CHAPITRE IL
Histoire générale des phlogoses de la membrane muqueuse des voies digestives.
É ttologte.
Lxs phlogoses de la membrane muqueuse des voies digestives, en général, sont provoquées par toutes les excitations qui portent leur action principale sur cette membrane. Ces excitations résultent de l'impression des corps extérieurs, et peuvent être rapportées, 1°. à l’atmosphère, 2°, aux alimens. Îl en est d’autres qui sont le résultat d’une maladie antérieure à la phlogose (1); elles peuvent être considérées tantôt comme des prédispositions constitutionnelles, tantôt comme causes déterminantes.
Attendu qu'il existe des différences entre les causes qui affectent plus particulièrement l’une ou
(1) I faut aussi tenir compte des affections morales. III. I
l’autre extrémité du canal digestif, nous examinerons d’abord celles qui sont propres à la gastrite ; ensuite nous rechercherons en quoi celles qui agissent plus spécialement sur la muqueuse du colon
peuvent différer des premières.
Des Causes de la Re
On peut ire distingüer en prédisposantes et en
efficientes, quoique leur mode d’action soit toujours le même.
Causes prédisposantes.
Les corps extérieurs qui préparent li membrane muqueuse de l'estomac à l’inflammation, sont ceux dont l’action continuelle tend à y accumuler la. susceptibilité : les uns agissent sur tout l’organisme à la fois, comme la chaleur atmosphérique; les autres concentrent Ts leur action sur la membrane elle-même; mais ces causes augmentent aussi secondairement Taffectibilité de toutes les parties du corps : ce sont certains alimens qui ont la propriété de développer dans notre organisme plus d'action qu'il n’en faut pour le maintien de l'harmonie générale. e
Causes prédisposantes qui. agissent sur tout
l'organisme.
Les qualités de l'air qui nous rendent le plus impressionnables sont la chaleur et l'électricité.
Examinons d'abord les effets généraux de la chaleur et de l'électricité sur les corps vivans; nous rechercherons ensuite comment ces effets sont modifiés par l'humidité.
Il est aniversellement reconnu que le Coq rend les corps vivans plus affectibles et plus susceptibles de réaction. Les organes qui recoivent les irritans sentiront donc plus vivement dans un temps chaud que dans un temps froid, et réagiront plus énergiquement. Or, qu'est-ce que cette réaction ? C’est une battle de sensibilité, de mouvement et de fluides dans la partie qui réagit. Je demanderai maintenant si jamais un organe est plus près de l’inflammation que lorsqu'il est ainsi modifié : la chaleur est donc une très-puissante cause d'inflammation.
Mais on m'objectera que je parle contre l'expérience ; que les phlegmasies sont l'apanage de la saison froide , tandis que Îes maladies bilieuses et putrides sont l'effet le plus ordinaire des températures chaudes. Je vois qu'il faut discuter la question.
Le premier effet de la chaleur est d'accélérer la circulation, de faire battre le cœur plus souvent et plus vivement, de pousser le sang avec impétuosité dans la cavité encéphalique, d'activer sa circulation dans les capillaires en général, mais surtout dans ceux de la peau et du tissu sous-cutané , et d'augmenter , à un point très-considérable, Pirritabilité de toutes les extrémités ou papilles nerveusès. Ù
l HISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES:
De ces changemens il résulte , 1°. à raison du stimulus que reçoit le cerveau, un sentiment de bien-être extraordinaire, un surcroît d'activité dans les passions, une moindre liberté du jugement, un accroissement des forces musculaires ; 2°. à raison de l'augmentation de la quantité du sang dans les vaisseaux extérieurs, une diminution de pléthore dans ceux du poumon, et des évacuations cutanées plus abondantes.
Ïl faut une mesure en toutes choses : si ce stimulus universel n’est pas porté trop loin , il favorise très-puissamment le développement du corps. et l'homme acquiert, si les autres circonstances ÿ concourent, le plus haut degré de force dont il soit susceptible.
Mais si cette excitation va toujours croissant , elle finit par épuiser la réaction. Après d'énormes déperditions , il survient un sentiment de mal-être et de fatigue générale ; la susceptibilité, à force d'être exercée, finit par s'user; toutes les fonctions se font d’une manière languissante , et l’homme dépérit et cesse de vivre avant le terme ordinaire de la vie de son espèce. ex?)
Mais cette progression croissante et décroissante de l'énergie vitale , par l’effet de la chaleur, suppose qu'aucun accident n'est survenu à la traverse ; car il est clair que l’homme ne saurait parvenir à la période de fatigue et d’épuisement, avant d'avoir passé par celle d’excitement et de vigueur. Eh bien! sil est malade dans la première, il aura une
maladie dépendant du trop de réaction, tandis que, dans la seconde, tout annoncera la langueur des forces dans ses affections morbides.
Voilà encore une vérité dont tout le monde conviendra; mais on ne sera pas d'accord sur l'époque où commence la période d’affaissement. Bien des personnes se croiront épuisées pour quelques jours de chaleurs et de sueurs; leur médecin le croira aussi, et pourra commettre de fort grosses bévues s’il leur arrive de tomber malades.
Mais ce n’est pas encore assez : quand on n'aura accordé que l'épuisement tarde encore quelque temps à s'effectuer par l'effet des chaleurs, et qu'un homme fort qui a sué et fatigué pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois sous un ciel ardent, peut encore se bien trouver du régime anti-phlogistique , s’il est saisi d’une fièvre violente, je demanderai autre chose. Je veux que l’on convienne qu'il peut avoir besoin des nèmes moyens dans un état très-voisin du dernier degré d’asthénie où la chaleur puisse le conduire. Le développement de cette dernière proposition va me conduire directement à mon but.
