y lisons qu’au commencenieut , un chaos (3) général enveloppait l’univers ; qu’il n’y avait ni terre ni ciel , mais seulement l’abîme sans fond de Ginnnngagap, et les deux régions de Nijelheim et Muspellieim : cette dernière, demeure du feu, où régnait Surlui' (4) ; l’autre, contenant le puits
lanls. — Dcn Ældrc Edda oversat og foiklaicl , \cd Fimi Magnûscn ( le vieil Edda, traduit et annoté par Finn Magnùsen), 8™, Kiubenhavn, 1821- 23. Edda Sœmimdar Hins Froda, etc. (Edda Itythmica son Anli<|nior, etc.) Accedit locupicliïsimum pristorum lîorcalium tlicosophicæ Mytliologiæ F.cïicon, etc , 111 , t. IV; llavniæ, 1828. Voyez la note 2, pageSl.
I.e Lcvicon mythologique est un comnienlaire complet, contenant tous les cclaircissemeiils nécessaires sur l’anliquilé Païenne du Nord. Il y a un siècle cl demi , Resenius et Goraiison donnèrent des traductions latines de l’Edda; et plus récemment Creuizer, Abraliamson , Tliorlacius, Rask , Magnùsen et d'autres archéologues instruits, ont consacré leurs talents à l'interpretation de ces curieux documents. Le fonds Arna Magnœan a servi à publier plus de 60 volumes grand in-4° et in folio, consistant surtout en Sagas du Nord, conformes aux manuscrits, avec des versions latines.
(3) Le chaos, d'ymr, tumulte confus ; yma, combat, ou plutôt hyma , dormir.
(4) On fait venir son nom de Surir, obscur ; d'autres commentateurs lui
trouvent des rapports d'origine avec le grec trembler de froid,
et le mandschou Tourlar , qui a la meme signilication , et à I appui de celle
ISTRODUCTION.
d’Hvergelmer , d’où s’échappaient douze courants empoisonnés [Ellivagar) qui produisirent la glace, la neige, le vent et la pluie. chaleur et l’humidité combinées formèrent les gouttes qui engendrèrent le géant Ymer avec ses frères les Rirathursar (les méchants), qui s’élevèrent au milieu de l’océan sans bornes de vapeurs, qui remplissent l’immensité de l’espace. I^a vache Audhumbla fut créée après Ymer, qu’elle nourrissait de ses quatre fleuves de lait, tandis qu’elle-même vivait en léchant les rochers couverts de sel et de gelée blanche. En trois jouis fut engendrée une créature, appelée Bure, douée de beauté, d’agilité et de pouvoir. Son fils fut Borr, qui épousa une géante, et fut le père d’Odin, de Vile et de Ve (5). Là terre fut sa fille et devint sa femme, la mère de son premier né, Asa-ïhor, l’inviucihle.
Les descendants de Borr tuèrent Ymer, et son sang causa un déluge qui engloutit tous les Rimlhursar, excepté Bergelmer, qui fut le père de la lace des géants. Les Dieux firent le monde avec le corps d’Ymer, la terre avec sa chair, les pierres avec ses os, les arbres et les herbes avec ses cheveux ; avec sa sueur, ils firent l’Océan, au milieu duquel fut fixée la terre, et avec son crâne, les deux, qui furent divisés eu quatre parties, plaçant les nains Est, Ouest,
origine, ils citent la grotte pleine de glaçons, en Islande, appelée Caverne de Surir (Surtarhellir). Vouez Edclestand Du Mcril, Histoire de la poésie Scandinave , Prolégomènes , Paris , 1839, p. 107, note 2, pour la valeur de celle éljmologie. (Ifole du Traducteur.)
(5) Buri n'avait été engendré par personne. Odin ne iia(|uit qti'aprcs la Nature; il en est de même de Jupiter et de Brahma. — Du Méril , p. 89.
( Note du Traducteur. )
IKTRODICTION.
Sud et Nord, à chaque coin pour eu soutenir la voûte; de sa cervelle, ils formèrent les nuages; avec ses sourcils, ils élevèrent Mid-gârd (6), la demeure du milieu, ou le séjour des hommes.
