CHAPITRE II
neige , et qui , plus tard , reçut le nom plus mérité d’Islande, terre de glace; mais, arrivé au sommet d’une haute montagne , et n’apercevant aucune trace d’habitation, Naddod retourna en Norwége et raconta son voyage. Bientôt après , cette île fut visitée par le Suédois Gardar Svarfarson , qui en fît le tour pour s’assurer que c’était bien une île. Il y passa tout un hiver, ne vivant que de poissons , et l’appela Gardarshohn ou île de Gardar (1).
En 865, cette île fut encore visitée par un autre Vikingr (2) Norwégien, nommé Floki-Rafna (3), qui, suivant les récits traditionnels de l’Islande , descendait de Goa, sœur de Nor, le fondateur mystique du
(I ) Schœning, Norgcs Riges Historic, t. Il, p. tül, 104. — Forster’s Geschichie derjEntdcckungen , und Scliifl'ahrlen in Norden, p. 68. — Gcijer . Svea Rikes Hâfder, I. I, p. 189.
|(i) Vikingr au singulier , Vikingar au pluriel , Enfant» des Ames , pirates Danois qui cheminaient gaiement sur la roule des Cygnes , o/er svan rade, comme disent leurs vieilles poésies nationales dans leur langage si pittoresque. Souvent on donnait ce nom de Vikingraux chefs des pirates, rois de la mer, et il semble probable que c'est là l’origine de toutes les royautés du moyen âge : Roi d'armes. Roi des bardes, des archers, des ribauds, des mendiants, de l'épinette, d’Yvetot, de la fève, etc. ( E. Dumeril, Histoire de la Poésie Scandinave, p 133). — On'a souvent confondu Vikingr avec Seekingr ou roi de mer. Le mot Islandais Kommgr (en Angio- Saxon, Cyning ; en Allemand, Koenig ; en Danois, Kongen; en Anglais, King , roi) est dérivé de Konr (jeune homme, chef, duc), la terminaison migr correspondant à la pénultième Anglo-Saxonne ing , signiiiant fils ou descendant ; de là vient la dérivation de Skiold-ungr, Vng-ling , Wodening, etc., les descendants de Skiold, Yngvc et Odin. La même pénultième se rencontre dans les vieilles dynasties Françaises des Mérovingiens, CarloviDgiens,etc. L’ancien nom royal donné dans le Nord à Uakon, ou Ua-Konr, veut dire littéralement jeune homme de haute naissance, c’est-à-dire prince. Palgrave pense que c'est une dérivation Celtique du mot Can ou Can , un chef. — Rise and Progress of English Commonweallli, v. I, App. CCCXLI. Wheaton's Scandinavia , t. I, p. 160. {Noie du Traducleur).
(5) Rafn ou llrafn. Ici., pourRaiifi», corbeau.
royaume de Norwége. Le Lnndnàmabok (1) et les autres Sagas rapportent que, parti des lies Feroë et ariivé non loin de l’ile qu’il cherchait, Floki laissa envoler trois corbeaux qu’il avait d’avance consacrés aux Dieux. Un d’eux retourna aux îles Feroë, le second vint reposer ses ailes fatiguées à bord du bateau , tandis que le troisième dirigea par son vol le navigateur vers la terre , but de son voyage. Il la nomma Islande (terre de glace). Elle s’offrit à ses yeux sous le même aspect de dévastation et de tristesse qu’elle présente encore aujourd’hui; mais, à cette époque, elle était couverte et entourée d'une ceinture de bois touffu qui a complètement disparu depuis. Les montagnes escarpées élevaient jusqu’aux cieux leurs cimes majestueuses, couvertes de neiges et de glaces éternelles; les feux souterrains brûlaient déjà dans leurs fournaises allumées ; mais le mont Hekla n’avait pas encore lancé ces terribles éruptions qui l’ont rendu depuis le rival de l’Etna et du Vésuve. Sous d’autres rapports, la nature offrait déjà ces beautés mystérieuses qui attirent encore aujourd’hui les voyageurs curieux de visiter cette terre de merveilles. Ces chaînes de montagnes glacées ,
( 1) Le Landnimabok, ou livre des premiers colons Norvi'égiens en Islande, est le recueil nalional le plus complet qui ait été peul-éire compilé. Il contient les noms d’environ trois mille personnages et de quatorze cents localités, et forme un registre généalogique exact des colons, de leurs propriétés, de leurs familles, et une courte notice sur leurs travaux et leurs exploits. Cette compilation , oeuvre de plusieurs auteurs , fut commencée par Are, surnommé Frodr, ou le Docte (né en 1067, mort en IH8), continuée par Kolstcg, Slyrmer et Thordsen, et terminée par llauk Erlendson , mort en 1554, et qui, pendant longtemps, fut Lagman ou gouverneur de l'Islande. Le Landnftmabok est regardé comme la première autorité dans toutes les matières relatives à l'histoire des temps anciens de l’Islande. (K. du T.)