Les maladies inflammatoires que produira la chaleur, comme agissant sur le système sanguin, seront des phrénésies, des inflammations universelles de la peau et des angines. La circulation s’y verra très-active , la chaleur considérable , et tout annoncera un surcroît de vitalité. Mais ces affections ne sont pas les seules que la chaleur produise. Le
6 HISTOIRE DÉS PHLEGMASIES CHRONIQUES, cerveau s’enflamme, parce que le stimulus du calorique le fatigue trop , ou parce que son tissu propre est trop vivement ébranlé par des sensations d’une activité insolite. La peau s’enflamme parce que le soleil la brûle , ou parce qu’elle est lorcée à une sécrétion trop précipitée , et qu’elle appelle trop énergiquement le sang dans son tissu ; mais les organes de la poitrine et du ventre ne $’enflammeront-ils pas ? Sans doute, sil y a une cause qui les excite particulièrement. — Le poumon , soulagé par l’afflux de sang dans les vaisseaux cutanés, n’a plus de raison pour s’enflammer. C’est le plus souvent dans sa muqueuse que naît la phlogose. Or, sa muqueuse sécrète d'autant moins que la peau agit davantage , et qu'aucun corps étranger irritant ne vient la fatiguer. Le poumon ne sera donc point exposé à l’inflammation, du moins primitive.
Les organes de la digestion sont dans un cas fort différent. H est bien vrai que l’appel des fluides vers l'extérieur tend à décharger leur tissu capil- … laure; mais il est également certain que la chaleur a considérablement augmenté la susceptibilité des nombreuses papilles qui viennent s'épanouir dans le tissu de leur membrane muqueuse ; et voici ce qui ie prouve. Ces papilles sont très-désagréablement aflectées par les corps irritans qu’elles recevaient avec plaisir dans un temps froid , comme l’alcohol , les vins chauds, les alimens animaux. Elles témoignent du plaisir à être touchées paf des
HISTOIRE DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 7 corps de propriété opposée , l’eau, les acides, les végétaux; mais si, malgré cette aversion, on s’opiniâtre à stimuler la membrane avant l’époque où sa susceptibilité diminue , on y entretient un surcroît d'action qui dégénère en phlogose. Je dis plus : à force de persévérer dans cette stimulation mal entendue, on peut entretenir dans les capillaires de la muqueuse une modification inflammatoire , ou une aptitude à l'explosion de ce phénomène, lors même que les forces iront s’épuisant. Il pourra même arriver que cette aptitude soit d’autant plus considérable que l'individu sera moins fort. D’autres fois, cette excitation prolongée , qui menace d’inflammation, entretient la susceptibilité générale , quoique les forces et les matériaux de la vie aillent en diminuant; ou bien, en d’autres termes, elle fait survivre la susceptibilité à la force , deux propriétés qui existaient simultanément dans la périodé de vigueur dont nous avons parlé.
Je sens qu’on va m'objecter qu'il est bien surprenant qu’un pareil mécanisme de la production des affections gastriques inflammatoires n’ait pas été plus tôt développé, et que tant d'illustres mé-" decins n’aient vu que la faiblesse ou la prédominance bilieuse dans les maladies du conduit digestif pendant l'été et dans les pays chauds. Voici ma réponse :
On a depuis long-temps l'habitude de chercher les caractères de l’inflammation dans celle des or-
ganes où elle se développe avec le plus d'énergie ,
ô HISPOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES.
et l’on néglige l'étude des nuances peu prononcées. Ainsi, en chirurgie on part du phlegmon , én médecine, de la péripneumonie, pour déterminer le degré d’inflammation des différens tissus, C’est d’après ces idées, qu'on à établi cette théorie dont il est temps que la médecine pavysiologique fasse justice. Comme les péripneumonies sont causées par le froid , et.que ces maladies donnent au pouls beaucoup de viguetr, à la chaleur beaucoup d'intensité, au-coloris la plus grande vivacité dont il soit susceptible ;:on a dit que la saison froide était celle des maladies inflammatoires. Comme, au contraire, les forces sont enchaînées dans les phlogoses gastriques et les dysentéries ; qui sont l'effet de la chaleur atmosphérique:, on s’est figuré que la débilité avait établi son empire dans les pays chauds. D’un autre côté , les évacuations alvines, les mucosités qui les accompagnent, et la surabondance de la sécrétion bilieuse , autre effet nécessaire de l'irritation de la muqueuse , ont enfanté des théories humoräales qui sont devenues d'autant : plus respectables qu’on les a vues consacrées par de grands hommes.
, Cependärit on persistera à me‘demander s'il faut äbselument donner lé nom de phlegmasie aux irritations chroniques des voies gastriques, avec langueur de, l’économie , dans des pays chauds, et comment je conçois que la débilité que produit la chaleur favorise ces inflammations. | 1°. Îl faut appeler phlegmaste toutes lestirritations, quel que soit leur degré, lorsqu'elles: ac
HISTOIRE DS LA GASTRITE ET DE LENTÉRITE. Q cumulent les fluides dans une étendue quelconque de capillaires , lorsqu'elles tendent à'les décomposer , à les épuiser, où à anéantir l'énergie vitale de l'individu par la douleur, puisque ces localisations se font par les mêmes lois que celles qui sont vulgairement qualifiées d’inflammations. C'est ce qui a été prouvé par les phlegmasies gastriques mortelles que j'ai rapportées jusqu'à ce moment. 2°, Il faut encore leur donner cette qualification pour les traiter convenablement : c'est ce qui sera démontré par les faits et les conclusions que je réserve pour le traitement.
