‹ Histoire des peuples du NordChapitre 12 sur 206 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

violence des vents, il fut emporté dans une direction opposée. Bientôt il prit terre à un promontoire situé sur la côte sud-est de l’île qui, de ce joui’, prit le nom de Ingolfshôfdi. Trois ans après, ses serviteurs, qu’il avait envoyés à la recherche des colonnes sacrées , les trouvèrent échouées dans une baie située à la côte sud-ouest. Ingolf, fidèle à son vœu, et sans écouter les reproches que lui adressaient ses compagnons de préférer une teiTe inculte aux sites délicieux qu’ils avaient traversés depuis l’Est, fixa sa demeure définitive dans le détroit appelé aujourd’hui Faxe-Fjord, où est située Reykjavik , capitale actuelle de l’ile. Hjôrleif, son compagnon et son ami, vint aborder et s’établir sur la côte méridionale, à l’endroit appelé aujourd’hui Hjorleifshofdi ; mais Tété suivant, il fut assassiné avec toute sa suite par ses esclaves Islandais, qui l’attirèrent dans un bois sous prétexte de poursuivre un ours. Les assassins s’enfuirent avec ses richesses vers les îles Westman Oerne, mais ils furent poursuivis et massacrés par Ingolf. Au milieu de ses lamentations sur

sud-est, voulut se fixer là ofi vinrent échouer seaSelsiokkar. — Antiq. Amer. , p. 9, note A; Islands Opdagcise og BehjggeUe af N. M. Petersen, Nord. Tidsk. for Oldkyn. ü. 1, p. 258-9. — Teguer décrit ainsi les Setstokkar de la salle du festin de Frithiof :

€ — hôg sâlespelarne bâda Stodo for âodan deraf, tvâ Gudar skurna af almtrâd;

Odeo med herrskareblick, ocb Frej med solen pâ hatleii. > Frilhiofs saga 111, p. 18.

c Là sont les deux colonnes élevées de Fritliiofs , et dans l'orme le plus beau sont sculptées les images de deux Divinités : Odin le superbe, à l’extérieur noble et imposant, et Frcyr le brillant; autoiur de sa tête se rellètent les rayons éblouissants du soleil. •

Rafn, Antiquitates Americanæ, Copenhague, 1857, p. 9, note A. (iV. (lu T.)

IllSTOIKE DES HOMMES DE NOUD.

le corps inanimé de son ami, les Sagas le font s’écrier: « quelle triste destinée pour un si excellent » homme de périr sous le fer de vils esclaves ! Mais ï tel sera toujours le sort de ceux qui ne saerifîe- » ront pas aux Dieux (1). »

En 982, un siècle environ après la première découverte et la colonisation de l’Islande , Torwald , Jail de Norwége, exilé de sa patrie pour avoir tué son ennemi, se retira dans cette île avec son fils Erik, surnommé Raudi ou le Rouge. Après la mort de sou père, Erik Raudi, forcé de quitter l’Islande pour le motif qui avait fait jadis hannir Torwald, et, cherchant un nouvel asile, équipa un bateau et se dirigea vers le sud-ouest, du côté où quelques aventuriers avaient déjà découvert une terre nouvelle. Il trouva une petite île, et passa l’hiver dans un détroit qu’il appela Eiik's Sund. Le printemps venu, il parcourut la terre-ferme , et la trouvant couverte d’une délicieuse verdure , il l’appela Grôn-land (A) — Groenland (2). Il retourna ensuite en Islande, et ramena une petite colonie dans cette contrée nouvelle. Quelques années plus tard (999) , Lcif , surnommé YHeiireuæ , fils d’Erik-le-Rouge , se rendit en Norwége , et trouva auprès d’Olaf Tryggvason, le roi régnant, une bienveillante hospitalité. Il lui dépeignit la contrée sous des couleurs si favorables, qu’Olaf résolut de protéger et d’entretenir la colonie naissante.

(1) lJlldn.^raabok, p.irt. I,cap. 6, 7, 8; part. IV, cap. 12.— Henderson , vol. I, pp. 12, 30ft. — Scliœning, t. I, pp. 107-113. — Geijcr, Svea Rikes llâfdcr, l. I,pp. 180-1.92.

