III
produire, pourvu que le sujet y fût prédisposé par son tempérament.
Les hémorrhagies ne différeraient-elles donc des inflammations que par le degré de souffrance du lieu irrité ? ; |
Nul doute que ce phénomène n’établisse entre ces deux modes de lésion du même système une différence extrème ; mais 1 doit en exister d’autres: car, pourquoi les hémorrhagies n'ont-elles pas lieu toutes les fois que les capillaires sanguins sontirrités localement dans un degré modéré ? Pour répondre à cette question, il faut avoir égard à la constitution du sujet qui reçoit l’irritation.
Les hémorrhagies abondantes n'attaquent presque jamais que certaines constitutions , et c'est en cela qu’elles diffèrent le plus des phlegmasies. Les tempéramens qui y sont exposés sont très-mal désignés par le seul titre de sanguins. Les individus sujets aux hémorrhagies m'ont toujours présenté les attributs suivans : Tissu mou, sensibilité vive , les passions et l’imagination actives, le pouls habituellement fréquent, vif et agile, les extrémités chaudes, une nutrition facile, qui se reconnaît par la promptitude avec laquelle ils réparent leurs pertes. — La réunion de ces attributs constitue un tempérament qui mérite le nom de nervoso-sanguin.
Ïl se rencontre le plus ordinairement dans la jeunesse , depuis la puberté. I prédomine chez les femmes, chez les sujets plutôt grands que petits, dont la poitrine est étroite ou médiocre , les membres
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TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITT. 147 crèles et arrondis, la peau transparente, injectée et d'un tissu peu serré , les mouvemens faciles, le tissu cellulaire pas trop prédominant. Voilà la constitution à hémorrhagies abondantes (1). Elle est aussi très-sujette aux phlogoses.
Lesindividus dont la poitrine est large , les muscles fermes et durement exprimés ; Ceux qui, à un vaste squelette, à de gros muscles, réunissentune grande quantité de graisse, peuvent aussinous présenter un appareil sanguin, riche et fort énergique ; mais il est rare qu'ils éprouvént de grandes pertes de sang (2).
Soumettez un nombre égal d'individus de chacune de ces constitutions à l'influence de causes qui sont unanimement reconnuespour les plus propres à monter sur un haut ton l’action de l'appareil sanguin , tels que les alimens âcres et succulens pris avec abondance, lesliqueurs spiritueuses , les passions les plus orageuses, etc. , au bout d’un certain temps , vous aurez , chez les sanguins nerveux et délicats, des phlogoses et des hémorrhagies ; chez les sanguins larges et robustes , des pléthores ad vires et des inflammations. S'ils ont des hémorrhagies, ce ne sera que des saignemens de nez peu abondans; si, vers le déclin de l’âge, ils sont sujets aux hémorrhoiïdes,
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(1) Surtout s’il existe hypertrophie du cœur.
(2) Is les éprouvent aussi s'ils joignent à un gros cœur une susceptibilité nerveuse bien prononcée. Je sais que cette combinaison est rare ; mais elle existe, el je ai plusieurs fois bien constatée,
il faut en accuser un autremécanisme quejene saurais développer ici (1); mais ils perdent rarement beaucoup de sang par celle voie, à moins que leur genre de vie ne leur ait donné lacomplexion des précédens. — Ainsi, les profusions sanguines n'appartiennent qu'à la complexion nervoso-sanguine délicate, soit naturelle, soit acquise.
Il existe donc , dans les vaisseaux de certaines personnes de celle constitution, un mode d'irritabilité qui les fait vibrer avec promptitude et liberté, et s'ouvrir à l'extérieur, au lieu de se resserrer, quand Je sang les stimule trop vivement par son abondance, il en arrive autant lorsqu'une cause excitante agit sur le système nerveux : et, dans Îes deux cas, l'arbre artériel, prodigieusement agité Jusque dans ses plus petits rameaux ,’est disposé à exprimer le sang, sans beaucoup de douleur, sur Îles surfaces où certaines irritations locales viendront l'appeler. Les expériences de Bichat tendent à prouver que cette expression se fait le plus souvent sans rupture, par Ja voie de certains vaisseaux destinés à toute autre chose qu'à verser du sang.
