CONCLUSION
Les faits que j'ai rapportés , les discussions que j'y ai jointes, les rapprochemens qui en sont résultés, ont démontré, au moins par rapport aux organes dont j'ai étudié les inflammations , la justesse des propositions que j'avais émises dans mes prolégomènes. On a vu que si l'homme affecté d’une phlegmasie de la poitrine ou des voies digestives n’est pas emporté dans la période aiguë par la destruction rapide de l'organe ou par la douleur, il doit craindre, quand l'irritation persévère , la désorganisation lente du tissu qui en est le siége ; et que du moment où cette désorganisation est consommée, tout espoir de guérison est perdu. Il à été également prouvé que les irritations qui débutent d’une manière insensible et persistent dans un degré obscur ont toujours le même résultat, {a désorganisation.
Tous les faits ont concouru à démontrer que cette désorganisation consistait dans le développement des faisceaux lympathiques , leur engorgement, Jl’extravasation des sucs gélatineux, albumineux, huileux, fibrineux (1). On a remarqué que
(1) II faut y joindre des aberrations de la nutrition des or-
CONCLUSION. À 459 ces fluides , en partie soustraits aux influences de la puissance chimique individuelle , obéissaient à des lois particulières, et formaient, au milieu du tissu vivant, différens agrégats inorganiques (1 dr, plus ou moiris éloignés des conditions physiologiques de nos humeurs, rarement susceptibles de reprendre leur premier état et de rentrer dans le torrent circulatoire , plus ou moins propres à hâter la décomposition 4 nos organes ; en un mot, presque toujours suffisans pour empêcher la guérison radicale.
On a été conduit à cette conclusion fort simple : l'art de guérir les inflammations chroniques consiste donc à savoir.les prévenir , ou du moins les arrêter avant l’époque de la désorganisation.
Mais les observations qui ont établi cette vérité ont en même temps appris que les signes extérieurs qui doivent mettre le médecin en garde contre les effets des irritations partielles sont tellement cbscurs que le vrai caractère de la maladie est le plus
souvent méconnu. Il a donc fallu redoubler d’attention pour-rattacher chaque signe à l’altération organique qui lui correspond (2).
ganes enflammés, qui les éloignent pour jamais de l’état normal; d’où la production des tissus plus ou moins extraordinaires, squirrhes , mélanoses, encéphaloïdes, etc. , qu’on a pris pour la cause, et qui ne sont que l’effet de la maladie, c ’est-à-dire, d’une irritation plus ou moins inflammatoire. (1) Woyez la note précédente.
(2) C’est ce qu'ont voulu faire les médegins français qui
L 2 400 $” CONGLUSION.
Cette étude HOUS à CONVaIncus que la fièvre et Îa douleur, qui sont: nos principaux guides dans les
maladies i iternes , sont sujettes à une infinité de
variations , k joujours subordonnées à J'état actuel du corps et à la manière dont il est influencé par les agens extérieurs. — C’est là que nous avons été forcés, pour fixer les nuances souvent trop fugitives de.la fièvre: hectique, de disserter sur les sympathies , les M cntohe d'action, et de rapporter tous ies Phénouisges morbides , tous les désordres qu is
entraînent , toutes les A des corps extérieurs , à iodifbation d'une propriété unique et fondamentale, en pathologie , ‘comme elle l'est en physiologie } Ja sensibilité (1).
Des faits nombreux que je possède encore , mais qui ne. sont point en ordre, me font entrevoir la possibilité de rattacher au moins les autres phlegmasies à ce grand principe trop long-téemps méconnu. Je n'hésiterdi, point à procéder à leur rapproche-
went lorsque je les aurai asssez smultipliés dans
l'exercice clin que pour pouvoir en tirer des conséquences profitables : à la science , et lorsque les cir-
constances me donneront la facilité de reprendre le
ont cultivé FT pathologique ; mais cela n’est pas toujours possible.MLe plus souvent on doit se contenter de constater le siège et le degré de l’irritation, afin d’y approprier les moyens thér peutiques. Le mode précis de désorganisation fournit rarement des indications particulières.
(1) Mieux encore la contractilité, dont l’exaltation constitue la sur-irritation , ou plus simplement Firritation morbide.
CONCLUSION. AG travail que je termine aujourd’hui, La pratique militaire offre le précieux avantage de beaucoup voir ; mais pour ürer un bon parti des observations. qu'on a faites, il faut être à portée de les comparer avec celles des autres, d'interroger les fastes de. l'art, de suivre ses progrès, et de jeter un coup. d'œil sur les sciences qui le touchent. de plus près. C'est ce qui n'est jamais possible au milieu des
camps , dans les bourgades isolées, et dans: les petites villes, où les circonstances obligent souvent d'établir des hôpitaux.
Les obstacles se multiplient encore davantage autour du médecin militaire qui veut publier un ouvrage de longue haleine. Les soins, les détails, les longueurs qu'entraînent la rédaction définitive et l'exécution typographique; exigent la tranquillité physique et morale. Je pouvais recueillir des histoires de maladies et faire chaque jour des observations sur les objets qui m'avaient le plus vivement frappé; mais je ne serais jamais parvenu à bien coordonner les faits , à les discuter avec fruit, à former un corps de doctrine régulier et digne d’être offert au public, si Son Excellence le Ministre directeur de l'administration de la guerre (1) n’eût bien voulu prolonger le séjour qu'il m'avait permis de faire dans la capitale pour le rétablissement de ma santé. ’
C’est uniquement à ce vif intérêt qu'il a coutume à
(1) M. le comte Dejean.