Voici maintenant comment je concois que la débilité que produit la chaleur dispose à la phlogose :
Une inflammation , quelle qu’en soit la cause provocatrice, vient toujours d’un surcroît d’action locale. En effet, que les phlegmasies soient proyoquées par une sympathie d’alternative qui force l'organe à upe action supplémentaire , comme quand la muqueuse du poumon s’enflamme en suppléant aux fonctions de la peau; ou qu'elles résultent d’une stimulation immédiate , comme on sait que les poisons peuvent produire la gastrite , nous y voyons d’abord accroissement de susceptibilité locale , et, en conséquence , accélération des mouvemens, accumulation des fluides, augmentation de la température. Les phénomènes vitaux s'y trouvent donc en plus. Mais, qu'est-ce à dire, sinon que la chimie vivante s'y exerce avec plus d'activité
que dans le reste de la machine animée ? Calorique,
humidité, ne sont-ce pas là les deux causes qui accélèrent le jeu des affinités chimiques? Ne sont-elles pas aussi les alimens de l’inflammation? Ne voyonsnous pas que les corps extérieurs qui resserrent les vaisseaux et repoussent les fluides , tels que les astringens, sont les ennemis de l’inflammation , tandis que ceux qui peuvent la provoquer jouissent de la propriété d'accumuler les fluides dans les vaisseaux sanguins du lieu qu'ils touchent : tels sont tous les rubéfians et les vésicans? Or, comment pouvons-nous concevoir qu'ils le fassent , sinon en tendant à se combiner à nos organes ou à nos fluides, et à y établir des conditions chimiques ennemies de la vie, d’où résulte la réaction, c’est-àdire une augmentation de sensibilité et un afflux de liquides vitaux ?
n'est donc point surprenant que le calorique atmosphérique , qui accumule le sang et la sensibilité dans les membranes composées de papilles nerveuses et de capillaires sanguins, qui, par Îà, dispose les molécules des fluides et mème celles des solides, à de nouvelles combinaisons chimiques, ce qui est prouvé par la prompte putréfaction des animaux morts de chaud ; il n’est donc point surprenant, dis-je, que le calorique y provoque une réaction continuelle du principe vital pour le maintien des lois chimiques constitutionnelles. Or, si, dans cette prédisposition, les membranes reçoivent l’action d'un nouvel agent extérieur rubéfiant , il est encore très-évident que le phénomène de l’inflam-
mation s'y développera avec la plus grande facilité.
Mais, dira-t-on , il faut de la force pour l'inflammation ?
Non, répondrai-je , il n’en faut point autant qu'on se l’imagine. C’est une fausse idée , suggérée par l'habitude de prendre pour type des phlegmasies celles du poumon , ainsi que le phlegmon. Je dirai plus : la faiblesse , la lassitude de l'organe, qui a long-temps lutté contre un stimulus peu senti par le centre animal, et qui, par cela même, obéirait promptement aux lois de la chimie brute, si la vie cessait un instant de le soutenir, sont des conditions favorables au développement de l'inflammation. Dans la discussion où je suis entré plus haut sur la diathèse inflammatoire, J'ai appuyé cette idée de tous les faits dont la méditation me l’avait suggérée, et j'ai prouvé que l’inflammation dépendait de l’extrème susceptibilité des capillaires artériels , qui coexiste bien souvent avec la faiblesse.
L'action de l'électricité sur le corps animal doit s'expliquer, par rapport à l’inflammation, absolument de la même manière que celle du calorique. Peut-être le premier de ces principes le modifiet-il encore d’une autre manière ; mais toujours est-il certain que, tout ainsi que le calorique ,
1°. L’électricité augmente la susceptibilité générale. Toutes les douleurs s’exaspèrent ou se renouvellent dans les temps d'orage, et le malaise
est quelquefois insupportable chez les gens faibles et infirmes.
Par l'atmosphère électrique artificielle les membres paralysés reprennent le mouvement et le sentiment.
2°. Elle fait circuler le sang plus promptement , et précipite les oscillations des capillaires sanguins. Le pouls s'accélère dans le bain électrique ; la tête s’échaufle et devient douloureuse; il survient des hémorrhagies, des apoplexies. Les inflammations des plaies se raniment.
5°. Elle laisse après la mort les fibres peu irrttables, et le cadavre très-disposé à la putréfaction. C’est ce que l’on observe très-constamment sur les animaux qui sont tués par la commotion électrique. — D'autre part, les expériences de M. de la Roche n’ont-elles pas prouvé que l’irritabilité élait éteinte dans les fibres musculaires des animaux qüi succombent sous l'influence d’une trop grande chaleur ? |
C’est donc, 1°. comme stimulant d’une manière énergique les capillaires sanguins; 2°. comme aiguisant la susceptibilité des papilles nerveuses; 3°. comme précipitant trop la chimie vivante, et disposant la trame du corps à la dissociation, que le calorique et l'électricité atmosphérique rendent la surface interne des. voies alimentaires très-susceptible d’être phlogosée à l’occasion du stimulus des irritans topiques.
L'humidité dont latmosphère chaude est pénétrée lui donne des propriétés particulières. On sait
que les pays chauds et humides sont plus malsains que les pays chauds et secs; mais l'eau dont l’atmosphère libre se charge n’est jamais pure. Il faut donc tenir compte du mélange des autres corps étrangers. C'est ce que je ferai, en développant les causes de l'entérite, qui est plus en rapport avec la chaleur humide que la phlogose dont je m'occupe ici. Tout ce que je puis ajouter en ce moment, c'est que l’eau, mêlée à l'air chaud, rend le calorique plus difficile à supporter, favorise la sueur (*), et doit, par conséquent, hâter la période de l’épuisement , qui succède toujours à celle du surcroît d'énergie chez les hommes qui sont exposés pendant long-temps à l'impression de l'air chaud, en sortant d'une atmosphère plus tempérée. L'eau mêlée à l'air chaud peut abréger tellement la période d’excitement, que les maladies inflammatoires générales deviennent très-rares, et que les phlogoses partielles ne débutent qu'avec les caractères de l’état chronique : ce qui les fait trop souvent méconnaître.