Aussitôt que les mouyemens organiques ont pris une direction fixe , le sang paraît abandonner toutes les autres portions de l'atmosphère capillaire générale; les parties externes se refroïdissent, et toute
(1) Les hémorrhoïdes correspondent souvent à une gastroduodénite qui rend en même temps le foie gouflé et doutou-
TEUuXx.
LRALFEMENT D LA GASTRIÉE ET DÉ L'ENTÉRITE. 140 Pactivité sanguine semble concentrée autour du lieu qui donne issue au sang, Ce spasme n’est point l'effet de la douleur; ilannonce l'effort hémorrhagique (a). Aussitôt que cet efort est suspendu, la circulation reprend sa liberté première , et la chaleur se ré pand avec uniformité. — La persévérance de cette agitation sangüine, sans douleur qui la provoque, nous fait présager le retour de Fhémorrhagie, parce qu'elle nous atteste que les capillaires sanguins continuent d’être trop sensibles au stimulus du sang qui les parcourt. Elle nous donne également lieu de redouter uuüe explosion inflammatoire funesté au viscère le plus irrilé, ainsi que nous Favons exprimé ailleurs : tant est grande l'analogie qui existe entre les hémorrhagies et Les phlogoses !
D'après cette théorie, il paraîtrait que les hémorrhagies pourraient être considérées comme des inflammations peu douloureuses, qui, X raison de la prédisposition des vaisseaux, laissent échapper à l'extérieur le courant de Ja masse-‘sanguine ; tandis que Îles phlegmasies ordinairés'le retiénnent.
Si cela était ainsi, il suffirait, pour arrêter une hémorrhagie, de faire naître ladouleur dans la surface où elle se fait : aussi en voyons-nous bien souvent l'expérience. Comment agissent le froid et les styptiques, si ce nest en produisant une impression désagréable , une vraie douleur locale (car il n’est
(a) Cet cïfort ne peut ttre considéré que comme une irri-
tation organique locale.
pas besoin que le sensorium la perçoive ), qui détermine le resserrement des vaisseaux capillaires ? — Si l'on peut enflammer une surface par où le sang s'écoule, en la rendant douloureuse, on parvient à arrêter l'hémorrhagie.
N'est-ce pas par un mécanisme analogue , c’est-àdire, en augmentant beaucoup la sensibilité de la muqueuse gastrique, qu'un verre d’eau-de-vie ou de rhum arrête les hématémèses? Mais je laisse aux Browniens le plaisir de faire cette expérience, aimant mieux diminuer l’action pour calmer l’effusion sanguine, que de produire une phlogose. N'est-ce pas encore en vertu des mêmes lois que l’hémoptysie s'arrête aussitôt que la chaleur fébrile se manifeste ? Cette chaleur ne nous avertit-elle pas que lirritation des capillaires de la muqueuse bronchique est portée au degré de la phlogose? Voit-on revenir cette hémorrhagie dans le courant de la maladie tant que la fièvre hectique est rapide et la chaleur dévorante , à moins de la rupture ou de l'érosion de quelque vaisseau ?
Celui qui aura bien observé les hémorrhagies et bien médité leur mécanisme, ne m’objectera pas que celles dites passives font exception-aux lois que j'essaie de développer. Il est évident pour tous ceux qui ont suivi les hémorrhagies; usqu à la mort, qu’elles se font constamment de la même manière. Pour s'en convaincre , il faut avoir continuellement l’œil sur le malade : tant que l’hémorrhagie dure , il a les extrémités froides et le pouls effacé , tous les mou-
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 191 vemens de l'appareil sanguin semblent concentrés dans les capillaires du lieu qui laisse couler le sang. Mais lorsque l'écoulement est arrêté , le pouls se relève ; et, quoiqu'il soit faible, et que Partère semble plutôt remplie de gaz que de sang , on remarque des vibrations très-vives. — Tant que cette mobilité se laisse apercevoir , on doit craindre la rechute dans les hémorrhagies passives aussi bien que dans les actives. Plus elle tarde , plus le pouls reprend de consistance. Si le malade est jeune ; et s’il répare promptement, la chaleur se ranime , et l’hémorrhagie se remontre avec la physionomie active. Plusieurs malades présentent jusqu’à la fin ces alternatives de collapsus et d’excitement. On a vu Lallemand ( Observation XIII ):languissant, infiltré et très-près de son dernier moment, offrir un pouls assez vigoureux pour donner encore que que espérance.