(2) V'oÿft h la lin du volume les Noies et Éclaircissemeiils, lellrc A.

CIUVITUE 11.

Ce prince, récemment converti au Christianisme, mettait tout son zèle à protéger cette religion nouvelle ; il persuada à Leif de se faire baptiser, et le renvoya au Groenland, accompagné d’im missionnaire, dont les efforts heureux amenèrent la conversion d’Erik et de ses compagnons (B). La religion Chrétienne et la colonie du Groenland commen- (,'aient à prospérer; mais une peste affreuse, qui se répandit sur toutes les contrées du Nord, en 1548, vint ravager la colonie , dont la ruine fut encore liàtéc par un funeste combat (1418) contre les féroces insulaires. On ignore si les colonies Norvvégiennes étaient situées sur la côte est du Groenland comme elles l’étaient à l’ouest du cap Farevvell (C). Les établissements actuels des Danois sur la côte occidentale sont d’une origine plus récente (l). Les bords froids et stériles de cette terre inhospitalière sont devenus, dans des temps plus modernes, le théâtre des travaux et des souffrances inouïs supportés par les missionnaires Danois, auxquels nous sommes, en outre, redevables de ce que nous savons sur le génie du dialecte singulier et fantasque parlé par les Esquimaux. Parmi eux, le plus célèbre par sa dévotion et son zèle éclairé fut, sans contredit. Dans Egede, le premier missionnaire Protestant qui parut au Groenland ; sa fename Gertrude, pleine d’une foi vive et d’une piété sincère, partagea constamment les fatigues et les privations de tout genre qu’il supporta

(1) Torfœi Grocnl.'iiiHia nntiqu.a (Hafii. , 1"06), p. 11. — Scliopniiig, Norges Riges llislorie, 1. III, p. 410. — Stiorre Sag.i .il Olaf! Tryggva Sjiii, cap. XCllI, ClV. ,

pendant son long voyage et son exil dans cette contrée sauvage, sans que jamais leur caractère ne se démentit , sans que jamais ils n’aient exhalé la moindre plainte ni le moindre regret. Dans les jardins Princiers de Jcegerspriis, en Danemark, au milieu des monuments des autres bienfaiteurs de ces contrées , leurs deux noms sont inscrits sur un humble pilier de marbre Norwégien, où l’on a reproduit le plan des lieux témoins de leurs glorieux exploits (1).

Mais revenons aux anciennes découvertes maritimes des hommes du Nord. — Il y avait autrefois, disent les anciens Sagas , un homme nommé Herjolf, qui descendait d’Ingolf, le premier colonisateur de l’Islande. Cet homme, accompagné de son fils Bjôrn , naviguait d’une contrée à une autre ; une tempête les ayant séparés, Bjorn retourna de suite en Norwége , espérant y trouver son père ; mais il apprit qu'il s’était dirigé vers l’île nouvellement découverte du Groenland. Décidé à le chercher et à le rejoindre, il met à la voile pour se rendre au Groenland (1001) ; il n’a d’autres guide dans son voyage que l’inspection des étoiles et les renseignements vagues et incomplets qu’il a recueillis sur la situation de celte île. Les trois premiers jours, il dérive à l’ouest; mais bientôt le vent change de direction, souille avec violence du nord, et l’entraîne au sud pendant plusieurs jours; enfin il découvre une contrée plate, boisée, dont l’aspect diffère tellement de

(1) Un autre missionnaire très-distingué au Groenland fut le dernier éréque Fabririus , qui publia une grammaire et un dictionnaire de la langue de ce pays.

CÜAPITKK II.

celui du Groenland, tel qu’on le lui a dépeint, qu’il refuse d’aborder. Il continue sa route, se dirige vers le nord-ouest, aperçoit une île à quelque distance, passe outre, et arrive sain et sauf au Groenland, où il retrouve sou père établi au promontoire appelé plus tard Herjolfs-nes, vis-à-vis la partie sud-ouest de l’Islande (D).