Causes prédisposantes qui agissent directement sur la membrane muqueuse de l'estomac.
Les causes qui préparent l'estomac à la phlogose, en agissant immédiatement sur la membrane mu-
(*) Voyez les belles expériences de M. de la Roche sur la chaleur appliquée aux animaux vivans.
queuse , sont les substances stimulantes que l’on avale soit pour se nourrir, soit pour tout autre motif. Ces causes opèrent avec d’autant plus d’eficacité , que les précédentes sont en même temps plus actives; elles peuvent seules produire la maladie , tandis que les influences atmosphériques ne la développent point sans leur concours.
Si l’homme avait toujours soin de diminuer la quantité des excitans qui sont appliqués sur les voies gastriques, à proportion que l'estomac acquiert plus d’affectibilité, durant l'été et dans les pays chauds, jusqu’à ce qu'il fût acclimaté, il éviterait toujours la phlogose ; mais cette précaution n'est prise que par un petit nombre d'individus. Chacun sent bien la nécessité de se rafraîchir avec les boissons aqueuses, dans cet état pénible qui accompagne une digestion brûlante ; mais quand on est à table, on ne songe plus à la prévenir; on ne veut rien retrancher de ses habitudes ; même dose de viande, d'épices , de vin, de café, de liqueur, que lorsque l'on vivait dans une zône glaciale, ou que si l’on avait un estomac froid et non encore agacé. Le préjugé est même si puissant, qu’on croit ce régime nécessaire pour résister aux influences de la chaleur qui, répète-t-on par une espèce d’écho, affaiblit le ressort de l'estomac. Si l’on pouvait, on se désaltérerait avec des liqueurs spiritueuses , lorsque, trois ou quatre heures après un repas incendiaire, on se sent tourmenté par une chaleur dévorante : heureusement la nature, toujours la plus forte,
nous oblige à calmer cette soif importune avec des liquides rafraîchissans; de cette manière, le contrepoison est tous les jours opposé au poison.
Heureux les tempéramens assez vigoureux pour se jouer pendant long-temps de leurs forces digestives! car la vigueur est un des moyens de résister à l’inflammation ; mais plus heureux ceux qu’une complexion lâche et apathique rend insensibles à l'eflet des stimulans! L’habitude vient encore au secours de plusieurs, et ceux qui sortent vainqueurs de cette lutte dangereuse encouragent les autres à marcher sur leurs traces.
Mais tous ne sont pas également fortunés : il reste toujours sur l’arêne quelques victimes ; la maladie les choisit dans les sujets forts comme dans les faibles. Parmi les forts, elle préfère les hommes bruns, secs, irritables, et chez qui les mouvemens des passions sont très-précipités ; ceux, par exempie, où la colère devient aisément fureur; et ainsi des autres affections morales. Plus les mouvemens organiques peuvent parcourir de chemin depuis le ton le plus bas jusqu’au plus élevé ( ce qui est une grande prérogative d’organisation } (1), plus les excitans ont de pouvoir pour enflammer et désorganiser les tissus.
Entre les faibles, elle s'attache aux individus grêles, plus longs que larges, irritables et nerveux, à tous ceux qui ont les passions plus fortes que le
(1) Sous le rapport des facultés intellectuelles et affectives.
tempérament, pour me servir d'une expression vulgaire, et à certains mélancoliques chez qui les idées sombres tiennent toujours l’épigastre dans un état de constriction pénible. Elle fait grâce aux sancuins dont le corps est large et bien épanoui, malgré l’activité de leur circulation et la vivacité de leurs passions ; aux hommes épais, athlétiques, chez qui les mouvemens sont lents et forts, surtout s'ils sont blonds et d’une coloration tirant vers le cendré; aux personnes délicates, mobiles et sensibles, mais molles et peu propres aux exercices fatigans. Les femmes qui ne sortent pas du tempérament de leur sexe, et les enfans, n’en seront point attaqués, à moins d'un abus des causes déterminantes, qui ne doit jamais se rencontrer parmi eux.
Toutes les personnes prédisposées par leur complexion et par les influences atmosphériques que nous venons de spécifier, seront facilement affectées de la gastrite si leur estomac est souvent irrité par un certain ordre d’ingesta : tels sont, 1°. parmi les alimens solides, les viandes noires, le gibier, certains poissons très-ammoniacaux et très-putrescibles, les ragoûts trop chargés d'épices, et assaisonnés avec des sauces rendues âcres par la partie extractive de la viande et par les huiles et les graisses brûlées, les champignons, les alliacées et toutes les racines brûülantes des crucifères, la moutarde , enfin toutes les préparations de la cuisine qui sont d’une saveur piquante et relevée; 2°. parmi les boissons , nous indiquerons l’alcohol comme la plus
irritante et la plus inflammatoire. Cette substance aura encore plus d'action si elle est prise chaude : ainsi, le punch et les eaux-de-vie brûlées doivent être regardés comme de véritables poisons , si on en fait un long usage. Parmi les vins, ceux qui sont altérés par des sels métalliques, échauffés par l’esprit-de-vin, ou trop chargés de parties colorantes rouges, ont aussi pour effet d’exaspérer la sensibilité gastrique : comme le sucre et la chaleur augmentent la force du vin , l'usage des rôties produira “plus efficacement encore l’effet dont il est question.
Il est une autre classe d’excitans immédiats des voies gastriques, auxquels les personnes les plus, sobres et les plus tempérantes ne peuvent pas toujours se soustraire, quoiqu'ils ne soient pas au nombre des alimens. Ce sont certains médicamens stimulans et rubéfians à différens degrés , que l’on fait prendre habituellement sous le nom de stomachiques : teis sont les élixirs et les teintures toniques, etc. ; ou sous le titre spécieux d’apéritifs, de désobstruans, de fondans, d’incisifs, d’anti-glaireux, etc. , sous la forme de poudre, d'opiates , de pilules , etc.