Les choses sont ainsi tant que les malades conservent encore une certaine quantité de sang, et tant qu'ils réparent bien. Ce terme passé , l’excitac tion est bornée aux capillaires du lieu, mais elle s'entretient toujours par les mêmes lois. Souvent c'est le stimulus communiqué à l’économie par un foyer inflammatoire plus où moins éloigné qui fait suinter le sang jusqu’au dernier moment. Il nya plus de fièvre générale , parce qu'il n'y a plus une masse sanguine assez volumineuse pour ébranler vivement le centre circulatoire; maisil y a une fièvre
capillaire , sympathiquement transmise du lieu souf-
mr
frant au’ siége de l’hémorrhagie par le moyen dé l'arbre nerveux, qui partout s’entrelace avec l'arbre circulatoire (*).
Ne disons donc plus que la faiblesse locale permet au vés & tergo de pousser le sang hors des vaisseaux. Le défaut de résistance n'existe que dans les capillaires qui ont été dilatés prune pression , etc. : tels sont ceux de l'utérus à la suite des accouchemens , ceux de l'anus chez les hommes toujours constipés , ceux des poumons dans les cas d’anévrysme du cœur, etc. Mais les hémorrhagies spontanées et sujettes à changer de siége ne sauraient être attribuces à la faiblesse locale, parce qu'il faudrait la supposer transportable d’un Heu à un autre, ce qui répugne. D'ailleurs les vaisseaux qui ne sont qu'affaiblis ne se laissent point pénétrer par le sang ; ils diminuent de calibre, et si l’asthénie est coinplètes ils se ferment et s oblitèrent. Les fluides, quels qu'ils soient, ne peuvent parcourir que des canaux pleins de vie. Reconnaissons: qé’it n’y a qu'un principé unique qui préside à tous les profluvia spontanés , et que tel individu que nous disons affecté d’hémorrhagie par défaut de forces locales , n’est en effet attaqué que d’une hémorragie avec défaut de forces générales : mais cherchons l'application de cette doctrine à la thérapeutique.
(*) Quelqu'un niera cette proposition; mais je ne l’avancé pas sans motif, et j'espère qu’elle deviendra un jour incon:
Lestahle,
Puisque la fréquence et le libre développement du pouls sont les symptômes particuliers aux hémorrhagies, et que, tant qu'ils existent , la récidive est à craindre , ïl faut s’étudier à les combattre. Ce n’est qu'en les détruisant qu'on obtient la guérison radicale. En elfet, nous avons dit qu'on pouvait arrêter une hémorrhagie en augmentant là douleur du licu qui la fournit; mais ce moyen n'est applicable que sur certaines surfaces ; il ne convient point pour la muqueuse gastrique; il a l'inconvénient de provoquer la phlogose , et celle-ci peut, dans cer- Lains cas, être plus redoutable que la perte de sang. En troisième lieu, il ne sourait être que palliaü£. Tant que l'agitation artérielle persiste, on a toujours à redouter l'hémorrhagie : or, si elle trouve son issue fermée, les mouvemens se dirigent vers -un autre lieu, et la maladie s’y manifeste avec la même encreie,
Quelquelois même ce changement de siége est au détriment de l’économie : par exemple, une héimoptysie sera plus redoutable qu'une hématémèse, parce que la muqueuse bronchique est plus riche en Capillaires sanguins ; d'où résulte une perte plus abondante ; et parce que la phlogose y est plus facile et plus dangereuse que dans la muqueuse gastrique.
