DETTE
Hématémése suivie d’une irritation chronique de | l estomac.
Mathieu , âgé de vingt-six ans, grénadier au neut vième régiment , homme brun et bien développé ; téint pâle , sensibilité active ; chapelier travaillant au fer , fut attacqué le '8 janvier, sans autre préliminaire que quelques douleurs d'estomac et des nau-
TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 199 sées, d’un vomissement de sang très-abondant. Il rendit plusieurs caillots dont quelques-uns étaient gros et noirs, avec du sang vermeil , le tout mêlé d’alimens. — Le vomissement se répéta trois fois de la même manière, à un jour d'intervalle, et fut toujours suivi d’évanouissement et d’un froid considérable des extrémités. Enfin Mathieu se trouva si mal, qu'il fut obligé d'entrer à l’hôpital d'Udine le 14 janvier 1807. BOL 9
À son arrivée , il était pâle ; il avait la figure décomposée , une forte céphalalgie , des nausées continuelles , un sentiment de plénitude à la région gastrique, un sentiment de faiblesse et de malaise qui le décourageait. 11 se croyait toujours près de tomber en défaillance, Le pouls était petit, fréquent , et la peau très-chaude. —- [] fut mis à l’usage de la solution gommeuse acidulée avec l'acide citrique Point d’alimens. FSC" 19" e JSFOTHETE
Lé lendemain, septième jour, l'estomac s'était un peu dégagé, sans évacuations sensibles ; le ‘mal de tête était presque dissipé , la peur des’ défailfances n'existait plus. —Je fis aromatiser sa Solution de gomme arabique, et jy joignis un jülep gommeux légèrement éthéré. À l'extérieur, j’émployai les frictions d’alcohol ‘et de laudanum ‘sur 'épigastre , et un pédiluve irritant, | AS CE
Le huitième. jour , j'observai une chaleur âcre avec élévation du pouls; le malade se trouvait mieux ; mais il était survenu , dans la nuit, une toux assez forte, avec expectoration purement mu-
queuse. Il me dit qu'il avait eu jadis deux péripneumonies. — Je renonçai aux prétendus antispasmodiques; je remis mon malade aux boissons gommeuses acidulées, et dans toute la suite du traitement , je ne les abandonnai plus. Je suivis aussi , dans l’administration des alimens, la même gradation que J'ai adoptée pour les gastrites, et voici quels furent les résultats de cette méthode.
Le neuvième jour, fréquence du pouls, malaise , bouche très-mauvaise , céphalalgie opiniâtre, consüpation. — Un lavement procure des selles.
Le dixième jour , tous les symptômes diminuent; léger appétit. Jusque-là il n'avait pris que des bouillons. — Prescription d’une bouillie au lait. Il continue d'aller en s’améliorant.
Le seizième Jour, après quelque variation dans les symptômes, dont quelques-uns, le mal de-tête surtout, et la fréquence du pouls , avaient éprouvé plusieurs. exaspérations momentanées , la: figure commença à prendre.une. meilleure expression, et Mathieu fut.en état de se lever. La bouche était its te jeun , et la langue blanche et muqueuse. (ÉS |
Le dix-neuvième jour , fréquence moindre , bouthé meilleure ; appétit excellent. Le teint commençait, depuis peu de jours ; à reprendre les nuances de la santé. Le malade ne pouvait encore supporter le régime animal.
Le vingt-huitième jour , quoiqu'il se dit bien , je remarquai une fréquence du pouls et une chaleur
de la peau qui m'alarmèrent. Tout cela était gastrique , car depuis long-temps Mathieu ne toussait plus. Il m’avoua qu'il avait omis, ce jour, de tremper son vin avec l’eau, comme il l'avait fait jusque-là, d’après ma recommandation expresse. — Diminution des alimens, point de viandes , boissons acidulées. La fréquence diminua , mais ne disparut pas. Les forces augmentaient cependant.
Le trente-quatrième jour, observant que la fréquence ne cessait pas, que le teint ne continuait plus de reprendre sa fraîcheur , que les forces faisaient peu de progrès , je supprimai entièrement le vin, sans sortir du régime végétal. —- Il se sentait très-bien.
Le quarante-septième jour , la fréquence, qui jusque-là avait persisté, qui, surtout le soir, s'était souvent présentée à un degré alarmant , commença à diminuer. Mathieu ne pouvait encore manger que la demie sans encourir le danger d’éprouver quelques symptômes gastriques, qui transformaient la fréquence du pouls en un véritable mouvement fébrile. — TL avait presque toujours vécu de végétaux , et avait continuellement fait usage d’une potion gommeuse et huileuse acidulée, de laquelle il disait retirer beaucoup de soulagement, surtout pour la douleur de tête, qui était toujours prête à reparaître, et pour la tranquillité des nuits.
Le 2 mars, la fréquence du soir n’était plus sensible ; Mathieu avait repris ses forces , et supportait les trois-quarts depuis six jours. Son teint paraissait
bon. Il désira sa sortie : jy consentis ; et, plusieurs mois après, il n'avait pas éprouvé de rechute,
Qui peut se refuser à reconnaître, dans cette maladie , une irritabilité exaspérée de la membrane interne de l'estomac? Les lésions pathologiques ne concourent-elles pas, avec le succès du traitement, à le démontrer? Les hématémèses seront donc toujours des gastrites pour le thérapeutiste, Cette conclusion paraît des plus conséquentes ; mais le médecin physiologiste n’y voit-il pas certaines différences qu’il est curieux de noter? et pourrait-on en ürer des conclusions en faveur de quelques médicamens particuliers ? Discutons cette proposition.
