CHAPITRE XII
sur la superstition et la galanterie romanesque. — Le chevalier Normand prit une part active au gi-and drame des Croisades. Le poêle Normand -Français ou le Trouvère , remplaça l’ancien Skald , et devint aussi célèbre dans les cours des ducs de Normandie et des rois d’Angleterre de la race Normande , que l’avait été son prédécesseur dans les cours deNorwége et de Danemark, ou que les troubadours à celles d’Arles et de Toulouse. Les rois Anglo-Normands ne se bornaient pas à aimer et à encourager la poésie , mais , semblables aux Harald et Ragnar du Nord , quelques uns pratiquaient avec succès cet art divin. Henri F'' mérita le nom de Beauclerk, par suite de son attachement à la littérature nationale, et les deux reines Mathilde et .\lice furent de généreuses patronnes. Henri II encouragea, s’il ne pratiqua pas la poésie historique, et Richard-Cœur-de-Lion fut un Trouvère, dont les compositions poétiques se sont conservées jusqu’à nos jours.
Bien que nous ne voulions pas nous égarer dans les champs sans bornes de la controverse quant à l’origine du Roman moderne et de la fiction romantique, attribuée par les uns aux Scandinaves, par les autres aux Sarrazins, et par une troisième secte d’historiens, aux Armoricains habitant la Bretagne , — il nous faut cependant observer qu’en général les œuvres de l’imagination ont toutes une ressemblance de famille, lorsque les particularités et la condition de la race sont à peu près les mêmes. Pour employer la belle métaphore d’un auteur à la fois poète et philosophe : — « La fiction voyage sur des ailes encore
niSTOIKE DES HOMMES DU KORD.
plus légères que la science, et répand sur le monde les semences de ses fleurs encore invisibles, jusqu’à ce qu’elles nous annoncent leur présence, en naissant toutes les mêmes dans les régions les plus éloignées et d/un climat difFércnt (1). » I.a mythologie populaire et les superstitions de chaque siècle et de chaque contrée, sans en excepter les nations classiques de l’antiquité, sont toutes homogènes et indiquent uii retour continuel vers les mêmes fictions relatives à l’existence physique et morale do l’homme, texte favori et inépuisable dans lequel les poètes et les romanciers ont puisé leurs plus belles images. Les méjjestrels Normands adaptaient adroitement leurs vei's aux fictions et aux personnages qu’ils trouvaient accrédités chez le peuple pour lequel ils versifiaient ; ainsi : — le roi Anglais Arthur , scs chcvaliei's fabuleux de la Table-Ronde ; — l’enchanteur Merlin avec ses prophéties merveilleuses ; — le monarque Franc Charlemagne et ses paladins; —• et les inventions poétiques de l’imagination Orientale, empruntées aux Arabes et aux Maures. Ils ne connaissaient pas les lais Eddaïques et héroïques du Nord ; mais l’esprit poétique de la muse, qui avait inspiré ces chants primitifs, continuait son influence mystérieuse sur le caractère national. Les Sagas romantiques du Nord, qui empruntaient leurs fictions et leurs images aux traditions populaires du Midi, ressemblent beaucoup aux romans et aux fabliaux des Normands-Français.
(I) Tliomaf Camplioll.