L’été suivant (1002), Bjôrn retourne en Norvège, où il est bien accueilli par Erik, jarl distingué (le ce pays, auquel il raconte ses voyages ; celui-ci lui reproche de n’avoir point cherché à reconnaître la nouvelle terre vers laquelle l’avait poussé le caprice des vents. Mais de retour au Groënland, les colons s’entretenaient entre eux du désir de compléter toutes ces découvertes. Leif, fils d’Erik-le-Rouge, esprit inquiet et aventureux, désirant atteindre la réputation que son père avait acquise par la découverte du Groënland, achète le bateau de Bjorn, et l’équipe de trente-cinq hommes ; mais, avant de partir, il prie son père de commander l’expédition. Erik décline d’abord cet honneur, s’excusant sur les infirmités croissantes de son vieil âge qui le rendraient incapable de supporter les fatigues d’une traversée; vaincu cependant par les prières de son fils, il consent à pai'tir ; mais, en se rendant au lieu de l’embarquement, son cheval se cabre, ce qu’Erik regarde comme d’un funeste présage. « Je ne crois pas, » ditil, « que je sois appelé désormais à découvrir d’au- « très terres, et je veux rester ici. » Erik retourna chez lui, et Leif mit à la voile avec ses trente-cinq compagnons, parmi lesquels était un des serviteurs

de son père, né dans les contrées du Sud, et nommé TYrker(Dietcrich-Dirk), probablement un Germain.

Ils découvrent d’abord une contrée qu’ils supposent être la terre aperçue par Bjorn ; la plage était pierreuse, plate, couronnée à l’horizon par de hautes montagnes couvertes de neige et de glace : ils l’appelèrent Hellu-Land ou Terre-Plate. Poursuivant leurs voyages vers le sud, ils arrivent bientôt à une autre contrée qu’ils trouvent aussi plate que la première, mais ombragée de bois épais, et dont un sable blanc et lin couvrait les bords, qui conduisaient à la mer par une pente douce et insensible. Ils jettent l’ancre, débarquent et donnent à cette contrée le nom de Mark-Land, ou Terre-Boisée; ils n’y séjournent pas, continuent leurs voyages ayant un vent nord-est pendant deux jours et deux nuits , découvrent une troisième terre dont la côte scptenirionale était abritée par une île. Ils débarquent encore et trouvent une contrée qui, cette fois, n’est plus montagneuse, mais pittoresque, boisée, abondante en fruits et en grains d’un goût délicieux. Ils s’embarquent de nouveau et font voile à l’oiiest pour y chercher un abri qu’ils trouvent enfin à l’embouchure d’une rivière ; mais, contrariés par les courants , ils se laissent dériver jusqu’au lac d’où s’échappait la rivière. Après avoir jeté l’ancre, ils viennent à terre jxnir y planter leurs tentes, et trouvent dans toutes ces eaux les plus beaux saumons qu’ils aient jamais vus. Le climat doux et tempéré, et le sol propice aux pAlurages, les déterminent à construire leurs huttes pour y passer Thiver. Les jours étaient presque aussi longs qu’en

CIIAPITUK II.

Gi-oënland ou en Islande , et quand ils raccourcissaient, le soleil se levait à sept heures et demie et se couchait à quatre heures et demie (1).

(1) > Sol hafdi dar cyktarstad ok dagmalastad um skamdegi. • l a fausse interprétation donnée à ce passage par Torfœus, et après lui par Wormskiold, Malte-Brun et d'autres, causa une criciir grave quanta l'existence de la Vinland. Cette erreur a été relevée d'une niuuiérc remarquable par le professeur Rafn, dans une note d’une grande étendue et d’une lucidité parfaite, qu i contient, en outre, une explication des termes Islandais. (Rafn, Antiq. ,\mer., p. 455, note B.) Plus tard, le sujet a reçu de nouveaux écUircissemenis dans un article intéressant, • sur l'ancienne division du temps et du jour chez les Scandinaves, » par Finn Magnùsen, article publié dans les Mémoires de lu Société des Antiquaires du Nord. Voici le résumé de ce travail ;

