CHAPITRE VI
Traitement de la péritonite.
Nous n'avons point, pour modifier les inflammations des membranes séreuses, la ressource d’appliquer le remède sur le lieu souffrant (2); mais aussi les médicamens contraires, n’agissant pas immédiatement sur le siége du mal, ont moins souvent de fâcheuses conséquences que dans les affections de la muqueuse des premières voies. Il résulte de
(1) On sait que ce texte a été composé en 1808, après. trois ans d'observation dans les hôpitaux militaires.
(2) Les sangsues agissent plus près du péritoine que de la membrane muqueuse : ce qui est dit ici ne doit donc s’applicuer qu'aux médicamens donnés à l’intérieur.
à que la médecine a beaucoup moins d’empire sur les phlegmasies séreuses abdominales que sur les nuqueuses.
Elle en a cependant encore assez pour que le médecin doive s’étudier à apprécier le mode d’action des différens moyens qu'il est à sa disposition
écarter ou de rapprocher du malade. Cherchons d’abord à déterminer kes principes du traitement, dans l’état aigu, chez les sujets qui n’ont point été
affaiblis par une autre maladie.
Traitement de la péritonite aiguë.
Les indications curatives se réduisent , selon moi, 1°. à empêcher toute irritation immédiate ; 2°. à diminuer l’irritation dans le lieu souffrant, par les modifications ee fait éprouver soit à l’appareil circulatoire , soit à l'appareil nerveux ; 3°. à établir, dans l'appareil circulatoire et répartiteur des fluides , une juste mesure d'action, et à la maintenir un temps suffisant pour permettre la guérison.
Empécher toute irritation immédiate.
Le premier soin du médecin , en abordant un malade qui souffre , doit toujours être d'écarter de la partie douloureuse tout ce qui lirrite et la fatigue. Il faudra donc d’abord que l'individu affecté de péritonite soit dépouillé de tout vêtement , dégag é de tout lien , débarrassé de tous les corps
étrangers qui peuvent comprimer le ventre, Comme tout eflort, tout exercice, tout mouvement aug mentent le frottement des surfaces douloureuses ; Pimmobilité la plus absolue doit être ordonnée. Tout ce qui peut produire des contractions et des mouvemens convulsifs sera soigneusement écarté. Le vomitif doit donc être proscrit du traitement de la péritonite, à moins que son action irritante im médiate ne soit avantageusement compensée par quelqu’autre manière d'agir très-évidemment utile à cette maladie. C’est ce que nous chercherons à éclaircir plus bas. Comme la respiration est-une cause puissante de frottement, on recommander: le silence, et l’on s’eflorcera de la rendre calme et rare par les moyens que nous allons indiquer ,
comme agissant sur les systèmes nerveux el vasculaire.
2°. Diminuer Firritation dans le lieu souffrant, en
modifiant les appareils circulatoire et nerveux.
Puisqu'il est impossible de calmer les douleurs inflammatoires sans affaiblir la circulation , lorsqu'elle s'exécute avec trop d’impétuosité, il sera indispensable de recourir à ce moyen dans presque toutes les inflammations récentes du péritoine. Comme les phlogoses des membranes ne produisent un pouls dur que chez les sujets vigoureux ou remplis de sang, ceux-là seront aussi les seuls auxquels la saignée générale sera vraiment utile. On la
pratiquera dofe toutes les fois que l’on rencontrera un pouls plein , fréquent , et une forte chaleur. Lorsque ces symptômes manqueront , elle pourra encore être utile si les malades sont secs, musculeux, colorés, jeunes , parce que l'excès de la douleur peut arrêter le développement du cœur : dans ce cas, il est toujours bon de commencer NES une évacuation de sang assez copieuse.
Mais , soit qu'on ait d’abord fait ouvrir une grosse veine, soit que le défaut d'énergie du patient ait fait rejeter ce moyen, il faut toujours, à moins d’une faiblesse extrême , ou d’une diathèse scorbutique manifeste ; il faut, même quand on craindrait le typhus, recourir aux saignées locales. Les sangsues me paraissent préférables aux ventouses, qui sont trop douloureuses pour l’état aigu. On peut les appliquer sur le ventre où à l'anus. Elles me paraissent plus utiles de la première façon ; mais elles peuvent aussi le devenir beaucoup de la seconde, et jen ai des exemples. Si le sujet avait été ou paraissait disposé à devenir hémorrhoïdaire, on aurait des raisons de préférer ce mode de saignée locale à tout autre (1). |
Quel que soit le lieu qu'on ait choisi pour placer les sangsues , il est indispensable , pour tirer avan-
(x) Je ne pense plus ainsi aujourd’hui. C’est en détruisant les irritations des viscères que l’on facilite le retour des flux hémorrhoïdaux aussi bien que des règles. D'ailleurs , la péritonite est trop active dans sa marche pour que l’on perde son
tage de leur piqûre , de la fomenter avec de l’eau tiède , afin d’entretenir long-temps l'écoulement du sang. On a toujours assez de moyens de l'arrêter aussitôt qu’on s'aperçoit que le malade s’affaiblit trop.