Déjà le chaos n’existe plus ; il y a création , mais incomplète, mais sans proportion, sans éléments de vie et de durée. Il n’y avait ni sable, ni mer, ni eaux dormantes; partout manquaient la terre et le ciel qui la couvre ; l’espace était vide, l’herbe ne poussait nulle part (7), les astres ne connaissaient ni leurs pouvoirs, ni leurs fonctions, ni les stations qu’ils devaient occuper. Le soleil ne savait où trouver son palais , les étoiles ne savaient où chercher leur
(6) Mid-gàrd; il y avail au-dessus demeiirc des Dieux, el Uigùrd, la dernière terre, l'habitation des Géants. Ce nom de la terre so trouve aussi en Anglo-Saxon , Middangoard, Cn dmon\ v. 12. On en trouve encore un autre exemple dans Warton, t. I, p. 35, et dans la ballade Écossaise, Child Itowland, la terre est encore appelée Midle eard; Northern, lUusi., p. 399. — Voyez ci-contre la carte de l’Vtuvers Scandinave.
(7) On retrouve le chaos dans toutes les cosmogonies .... Ovide, Métamorphoses, 1. 1, V. 5, dit :
Antè mare, et terras, et, quo<l tegit omnia cœlum ,
Unns erat toto natur.-e vultus in orbe,
Quem dixere chaos, rudis indigestaqiie moles;
Nec quidquam nisi pondus iners.
Les mémos idées se retrouvent dans ui; fragment en vieux haut allemand du IX" siècle :
Eco ni uuas Noh ufhimil ,
Muh paum nohhcinig Noh pereg ni uuas;
NI
Noh finina ni scein Noh mano ni liuhta Noh der mareoseo.
Wettobrunner Gebet, Ap. Wackernagel Altdentscht*, Lettbuch. co\. 67. Ed. Du Méril , p. 88-89. (Note du Traducteur.)
INTnODlCTION.
demeure, la lune ne savait point quel serait son empire. Cependant Odin, le Dieu de la Lumière, réunit tous ses frères en conseil, et, recueillant les étincelles de Muspelheim, qui voltigeaient au hasard dans Ginnungagap, ils les fixèrent comme étoiles au firmament. Ils déterminèrent aussi les noms et arrêtèrent l’ordre des saisons. Naît {ta Nuit) épousa un des Ases (8) , la race belle et divine , et leui- fils Dag [le Jour) naquit beau comme son père. Montés sur deux coursiers de couleur différente, ils traversent alternativement le inonde en vingt-quatre heures. Le cheval de la Nuit estHrimfaxi (è la crinière couverte de givre), et l’écume distillée do sa bouche forme la rosée du matin ; le char du Jour est traîné parS/in/flxi , dont la crinière étincelante illumine le ciel. Un vent frais placé sous leur |>eau donne la fraîcheur du matin. Le soleil et la tune sont guidés dans leur course par les deux fils de Mundilfor.
A l’extrémité de l’Océan, était Ut-gârd, appelé aussi Jotunheim, habité par Nor et les Géants; on éleva un mur ou une solide forteresse pour le séparer d’As-gârd (9), la demeure des Dieux. Là, sous la racine de l'arbre du mouàe{Yggdrasill) (10), vivaient les Nains et les Lutins, les démons et les esprits
(8) Ates. A(, Dieu, au singulier} Æsir, Dieu , au pluriel.
(9) At-gàrd, demeure des Dieux.
(10) Oui supporte le monde : àiYggr, nom d'Odin, et drasill, portant ;
portant Odin, Time et la symbolisation du monde. Peut-être a-t-on Tait de son cheval la colonne de l'Univers. 11 ne serait pas non plus impossible qu’Yggdrasill vint d'y, pluie, et de drasill. Il distille la rosée qui
tombe dan< les vallées, dit le Vôlu Spâ. Les Indous avaient un arbre mytique (un pépala, bananier) appelé /lsAtta(a,dont le nom a ainsi de grandes ressemblances avec le mot Islandais du frêne, dsibi'idd. (Ed. DuHcril, p.9S.)
IKTRODIT.TIOS.
follets; là aussi est la demeure du Sommeil, qui sc lève chaque nuit pour clore les paupières du monde. Au Nord, se tient le géant Hrasvelg {une espèce de Vampire) , qui dévore les cadavres ; sa forme est celle d’un aigle, et lorsqu’il agite scs ailes, il produit les vents et souffle les tempêtes désolantes. Il y avait neuf cieux et neuf terres; dans la dernière, habitait Héla, la Déesse du monde souterrain (11).