La cure radicale dés hémorrhagies consiste donc à détruire l'excitation artérielle. Mais si l’où veut réussir , il faut Ie faire de bonne heure, avant que
la perte de sang ait épuisé la constitution et dis-
posé ie corps à l’infiltration. Nous avons déjà donné ce conseil au sujet des phlegmasies. On les traite souvent sans succès par ls débilitans dans leur période avancée , soit parce que l'épuisement est trop grand, soit parce que la crainte d’affaiblir nous rend trop circonspects, et nous fait revenir mal-àpropos aux irritans.
Après la saignée, qui est le meilleur moyen tant que le malade est encore plein de sang et de forces, viennent les boissons aqueuses, le froid de l’atmosphère, le bain froid et les acides. — Les émolliens, qui tiennent peut-être le premier rang dans le traitement des phlegmasies, sont, pour celui de la diathèse hémorrhagique , fort au-dessous du froid et des acides.
J'ai remarqué que les boissons acides légères diminuent la fréquence du pouls. Le froid opère de la même manière ; tout le monde sait que les battemens du cœur deviennent plus rares du moment qu'on est plongé dans le bain froid. Si l’on administre promplement ces secours, et qu on les seconde par une diète absolue, il n’est guère d’hémorrhagie dont on ne vienne à bout, à moins que lixritation hémorrhagique du système artériel ne soit entretenue par un principe de fièvre de mauvais caractère , ou par le stimulus d’un foyer inflammatoire éloigné. Si ce foyer est désorganisé , il n’y a point de succès à espérer des moyens que nous proposons. S'il ne l’est pas, le traitement de l’hcmorrhagie étant aussi celui qui convient à la phleg-
masie, on obtiendra la guérison des deux affections. -
À force d'observer, j'ai reconnu la nécessité de ne pas trop ménager les forces dans les hémorrhagies commençantes. On veut que les mouvemens, soient répartis uniformément dans tout le corps avec une certaine énergie , afin de détruire le spasme qui, dit-on, empêche le sang de parcourir les autres vaisseaux, et fait qu'il se précipite vers le lieu de l’hémorrhagie. Ainsi, dans l'intention de donner aux vaisseaux l’action nécessaire pour soutenir la circulation en général, on à recours aux consommés et au vin; et, afin d'achever la détermination vers les capillaires de la périphérie , on administre , sous le nom d’antispasmodiques , les excitans alcoholiques et l’opium. On a joint à ces pratiques les frictions, les pédiluves chauds, Îles vésicatoires, |
De tous ces moyens, je n’en ai jamais trouvé de véritablement utiles que les trois derniers : j'imagine qu'ils agissent comme révulsifs; mais cette révulsion exige, pour se faire avec sécurité , que les forces soient déjà dininuées. L'irritation des pédiluves chauds et des vésicatoires peut devenir nuisible lorsque le système sanguin est fort énergique et la sensibilité très-active. Les frictions douces sont préférables. C’est un antispasmodique des plus puissans quand on les exerce long-temps et uniformément dans la même direction. Quant aux médicamens dits antispasmodiques , je n'ai Ja-
100 . HISTOIRÉ DES PHLEGMASIES CHRONIQUES ais pu leur attribuer une guérison, et J'ai souvent remarqué qu'ils augmentaient les ARCS
J'ai encore fait usage , d'après les autorités les plus respectables, de {a conserve de rose avec le nitre, et des pilules aluminées: Ces médicunens : qui ne peuvent avoir d'utilité que quand les forces sont tout-à- fait abattues, agissent par une douleur constringente de l'estomac , qui tend à ralentirles mouvemens, Ainsi leur node d'action se rapproche de celui des phlegmosies douloureuses , que nous avons dit être ennemies des hémorrhagies. Mais ni ces phlegmasies ellés-mêmes, ni les pincemens d'estomac que lés mälades nous accusent lorsque nous voulons forcer la dose des astringens , ne sont plus assez eflicaces pour arrêter l'écoulement du sang lorsque l'habitude hémorrhagique est déja vieille , parce que, à ce degré , toute douleur excite l’effusion sanguine , au lieu de la calmer.
