‹ Histoire des peuples du NordChapitre 14 sur 206 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

retourna dans sa patrie avec les fruits et les échantiUons de pelleteries qu'il avait recueillis. Il fit plusieurs autres voyages également heureux, et mounit en Islande, où il avait construit une grande maison, dans laquelle il exerçait les devoirs sacrés de l’hospitalité, rivalisant de puissance et de richesse avec les principaux chefs guerriers de la contrée. Il laissait un fils nommé Snorre, qui était né en Yinland. Gudrida, sa veuve, entreprit après sa mort un pèlerinage à Rome , et , à son retour en Islande , se retira dans un couvent, situé près d’une église élevée par Thorfin.

Nous insistons sur ces détails accessoires , parce qu’ils confirment l’authenticité des récits principaux, quant aux faits et aux incidents connus de tout le peuple de l’Islande. La plupart des compagnons de Thorfin restèrent en Yinland , et furent plus tard rejoints par deux frères Islandais , chefs tous deux , nommés Helgi et Fjombogi, qui avaient préparé une expédition dans la colonie du Groenland. Cédant aux instances de Freydisa, fille d’Erik-le-Rouge , femme intrigante et artificieuse , ils lui permirent de les accompagner et de participer aux avantages du voyage. Pendant son séjour dans la colonie naissante , cette femme, ou plutôt cette mégère, excita parmi les colons des querelles violentes qui se terminèrent par le massacre de trente d’entre eux. Après cette catasti-ophe, Freydisa retourna dans la demeure patei*nelle, auGroënland, où elle vécut et mourut l’objet du mépris universel (1).

(1) Snorre, Saga af Olafi Triggva Sjni, cap. 103-1)2. — Torfa-i, Hist. Vialandia Aiiliqux, cap. t-5.

40 lilSTOmE DES HOMMES DU KORD.

L’Eyi byggja Saga i-apporte que , vers la fin du règne du roi Olaf-le-Saint (1) , Gudleif , fils de Gudlaiig , revenant d’un voyage entrepris d’Islande à Dublin pour affaires de commerce, rencontra, le long de la côte ouest d’Irlande, des vents impétueux soufflant de l’est et du nord , qui l’enti-aînèrent bien loin vers le sud-ouest ; enfin , après plusieurs jours de dérive, Gudleif et ses compagnons aperçurent une terre ; ils s’approchèrent des bords et jetèrent l’ancre dans une baie sûre et abritée. Ils furent bientôt entourés par les habitants , qui étaient tous d’une couleur foncée. Les Islandais ne comprenaient pas leur langage , mais ils lui trouvèrent cependant quelque ressemblance avec la langue Irlandaise. En un instant ils furent faits prisonniers et emmenés dans l’intérietir de la contrée ; là ils trouvèrent un chef vénérable, d’un aspect noble et imposant, d’une belle stature , qui s’informa , en Islandais , des nouvelles de Snorre Gode et d’autres qui existaient alors en Islande. Parmi les naturels, les opinions étaient paDtagées : les uns voulaient la mort des étrangers ; les autres, les soumettre à l’esclavage en les répartissant j»armi les habitants. Mais, après divers pourparlers, le chef, à la peau blanche, apprit aux prisonniers qu’ils étaient libres de partir, ajoutant qu’il leur conseillait de le faire sans délai , car les naturels étaient cruels pour les étrangers ; il refusa de leur dire son nom , mais combla de présents Gudleif, lui donna une chaîne d’or pour Thurida, sœur de Snorre, et

(l) Saint Olaf mourut en 1050.

aiAPiriiE II.

une épée pour son Bis. Gudleif retourna eu Islande chai’gé de ces présents ; et après bien des suppositions, on conclut que ce chef était Bjôni, Skald fameux qui avait été l’amant de Thurida , et qui avait abandonné l’Islande en l’an 998 (1).