Mais jusque ici les éléments seuls existent ; un instant encore, et l’espèce humaine va naître. Odin , voulant embellir et animer l’univers, créa un homme (Ash) et une fenune {Embla) de deux pièces de bois: — un frêne (12) et un aune (13), rejetés par les flots; ce fut là le premier couple. Odin lui donna l’âme; Hœnir (Dieu de la lumière), la raison; et Lodur (Dieu du feu, de lod, feu) lui donna du sang et des couleurs de pourpre.
Les Dieux habitaient Âs-gard, l’Olympe des Scandinaves. Il contenait un grand nombre de cités et de palais; le plus grand et le plus magnifique était appelé Gladheim, ou la maison de joie ; il y avait
(It) Hita, 61le<fe Lelii et (fAngurbodi, la plu> terrible <les furies, la Mon. Elle avait un cheval noir appelé HeUeslr, qui rappelle celui de l’Apocalypse, C. V. VI, 8. — Du Héril, p. lOE. {Sole du Traducteur.)
(12) Ask , frêne. Ce Myüie , dit T>u Héril, peut avoir aussi une raison philologique , et signi&e Amour en Turc. Le Snorra-Eddo , p. 10, dit formellement que le premier homme avait été fait avec du frêne ; dUns la cosmogonie Grecque, les hommes étaient aussi faits avec du frêne; dans la cosmogonie Persane, ils étaient sortis d'unarhre... Du Héril , p. 94.
(JŸore du Tradueieur.)
(13) Embla, Aune, peut être de TMandais Elrir, aune; et frêne,
par roélathcsc Emiia... l'osez à ce sujet la dissertation de U. Du Héril , p. 91. (Note du Traducteur.)
INTIIODICTIOK.
xwv
douze sièges pour les principales Divinités, outre le trône occupé par Allfader, le Père universel. Iæ palais (les Déesses s’appelait Vingoif, la demeui e de l’amour et de l’amitié. Dans Alflieim lialiitaienl les lutins on les fées brillantes, race distincte des noirs génies qui vivaient sous terre. La capitale céleste était ombragée par le fameux frêne Yggdrasill, le plus beau et le plus gros des arbres, dont les branches, s’élevant au-dessus des deux, couvrait et supportait le monde. Sa cime feuillue baignait dans une onde bleue, et distillait la rosée qui tombe dans les vallées. Pour conserver ses rameaux toujours verts , il était arrosé par les Nornes, les Destins ou Destinées qui dispensaient à l’homme les différents événements de sjj vie, — le Lien ouïe mal. Il avait trois racines; une qui atteignait Nifelheim, où Nidhogg, un serpent monstrueux l’étreignait sans cesse dans Hvergelmer , la source des fleuves infernaux; une autre s’étendait jusqu’à la demeure des Rimthui*sar, sous laquelle était la source deMimir(14) (la fontaine de la sagesse), où Odin laissa un de ses yeux en gage pour obtenir une coupe de son eau , qui donnait l’inspiration et la sagesse; la troisième s’étendait jusqu’aux Æsir, et descendait sur la terre des hommes : au-dessus était la source sacrée d’Urd, ou fontaine de prescience (15). Là vivaient deux cygnes, les auteurs de tous les oiseaux de cette espèce; là siégeaient les Dieux, qui
(l i) Voyez la siroplic 21 du cli.inl de la Sibylle. Du Méril, 99et noie 4.
(1S) La Fontaine do Prescience, d’Urd, la première des Nornes on d’eJap , au moins les Grecs avaient-ils une fontaine semblable; Pausanias, Grwe. /)ft. Achaïe, p. 4M) Peut-èlrc la locution vulgaire du Puits de la Vérité Si' rallaclic l clic à ce inyllie.
ISTUODIT.TION.
k traversaient chaque jour à cheval sur le pont sacré de Bafrost (l’arc-en-ciel), quelesgéantsn’osaient jamais franchir. Dans un palais plus rapproché de la terre vivaient trois vierges Nornes , issues de la fontained’Urda : tW, le passé; Verdandi, le présent,
Skuld , l’avenir, qui gouvernent le monde et mesurent la vie: ce sont elles qui font les destinées dos enfants des hommes.