Ainsi, lant que les forces conservent encore de l'énergie, c'est des réfrigérans qu'il faut attendre les meilleurs effets, et plus tôt on les employera, plus on aura de probabilité de réussite, — Mais quelle estla manière de les employer ?
D'abord, la saignée et la diète la plus sévère n'exigent pas beaucoup de détails. Du reste, on peut faire boire avec modération de la limonade au citron : la sulfurique n’a point répondu à mon attente; l’acétique , qui pince l'estomac un peu moins, lirrite cependant encore irop. Les autres acidules végétaux très-étendus seront plus utiles.
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 197 i eau froide pourra suppléer à ces médicamens. 4,es fomentations avec l'oxycrat froid, les ablutions d'eau froide, peuvent déterminer des concentrations intérieures violentes lorsque la circulation est forte : il ne faut donc refroidir la surface que par sradation , en faisant concourir les boissons froides et l’immobilité avec le froid extérieur. On arrive, avec ces précaulions, au point d'affaiblir la circulation, et d’enchainer le développement des forces sans les épuiser. Si cela est fait par gradation, il n'en résultera aucune affection catarrhale, et quand de malade sera rendu à ce point, on essaiera les révulsifs , pédiluves , vésicatoires ambulans , etc.
C'est également à cette période qu'on retire quelque utilité des astringens proprement dits, c’està-dire , des substances où prédominent l'acide gallique , le tannin , et, parmi les minéraux, les différens sulfates. {1 faut en rapprocher les doses; mais en doit s'arrêter aussitôt que lestomac fait sentir une vive douleur, et recourir aux muqueux acidalés. C’est dire assez qu'on n’en retirera pas grand avantage dans les hématémèses avec disposi tion à la gastrite, Mais, pendant tout ce traitement, il faut être de la plus grande sévérité sur le régime, laisser jeûner, et mème souffrir un peu le malade, afin que le malaise de lépigastre porte son action sédative sur tous les mouvemens de l’économie.
Tels sont Îles secours que j'adopte pour les preiniers Jours d'une hémorrhagie en général.
Lorsqu'on est obligé de combattre une tendance
190 IHISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES.
hémorrhagique qui a montré son opiniâtreté par plusieurs récidives , il faut d’abord examiner le pouls : s'il est fort, la coloration saine, et la tendance à l’infiltration non encore visible , il faut , par les mêmes procédés, modifiés selon le degré de forces , essayer de réduire l’action du système artériel dans ses justes bornes.
Si la maladie est plus ancienne, l'épuisement commencé, l’hydropisie imminente , il faut nourrir et soutenir les forces avec des alimens gélatineux et un peu de vin, mais peu de liqueurs spiritueuses. Les toniques ne conviennent qu’en dose légère, et suflisante pour solliciter l'estomac à de bonnes “digestions » Sans porter une irritation sympathique dans tous les tissus, sans provoquer la fièvre et occasioner un malaise ou un bien-être extraordinaire ; en un mot, leur action doit être, pour ainsi dire, organique et locale.
C’est à ce point que les inflammations extérieures, provoquées avec les rubéfians et les vésicans de toute espèce ,.et par les exutoires , sont utiles : elles sont même la principale ressource; car l’usage continué des astringens tannans et des sulfates détériore l'estomac et ne peut être supporté. D’ailleurs , l'astriction qu’ils opèrent dans le tissu de la muqueuse gastrique , et sur laquelle on compte pour arrêter l’hémorrhagie, ne se répète convenablement, dans les différens tissus , qu'autant que le syétème est doué d’une certaine énergie. Cette répétition est une sympathie, et toutes les sympa-
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 190 thies s’aflaiblissent à mesure que le sang et les forces se dissipent. Îl vaut donc mieux essayer les effets d’une phlogose artificielle. On ne saurait cependant compter dessus. Peut-être il est des cas où elle seconde le mouvement hémorrhagique , en agissant d’une manière conforme à la cause qui l'entretient. Je le répète, lorsque les hémorrhagies se montrent très-rebelles à ce degré d’exténuation des forces, et lorsque la vigueur du pouls semble démentir la faiblesse générale , il est bien à craindre qu’une phlegmasie obscure ne fomente le mouvement hémorrhagique. — Si l’on découvre quelque chose de semblable, on se conduit comme nous le recommandons pour les inflammations chroniques dela poitrine et du bas-ventre.