r.IIAMTnE H.
coupées par de profondes vallées, ces ponts artificiels formés par la lave qui jaillissait depuis des siècles , ces plaines sillonnées de fontaines d’eau bouillante qui s’élançaient des eavernes ardentes et souterraines , cette terre tremblant sans cesse sous les pas mal affermis et ne produisant pas en été la moisson suffisante pour nourrir pendant les rigueurs de l’hiver les troupeaux et le bétail ; tous ces effrayants mystères de la nature découragèrent le Norwégien : désappointé dans les résultats qu’il s’était promis, il profita du printemps pour retourner dans sa jiatrie, renonçant h l’idée de s’établir dans une contrée que les Dieux eux-mômes semblaient avoir condamnée à des convulsions volcaniques et à une stérilité éternelle (1).
Mais bien différents furent les récits de ses compagnons sur cette terre nouvelle. C’était, disaientils, un climat délicieux, un sol vierge et fertile, et l’un d’eux, dans son enthousiasme et pour donner une idée de ses richesses et de sa fécondité, ne trouvait autre chose à dire que * le lait coule de chaque plante, et le beurre de chaque rejeton. * Bientôt dans tout le Nord circule le bruit de la découverte d’une contrée nouvelle, d’un climat si doux que les animaux domestiques y vivent sans avoir besoin d’abri àu milieu de l’inver; si fertile que le bois y abonde, que les eaux sont peuplées de saumons et d’autres poissons , et que les mers voisines regorgent de baleines et de vaches marines : « Telle était celte terre
(I) Sdisrning, t. Il, p. 106; Hcndcr.son’s Traveis iii Iccland, vol. I, p. 308.
OÙ l’homme pouvait vivre libre de la tyrannie des rois et des seigneurs. » Elle justifiait, en un mot, cet éloge que, dans leur partialité, les naturels du pays lui prodiguent encore aujourd’hui : « que de toutes les terres éclairées par le soleil, l’Islande est la meilleure et la plus fertile (1). »
Eu 874, treize ans environ après la découverte de l’Islande, Ingolf, fils d’un Jarl Norwégien, ayant tué son adversaire dans un de ces combats terribles , si fréquents dans les annales du Nord, et forcé de fiiir avec son beau-frère Hjôrleif, pour échapper à la vengeance de la famille qui réclamait le prix du sang, vint chercher un refuge en Islande , dans cette île déserte, loin des poursuites d'IIarald llaarfager, qui avait subjugué tous les petits rois de la Norwége, et réduit toute la contrée sous sa domination féodale. Les chroniques rapportent qu’IIjôrleif n’offrait jamais de sacrifices aux Divinités. Ingolf, au contraire, était profondément pénétré des superstitions de son siècle et de son pays. Non content de consulter l’oracle avant de faire voile pour l’Islande, il emporta avec lui les colonnes sacrées de sa demeure de Norwége, et les jetant à la mer à son approche de la côte d’Islaude, fit le vœu de débarquer et de fonder sa colonie à l’endroit où les vents et les flots le forceraient d’aborder (2). Mais, poussé au large par la
(1) Ilendcrson, vol. I, Inlrod., p. xv.
(2) Ccs colonnes s.icrccs s'appelaient Omlvegiss&lur ou Selsiokkar. La superstition donnait la préférence à cette partie de la céte où le caprice des vents et des Ilots les poussait. Mous en avons , du reste , un exemple dans la persistance d'Ingolf, qui, bien qu'établi depuis trois ans sur'la céte