Cet arbre céleste était cependant destiné à souffrir ; ses bourgeons étaient rongés par les jeunes faons , ses racines par les serpents vénéneux ; tandis qu’un écureuil, montant et descendant sans cesse,, semait la discorde entre l’aigle, qui se tient en haut des grosses branches, avec un faucon perché sur sa tête . et le grand serpent (Midgârdsormen ou Jdrmungandar (16), qui entoure le monde), monstre tt*rrestre qui rampe en bas tout près de l’abîme.
De toutes les Divinités qui habitent As-Gârd, la première et la plus puissante est Ooin (17), le Jupiter' et le Mars du Nord, Allfader, le père de tous les Æsir , le créateur et le chef de l’univers, le Dieu des batailles, et le patron des arts et de la magie. Les livres sacrés lui donnent plus de cent vingt noms et attributions , mérités dans le cours de ses aventures, et tirés du nombre immense de ses adorateurs dans
(\S) Jonmtngand f le monslre lerreslre; JUidgardsorm, le sergpiit qui cnlotire le mende. C’était d’abord la pcrsoimincation de l’Océan, qui enveloppe la terre et rejoint sa tête avec sa qticiic; dans l’écriture allégorique des Égyptiens, Tunivers était représenté par un serpent. Les Indeus croyaient aussi à ce monstre, qu'ils appcLient Vasuki. Voget le Maka Dharata.
( Noie du Traductew'.)
(17) Voyez Du Méril, Histoire de la poésie Scandinave pour les diflérontofr •attributions d'Odin, pp. 50-04.
IKTllomCTlON.
xxww
k*s différentes contrées. De son trône, appelé Lidsliialfa, — la teiTeur des nations, — il pouvait embrasser le monde entier. Deux corbeaux, Hugin (l’esprit) et Munnin i^la mémoire), se tiennent constamment sur son épaule, et lui murmurent à l’oreille tout ce <}u’ils ont vu et entendu dans leurs excursions journalières sur la terre des hommes.
Sa fille Frigga (18) (la terre) devint sa femme et la mère des Æsir; leur premier né fut Thor (19), le plus
(18) Frigga, déesse de la terre et delà volupté cl femme d’Odin. Sou nom
peut venir de l'Irlandais Ffeya, la fée onde ou la fécondante. Un manuscrit tlu Skalda parle d'un oiseau qui lui aurait été consacré (l.ex. mylhol. p . 516), peut-être est-ce le friquet, espèce de passereau dont la lascivité est proverbiale en Normandie (Du Méril, p. 101). {fiole du Tiaducleiir.)
(19) Tbor, pcr8ounificalionde toutes les forces de lu nature; voyez L'hlaiid, Mythui von Thôr. Il avait la puissance et la force de vaincre tout ce qui est
vivant, Dccmis-, IX. Son nom est ccrlainemenl d'origine orientale 0«
ne peut douter qu'il ne fût, ainsi que Jupiter, la personnification du tonnerre ; son marteau sans manche n'est jius autre chose que la foudre. Dans la Mythologie étrusque, l'ange exterminateur est représenté aussi un mar. Icau h la main. J. Von Hamroer, Jahrbücher der Literatur, t. LIX, p.58.
L'n passage de Virgi'.ius Haro Grammaticus jette un nouveau jour sur la signilication de son nom : Quod græcc dicilur Thronus; unde et qui in eo sedet Thors, id est rex, i.ominatur.
Mallet, Edda, p. 88, 89, nous apprend que Thorom en phénicien, et Toron, dans la lajjgue des montagnards écossais, signifient Tonnerre; en breton c’est Toron. I.c dieu principal des Lettons s'appelait ThorapUla ou Thorawivito; c’était le Tonnant; il était invisible et avait les ailes d'un oiseau. Jupiter était, comme on sait, symbolisé par un aigle , et l'on a souvent représenté la foudre avec un aigle, l.e Sedum Majus, dont le nom vulgaire est Joubarbe, Jovis barba, s'appidic en allemand Donncrbarl, barbe de Thor, et Jupiter estuomméyac îtcik (Suppl, voyez 891), comme Thor dans lu Volü-Spà, str. L; Mavgr Ulodyniar. Il reste encore hors de lu Scandinavie quelques traces du culte de Thor; le Thursday des Anglais lui était certaiuemeut consacré, et il y a dans le Westmorelund un endroit appelé Kirbithure , que Ton nommait autrefois Kirk by-Tbor. On y a trouvé une médaille sur laquelle était gravé Thore gut liietis, l'image du Dieu Thor ; Gamdcn, Britonnio, Col. 692, traduction do Gibson. (Du Méril, Ilisloiru de la poésie Scandinave , p. 98, note 2). (.Vote du Traducteur )
xxxriii iNinoDVCTiori.