L'action long-temps continuée de tous ces excitans augmente insensiblement la susceptibilité. de la membrane interne des voies gastriques, et surtout de l'estomac , y rend la circulation capillaire plus active, l’appel des fluides plus aisé, et la dispose enfin à l’inflammation.
Îlest inutile d'ajouter que toutes ces causes ont III. 2
d’autaut plus d'action, que le sujet est plus rapproché de la complexion que nous avons décrite plus haut.
Les affections morales qui maintiennent l’âme dans un état habituel de tristesse donnent aussi un nouveau degré d'énergie aux agens extérieurs que nous venons de signaler. |
Cuuses excitantes.
Toutes celles que nous venons de parcourir peuvent , par la continuation de leur action, faire éclater la phlogose de l'estomac ; mais le plus souvent elle se déclare par un excès quelconque dans les alimens ou les boissons, ou par un emportement de colère. Les poisons corrosifs , les contusions, les chutes, les percussions de l’épigastre , pouvant occasioner la gastrite sans prédisposition , la développeront sans doute avec plus d'énergie lorsque les malades y auront été préparés. Enfin les vomitifs et les purgatifs indiscrètement administrés , lorsque la prédisposition est portée au plus haut degré, manquent rarement de faire paraître la maladie.
Il est quelques lésions de fonctions qui rendent l'estomac plus susceptible de se phlogoser sous l'influence ‘des irritans divers : telles sont, en général , les inflammations chroniques des autres organes. Comme cette cause a plus de rapport avec l'entérite qu'avec la gastrite, nous nous bornerons ici à l'indiquer. |
Des Causes de l'Entérite.
Nous les étudierons dans le même ordre que celles de Îla gastrite chronique.
Causes prédisposantes.
Les causes qui préparent la phlogose de la portion supérieure de Îa muqueuse du canal digestif peuvent agir avec autant d'efficacité sur Yinférieure.
Toutes celles qui ont rapport au régime font naître moins facilement l’entérite que la gastrite : cependant ïl n’en est aucune qui ne puisse Ini donaer lieu. Les alimens de mauvaise qualité, comme les fruîts et les grains qui ne sont pas parvenus à leur maturité , ceux qui sont altérés par le mélange des substances étrangères, où qui sont gâtés par l'humidité, sont, de tous les ingesla, ceux qui provoquent le plus souvent la phlogose dysentérique ; mais ïls ne la produisent d’une manière épidémique que dans certaines circonstances rares. — En effet, ces circonstances ne peuvent se rencontrer parmi les citoyens, que lors des siéges , des grandes disettes, des Lies sécheresses, et autres calamités publiques. Les militaires y parattront d’abord plus exposés, à raison de l’uniformité de leur nourriture ; mais comme d’ordinaire on 2 soin de la leur fournir de bonne qualité, ils ne se
trouvent incommodés par le ma: UVaIs régime que
dans le cas dont nous venons de parler à l'occasion des citoyens, et dans certaines expéditions extraordinaires. Dans ces cas mêmes, les causes dépendant de l'influence atmosphérique ont plus de: part encore au caractère épidémique des dysenteries que le régime proprement dit : c'est ce que nous allons développer en traitant de cette influence.
La chaleur sèche et l'électricité atmosphérique disposent aussi bien à l'entérite qu’à la gastrite. J'ai dit qu’elles augmentaient beaucoup l'irritabilité de la membrane muqueuse des organes digestifs. Dans les chaleurs sèchés de 1807, nous recûmes, à lhôpital d'Udine, un très-grand nombre de dysentériques; et tous nos malades, en général, étaient attaqués de coliques et menacés de la diarrhée lorsqu'ils faisaient , sans interruption :, plusieurs repas à la viande. Quoique la faiblesse eût beaucoup de part à l’imparfaite digestion des alimens, il fallait encore que leur résidu putride trouvât la muqueuse très-susceptible pour provoquer aussi facilement son inflammation. — La disposition à la phlogose muqueuse , et cette phlogose elle-même , peuvent donc coincider avec la débilité. Or, tout cela peut être l'effet de la chaleur sèche. Cette. chaleur est donc aussi bien une cause de dysenterie ‘qu'une tause de gastrite.
Mais la chaleur humide qui prépare beaucoup moins la muqueuse gastrique à la phlogose, semble agir plus énergiquement sur celle du colon. Tous
les auteurs qui ont écrit sur la dysenterie ont mis
l'air chaud et humide à la tète des causes de cette maladie. J’ai également observé que la dysenterie prédominait sur la gastrite dans les températures chaudes et humides.
L'eau dont l'atmosphère est saturée a donc sur la membrane interne du colon une action irritante particulière : c'est sans doute parce quelle est en décomposition par l'effet de la chaleur. Maïs les qualités nuisibles de l'air chaud et humide ne procéderaient-elles pas plutôt de quelques particules étrangères à l’eau et mêlées avec elle? Il est rare que l’on puisse trouver une atmosphère chaude chargée d’eau pure, à moins qu'on ne la forme artificiellement, comme celle des étuves. Toujours l'air humide est imprégné de corps étrangers, et plus il est chaud, plus il en contient. Voyons quelles sont les espèces d'air que l’on accuse de produire la dysenterie. |
L'atmosphère des vaisseaux, des hôpitaux, des casernes, des camps, de tous les lieux où sont rassemblés beaucoup d'animaux , en un mot, de tous les locaux étroits où des corps organisés quelconques et leurs produits excrémentiels sont en décomposition ; cette atmosphère, dis-je, est d’autant plus propre à disposer la membrane muqueuse des intestins à la phlogose, qu’eile est plus chaude et plus humide. N'est-ce pas parce que l'eau et le calorique , qui sont Îles deux plus puissans agens
le la décomposition . ont surchargé cet aïr des de la d P | g
22 HISTOIRE DÉS PHLÉGMASIÉS CHRONIQUÉS:
particules échappées de la fermentation des corps putrescibles dont nous venons de parler?