• Les anciens Scandinaves partageaient les deux ou l'horizon en huit grandes divisions, et les époques du jour d'après le mouvement apparent du soleil et sa rotation à travers ces divisions ; ils supposaient que son passage à travers chacune d'elles employait une période de trois heures. I.e jour était donc divisé en périodes qui correspondaientavec ces huit divisions, et chacune était appelée un eykl, signiiiant une huitième partie. Vnjkt était encore divisé, comme chacune des grandes divisions des cieux, en deux portions égales et plus petites, appelées siund ou mal. Alin de déterminer ces divisions du temps, les habiLants de chaque localité observaient attentivement la course diurne du soleil et'rcmarquaient les objets terrestres sur lesquels il semblait s'arrêter. Un tel objet, artificiel ou naturel, s'appelait en Islande dagsmark (marque du jour). Ils étaient aussi amenés .'i fixer ces dagsmarks par une division de l'horizon selon les vents principaux, et par les besoins de leur économie politique; ainsi, par exemple, l’heure où se levait le berger s'appelait Hirdis ritmül , et correspondait à quatre heures et demie du matin ; c'était alors le commencement du jour naturel (dœgr) de vingt-quatre heures. Calculant d'après cet hirdis rismàl , le biiiticmc slund ou le seizième d'un eykt se terminait exactement à quatre heures et demie du soir, et, par conséquent, cette période particulière était appelée KotT Evkt. Cet eykt, à strictcmciil parler,

commençait à trois heures du soir , et finissait h quatre heures et demie du soir, lorsqu'il était dit être dans Veyktarsiadr , ou h la lin de l’eykt. Le moment précis où le soleil apparaissait .5 cette place indiquait la fin du jour artillciel (dagr) et la moitié du jour naturel (dœgr) , et était, par conséquent, important .\ noter : les heures du travail étaient aussi supposées finir à cotte époque. Six heures du matin s'appelait ilidr morguii ; sept heures et demie du matin , Dagnal ; neuf heures du matin , Uagverdarmat, etc. L’hiver commençait , en Islande, au 17 octobre, et l'évéquc Thor-

5i UISTOIKE DES HOMMES DH NORD.

Mais un jour, quelque temps après leur arrivée, Tyrker le Germain disparut tout à coup, et Leif, qui avait su apprécier sa jeunesse , son savoir et son adresse dans plusieurs choses utiles, envoya ses serviteurs à sa recherche. Lorsqu’il les aperçut, il se mit à leur parler en langue ïcutonique eu faisant des signes qui témoignaient une joie extravagante. Ils apprirent enfin de lui, en langue du Nord, qu’il avait trouvé dans Iç voisinage des vignes chargées de grappes de raisin. Il les y conduisit, et ils rapportèrent à leur chef une grande quantité de raisins. Leif refusa de croire que ce fussent des fruits ; mais, convaincu par le Germain, qui prétendit s’y connaître (car il était des contrées méridionales qui produisent du vin), il appela cette terre Vinland ou Terre des Vignes. (E)

Au printemps suivant, Leif retourna au Groenland. Son père, Erik-lc-Rouge, mourut prendant l’hiver, et son frère Torwald, n’étant pas complètement satisfait des découvertes de Leif, acheta son bateau, et parvint à engager trente compagnons qui consentirent à s’embarquer avec lui pour partager les dangers d’un nouveau voyage d’exi>loration. A son arrivée à Vinland, il passa l’hiver dans les huttes construites par Leif et vécut de poissons. Au printemps, il s’embarqua, avec une partie de l’équipage de son bateau.

lacius, le calculateur du calendrier astronomique , (ixe le lever du soleil , dans le sud de l'Islande , au 17 octobre, à sept heures et demie. C'est & cette heure, suivant le Saga, qu'il se lève en Vinland dans le jour le plus court, et il se couche il quatre heures et demie; ce qui Hxe la latitude de cette terre h 41° 43' 10", étant près de celle du Mocxt Hope Bit.

Foÿcx Rafn, Ântiq. Amer., pp. 435-8; Mémoire de la Société royale des Antiquaires du Nord, 1836-1837, p. 165. {Note du Traducteur.)

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