‹ Histoire des peuples du NordChapitre 148 sur 206 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

6 des moissons du milieu d’août et le Kirk-Shot (1), « les prémices des semences à la Saint-Martin . Que si a toutes ces dîmes n’étaient pas payées à mon « retour, je punirai les négligents selon la rigueur « des lois et sans aucune gi*âce. Que Dieu vous c garde! Adieu (2). >

L’ambition de Canut ne se contenta pas de la piossession de deux royaumes comme le Danemark et l’Angleterre. Il prétendait avoir des droits sur la Norwége par son père Svend, qui avait jadis régné sur une poition de cette contrée. Mais le peuple Norwégien avait reconnu les prétentions supérieures d’Olaf, fils d’Harald-Groenske, et descendant en ligne directe d’Harald le fondateur de cette monarchie. Après la mort de son père, Olaf chercha un asile auprès de Sigurd Syr, un roi des Norwégiens de la montagne qui avait épousé la veuve d’Harald. Son beau-père éleva le jeune prince selon la mode du temps et l’envoya, à l’âge de douze ans, prendre part à une expédition de pirates. 11 ravagea les côtes d’Angleterre, et, à l’âge de seize ans, avait déjà piis part à neuf grandes batailles, y compris celles qu’il

Romefeoh ou Ramescol {Hall) -, la ülroe de Rome ou plutôt duc & Rome , tribut pajé jadis au p.-ipe par le peuple Anglais , appelé Peter-pence, parce qu'il était perçu le 1" août, jour de la Saint-Pierre ès-Liens (ad Vincula), et qui était d'un sou par maison. (Cowell), (Note du Traducteur.)

(1) Kirh-ihot ou Church-scot, du mot Saxon Sceal , Sceata, Sceau, argent , tribut , taxe , prix ; certaines redevances ducs û l'église , taxe coutumière payée par les sujets, en raison de leur capacité; en matière non religieuse, taxe ou coutume payée pour le scbèrilT ou le bailli. De Shol ou seof , vient notre mot français écot. Chacun son écot. Cou-ell, Encycl.

(•Vote du Tradiiclew.)

(2) Lingard, vol, I, pp. 383 586.

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soutint au service des Anglo-Saxons contre Canut.

Il croisa aussi deux ans sur les côtes de France et ! d’Kspagne, et profita plus tard de l’absence d’Erik, fils du Jarl Hakon , qui était eu Angleterre avec Canut, pour réclamer le trône de Norwége. Il fut reçu avec joie par ses concitoyens, et surtout par le parti Chrétien, auquel le recommandait sou zèle ardent pour la religion nouvelle. II avait été baptisé à troisans, et Olaf-Tryggvason l’avait tenu sur les fonts baptismaux. II chercha à établir le Christianisme à l’aide des moyens employés par sou parrain, Olaf- Ti yggvasou. Il persécuta les malheureux Païens du | feu et de l’épée, brûlant leurs temples et élevant des églises sur leurs ruines fumantes, marchant à travers la contrée avec une bande armée, les forçant à la pointe de l’épée de recevoir le baptênae, et cherchant, mais en vain, à extirper les dernières racines de l’ancienne religion. Cependant Olaf se sentait capable de pensées plus libérales et d’actions plus magnanimes ; il chercha inutilement à persua- I der à un Jaii distingué du Gothland de l’Ouest (qui n’était pas de ses sujets) d’embrasser la religion nouvelle, et sur son refus obstiné, le Roi déclara que bien qu’ayant le pouvoir , il ne voulait pas le contraindre à être baptisé. « Le Dieu que j’adore ne veut pas être servi à contre-cœur (1). »

Canut avait laissé son fils Harde-Knud en Danemark, sous la tutelle du Jarl Ulfr son beau-fi’ère, qui persuada au jeune prince de se faire déclarer Roi sous le prétexte qu’il avait l’autorisation de son royal père.

(Ij MDlliT, Sagabibliollick , t. III, p. 302.

ciupunE XV.

Mais, à l’approche de Ganut, qui s’avançait avec une flotte puissante, l’usurpateur demanda grâce, et le père lui pardonna, sachant qu’il n’avait été que l’instniment de l’ambition du Jarl. Canut, indigné de cette trahison , dissimula son ressentiment ; mais sa colère concentrée éclata enfin dans une occasion que Snorre raconte en ces termes :

« Le roi Ganut invita Ulfr, époux de sa sœur, â une gitinde fête à Roeskild, où le Jarl cherchait à distraire le Roi par de plaisants discours. Mais Ganut était sombre et sobre de paroles ; enfin le Jarl lui proposa une partie d’échecs que le Roi accepta. Ulfr était d’un caractère vif et emporté , ne cédant à personne, prompt en -affaires et brave à la gueire. Après le Roi c’était l’homme le plus puissant du Danemark. Gyda , sa sœur, avait épousé le Jarl Godwin, fils d’Ulfnath, et leurs enfants furent Harold, plus tard roi des Anglais, Tostig le Jarl et trois autres, plus une fille nommée Gyda , qui épousa Édouard-le-Ron, aussi roi des Anglais.

« La partie d’échecs commença , le Roi fit un faux coup, et le Jarl prit un des cavaliers du Roi. Mais le Roi le reprit, lui ordonnant de jouer autrement. La colère du Jarl fut à son comble, et frappant violemment la table de la main, il se leva et allait se retirer lorsque le Roi lui cria : « lâche! tu veux donc fuir? » — « Vous auriez fui bien plus loin sans mon secours, aux bouches de la rivière d’Helga, lorsque les Suédois vous battaient comme des chiens , » lui répondit le Jarl insulté, et il se retira. Le Roi sortit peu de temps après, et le lendemain matin il ordonna à un de scs

suivants d’aller assassiner le Jarl. Il revint bientôt, et répondit à Canut, qui lui demandait si tout était fini, qu’il s’était retiré dans l’église de Saint-Luc, asile inviolable. Le roi fit alors venir en sa présence Ivar-Ie-Blanc, Normand de naissance, qui était un des gardes de la chambre à coucher du Roi, et lui ordonna d’aller tuer Ulfr. Ivar attira le Jarl dans le chœur de l’église, et l’assassina. Il retourna près du Roi avec son épée teinte de sang. — * As-tu tué le Jarl? » — € Je l’ai tué. » — « Tu as bien fait, » répondit le Roi. A la nouvelle du meurtre du Jarl dans leur église, les moines en fermèrent les portes ; mais Canut leur intima l’ordre de les ouvrir et de célébrer la messe , ce qu’ils n’osèrent refuser. Le Roi se rendit alors à l’église, et la dota d’une longue étendue de terrain qu’elle possède encore aujourd’hui (1). »

En 1028, Canut poursuivit l’exécution de ses projets sur Li Norwége et rencontra peu d’opposition de la part d’Olaf, abandonné qu’il était par les principaux chefs et le peuple , qu’il avait dégoûté par sa sévérité en matière de religion ; d’autres cédèrent à la séduction de l’argent et des flatteries du monarque riche , puissant et redouté , et qui pouvait satisfaire toutes leurs espérances et réaliser leurs craintes. Canut débarqua à Drontheim avec une grande force ; le peuple mobile de la Norwége le reconnut pour Roi, et Olaf se réfugia chez son beau-fi-ère Jaiislaf, prince russe de la maison de Rurick. Le monarque

(I) Snorrc, S.iga af OlaB hinom Helga, cap. CLXH, CLXHI.

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