On ne trouve plus désormais de traces de la colonie Nonvégienne en Amérique qu’en l’an 1059, où il est dit qu’un prêtre Irlandais ou Saxon, nommé Jon ou John, qui avait prêché pendant quelque temps comme missionnaire en Islande, vint à Yinland, afin de convertir les colons au Christianisme, et fut assassiné par eux. En 1121, un évêque du Groenland, nommé Erik, entreprit le même voyage dans un hut semblable, mais son succès est resté incertain (2). L’authenticité des récits Islandais sur la découverte et l’étahlissement de la Vinlaud fut constatée en Danemark, peu de temps après cette époque , par le roi Svend Estrithson ou Suénon II, dans une conversation qu’il eut avec Adam de Brème (3) ; mais il n’en est pas autrement question depuis dans les annales nationales, et ou ne sait quel degré de confiance accorder aux relations des navigateurs Vénitiens, les deux frères Zeni. Selon les uns, ils naviguèrent dans la dernière partie du XIV® siècle, au service d’un prince Norwégien, depuis les Orcades jusqu’aux côtes de la Nouvelle-Angleterre, à Carolina, et même au Mexique ; selon les autres, ils se bornèrent à réunir les récits authentiques des

(1) Müller, Sagabibliulhek, t. I, p. 193.

(2) Müntcr, Kirchengeschichte von Danemark iiiul Norwcgon, tom. I, p.562.

(3) Adam. Brcm. de Silu Dan., cap. 24<i.

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voyages entrepris jusqu’aux extrémités méridionales et occidentales de ces contrées. La terre découverte et peuplée par les Norwégiens est appelée par Antoine Zeni , Estotoland ; et parmi d’autres particularités remarquables, il i“aconte que les princes de cette contrée avaient encore en leur possession des livres latins qu’ils ne comprenaient pas, et qui étaient sans doute ceux laissés par l’évêque Erik pendant sa mission (1).

En supposant que ces dernières découvertes soient authentiques, elles n’auraient pas facilement échappé à l’attention de Colomb, qui avait lui-même navigué dans les mers Arctiques; mais son esprit, toujours tendu vers un but unique, et dominé d’ailleure par sou idée favorite de trouver un passage dans les Indes à travers l’Océan Occidental , a bien pu négliger ces indications de l’existence d’un autre continent dans la direction poursuivie par les aventuriers Vénitiens. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas lieu de croire que l’illustre Génois eût connaissance de la découverte de l’Amérique Septentrionale par les hommes du Nord, cinq siècles avant cette époque, bien que ce fait soit maintenant authentique par les recueils Islandais auxquels nous avons recours. La colonie fondée par eux périt sans doute de la même manière que les anciens établissements du Groënland. On pourrait peut-être trouver quelques traces fugitives de son existence dans les relations des missionnaires Jésuites, au sujet d’une tribu née dans le district de

(1) Forpter, KnUÏeckungcn in Nordon , p|>. 217-250.— Daru, Hisl. do VenÎ5C, l. VI, lil). 40, p. 285.

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Gaspé, à l’embouchure de Saint-Laurent, qu’ils disent avoir atteint un certain degré de civilisation, avoir adoré le soleil et observé la position des étoiles. D’autres adoraient le symbole de la croix avant l’arrivée des missionnaires Français; fait qui, disent-ils, leur a été signalé par une personne digne de foi , qui guérit par ce moyen une épidémie terrible qui sévissait parmi eux (1).

(1) Halle-BruD, Géographie, Eng. Ed.,vol. V,p. 135. Voytz une diesertalion sur la découveric de l’Amérique par les Seandinaves, par J.- H. Sehrôder, dans uu écrit périodique publié à Upsala , appelé Syea, en 1818, 1. 1, P- 197. — Rafn, Aiitiquilales Atnericanæ, Copenhague, 1837; Bcamish, Discoverj of America, 1841, pasfim.

Depuis la publication de l'ouvrage de M. Wheaton, en 1831 , on est parvenu à décliilTrer une inscription trouvée à üighion , comté de Itristol, dans l'Etat de Massachusetts, et l'on a acquis la certitude que c'était une inscription Runique. Voir aux Notes et Eclaircissements (F) cette inscription, que nous avons fait graver, ainsi que l'interprétation donnée par H. Finn Hagnùsen. (Acte du Traducteur.)

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