actif, ic plus léger, le plus fort cl le plus brave des Dieux et des hommes. Il préside aux saisons et à l’air, lance le tonnerre, et protège rhumanilé contre les attaques des géants et des mauvais génies , avec lesquels il est en guerre continuelle. Dans son palais, appelé Tmdvaugr (à l’abri de la terreur), étaient cinq cent quarante chambres; son char était traîné par deux boucs, et il était armé d’une massue ou bAton, Mio/ner (le maillet sans manche, personnification do la foudre), semblable à un marteau qu’il maniait avec des gants de fer, et qui revenait de luimême dans sa main chaque fois qu’il le lançait à la têtede ses ennemis. Il possédait une ceinture apjielée le ceinturon de la valeur, qui doublait sa foi'ce et ranimait sou énei’gie épuisée dans le combat.
Baliier (20), le second fils d’Odin, le Dieu du soleil était le plus gracieux, le plus éloquent, le plus aimable et le plus pacifique des Dieux. Doué de toutes
CH) Ualder, Uatihir ou BuUdur, srcomHüs (l'Odin elilc l'i i<jg;i,Suluil, Dieu du Soleil; son nom peut venir de ila//dr, puisrani, Licau, ou du liai, llumme, quoiqu'une origine orirnlale nous semble plus probable- Les Phéniciens adoraient le Soleil sous le i.om de Ilaal; d'après le Selioliasle d'Æschj le et llcsycliius, :ip. Vossius, De origine et progres3u Idolalriæ , Balten signilie roi en persan, cl celle explication csl confirioée par Sexius Empiricus, I. I, c. 13 ; Baldur serait alors une contraction de üaal-adur, en hébreu ou en persan , noble brillant, le roi brillant, le roi du feu ; il pourrait venir aussi du Sanscrit, cire fort, ou du Persan, fils Vu autre fait prouve la liaison entre le culte du Soleil en Orient et celui des Scandinaves. Us célébraient le solstice d’été, comme les persans, en allumant d’immenses bûchers ! c’est là probablement l’origine des feux Saint-Jean), et l'on sait par le témoignage de Diodore de Sicile, I. 1, p. 191), que les Égyptiens immolaient des hommes rouges (de la, sans doute, l’éfiithèle de Baldtir, Blodgrom tinor) à Busiris, c’e>l-à-diie sur la tombe d'Osiris; JablonsM, Lericon voenm trgypl., p. 5t, H Zoegn, De Oheliscis , p,2SS. (Du Méril, p. UK), ii“ lt.
1 Koie du 'Iradiicleur. )
INTROOt-CTIOλ.
lüs qualités physiques et morales, rien ii’égalait sa beauté, qui projetait des rayons de lumièi'e ; ses yeux resplendissaient [d’im lustre plus brillant que l’étoile (lu matin, et les poils de ses sourcils étaient comparas aux plus blancs des végétaux. A lui le pouvoir d’apaiser les tempêtes ; sa sagesse et sa douceur lui assuraient la prééminence sur les autres Æsir, et ses décrets une fois rendus, rien ne pouvait en détourner les effets; mais , étranger à leurs colères, indifférent a leura querelles, peu désireux d’épouser leurs passions sanglantes et guerrières , il assistait rarement aux assemblées des Dieux. Son bonheur était de vivre ignoré et tranquille dans son palais de Brdilablik (large et brillant), dont la position était indiquée par une zône éclatante, qui, pendant les nuits sereines, brillait à la voûte céleste.
