‹ Histoire des peuples du NordChapitre 118 sur 206 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Il n’en était pas de même de leur histoire. Il y a certes une diflérence capitale entre les annalistes du Nord qui écrivirent dans leur langage dux® au xiii® siècle inclusivement : — Ari-Frodr, Snorre-Sturleson, l’auteur du Niais Saga, ou même les moines biographes d’Olaf Tryggvason , — et tels chroniipieurs comme Dudon de Saint-Quentin , Guillaume de Jumièges et Robert Wace, qui écrivaient à cette époque sous le patronage des ducs de Normandie et des rois d’Angleterre de la race Normande. La chronique rimée, composée pai- Wace, est cependant appréciée à juste titre et comme monument de la langue de l’époque et comme document historique , incorrect, il est vrai, dans beaucoup de détails, mais qui a une haute importance comme peinture fidèle de l’état de la société du moyen âge. Wace naquit dans l’île de Jersey, vers le commencement du xii® siècle, et mourut en Angleterre en 1184. Il fut donc contemporain, pendant près d’un siècle, des trois Henri, rois d’Angleterre, et des ducs de Normandie. Il fit son éducation à Caen, et se fixa dans cette ville, où Henri I®' tenait ordinairement sa cour Normande. Entre autres ouvrages, il traduisit en Normand-Français du latin de Geoffroi de Monmouth, la vieille histoire Bretonne de Brut-y Brerhined , que Wace publia sous le titre de Brut d' Angleterre, dans la forme d’un poème renfermant dix-huit mille vers de huit syllabes. Mais son ouvrage le plus important, et celui qui a le plus de rapport avec le sujet qui nous occupe, est le Roman de Rou, ou l’histoire des ducs de Normandie , depuis la première invasion de Rollo, jusqu’à la sixième an-

née du roi Henri Ce poème historique écrit sous le patronage d’Henri H, contient seize mille quatre cent cinquante-sept vers. La première partie ou l’introdoetionest écrite en vers de huit syllabes, et a rapport à riiistoire des premières invasions de la France et de l’Angleterre par les hommes du Nord ; la seconde partie en vers alexandrins, comprend l’histoire dn duc de Rollo, ou Rou ; la troisième, également en vers alexandrins, est l’histoire de Guiüaume-Longue-Épée et du duc Richard I", son fils ; et la quatrième, en vers de huit syllabes comme la première, contient In suite de l’histoire de Richard et de ses successeurs jusqu’en llOG.

Robert Wace prit généialement pour guide des faits historiques ses prédécesseurs Dudon et Guillaume de Jumiègue; il est moins crédule que ces écrivains ecclésiastiques ; mais il est d’accord avec eux pour représenter les Normands primitifs comme des barbares féroces qui ne l'achetaient tant de crimes par aucune vei'tu. On comprend facilement que le clergé qui, en France et en Angleterre, eut le plus à souffrir de leurs cruelles invasions, et qui (pour employer leurs propres expressions) t écrivait au milieu des cendres des monastères brûlés, d’une main tremblante et la figure glacée par la crainte, » était peu dispose à rendre justice aux qualités héroïques des conquérants (1). Mais Wace sut donner de la vie et de la couleur aux récits inanimés de ses prédécesseui*s; et si sa chronique rimée ne renferme pas plus

11) Doppinj> , I. I, Discours préliminaire, p. 40.

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CIIAl'ITUE XII.

que scs devanciers le sentimeul poétique ou l’esprit philosophique de l’histoire, elle esquisse du moins avec fidélité les hommes et les moeurs de l’époque, et les légendes les plus fabuleuses sont encore des preuves positives et précieuses de l’opinion populaire (l).

Bénédicl le Maure fut un des ecclésiastiques chargés par Henri II d’écrire l'histoire de ses prédécesseurs, ducs de Normandie et rois d’Angleterre; sa chronique en vers est une traduction des histoires des moines, dont il est question ci-dessus, augmentée de faits puisés à une source inconnue, et contient enviiH)n quarante-six mille vers; son style est suranné et plusdilTicile à comprendre que celui de Robert VVace, ce qui, du reste, s’explique naturellement; car il fut élevé dans cette partie de la Normandie où le vieux langage Danois se conserva le plus longtemps (2),

(1) l a première partie du roman de Rou fut publiée à Co|)enhague eu 1817-1818, avec une traduction Danoise en vers par le professeur Brûndsledl. Le texte de l’ouvrage entier a été publié depuis dans une édilion illustrée à flouen, en 1827, en 2 volumes in 8*, avec des notes remarquables de M. Pluquel.

(2) Le seul manuscrit qui existe de cette chronique rimee est déposé à la bibliothèque de Londres. M. Depping en a publié une gr.indc partie dans son ouvrage.

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