CHAPITRE V
consistance à l’aide de rimagination poétique, du moins dans sa forme actuelle plus moderne.
La production la plus remarquable de la littérature de Norwége pendant le moyen âge est, sans contredit, le Kongsskuggsja ou Miroir des Rois , ouvrage que l’on a souvent attribué au roi Sverre , mais qui fut certainement écrit de son temps , et sans doute sous ses yeux. Il donne une peinture vive et fidèle des manières, des usages et des opinions de la Norwége et des autres royaumes Scandinaves de cette époque. Il est en forme de dialogue entre un père et son fils , et traite des conditions différentes et des professions civiles de l’humanité. 11 est divisé en quatre parties (dont les deux premières seules méritent de l’intérét), dans lesquelles on s’est proposé d’esquisser les différentes occupations de la vie humaine, |)ar rapport aux divei*ses affaires du marchand , du courtisan , du clerc et du laboureur. La première partie contient les instructions paternelles, en forme desentences, d’une moralité pure et élevée , sur ce qu’on peut appeler l’économie du commerce. L’auteur insiste sur la nécessité d’une connaissance spéciale des langues savantes étrangères , et surtout du Latin et du Welsh , ou langage de Walland (France), alors les plus répandues dans l’Europe occidentale; sur l’arithmétique, l’astronomie, les courants des mers et les cours diurnes du soleil , avec les vents qui soufflent de préférence dans les différentes saisons de l’année. Le père recommande surtout à son fils d’étudier les lois conunerciales dans le code appelé Biarkeyjar Ret. Cette partie de l’ouvrage comprend aussi
des notes concises sur le climat et les autres phénomènes de la nature en Islande, en Groenland et eu Irlande, avec un récit des différentes productions de ces pays, qui indique le caractère entreprenant et curieux des compatriotes de l’auteur dans ces temps reculés. Il prouve aussi une connaissance exacte de la course apparente du soleil , de la forme véritable de la terre et de ses zônes , et d’autres détails de l’astronomie physique, science peu familière , même aux gens instruits des autres états de l’Europe à cette époque (1).
La seconde partie comprend un récit complet des mœurs et usages de la cour de Norwége , qui avait déjà acquis un degré considérable de splendeur. On y détaille les difféi’ents titres et rangs des courtisans et des serviteurs ; les arts de guerre et de gouvernement , avec une description exacte des armes et costumes alors en usage, des vertus et des qualités qui doivent être l’apanage de la royauté, et des limites respectives de la juridiction civile et ecclésiastique. Ce curieux abrégé de la sagesse des cours et des Ethiques est encore enrichi de divers morceaux de l’histoire de l’Ecriture sainte , contenant un récit de l’orgueil , de la rébellion et de la chûte de Satan et des Anges déchus, qui offre une gi'unde ressemblance avec la paraphrase en vers du livre de la Genèse ,
(I) l.<! conipa» (le marine était, dit-on, connu dans le Nord îi l'époque de Birgcr, Jarl de Suède. Parmi des présents faits par ce noble au Skald Sturle qui avait composé un panégyrique en son honneur , Torfæus mentionne un compas. « Donatus ab hoc (lyiide nautica quam vulgo compassitin appciaut. » Hist. Norg. , t. IV, lib. VI, c. 4.
CHAriTRE V.
attribuée au poëte Anglo-Saxon Cœclmon; il prouve l’identité des opinions tliéologiques qui, dans les temps anciens, prévalaient parmi les difTérentes nations du Nord.