Les autres Divinités qui complétaient la mythologie du Nord étaient d’un ordre inférieur. Niord, le Neptune Scandinave, commandait à l’Océan et aux vents ; il était adoré par ceux qui cherchaient leur fortune sur les mers, et dans les ressources de la pêche. Sou fils Freyr (21) présidait à la pluie etnourrissait de son influence fécondante les diverses productions de la terre. Il possédait une épée fameuse (|ui sortait seule de son fourreau et jonchait la terre de cadavres. Brâgi (l’Apollon de cette mythologie) était le Dieu de l’Éloquence, de la Sagesse et de la
(:2l)Dicu de la fécondité, cl par conséquent de la volupté, de frœ, graine, semence. Chez les anciennes populations des bords du Boryslliéne, on répamlail des grains de toute espèce sur la télé des nouvelles mariées. Thor. iiàus,Aiiiii}uiialttm Borealium spécimen, IV, p. 208.(JVol« itu Tyaductenr
XL ISTRODLCTIOX.
Poésie. Tyr surpassait toutes les Divinités eu courage et en hardiesse ; dispensateur de la victoire , il était le patron sanglant des héros. Haudur (22), Dieu dos Ténèbres , bien qu’aveugle , possédait une grande force; Vidnr-le-Silencieux pouvait marcher dans les airs ou sur les eaux : Vile et IJtlir étaient renommes pour leur adresse à tirer l'arc ; ce dernier était le patron des duels, et si expert à se servir de patins, qu’il devançait la rapidité de la foudre. Foresti, le fils de Balder , avait pour mission de maintenir la paix parmi les mortels ; ceux qui s’en nipportaicnt à lui pour décider leurs différends, s’en retournaient mutuellement satisfaits. 11 habitait le palais appelé Glitner, qui était soutenu par des piliers en or et couvert d’un toit d’argent. La plus infime de ces Divinités était Heimdallr, le portier ou la sentinelle d’As-gârd, (pii habitait dans la forteresse céleste (Himinsbiorg) à l’extrémité du pont sacré de Bafrost. Son devoir était de garder l’entrée du ciel et d’empècher les géants de forcer le passage à travers l’arc-en-ciel. Sa vue, également perçante de jour et de nuit, embrassait un rayon de cent lieues, et son oreille était si fine qu’elle entendait naître la toison sur le dos des brebis , et le gazon pousser dans les prairies. D’une main il tenait une épée, de l’autre une trompette, dont le son retentissant réveillait l'univers et appelait les Dieux au combat.
Le nombre des Déesses (Âsynier) était de douze, et
(22) Haudur, fils d’Odin, Skalda, p. 103. Il ëlail aveugle elle Dieu des léncbrcs suivant M. Finn Magiiùsen. Eddolœrcn, (. III, p. 12, 29 et 40. Peut-être son nom vient-il de Handr, Haudur, Terre, corps oparpie. Chez 1( 5 Grecs, AJrj; était le nom de Plutoii. (Du Méril, p. 100) du Tr )
l^Tltom(;rlo^■. xli
chacune avait une fonction particulière. Après üdiu, la première en puissance et en vénération était sa chaste épouse, — Frigga, la Junon, la Céres des Scandinaves, — qui recevait après leur mort les femmes qui se distinguaient par une héroïque fidélité. Elle était Déesse de la Fertilité et de la Fécondité. Gna était la messagère qu’elle dépêchait sur teire pour exécuter ses ordres ; Fylla était chargée de la garde de sa toilette, et était admise dans ses secrets les plus importants. Freya, la fille de Niord, souvent confondue avec la femme d’Odin, était, après elle, la première en honneur et en dignité. Elle était la Vénus du Nord, — la mère de toutes les joies conjugales, la dispensatrice des mariages heureux et des accouchements faciles. Délaissée par Odur, son mari, elle pleurait sans cesse son abandon, et ses pleurs étaient des gouttes d’or pur. Elle réclamait une part de ceux tués en guerre ; car c’est souvent un amour malheureux qui pousse les victimes au milieu de la mêlée. Sous le nom de Vanadis, elle était la Déesse de l’Espérance. Idunna, la femme de Bragi, offi-ait aux Dieux, dans des vases d’or, les pommes célestes qu’ils mangeaient pour éloigner la vieillesse et perpétuer leur immortalité. Vara présidait à la sainteté du serment ; Siona rendait les amoureux sincères et fidèles; Lojna était la Déesse des réconciliations; Snotra dispensait la prudence et les bonnes manières; Synia était la portière, et Eyra préparait les simples pour les Dieux malades.
Ouli'e ces Déesses, il y avait douze Valkyiics (25)
(25, Vnlkt/r, «iiij’iilicri Vnlkyrur, pluiipl Les Viill rl.iii'i.l Skitld, l'.i.