Je ne sais quelle est la cause première organique des hémorrhagies; mais pendant qu'elles ont lieu, et pendant tout le temps que les malades sont exposés. à la récidive, on remarque des pulsations fréquentes, et une artère dont la systole est fort vive, dont les tuniques se resserrent et se développent de manière à donner au pouls beaucoup d'agilité (*). Ces phénomènes m’annoncent, 1°. que la dilatation.et les contractions du cœur sont libres ,
(*) Je n’entends parler ici que des hémorrhagies qui ont lieu sur une surface communiquant avec l'extérieur, ou les hémorrhagies du tissu muqueux proprement dit. — Le sang séjournant sur la surface qui l’a exhalé, en l'irritant, en déprimant les viscères , dans les hémorrhagies des séreuses , provoque des sensations pénibles, de véritables douleurs qui s'opposent à cette liberté du mouvement circulatoire dont nous parlons ici.
faciles, et se font avec beaucoup de précipitation (1); 2°, que les vibrations des artères capillaires, qui peuvent sentir l'impression du sang, et se mouvoir en conséquence de la manière dont elles sont affectées sont également libres, faciles et précipitées.
J'en tire une troisième conclusion, savoir : que le sang circule avec rapidité dans les ramifications de l’arbre circulatoire. Comparons d’abord ces phénomènes avec ceux de l'inflammation , puisque nous lui comparons les hémorrhagies.
Dans l’inflammation, en général, nous retrouvons la fréquence et la vivacité de la pulsation; mais la liberté n’est plus la même; le développement des tuniques de l'artère semble être arrêté par une force qui réside loin du cœur, dans le tissu capillaire sanguin (2).
11 y a donc dans les hémorrhagies , aussi bien que dans les inflammations, excès d’action dans tout l'appareil circulatoire ; mais, dans les hémorrhagies, cet excès est de nature à hâter le passage du sang à travers les faisceaux capillaires , et même à le forcer d'en sortir par les points les moins résis= tans, au lieu que dans les inflammations, l'excès d'action est d’une nature tout opposée: il coëxiste avec une tendance au resserrement qui sémble ar-
(1) Sans doute, et cela tient ordinairement à une Le trophie du cœur.
(2) La constriction du pouls ne peut dHTEE que du cœur.
rêter le sang dans la majeure partie des ramuscules de l'arbre artériel ; de sorte que, loin de s’échappér par le lieuirrité, il s'y arrête et s’y accumule.
La douleur n’aurait-elle pas quelque part à cette différence ? Expliquons-nous. :
Le lieu par où se fait l'expulsion sanguine n’est jamais très-douloureux. Les femmes qui ont des règles douloureuses nous disent que l’excrétion ne se fait librement et copieusement que du moment où leurs douleurs de reins commencent à diminuer (1).
L'organe où s’est établi un mouvement inflammatoire est toujours le siége d’une douleur quelconque. Or, plus la douleur est vive, moins la circulation est libre. Prouvons cette proposition par des faits. |
La pneumonie, celle de toutes les phlegmasies qui précipite davantage la circulation , parce que c'est celle qui intéresse un plus grand nombre de capillaires sanguins ; la pneumonie ne nous montre qu’un pouls serré, petit et fréquent lorsqu'elle est très-douloureuse, ce qui surtout a lieu quand la plèvre partage l’irritation du parenchyme. — La péritonite enchaîne le mouvement circulatoire lorsqu’elle est récente et douloureuse. — La gastrite et
(1) Il ÿ en a beaucoup chez qui la douleur dure autant que l’hémorrhagie. Peut-être que cette douleur retient aussi le sang en produisant la constriction du cœur ; ce qui prolonge les souffrances de la patiente.
Ventérite ont le même effet. Nous n'avons vu le pouls facile et ample dans les gastrites que lorsqu'il y à eu complication d'irritation du parenchyme pectoral. — Le pouis est roide , rarement précipilé, et Jamais libre dans le rhumatisme.
Au contraire, les phlegmasies qui nous offrent le pouls le plus développé sont celles où la douieur n'est pas extrême : tels sont la pneumonie simple , le phlegmon ou la phlogose du tissu celiulaire. Tous les jours, dans ces maladies, la saignée rend au pouls la force et la souplesse, — Les irritaons de la muqueuse des voies digestives, dont nous nous occupons présentement, nous donnent an pouls développé lorsque, sans être douloureuses, elles sont étendues et fixées sur des sujets sanguins, et lon peut toujours le rendre serré et convulsif en exaspérant la douleur.
La douleur du lieu irrité , communiquée sympathiquement au cœuret à toutes les extrémités de l'arbre circulatoire , par le moyen des nerfs qui vont les embrasser ; la douleur, il faut le répéter , peut donc établir seule une très-grande différence entre les diverses affections du système capillaire sanguin. Àl paraît que , modérée , elle accélère le mouvement des fluides , et qu’elle le ralentit quand elle est éxcessive, par l’état d’éréthisme et de constriction qu'elle entretient dans les capillaires artéricls. Les phlogoses modérées tendraient donc à produire des hémorrhagies »...... Oui , Sans doute, elles y tendent, et je les ai vues plusieurs fois Les