‹ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes méthodes de traitementChapitre 17 sur 61 · XXXV° OBSERVATION · texte numérisé non relu

XXXV° OBSERVATION

Gastrite chronique.

Le nommé Meurat, canonnier, âgé de trentedeux ans, cheveux châtains, peau blanche, constitution sèche et musculeuse , fut traité dans un des hôpitaux du Frioul, en 1607, d'une fièvre intermittente , accompagnée de vomissement durant les accès, On employa lès vomitifs, ensuite le quinquina , qui supprima assez facilement la fièvre. Rendu à ses fonctions militaires ,.3l [ui semblait être assez bien portant , quoique son estomac fût sensible ; mais le quinzième jour après sa sortie , il fut subitement attaqué d’un vomissement d’alimens auquel il n’opposa aucun médicament ; il vécut à son ordinaire , buvant seulement un peu plus de vin que d'usage pour se fortifier. Il resta ainsi pendant cinquante jours ; mais le vomissement étant devenu très-fréquent , et s’accompagnant de douleurs fort vives à l’épigastre , de lassitude , mal-

aise, débilité, il entra à l'hôpital d'Udine le 14

fille 1607, qui était le cinquantième jour du vo-

missement, environ deux mois'et demi après Îa fièvre intermittente. J'observai - OEil enfoncé , terne, conjonctive rouge , face décomposée, teint rer mêlé d’une nuance d’ ocre, avec la peau collée sur les muscles , qui n'étaient pas encore très-exténués, quoique le tissu souscutané fût entièrement affaisee : tout le Corps AUSSI froid qu’un cadavre ; pouls presque insensible , dé- - bilité extrême. Il ne pouvait se soutenir débètt ou

assis : 11 S agitait sans cesse, se contournait en pous- 6. de très-douloureux sOupirs ; il découvrait sa poitrine GE portait ses bras en haut , comme on a vu qu'il était arrivé à M. Beau les derniers jours de sa vie. Le malade dont il est ici question était aussi sur le point de perdre la parole ; il ne faisait entendre que quelques sons à voix basse et mal articulce , qui pourtant sufhisaient pour faire comprendre qu'il était dans le délire, et ses actions le dénotaient également.

Il vomissait tout ce qu'il avalait , et lorsque l’estomac était vide , il faisait > pour voir , de viclens eflorts qui Ha amenalent de la bile ou du suc d'apparence salivaire » peut-être pancréatique. Toute la région eat était douloureuse au toucher, Le inalade se présentait à chaque instant à la garde-robe ; mais le ténesme qui l'y forcait n'exprimait que quels mucosités sanguinolentes.

Je le mis sur-le-champ à la solution de 2omme

arabique , aux juleps faits avec le mucilage de lin édulcoré , et les trois premiers jours il ne prit pour toute nourriture qu'un lait de poule matin et soir. — D'abord Ja peau se réchaulla.

Le cinquante-cinquième jour, cinquième de son entrée , le vomissement céssa ; il, n’y eut que deux selles, encore peu douloureuses ; pouls développé ; mais roide et fréquent ; peau chaude et halitueuse : le délire avait disparu dès le lendemain de son arrivée : désir des alimens. L'épigastre était encore très-douloureux. — Une demi-bouillie le matin, un lait de poule le soir.

Les jours suivans, bouillie le matin et le soir du bouillon : mêmes médicamens. L "épigastre perdait peu à peu sa sensibilité. Deux à trois jours suffirent pour faire évanouir tous les symptômes fé briles. Le malade commença dès-lors à reprendre visiblement les forces, le coloris et l’embonpoint. La voix ne fut bassé et pénible que les huit preiniers jours du tratement ; enfin , en vingt et un jours , à compter de son arrivée , Meurat ayant été conduit graduellement aux alimens solides , d’abord vÉgéLAUXx , ensuite animaux, et au vin, se trouva en fort bonne santé, et serlit le 4 août.

L'ayant rencontré en ville sur la fin du mème mois , J'appris qu'il continuait de se bien'porter.