Les saignées sont un sûr rhoyen de diminuer les douleurs; mais elles ne suffisent pas ; il faut encore agir sur les extrémités nerveuses qui s'offrent immediatement à l’action des médicamens. On y porte le relâchement par le secours des médicamens frais, mucilagineux et acidulés. Cette modification peut s'exercer à l’intérieur comme à l'extérieur. Pour l'extérieur , on a recours aux fomentations émollientes locales : elles sont d’un grand secours ; mais il faut faire en sorte que le poids des compresses ne détruise pas leur bon effet. 1] faut en employer de fort légères et les humecter fréquemment.
Doit-on les appliquer chaudes ou froïdes ?
Si la chaleur atmosphérique est considérable ; si la peau est très-chaude ; la circulation fort active, les fomentations froides seront à préférer ; le malade les désire et s’en trouve mieux : c'est une raison de ne pas les lui refuser. Il en est ainsi des bains. On fomente dans ce cas avec l’oxycrat , la limonade sans sucre , ou l’eau pure.
temps à des saignées révulsives; il faut toujours agir lé plus près possible du foyer d’inflammation, et couvrir le ventre de sangsues dès l’apparition des premiers symptômes : plus tard elles pourraient être inutiles.
HISTOIRE DÉ LA PÉRITONITÉ. 45i
Si l'atmosphère est froide , la réaction peu vive; le malade exposé, par son tempérament ou par la circonstance, aux répercussions de Ha transpiration ; aux métastases, aux localisations subites, telles seraient les femmes en couches, les hommes assujettis à des évacuations périodiques, ceux qui on! la poitrine très-irritable , tous ceux qui sont facilenent incommodés par les variations atmosphériques, il faut préférer les fomentations et les bains tièdes ; mais on ne doit jamais les appliquer qu'à un degré de chaleur très-modéré. Il suffit que ces topiques ne causent pas de malaise et de frisson. fl faut surtout consulter la sensation du malade : lorsqu'il éprouve du bien-être , c’est que la phlegmasre est avantageusement modifiée.
Ce que nous disons des topiques est applicable aux médicamens intérieurs, ce qui soulage doit être continué. Ainsi, tantôt les limonades froides seront à préférer aux boissons mucilagineuses un peu échauflées ; d’autres fois ces dernières seront véritablement plus utiles. Voyez ce que nous avons dit plus haut sur ie choix des boissons convenables dans la gastrite : tout cela est très-applicable à la phlegmasie aiguë di péritoine. L’estomac se montre sou vent plus difficile dans cetté dernière phlegmasie que dans la premiere.
L’opium et les antispasmodiques peuvent être employés comme calmans sur le déclin de la maladie, lorsque la réaction est tout-à-fait tombée , et qu'il ne reste plus que quelque sensibilité locale. Ils sont
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alors utiles pour répartir l'action uniformément ; mais les moyens externes doivent marcher de concert. Les calmans narcotiques et antispasmodiques sont donc plus utiles comme modificateurs de l’appareil circulatoire et de l'irritation cérébrale ; que comme sédatifs des extrémités nerveuses surquelles ils sont appliqués. :
Les très-douces frictions exercées surles membres lentement et continuellement, avec la main ou quelque corps souple et agréable au toucher, peuvent agir comme calmans des nerfs , et répartiteurs universels de la sensibilité : cette modification tend toujours à détruire les concentrations morbides.
Les boissons excitantes , les alimens solides sont des agens qui nuisent, en irritant immédiatement l'arbre nerveux et en provoquant des mouvemens douloureux dans le canal de la digestion. C’est donc ici que nous devons recommander au médecin de les éloigner avec soin de son malade. Il.est évident que:les purgatifs tendent, aussi bien que la surabondance des matières stercorales, à faire naître dans les fibres musculaires des intestins un mouvement qui n'est propre qu’à exaspérer les symptômes de la péritonite aigue. — Les bouillons seront donc la seule nourriture des malades (1) jusqu’à l’époque
CN
(1) J'étais encore trop dominé par les préjugés : il'ne faut permettre aucun bouillon tant que la phlegmasie est à l’état aigu ; l’eau légèrement édulcorée ; mucilagineuse et acidulée suffit toujours. 11 n’y à point d'exception à cette règle.