IL est un autre fait confirmatif de celui-ci : c’est que cet air tend aussi bien à produire la fièvre puiride , maligne, et les intermittentes, que la dysenterie (1). S'il n’engendre pas constamment les mêmes maladies, cela dépend de la variété de ses combinaisons. Par exemple, si les. particules qu’il porte avec lui proviennent plutôt des végétaux fermentés, tel que celui des marécages, il tend à faire naître la fièvre intermittente (2\. Plus chargé de corpuscules animaux, il engendre la fièvre continue de mauvais caractère. Quelle est la combinaison qui le rend le plus apte à produire la phlogose du colon ? Je n'oserais décider cette question. Peut-être que l'évaporation des boues, des eloaques, des excrémens de tout genre , jouit plus particu-lièrement de cette propriété; et, dans ce cas, l’action de ces miasmes doit être considérablement augmentée par la chaleur et par l'humidité,
Afin qu’il ne reste aucun doute touchant l’impression de l'air putride , en général,, sur le canal digestif, on peut se rappeler que celui des hôpi-
(1) Cela doit être, puisque ces fièvres sont des gastro-entérites.
(2) C’est l’idée. de Cullen et de quelques autres; mais le fait est que le type intermittent dépend le plus souvent des alternatives de chaud et de froid, et l'humidité ajoute à leur puissance,
taux, surtout si la propreté n'y est pas sévèrement entretenue, aflecte désagréablement l'arrière -bouche, et fait sentir du malaise dans le bas-ventre , et même des coliques; que toutes les exhalaisons fétides ont sur nous la même action; que plusieurs élèves en anatomie sont fatigués de la diarrhée lorsqu'ils commencent à fréquenter les amphithéâtres. J'ai souvent éprouvé du malaise dans le bas-ventre en ouvrant les cadavres que la maladie avait fortement prédisposés à la putréfaction. J’ai vu plusieurs, fois les jeunes officiers de santé militaires se plaindre de la même sensation pendant le temps qu’ils passaient dans les salles (1).
Dans toutes ces circonstances, la muqueuse des voiés digestives est touchée immédiatement par les corpuscules putrides , qui sont avalés avec la salive, dont ils sollicitent mème l’excrétion (2).
On sent qne les dysenteries produites par l’in-
: (1) Voilà l'infection dont tout le monde parle aujourd’hui. (2) De cette proposition à celle qui attribue les typhus à la phlegmasie muqueuse du canal digestif il n’y a qu’un pas: aussi les médecins les plus distingués par le jugement et par le talent de l'induction ont-ils conclu de cet ouvrage que les ièvres adynamiques et toutes celles de mauvais caractère sont des gastro-entérites. J’ai cité la phrase si remarquable du docteur Girardot ; et depuis, le docteur Dubreuil , professeur de chirurgie , d’anatomie et de physiologie à l’Ecole de Santé maritime de Toulon , a donné , d’après l'Histoire des Phlegmasies , le nom de gastro-entérite à la fièvre jaune, dans un Mémoire qu’il composa sans avoir connaissance du premier Examen.
24 MISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES.
fluence de l'air vicié peuvent paraître épidémiques et même contagieuses, lorsqu'un grand nombre d'individus sont soumis à l’action des mêmes causes. » La dysenterie était si contagieuse , dit M. Gilbert » (Tableau des Maladies internes de mauvais ca- » ractère qui ont régné dans la grande armée pen- » dant la campagne de Prusse et de Pologne), que » des officiers de santé l'ont contractée pour avoir » examiné les selles avec attention. » Néanmoins cette promptitude de contagion est rare dans la dysenterie et n’est jamais sans mélange; car les miasmes provenant du rassemblement et des excrétions des dysentériques ne produisent pas invariablement la maladie ; ils engendrent plus souvent le typhus lorsqu'ils sont concentrés dans une atmosphère étroite, On doit donc reconnaître que la contagion de la dysenterie, ainsi que celle des fièvres intermittentes , est moindre que celle du typhus, qui ést le dernier résultat de l’accroissement d'activité de tous les foyers putrides; ou bien , en d’autres termes , la dysenterie prend plu- ‘tôt naissance dans les foyers putrides faibles et isolés que dans les grands. Or, si vous rassemblez des dysentériques, vous aurez de grands foyers : la dysenterie n’en sortira donc jamais sans la fièvre maligne. Donc il est impossible d’avoir de fortes centagions de dysenterie sans mélange de cette fièvre.
Cette différence ne peut venir que du degré d'activité, ou de force assimilatrice des miasmes
qui s’exhalent de ces différens foyers. En effet , il n’y a, dans la propagation des dysenteries par l'air humide et infect des petits foyers, qu’une modification de la muqueuse digestive qui la prépare à la phlogose ; et pour que la phlagose soit produite , il faut ordinairement-1°. une prédisposition individuelle, 2°. l'intervention d’une cause efficiente d'une certaine énergie. La nécessité de ces deux conditions démontre le peu d'activité relative du foyer conducteur de l’épidémie dysentérique, au moins dans les cas les plus ordinaires. Le contraire s’observe dans le typhus et la peste. Ces maladies donnent des miasmes beaucoup plus puissans, et qui peuvent le plus souvent reproduire l'affection morbide, sans le secours de la prédisposition et des causes eflicientes, ou du moins qui la produisent, quoique les unes et les autres soient trèspeu considérables. C’est donc uniquement de l’activité des miasmes et de la vertu qu'ils ont de développer la maladie dont ils proviennent (1), par leur propre force, chez les individus qui y sont les moins exposés, que dépend la contagion d’une affection morbide quelconque. Or, puisque la dysenterie ne possède ces deux propriétés qu’à un léger degré, elle doit être considérée comme peu contagieuse, même lorsqu'elle est le plus manifes-
(1) Voilà la contagion. Depuis sept ans je développe dans mes Cours et je distingue avec soin l’action de ces deux causes : de celle dite aujourd'hui infection, et de la conta-
gion.
tement épidémique (1). C'est l'avis de nos plus graves auteurs, qui reconnaissent que cette maladie n'est véritablement contagieuse que par sa complication avec le typhus.