On voit que lirritation de l'estomac, qui avait commencé avec la fièvre ‘intermittente, a duré

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L ENTÉRITÉ. 165 quelque chose de plus de irois mois, qu'elle à long-temps eu de la tendance à se résoudre , quoique le quinquina et les amers fébrifuges l’eussent d'abord exaspérée; qu’elle n’a été assez intense pour faire rejeter tous les alimens et porter une atteinte considérable à la nutrition, que pendant les cinquante jours qui ont précédé l'entrée du malade ; ct que, malgré tout cela, une absence d'irritans pendant cinq jours a rendu au malade des forces bien supérieures à celles qu'il avait en arrivant, un appétit qu'il ne connaissait plus, et la faculté de digérer facilement, dont il était privé depuis le commencement de la maladie.

Ce fait vient confirmer ce que J'ai dit plus haut des fièvres intermittentes ataxiques. On voit que celle-ci formait exception à la règle généralement établie; mais on en peut aussi conclure qu'il est facile de s’égarer, même en suivant la route de l'observation, si lon n’est guidé par un excellent jugement : eæpertentia fallax. En eflet, le médecin qui traita cette fièvre aurait pu la citer en faveur de la méthode tonique , et prononcer que le quinquina avait sauvé le malade. Mais moi, qui, après ja disparition du type fébrile, retrouve le sympiôme local toujours persistant ; moi qui le vois s'accroître par le traitement qui avait emporté la lièvre , compromettre la vie, et disparaître au moment où Jadopte une méthode opposée , je puis mettre en, doute la nécessité du quinquina.

Mais , m'objectera-t-on, ce cas-ci a prouve qu'il

avait élé avantageux pour la fièvre. Ainsi, quoi-- “qu'il ait un peu fatigué l'estomac, il a fait plus de. bien que de mal , puisque celui qu'il avait produit a été si ae réparé. J’en conviens : cependant nm Y aurait-1l pas pour combattre les intermittentes où la phlogose gastrique est imminente une méthode qui exposât moins les jours du malade ? Ne faut-il pas aussi que l’on soit informé des dansers du traitement purement excitant, soit pour établir les bases de cette méthode , si elle n’est pas connue , soit pour remédier aux accidens que le auinquina, bien ou mal administré , aura pu produire ? Car il est clair que si, PARC aux.

idées généralement adoptées, on avait voulu réparer lestomac de Meurat avec des corroborans À on aurait rendu la terminaison funeste inévitable. — Îlen résulte donc toujours qu'il peut exister des vomissemens phlogistiques avec fièvre intermittente, et que le quinquina, tout en supprimant les accès, peut ajouter au danger de la phlogose locale. Cette vérité me paraît bien propre à rendre le praticien très-circonspect sur l'emploi de ce médicament, et comme fébrifuge , et comme préservatif du retour des accès , et comme stomachique dans les cas de dyspepsie et d’épigastralgie apyrétiques.

Mais ce n'est pas assez : on doit se souvenir que le quinquina n'a pas toujours été aussi avantageux à la fièvre même qu'il l'a paru chez Meurat. J'ai cité des cas où il Pa changée tout-à-coup en continue, ce qui n'était point rare dans l'été de 1806

TRAITEMENT DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 107 à l'hôpital d'Udine. Il est donc suffisamment démontré qu’on s'expose en combattant les intermittentes avec vomissement périodique par le quinquina , lorsqu'on n’est pas bien assuré que ce vomissement est plutôt nerveux et dépendant de la tunique musculeuse, qu'il n’est la conséquence de l’irritabilité de la muqueuse. Si l’on demande les signes distinctifs de cette dernière disposition , je renverrai à ce que j'ai dit plus haut, en invitant les médecins à se rappeler toutes les expériences qui peuvent démontrer la souffrance de la membrane interne de l'estomac et des intestins.

Comment serait-on surpris que le quinquina prolongeât une irritation qui tend à la phlôgose, lorsqu'on voit qu'il l’a fait naître sur des sujets qui n’en offraient aucune trace à l'invasion de la fièvre intermittente ? J’en ai cité des exemples ; mais comme ils ont eu la terminaison funeste , j'en ajouterai un autre où la guérison a prouvé par les moyens qui l'ont procurée, ce que la mort avait mis en évidence par l'inspection de la partie malade,

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