ISTROUICTION
{qui choisit les corps sans vie), Nymphes du Paradis, dont les fondions consistaient à assister les hraves ])endant la bataille, et à enlever leurs cadavres pour les conduire au F«/Aa//a (24) ( Palais des Ëlus). Ce palais d’Odin , asile des guerriers (Einlieriar) qui avaient mérité l’immortalité, s’élevait resplendissant de lumière au milieu des nuages, c II avait cinq cents
< portes et quarante de plus, si larges que Iniit héros « iwuvaieut marcher de front , suivis d’une foule de
< spectateurs. » Toute cette multitude était nourrie du lai-d de Serimner, le porc sauvage, qui suffisait pour tous; car, bien que dépecé chaque matin, il renaissait en entier tous les soirs. Odin, le père de tous, ne prenait d’autre nourriture qu’une coupe de vin qu’il vidait sans cesse, laissant sa portion de lard
venir ; Skaurjnl, la sublime ; Gnnnur, la balaitle ; Uilda, l’éclalanle (persoaiiiiicalion de la bataille chez les poêle») ; Gaïuidul, la discorde; GeifSkaa- ^ul , celle qui élève la lance, etc. Les Vulkjries conduisaient les morts au Vallialla ; leur nom viPi.t do Val, corps sans vie, et de Kiora, choisir. Il y en avait treize suivant lo Grifflois-màl, strophe XXXVI, et celles que nous venons de citer n'eu faisaient pas partie : le Skalda, p. 312, en cite encore davantage. On les appelaient Nymphes d’Odin parce qu'il était le Dieu de» batailles.
Elles étaient iovcslies d'une force , d’une prescience supérieures h l'humanité, et de la puissance de traverser les airs et les mers; mais la force fuiiérieure des Valkyries tenait à leur plus noble natnre; quand elles partageaient les faiblesses de l'humanité, elles redevenaient dos femmes ordinaires, : telles sont Brunhild du Kibetunge i\ol , et Cyi.e Dryda , femme d’OIfa. Beowulf,\. 3S87 et suivants. (Du Méril, 99, 123!. {Xole du Trad.)
l2l)Son nom vient de Val, choix, du llàll, ffaf/, palais ; le pabis desélus et les élus ét.iient les plus braves.
Ses murailles brillaient au loin comme l'or. Griiimis mâl , strophe VIII I l XXIII; son toit était fminé de boucliers dorés or un aigle faisait 1 1 garde s.ir le faite, (/rf. si. X).
Il n’entrait au Vallialla que les guerriers morts dans les combats. Ynglin- 'MSi/ÿo ex. ( Du Ménl, 101. ; ( Xole du Triiducieiir.)
iîn'noDmio:i.
à ses deux loups, Geri et Freki. Une chèvre était l’échansoD qui versait à tous les hôtes l’hydromel délicieux; elle leur prodiguait ce breuvage en assez grande quantité pour les plonger dans une ivresse continuelle, les Nymphes ayant soin de tenir toujours pleines les cornes et les coupes formées du crâne des ennemis. Lorsqu’ils n’étaient pas livrés aux plaisirs de la table, ces champions célestes saisissaient leurs armes, entraient en lice, et combattaient jusqu’à ce qu’ils fussent coupés en morceaux. Telle était leur distractio7i de chaque jour; mais le carnage n’avait rien de réel ni de sîinglant; car aussitôt qu’approchait l’heure du festin, annoncée par le chant du coq qui les réunissait chaque matin au tournoi , ils guérissaient de leurs blessures , remontaient leurs coursiers et retournaient au banquet. Il est inutile de donner la description du cheval d’Odin, Sleipner, ayant huit pieds, et des navires merveilleux, Skidbladiiir et Nagelfar, le premier étant une merveille de la nature comme les autres étaient une merveille de l'art.
