‹ Histoire des peuples du NordChapitre 149 sur 206 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

exilé prit avec lui son jeune fils Magnus, et reçut une généreuse hospitalité à la cour de Russie. Après la mort d’Hakon (1030), fils du Jarl Erik que Canut avait placé en Norwége comme son représentant, Olaf retourna en Suède, et, avec l’aide du Roi de cettecontrée, fit une dernière tentative pour ressaisir sa couronne. Mais il fut vaincu et tué dans une bataille, prèsde Nidaros, aujourd’hui Dronlheim. Son corps lut enterré secrètement par ses fidèles serviteurs; mais il fut bientôt déterré, porté à Drontheim, et déposé dans l’intérieur de la cathédrale superbe qui s’élevait sur les ruines du temple de Thor. Olaf fut adoré comme saint et martyr, et parait avoir remplacé dans les affections du peuple l’ancienne divinité de la Norwége. On éleva en la mémoire du héros et du saint des églises et des châsses, non-seulement dans sa patrie, mais en Danemark, en Suède, en Angleterre, en Russie et même à Constantinople par les soins des Yœiingjar (1).

Canut ayant vaincu tous ses rivaux, et satisfait son ambition par la conquête de la Norwége, passa le reste de sa vie à jouir de ses possessions, à accomplir ces actes de mortification qui étaient si en faveur à cette époque, et, c’est justice de le dire, à remplir les devoirs publics de son rang. Sa libéralité en faveur du Clergé et des Skalds, — les deux seules classes qui formaient la partie intellectuelle de ce siècle, — était excessive, et son goût pour la magnificence dans sa

(I) Knjrilingasag.1 , cap. XVII, p. 179. Ed. Rafn. — Snorrc, Saga af Olafi hinom llelga, cap. CLXXX-CCLI. — Hûntcr, Kircheogescbichte, eic., l. I , pp. 5Ii5U.

^lOO HlSTOinE DES HOMMES DE NORD.

toilette, dans ses armes et dans l’organisation de sa cour, fut poussé à un degré de splendeur inconnu chez les Saxons ou les Danois ses prédécesseurs (1). L’auteur de l’Ëncomium d’Emma a décrit dans des termes pompeux le magnifique équipement de la flotte royale avec laquelle Canut appareilla du Danemark en Angleterre, et, à part l’emphase et le style ampoulé de l’écrivain, on a une haute idée de sa splendeur. Sa générosité, dans une occasion rapportée par Saxo, et la sentence publique prononcée par Canut contre lui-même , est peut-être le fait de l’ostentation : Ayant tué un de ses soldats, il en paya le prix neuf fois le montant infligé par la loi, ajoutant neuf < talents d’or » comme compensation. Mais la manière dont il répondit aux flatteries de ses courtisans, en ordonnant aux vagues de la mer de se retirer devant lui (2), indique un esprit vraiment capable

(1) Nous avons déjà vu (ch. IV.'pp. 71-72^ que Canut était un patron libéral des Skalds, mais M. Palgravc dit que le roi Anglo-Danois était poète lui-méme Une ballade qu'il composa fut pendant longtemps le chant favori du peuple d’Angleterre. Naviguant dans le Nenne, près du monastère cTEIy, les accents dou\ et solennels d'une psalmodie en chœur arrivèrent à ses oreilles , et Canut reprenait avec sa complainte ;

- Les moines d'Ely chantent galment , lorsque le roi Canut rame de

• de ce côté. Ramez, mes chevaliers, ramez près de terre , et nous

• entendrons de plus près les chants des moines. -

Les autres strophes sont perdues, et nous regrettons de ne pas retrouver les traces de celte composition qui place Canut au rang des auteurs d'Angleterre qui portèrent la couronne. ( Uisl. of England , t. VU , p. ô20. )

(2) Les courtisans de Canut affectaient de répéter bien haut que son pouvoir était immense , sa puissance inlinie , et que tout devait céder devant son autorité. Fatigué de ces ridicules et plaies flatteries, il se Gt conduire sur le bord de la mer, h la marée montante, et s'adressant au liquide élément : « Tu es sous ma puissance , « s'écria-t-il , » je t’ordonne de te retirer; « la terre sur laquelle je suis et que tu prétends occuper, m’appartient; » et la marée monktil toujours ; alors continuant : • Je te défends cTappro-

CHAPITKE XV.

de sentiment généreux et planant au-dessus de sa propre sphère. Il sut rendre hommage à l’auteur de la nature, < auquel obéissent les lois éternelles , les deux , la terre , les mers avec tous leurs habitants (1). >

• cher davantage et d'oser mouiller les pieds de ton souverain. - Puis il s’assit, feignant d'attendre que la mer lui donnât une preuve de sa soumission ; mais la marée montant toujours et commençant à le mouiller , il sc tourna vers ses courtisans et les regardant en souriant, il leur dit ; - Celui

• qui a créé la terre et les mers est plus puissant que moi. > Uist. of En. gland, t. I, ch. III.

II est diflicilc cependant de concilier ce fait avec l'épisode que nous avons rapporté ch. IV, p. 71 , où il menace de mort le Skald qui avait composé sur lui un poème trop court; mais l'ouvrage de l'un devait passer à la postérité , et les paroles des courtisans étaient emportées par le vent. Veria volant , ted acripta manent. (Note du Traducteur.)

(1) Turner, vol. III, p. 393.

Page 1