CHAPITRE XIV
Guillnume-Longue-Épée (fîls de Rollo), second duc de Normandie. — Sou fils Richard lui succède et reçoit assistance d’Harald- Blaatand, roi de Danemark. — Guerre de ce dernier contre l’empereur Othon. — République des Vikingar à Jômsborg. — Expédition combinée des Jômsvikingar et des Danois contre le Jarl Hakon. — Biographie d’Olaf-Tryggvason. — Il monte sur le trône de la Norwége. — Ligue contre lui. — Sa mort et son caractère.
Rollo, premier duc de Normandie, se sentant mourir (9^1), avait désigné pour sou successeur son fils, Guillaume-Longue-Epée, et ce choix avait été ratifié par le peuple en assemblée générale. Guillaume ne possédait cependant aucune de ces grandes qualités qui avaient aidé son père à monter du rang précaire et obscur de chef fugitif d’une bande de Vikingar, au rang illustre de fondateur d’un Etat puissant. Elevé par des moines, le successeur de Rollo préférait la vie austère et silencieuse du cloître à la tâche difficile pour lui de s’exercer aux vertus actives, qui seules pouvaient lui conserver ce que son père avait si glorieusement acquis. Sa nullité, son manque d’esprit et de discernement mécontentèrent bientôt les Normands, qui lui reprochaient sa trop grande par-
CIIAPITUE XIV.
tialité pour les Francs. Son mariage avec là fille du comte de Senlis vint encore justifier cette accusation, et bientôt se forma une ligue de seigneurs Normands dans le but avoué de le chasser du duché. Ils marchèrent donc sur Rouen, que Guillaume abandonna pour se retirer avec ses troupes sur une montagne voisine, du haut de laquelle il put compter les forces de l’armée rebelle. Effrayé par le nombre toujours grossissant des coalisés, il allait se réfugier à Senlis et demander asile à son beau-père ; mais les reproches justes et sévères de Bernard le Danois, un de scs chefs, le forcèrent à renoncer ii cette fuite honteuse et h livrer bataille aux rebelles, qui furent complètement battus par le courage et l’habileté de ce même Bernard, qui dirigeait toutes les opérations (1).
Cette victoire consolida l’autorité de Guillaume sur le duché de Normandie. Le rang élevé qu’il occupait parmi les grands A’assaux de la couronne de France, le força de prendre part à leurs querelles au sujet de la succession vacante qu’ils se disputaient. La race Carlovingienne allait bientôt s’éteindre, et Hugues, comte de Paris, aurait pu s’emparer du trône vacant ; mais, par des raisons politiques, il préféra y faii-e monter Louis, fils de Charles-le-Simple. Charles avait été déposé et emprisonné; sa femme, la reine Edwige, s’était réfugiée en Angleterre près d’Edouardle-Vieux, son père. A sa mort, Edwige et Louis, jeune encore, surnommé d’Outre-Mer, étaient restés à la cour des Anglo-Saxons, les hôtes du roi Athelstane.
(I) Dc|>|<iii{;, Ilisloirc; des ^o^mal,d6, l. 11, pp. 145152.
550 IllSTOlBE DES HOMMES DU NORD.
Des pourparlers avaient eu lieu en 926, des ouvertiiics avaient clé échangées entre le comte Hugues cl Alhelstauc , afin d’obtenir la main d’Ethilda, sœur de ce dernier. Des présents magnifiques appuyaient la demande. Hugues vit ses souhaits exaucés, et il devint beau-frère d’Alhelstane. Dix ans après, en 956, le comte de Paris envoya un ambassadeur en Angleterre pour négocier le retour en France de la reine Edwige et de son fils Louis-d’Outre-Mer. Ce ne fut qu’à rcgi’ct, et en exigeant des otages pour sa sûreté personnelle, qu’elle se rendit à ses désii-s. Le duc de Normandie et les autres grands vassaux de la Couronne, jurèrent foi et hommage au jeune prince ; mais il faussa bientôt sen serment; et, faisant cause commune avec le comte Hugues, ils déclarèrent tous deux la guerre au dernier descendant de Charlemagne, qu’ils avaient volontairement élevé au tiône de ses ancêtres. Mais Louis, ayant conclu une suspension d’armes avec Hugues, porta la guerre en Normandie. Guillaume négocia avec le Roi , et en reçut une chartre qui le maintenait en possession de son duché (1).
Mais son antipathie et son éloignement pour les soins de la grandeur étaient loin d’être éteints dans son cœur; son penchant pour la vie ascétique se manifesta de nouveau par son intention d’entrer au monastère de Jumièges, qu’il venait de i-econstruire. Les seigneurs Normands le prièrent de différer l’exécution de ce projet; mais il continua à porter le
(1) Depping, l. U, pp. 152-151. — Turner, llislor}' of llic Ang1o-Sa:roDS, vol. III, PP- 68-71.