‹ Histoire des peuples du NordChapitre 13 sur 206 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

dans le grand canot qu’il avait construit, et explora la côte occidentale, y trouva une contrée riante et bien boisée, dont les bords étaient couverts de bancs de sable blanc ; puis un groupe d’îles, entourant la côte, séparées les unes des autres par des passages étroits et peu profonds; mais mille part traces de bêtes féroces, d’habitants ou de constructions quelconques, excepté une espèce de grange en bois. Après avoir employé l’été à cette excursion, Torwald et ses compagnons retournèrent à leurs quartiers d’hiver. L’été suivant, Torwald reprit son bateau et remit à la voile pour explorer Test et le nord ; mais, jeté à la côte par une violente tempête, la saison se dépensa à i-éparer l’embarcation : la quille de son bateau étant désormais hors de serWce, il la planta sur un promontoire, auquel, en raison de cette circonstance, il donna le nom de Kjalar-nes. Il voulait, sans doute laisser mi témoi- » gnage muet, mais significatif, de son séjour dans cette terre. Les réparations étant terminées, il continua son voyage vers Test , donnant des noms aux différents caps qu’il découvrit, et arriva enfin dans une large baie , où , séduit par l’apparence de la contrée qui, s’élevant sur des terres hautes, couvertes de bois épais , promettait un refuge agréable , il se décida à jeter Tancre. Les aventuriers débarquèrent, et Torwald, s’adressant à ses compagnons : t Voici un beau pays , bien situé , leur dit-il ; je veux y faire ma demeure (1). » Bientôt ils aperçurent sur le rivage trois

(1) Les Sagas disent qu'au moment du débarquement, Torwald se fit apporter de l’eau, et après l'avoir bue, il se mit à chanter ainsi ;

On me répétait sans cesse , lorsque nous naviguions vers cette

petits bateaux en cuir, sous chacun desquels s’abritait un groupe de trois naturels; ils les firent prisonniers et les massacrèrent sans pitié, à l’exception d’un seul qui se sauva à travers les montagnes. Leur froide et inutile cruauté reçut bientôt son châtiment. Les naturels revinrent en foule dans une multitude de petits bateaux, surprirent les compagnons de Torwald qui, contrairerneut aux défenses de leur chef, s’étaient imprudemment endormis; Torwald leur donna l’alarme et leur enjoignit de s’abriter contre les flèches des sauvages derrière des poutres dressées sur les flancs du bateau ; aucun de ses compagnons ne fut blessé, et les naturels prirent la fuite après avoir déchargé une gi’éle de traits sur les hommes du Nord ; mais Torwald était frappé h mort ; sur sa demande, il fut enterré , une croix à la tête et une autre à ses pieds, sur le promontoire où il avait eu l’intention de s’établir. Par suite de cette circonstance, le cap prit le nom de Krossa-nes. La colonie du Groenland avait été depuis longtemps conver-

> terre, que tout y serait beau, que tout y abonderait; Vinland la Bonne, a si renommée, était, disait-on, riclic en fruits et en vins recherchés; » et maintenant que j'y suis arrivé, ils m’apportent un sceau d'eau, il

me faut puiser à m e fontaine, et je ne puis môme trouver une goutte H de vin dans cette terre que l'on appelle délicieuse ! a Et lorsqu'ils furent prêts à mettre à la voile, Torwald continua :

• Que notre troupe fidèle se hfile de retourner vers la terre de ses ■■ pères; que notre bateau glisse sur les eaux, sillonnant les Ilots cour- ” roucés ; mais que le petit nombre de ceux qui aiment la Vinland a restent ici pour la parcourir, ou bien, qu'aprés un travail qui ne fa-

> tigue que les paresseux , ils fassent bouillir les baleines h la chair *• coriace, ici h Furdustrand, loin de la terre de leurs pères. .

Dans l'original, ces vers portent l'empreinte des x* et xi* siècles. — Aoliq.

Amer., p. 14F, note A. (JVotr du Traducintr.)

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tie au Christianisme ; mais Erik-le-Rouge, père de Torwald, était mort Païen. Les compagnons de Tor- ■wald passèrent l'hiver à Vinland, et au printemps letournèrent au Groenland pour y raconter leur découverte et la mort malheureuse et prématurée de leur chef.

Les naturels que les hommes du Nord trouvèrent daus la Viuland ressemblaient à ceux de la côte ouest du Groenland. Ces Esquimaux furent appelés par eux Skrœlingar ou Nains, nom que justifiait leur petite taille. Déjà les Goths, leurs ancêtres, avaient donné ce nom aux Finnois et aux Lapons. Ils les trouvèrent manquant de courage et de force physique.

Erik laissait un autre fils, nommé Thorstein, qui, apprenant la mort de son frère Torwald, s’embarqua pour la Vinland avec sa femme Gudi'ida et vingtcinq compagnons, dans le but principal de rapporter dans sa jiatrie le corps de son frère. Ballotés par des vents contraires qui retardèrent leur voyage, ils furent enfin poussés vers une partie de la côte du Groënland, bien éloignée de celle où la colonie des hommes du Nord s’était établie : on fut obligé d’y passer l’bivcr. Là, ils eurent à lutter contre toutes les fatigues et les privations d’une saison rigoureuse, par une latitude Nord très-élevée ; puis une épidémie contagieuse, qui décima les aventuriers, vint encore compliquer leure souffrances : Thorstein et la plus grande partie de ses compagnons périrent, et Gudrida retourna dans sa patrie avec le corps inanimé de sou époux.

L’été suivant, Thorfin, surnommé Karlsefne, c’està-dire « appelé à de hautes destinées, » homme d’une

naissance illustre et d’une immense fortune , vint de Nor>vége au Groënland ; bientôt il s’éprit d’un violent amour pour Gudrida , fille de ïhorbjôm, veuve de Thorstein , et la demanda en mariage à Leif , qui avait succédé à l’autorité patriarcale de sou père Erik-le-Rouge. Thorfin, décidé à fonder une nouvelle colonie en Vinland , s’associa soixante compagnons, avec lesquels il devait partager, par portions égales, les profits (le l’entreprise. Il emmena avec lui toutes sortes d’animaux domestiques, des outils et des provisions, tous les objets nécessaires à une colonie durable, et fut accompagne de Gudrida, son épouse, et de cinq autres femmes. Il aborcbi et passa l’hiver dans cette partie de la côte jadis occupée par Leif. Au printemps suivant, les Skroelingar se présentèrent en grand nombre pour trafiquer avec les hommes du Nord, en pelleteries et autres productions du pays. Thorfin défendit à ses compagnons de vendre leurs armes, que les naturels semblaient désirer ; et, pour se mettre en garde contre toute surprise, il entoura ses huttes d’une palissade élevée. Un des sauvages parvint cependant à dérober une hache ; de retour vers ses compagnons et fier de sa capture , il fit le premier essai de son utilité sur un de ses camarades, qui, frappé par lui, tomba raide mort. Les naturels restèrent saisis d’étonnement et de terreur, et l’un d’eux , qui par son air d’autorité annonçait un chef, s’empara de la hache, et après l’avoir examinée quel- (pie temps avec attention, il la jeta dans la mer avec indignation.

Après un séjour de trois ans eu Vinland , Thorfin

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