La terre présenta donc, pendant quelque temps, tous les symptômes du bonheur : l’innocence et le savoir régnaient partout, et l’or était le plus commun des métaux. Les Dieux, jouant avec leurs tablettes dorées, vécurent joyeux et tranquilles dans As-gârd , jusqu’au jour fatal où arrivèrent leurs liaiicées issues des Géants (25). Celte alliance fut la cause de tous les maux. L’avarice et la passion du
(iiri .Yo//, la Nuii ; Ant/inbod . In iDiiiU it ; Ucln, In Mtul.
xuv
INTRÜULCTIOW.
lucre, iuti'oduites par Gullveiga (26) {le Peseur d'or), se répandirent sur la terre, pendant que la paix des habitants célestes était troublée par de funestes présages et de sinistres augures. De la race des Géants, descendait Loki le Fourbe, le principe du mal, qui surpassait tous les êtres en perfidie et en fourberie (27). Il eut trois enfants de sa femme Angm'bod (messagère de colère); Taîné fut le loup Fenrir (de fen,fenris, abîme) (28), si fortet si courageux, qu’il pouvait briser des chaînes de fer ; le second fut le grand serpent de Mid-gârd, si long, qu’il entourait le monde; le troisième fut Héla, la plus terrible des furies, — la Mort, dont la moitié du coips était bleu, et dont le visage, portant la pâleur d’un cadavre, inspirait la terreur.
Les éléments de discorde engendrèrent les combats; bientôt la guerre se déclara entre les Æsir
(â6) La Fortune. On trouve une allégorie du iiiéuie genre dans la ballade de Iturns sur John Barleycorn, et dans la chanson Écossaise plus populaire encore, intitulée Allan a maul. {fiole du Traducteur.)
(27) Loki. Son nom vient de Loki, fourbe, ou de Log, feu. C’est l'Asc déchu, le Satan de la Mythologie Scandinave; son histoire est racontée dans ï Ægis-Drecka. En Islandais, Los signifie h la fois Dieu et feu; c’est évidemment un souvenir du Sabéisme... ; au reste, ce ne serait pas le seul : dans 1a description d’Avallon que nous a laissée le liomans de Guillaume aux cornes, Ms. du lioi, Loke s’appelle Loquifcr, et a conservé le caractère satanique que nous lui voyons dans l’Edda :
Dit Loquil'er : De ce vous ai veu ;
Relinquis Dcn, le malvcs roi Jlicsu ,
El si aore Mahomet et Cahu.
En Xorvr'ége, le Diable est encore appelé Loke , et les paysans du Jutland donnent k l’ivraie le nom de Lokens Havre, avoine de Loki. Du Méril , p. 102. {fiole du Traducteur.)
(-8) Le loup Fenrir , de Fen , Fenri, abime ; il avait été engendré par Loki et Angurbodi. {fiole du Traducteur.)
iM'.'ionrmoK.
et les Yiinii-, l’ace distinguée des hommes par leiir sagesse; le sang coula ; mais la paix fut conclue aa prix d’une transaction; Niord et ses deux enfants furent reçus parmi les Dieux. L’orgueil des Géants fut sans bornes; ils se crurent tout puissants: mais ils étaient encore loin d’égaler les Dieux, qui attachèrent Fenrir avec une chaîne magique cl jetèrent le scrjientau milieu de l’Océan, où il agita et rongea sa queue. Trois fois Gullveiga (la Fortune) fut livrée aux flammes, et trois fois elle renaquit de ses cendres. Héla fut lancée parOdindansleNifelheim(enfer)— (29), où elle eut le gouvernement des neuf régions, refuges de ceux qui mouraient sans gloire, de vieillesse ou de maladie. Ses terribles demeures étaient solidement bâties, et fermées par des portes larges et massives. Son palais éUiit la douleur ; son vestibule, la nonchalance ; sa table, la famine; son couteau, lu faim; sa servante était la mollesse; son lit, la maigreur ; le seuil, un précipice , et ses serviteurs étaient l’attente et le délai. Les Géants étaient vaincus, mais non soumis; à l’aide de Loki, ils s’emjiarèrent de la Déesse Idunna, qui possédait les pommes de l’éternelle jeunesse. Mais elle s’échappa de leurs mains, lorsqu’il essayèrent de surprendre As-gârd, et de transporter le Valhalla dans Jotunheim. L’air fut rempli de poison d’une odeur de Gidavre; mais Thor, armé de son maillet invincible, anéantit enfin ces implacables ennemis des Dieux.
L’empire céleste dépendait du sort de Balder. Sa
(29) L’enfer des Persans ressemblai! Ji celui des Srandinave». Hyde, d'rcligione velerimi Persarum, p. 399-40i.