CHAPITRE V
tUé, bien plus longtemps que dans les royaumes voisins ; et nous voyons les écrivains Islandais donner à leur dialecte paternel le même' nom (^Wœnn) dont ils désignaient celui de la mère-patrie. Les communications primitives des Norvégiens avec l’Angleterre favorisèrent plutôt qu’elles ne découragèrent le progrès des lettres et de la civilisation. La vieille langue Danoise ou Norse , profondément enracinée en Northumberland et dans les contrées voisines, revivait par les visites fréquentes des aventuriers et des pirates, et s’entretenait })ar les rapports plus honorables du commerce et de l’industrie. Leurs relations étaient plus actives, leur union plus intime avec le Danemark et la Suède ; mais les causes des variations que le dialecte national éprouvait dans le premier de ces deux royaumes n’avaient qu’un effet secondaire sur le dernier, qui était généralement en giierre avec les états voisins; et protégé par sa situation reculée, le langjige de ce peuple était moins exposé à la corruption des idiomes étrangers.
Paimi les autres circonstances qui concouraient à l’accroissement du progrès social et littéraire de ce peuple isolé , il faut placer les croisades et les pèlerinages à la Terre-Sainte, entrepris par ses Rois et ses Jarls. Ces aventuriers rapportaient avec eux dans leur patrie des idées plus larges et plus arrêtées sur les arts élégants et utiles; ils importaient les mœurs et les manières de nations plus civilisées, ainsi que des connaissances plus exactes du cérémonial splendide de la cour de Bysance, avec sa pompeuse hiérar-
chie des fonctionnaires civils et militaires, parmi lesquels beaucoup de leurs compatriotes qui s’étaient joints aux Vœringjar occupaient une place distinguée. Puis encore, les rapports politiques d’Hakou IV en Germanie , en Espagne et dans les contrées méridionales de l’Europe, les familiarisaient avec les institutions de la chevalerie et avec la littérature romantique de ces nations , qui étudiaient la politesse et l’urbanité , et s’appliquaient à en suivre les règles avec un enthousiasme qui touchait à l’extravagance.
Snorre Bjorn , ecclésiastique instruit de Drontheim , I
fut envoyé par Hakon IV pour suivre les négociations | avec la cour Impériale et le Saint-Siège ; il fut aussi désigné en 1256 pour accompagner dans son voyage en Espagne la princesse Christine ( fille d’Hakon ) qui avait été fiancée à nn des frères d’Alphonse, roi de Castille. Il rapporta en Norwége l’histoire de Diéterich de Berne , avec quelques autres nouvelles formant le grand cycle des romans Teutoniques. Ces fictions et les autres contes de cette espèce, Germains , Français et Latins, furent traduits en langue Norse par l’ordre du Roi.
De cet échange littéraire naquit l’ordre secondaire des Sagas de l’Islande , imités des romans de la chevalerie , et réunissant les fictions de l’antiquité Scandinave à celles de l’antiquité Teutonique. Les exploits fabuleux des héros du Yolsunga et du Vilkinasaga étaient certainement déjà connus des hommes du Nord, et fournirent le sujet des lais Eddaïques , bien longtemps avant que l’histoire du Niebelungeulied Teutonique n’ait acquis quelque