L'air humide et froid dispose beaucoup moins la muqueuse du colon à la phlogose que l'air humide et chaud, et c’est ce qui dépose en faveur du raisonnement que nous venons de faire sur la manière d'agir de ce dernier. Tous les médecins qui ont voyagé dans des latitudes opposées savent que la dysenterie est proprement la maladie des hommes septentrionaux transplantés dans les régions méridionales. Cependant l’air froid , et surtout froid et humide , quoiqu'il soit beaucoup moins chargé de cette espèce de corps étrangers auxquels nous avons reconnu Îa propriété de préparer la muqueuse colique à la phlogose, ne laisse pas d’en contenir quelquefois assez pour produire cet effet. Il suffit pour cela que sa température soit quelque chose au-dessus du degré de la glace. En ce cas , sa manière d'agir se rapporte encore à celle de l’air chaud et humide. |
Mais l’air froid, supersaturé d’eau, prédispose encore la membrane dont nous parlons à la phlogose de plusieurs autres manières : 1°. en offrant à la transpiration générale un obstacle qui détermine sympathiquement, dans l'appareil muqueux
(1) La dysenterie produit la gastro-entérite ou le typhus par énfeclion, comme toutes les exhalations putrides,
HISTOIRE DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 27 de la surface interne du colon, un surcroît d’action destiné à suppléer à l'évacuation cutanée. C’est ainsi que doit s'expliquer l’action du froid sur toutes les surfaces internes.
La rétrocession des maladies cutanées me paraît agir de la même manière que celle de la transpiration. Comme le froid imprime presque toujours l'action répercussive , je range cette cause à côté de la précédente , lorsqu'elle n’agit qu’en préparant la muqueuse à se phlogoser : si elle produit la phlogose elle-même, elle rentre dans les causes eflicientes. Ainsi je n’en parlerai plus.
2. Le froid humide agit encore en affaiblissant l'organisme en général , et plus spécialement la muqueuse du canal alimentaire , d’où résultent des digestions imparfaites , et une moindre résistance de la part de cette membrane à l’action irritante et délétère des résidus excrémentitiels , alors plus abondans et plus putrides,
3°. En donnant aux alimens des qualités nuisibles , les rendant aqueux , fermentés , peu nutritifs , cette cause agit comme la précédente:
À cet ordre de causes doivent être rapportées les dysenteries qui s’observent dans les pays froids, marécageux et brumeux , dans les vaisseaux en certaines circonstances , dans les prisons froides et humides, et dans quelques pays, à la suite des saisons pluvieuses qui ont communiqué aux grains des qualités pernicieuses.
Ces dysenteries coincident souvent avec le scor-
but, dont l’étiologie s'explique de la même manière; elles sont moins redoutables et moins contagieuses que celles qui dépendent de l'air chaud et humide. |
La muqueuse du colon est d’autant plus facilement disposée à la phlogose , ou même phlogosée par l’action des causes sus-mentionnées , que les individus sur lesquels elles agissent sont plus faibles et plus excitables. La coïncidence de ces deux états est tellement propre à la dysenterie , qu’elle me paraît fournir seule la prédisposition constitutionnelle.
Je n’ai point remarqué que la dysenterie affectât de préférence certain tempérament inné ; mais j'ai toujours vu qu'elle s’attachait aux sujets chez qui la faiblesse et l'épuisement des matériaux de la vie se combinaient avec beaucoup d’excitabilité. C’est ce tempérament accidentel, si je puis m’exprimer ainsi, qui me paraît le plus facile à prédisposer à la dysenterie, par l’action des causes dont j'ai fait l’'énumération. |
Tout ce qui tend à produire ce tempérament - doit donc être considéré comme adjuvant de ces mêmes causes. Le défaut d’une nourriture suffisante pour le besoin de la nutrition me paraît y concourir . puissamment, et lorsque le chagrin’et la fièvre se réunissent avec cette cause chez les militaires, la dysenterie fait parmi eux de grands ravages.
Les personnes qui ont habitugllement des indigestions ét des diarrhées, celles qui ne peuvent
supporter, sans être prodigieusement excitées, les débauches de table , doivent craindre la dysenterie, d'autant plus que leur santé est dérangée depuis long-temps. Les personnes affaiblies par une maladie chronique quelconque y sont disposées, mais bien plus encore dans les hôpitaux que partout ailleurs. Ceux d’entre ces malades qui ont de la douleur ou de la fièvre la contracteront plus aisément que les autres. Ainsi le blessé de qui la plaie est douloureuse et fournit à la résorption un pus irritant, le phthisique chez qui la fièvre hectique est rapide, auront plutôt le dévoiement qu'on appelle colliquatif , que leur voisin affecté du mème genre de maladie , mais qui s’épuise dans une paisible apyrexie.
Causes excitantes.
Tous les hommes qui ont été préparés à la phlogose de la membrane interne du colon de la manière que nous avons indiquée , peuvent en éprouver les premières atteintes sans l’addition d'une nouvelle cause , et par la simple continuation d’action des prédisposantes. Dans ces cas, la maladie se développe et s’accroît le plus souvent d’une manière lente et obscure, et a, pour ainsi dire , dès son début, la physionomie chronique.