Les hémorrhagies de Flestomac, des intestins, ont cela de particulier , que le sang peut séjourner quelque temps sur la membrane qui le laisse exsuder. Les symptômes qui accompagnent cet état sont : 1°. Ceux de l'écoulement actuel du sang ; la pâleur , le froid des extrémités , l’effacement du pouls, les syncopes. — Pendant qu'ils ont lieu, ül faut employer les moyens réfrigérans et sédatifs , si le malade n’est pas trop débilité, et les révulsifs , s'il est déjà aflaibli. Les consommés et quelques ioniques sont alors indispensables. 2°. Les symptômes de l'irritation produits par le séjour du sang : ce sont ceux de l'embarras gastrique ; la mauvaise bouche , la soif , le malaise , une chaleur âcre et sèche de la peau , qui n’est point celle de l’hémor-
100 HISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES, rhagie, mais celle de Ja fièvre gastrique ; une roideur de l'artère également étrangère au simple mouvement hémorrhagique ; des pesanteurs, des rots, des borborygmes. — Ces symptômes annoncent que la membrane muqueuse est désagréablement aflectée par la présence d’un sang dont l'air hâte la putréfaction ; ils réclament l'emploi des purgatifs. La manne, l'huile de ricin , le miel et autres laxatifs oléoso-mucilagineux et sucrés, sont préférables aux cathartiques amers et nauséeux : cest du moins ce qu'il m'a toujours semblé. Après leur usage, on revient à celui des acides un peu aromatisés , des restaurans alimentaires et des stimulans révulsifs.
Il est temps de revenir au traitement des phlogoses muqueuses de l'estomac.
Celles que nous avons vues jusqu'ici avaient quelque chose d’aigu , ce qui suflira, aux yeux de tout le monde, pour autoriser l'extrême sévérité que j'ai mise dans leur régime pendant les premiers jours. Mais on sera sans doute porté à croire que lorsque la maladie commence à prendre une physionomie chronique , le médecinsest obligé de se relâcher sur la diète, et d’entremèler les adoucissans de quelques toniques. Pour décider cette question, il faut entrer dans quelques distinctions.
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 161 Traitement de la gastrite chronique.
Lorsqu'il s’agit de se déterminer sur le choix et la mesure des moyens débilitans, il faut moins avoir égard à la longueur de la gastrite qu’au degré d’épuisement et de marasme où elle a réduit le malade. Tant que les muscles ne sont pas exténués , le sujet ne saurait être considéré comme en marasme ; et quoiqu'il paraisse d’une faiblesse extrême, on ne doit pas se hâter de lui faire prendre des fortifians , parce que les forces ne sont point épuisées, mais arrêtées dans leur développement par la douieur. Dans ce cas, qui se reconnaît encore à la conservation de Îa couleur, il ne faüt craindre ni la diète ni les émolliens. D'ailleurs, une gastrite des plus chroniques peut exister long-temps dans un degré très-modéré , qui n'empêche pas la nutrition de se faire, du moins dans une mesure suffisante pour empêcher le dépérissement complet (1).
Lorsqu'au défaut d’exténuation se joint la certitude que la maladie , d’abord légère par elle-même, n'a été entretenue et prolongée que par les excitans ; On a un nouveau motif d'espérer beaucoup de labstinence la plus sévère et des médicamens
(1) La gastrite, bien que très-douloureuse, Coincide , même long-temps , avec un surcroît de nutrition, avec la boulimie ; et, quand elle est circonserite, elle peut durer plusieurs années sans altérer la nutrition , surtout dans l’âge avancé. ( Woyez les propositions de l’Exvamen des doctrines. )