Mais , plus fréquemment encore, la dysenterie est provoquée par les boissons excitantes artificielles , de quelque nature qu'elles soient; par les eaux qui contiennent des particules nuisibles, mé-
talliques , ou autres ; par la nourriture animale ; par tous les alimens qui sont mal digérés, soit à cause de leur mauvaise qualité , soit à raison de leur quantité; enfin par tous les résidus de digestion qui ne sont point assez promptement dépouillés de leur humidité par d'action absorbante des vaisseaux lactés. Ces résidus , livrés aux lois de la chimie morle , sur une surface douée d’une exquise vitalité, la forcent à un développement continuel de réaction , qui la jette enfin dans la phlogose.
Comme cette cause est sans cesse en action , grâce à notre intempérance et à la peur que nous avons de mourir par défaut d'énergie vitale, la diarrhée est produite à chaque instant chez une foule de personnes qui pourraient facilement y être soustraites si elles savaient modérer leur excitabilité, ou lui épargner un surcroît d'irritation , quand quelque cause J'entretient malgré elles. J'ai dit ailleurs qu’un régime convenable préservait les phthisiques de la diarrhée. Et c’est cette expérience, que J'ai souvent répétée , qui prouve ma proposition. |
Les violentes commotions de l'âme peuvent, sans contredit, exciter tout-à-coup la maladie qui fixe ici notre attention.
Une sécrétion brusque et copieuse de la bile , comme dans les efforts critiques , la stagnation de cette humeur dans le canal intestinal , la décomposition qu'elle y subit en conséquence de sa trop grande quantité , sont des causes de dysenteries ;
mais elles se confondent avec lirritation primitive de la surface muqueuse, parce qu'ordinairement la sécrétion de la bile est provoquée par cette irritation. — Lorsque les affections morales ou les maladies aiguës produisent un flux bilieux , il est donc fort difhcile de déterminer si l'influence morbifique n'a pas été portée plutôt sur le canal intestinal luimême que sur le foie. Pour moi, je crois que la première impression est ressentie , dans ce cas, dans un point quelconque du canal alimentaire , depuis l'estomac jusqu’à l’anus.
Les vers ont été considérés comme cause déterminante des phiogoses intestinales. ‘Le plus souvent ils n'en sont que le produit, parce que c’est la phlogose qui fait prédominer le mucus qui les nourrit. Cependant, s'ils étaient entretenus primiüvement par des résidus de digestions et par des glaires dépendant du relâchement , ils pourraient devenir cause première d’une phlegmasie muqueuse. Dans tous les cas, ils ne peuvent que l’augmenter par l'espèce de vellication qu'ils exercent sur la surface interne des voies digestives.
Il se fait quelquefois , pendant la durée ou sur la fin des fièvres continues , un afflux des humeurs sur la surface muqueuse des intestins , que l’on ne peut pas toujours regarder comme le résultat de la seule sécrétion bilieuse : il semble que la sérosité transpire avec abondance à travers le tissu de la membrane, et qu’elle concoure avec la bile, le fluide pancréatique et la mucosité des cryptes, aux
évacuations abondantes qui ont lieu. Une localisation , dépendant de la même cause , peut avoir pour résultat une hémorrhagie provenant également de la perversion d'action des vaisseaux exhalans, Tous ces mouvemens désordonnés tendent à se prolonger et à se convertir en véritables phlogoses, s'ils sont entretenus par des ingesta d’une qualité trop stimulante , tels que ceux que nous avons énumérés plus haut; ou peuvent devenir la cause déterminante d’une phlegmasie des plus violentes, si la surface y était préparée par ces mêmes ingesta.
DÉVELOPPEMENT DES SYMPTÔMES CARACTÉRISTIQUES DES PHLEGMASIES DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DES VOIES DIGESTIVES.
Comme les phlogoses de la portion supérieure de cette membrane ont, outre Jes caractères communs, des traits particuliers fort saillans , nous commencerons notre examen par la gastrite.
1°. De la Gastrite.
Les hommes chez qui la gastrite se fait annoncer par des préliminaires , commencent par éprouver , pendant la digestion, de la chaleur à la région de l'estomac : d’abord cette chaleur est agréable , et est accompagnée d'un sentiment de bien être et de force musculaire. Quand l'estomac s’est entièrement déchargé, ce sentiment se. dissipe, et l'ap-
HISTOIRE DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 33 pétit, loin d’être diminué, semble avoir acquis plus d'énergie. |
Après plusieurs semaines de ces préludes, ou même plusieurs mois , selon l'intensité des causes, les personnes s’aperçoivent que cette chaleur devient incommode , et qu’elle se répète sympathiquement à la peau, qui est sèche et âpre. Elles ont la bouche sèche et chaude , un léger mal de gorge, de linsomnie , de l'agitation , des ‘chaleurs et des douleurs de tête. Elles commencent à sentir de l'aversion pour les alimens animaux et les boissons spiritueuses. Quelques-unes ont une soif ardente. Certains individus consèrvent encore à ce degré le sentiment d’une force considérable et de la propension pour plusieurs sortes d’excès : j'ai vu Fappétt très-énergique le jour même de l'explosion de la maladie, | |
La gastrite a deux formes principales : l’une aiguë , et l’autre chronique : elles paraissent subordonnées aux tempéramens (1).
(1) Ou du moins à l’état actuel des forces ou de la susceptibilité de l’individu ; car on perd souvent l'aptitude aux phlegmasies aiguës après les avoir éprouvées plusieurs fois. On n’a qu'un petit nombre d'attaques de gastrite aiguë dans le cours de la vie, et l’on est quelquefois tourmenté fort long-temps par ia gastrite chronique sous différentes formes: