Gen., ch. I, vers, il et
PREFACE
le fond du ciel, tandis que des herbes toniques chargent les airs de leurs parfums. Sur ces mêmes montagnes, les forêts qui doivent alimenter les foyers de l’hiver, se mêlent aux pâturages qui nourrissent le bétail.
Au bord des mers croit une végétation particulière, qui emprunte ses caractères et son aspect au sol sablonneux des rivages.
L’inégale distribution de la chaleur et de l’humidité fait naître une végétation qui dépend de ces conditions extérieures. Sous l’ombrage et la fraîcheur, rampe la tribu, infiniment variée, des Cryptogames : les Mousses, les Champignons, les Fougères. Sous l’ardeur d’un climat tout à la fois humide et brûlant, croît et se développe le groupe précieux des Palmiers, des Bananiers, des Lataniers, présents inestimables de la nature, source de richesse et de bonheur pour les habitants des régions tropicales.
Ailleurs, sous les brûlantes latitudes de l’Afrique, ou dans les contrées équatoriales du Nouveau-Monde, de magnifiques et robustes Cactus font admirer leurs formes étranges dans les lieux découverts, tandis que dans les forêts vierges une masse serrée de végétaux de tout ordre s’entrelace en formant un impénétrable réseau.
Au fond des mers, des Algues, aux mille couleurs, cachent sous les vagues mobiles leurs rubans onduleux et l’enchevêtrement de leur délicat feuillage.
Bans les fleuves et les rivières vit une autre population d’herbages, qui se dérobe à nos yeux, tandis que des nappes de verdure, les Nymphéa , les Lemna , les Victoria regia, s’étalent, mollement à la surface des eaux.
Voilà un tableau fort abrégé des spectacles divers que la végétation étale à nos regards.
C’est peut-être un élan de reconnaissance pour l’auteur de
PRÉFACE
tant de merveilles, qui fait naître en nos âmes l’involontaire et puissante sympathie que les plantes nous inspirent. Personne, en effet, ne saurait rester indifférent à l’aspect des tableaux que la végétation étale à nos yeux. Une plante, une fleur détachée de sa tige, suffisent pour remuer notre cœur, pour nous rappeler le sol natal, les joies évanouies ou les affections perdues. Nous comprenons le transport de sentiments qui fait que le sauvage arraché des bords de l’Orénoque embrasse en pleurant l’arbre de son pays, et les larmes qui coulaient des yeux de J. J. Rousseau à la seule vue d’une Pervenche.
Par suite de celte sympathie naturelle, l'homme a toujours demandé aux plantes les symboles divers de ses sentiments et de ses affections. Chez tous les peuples, des tresses de feuillage couronnent le front du vainqueur, ou récompensent la vertu. De frais bouquets, des guirlandes gracieuses, président aux fêtes qui marquent les époques heureuses de notre vie. Des fleurs ont orné notre berceau et elles couvriront notre tombe. Des guirlandes de feuilles et de fleurs ont embelli nos fêtes, de noirs Cyprès ombrageront notre dernier asile.
11 ne faut donc pas être surpris que l’étude des plantes soit aussi ancienne que la civilisation. Les livres sacrés nous parlent d’une foule de plantes qui étaient cultivées ou révérées par les premiers hommes. Les anciens poètes en ont tracé de gracieux tableaux ; Homère les a chantées sur la lyre. Combien d’autres ont célébré dans leurs vers le plaisir des champs, le charme des ombrages et les vertus des plantes! Hésiode, Théocrite, Lucrèce, Virgile, Horace, Ovide, Tibulle, Claudien, les ont décrites tour à tour. Dans la littérature moderne, les plantes ont bien souvent inspiré le génie des poètes, qui se sont plu à en tracer les plus séduisantes peintures. Citons en exemple Le Tasse, l’Arioste, Métastase, Darwin, Dope, Thomson, Gessner, ltapin, Saint-Lambert, Parny, Delille, Roucher, Lastel, J. J. Rousseau,
PREFACE
Bernardin de Saint-Pierre, et, de nos jours, Victor Hugo et La martine.
Les plantes fournissent à tous les âges de la vie des distractions agréables ou des enseignements utiles.
L’enfance’ aime les fleurs; elle se plaît à les rechercher. Les fleurs font dans le jeune âge le charme des promenades champêtres; elles éveillent nos premières sensations. Nous saluons celles qui se rencontrent sous nos premiers pas, car notre cœur nous dit quelles ne sauraient nous être indifférentes.
Ce goût, naturel à la tendresse de l’enfance, ne s’affaiblit point dans la jeunesse. La simple culture d’un jardin procure au jeune homme des plaisirs sans cesse renaissants; c’est un fertile enseignement pour son esprit et son cœur. La jeune lille se plaît à retracer de son pinceau les formes capricieuses des fleurs, à imiter l’éclat brillant de leur coloris. Uuel intérêt nouveau s’ajouterait à cette simple reproduction des lignes extérieures, si la jeune fille pouvait y joindre une connaissance exacte de ces végétaux élégants dont elle aime à retracer les contours!
Ces pures et délicates jouissances ne s’évanouissent pas avec l’âge mûr, comme les amusements stériles delà jeunesse : elles prennent une direction plus sérieuse. Pour peu que nous ayons porté notre attention sur le spectacle de la nature , ces productions que nous avons considérées dans le jeune âge, isolément et sans but particulier, nous offrent plus tard un intérêt que nous n’avions pas soupçonné. La végétation, prise dans son ensemble, revêt un caractère tout particulier de grandeur qui nous étonne. Nous apprenons à considérer les plantes dans leur généralité. Leurs harmonies naturelles, leurs rapports avec le reste des êtres vivants, leur commune origine, tout nous conduit à l’idée d’un Dieu créateur. En contemplant les secrets et merveilleux ressorts qui régissent le mouvement et la vie, en
PRÉFACE
admirant ces organes multiples au moyen desquels s’accomplissent les fonctions végétales, nous élevons nos cœurs vers l’auteur de la nature.
De cette simple admiration des plantes, au désir de les étudier avec quelque attention, il n’y a qu’un pas, et il est aisé à franchir. Ces êtres aimés et charmants sont à nos pieds; nous n’avons qu’à nous baisser pour les recueillir. Tout nous invite à leur étude, et cette étude n’est environnée d’aucune difficulté particulière; elle ne demande aucune préparation préalable. Quelques promenades dans les champs et dans les jardins, les plaisirs imprévus de l’herborisation, voilà les moyens qui suffisent pour arriver à la connaissance des plantes, si on leur ajoute la lecture de quelque ouvrage élémentaire.
Nous n’apprendrons rien à nos lecteurs en rappelant dans combien de circonstances la connaissance des plantes peut rendre des services. Celui qui habite la campagne, et qui ne connaît pas les plantes qu'il foule sous ses pieds; celui qui vit au milieu des richesses de la nature sans en comprendre le sens et l’utilité, est comme un étranger qui serait transporté dans un pays plein de charmes, mais dont il ignorerait la langue et les coutumes.
Dieu n’a pas seulement accordé aux plantes l’élégance et la beauté, il leur a aussi donné en partage la puissance de calmer nos maux et d’adoucir nos souffrances physiques. L’illustre médecin anglais Sydenham, appelle, avec raison, le Pavot, qui nous fournit l’opium, un présent de Dieu. Or l’étude de la botanique permet à chacun de connaître les propriétés des plantes, et de chercher des succédanés aux herbes médicinales.
Dire que la botanique est indispensable à l'agriculteur, c’est énoncer une vérité qui n’a pas besoin de commentaire. Le cultivateur, le propriétaire, le métayer, dirigent leurs exploitations avec d’autant plus de succès, qu’ils ont une connaissance plus
PRÉFACE. xiii
approfondie des plantes et de la meilleure manière de tirer parti des productions du sol.
Cette remarque conserve la même évidence si on l’applique à l’horticulteur, ou au simple amateur de jardins. Quand on considère le grand nombre de nouvelles plantes d’ornement dont la science moderne a enrichi l’horticulture, ces Rhododendrons aux nuances éclatantes, empruntés aux sommités alpestres, ces Bégonias aux feuilles veloutées, ces Orchidées aux formes étranges et ravissantes, ces magnifiques Azalées, et cent autres espèces, on ne peut mettre en doute les services immenses que la botanique a rendus à l’art des jardins. Celui qui n’aurait vu que les plantes d’agrément cultivées en France il y a vingt ans, aurait peine à se reconnaître dans les fleurs admirables qui de nos jours décorent les jardins.
Sans vouloir déprécier les ouvrages de botanique élémentaire qui existent aujourd’hui, nous pensons qu’aucun ne répondait exactement à l’objet que nous nous sommes proposé en écrivant cette Histoire des plantes. Notre but a été de réduire la botanique à ses faits et à ses principes essentiels, de la dégager des détails dont elle est surchargée dans la plupart des livres qui servent, dans les Facultés et les Picoles, à l’exposition de cette science. Nous avons voulu inspirer à nos jeunes lecteurs une juste admiration pour la toute-puissance et la bonté de Dieu, mais une admiration raisonnée, fondée sur la connaissance réelle de ses œuvres. Aussi nous sommes-nous appliqué à donner des notions précises, à exposer rigoureusement l’état présent de la science des végétaux. C’est ainsi, par exemple, que nous avons cru devoir insister sur une partie de la botanique entièrement négligée jusqu’ici dans les ouvrages élémentaires, et totalement ignorée des gens du monde : nous voulons parler des Cryptogames (Algues, Mopsses, Champignons, Lichens et Fougères). Les
PRÉFACE
botanistes modernes ont fait dans la classe des Cryptogames des découvertes vraiment étonnantes, qui ouvrent à la science et à la philosophie des horizons imprévus. C’est ce qui nous a engagé à développer avec quelque soin cet ordre original de faits.
Rien que condensé en un seul volume, l’ouvrage que nous présentons à la jeunesse, embrasse le tableau complet de la botanique. Si nous n’avons approfondi aucune des grandes divisions de cette science, au moins figurent-elles toutes dans notre cadre. De cette manière, ceux de nos lecteurs qui voudront pousser plus loin leurs études, seront préparés à aborder toutes les parties de la science des végétaux. Notre intention, on le sait, n’est pas de composer sur chaque science des traités complets, mais seulement de donner une idée exacte des principes de cette science, afin de mettre le lecteur en état de consulter plus tard avec fruit les ouvrages spéciaux. Ce que nous voulons, c'est préparer à l’étude des livres de nos savants, c’est inspirer le désir de compléter dans les véritables traités, les simples notions scientifiques que nous nous efforçons de présenter avec méthode et clarté.
L 'Histoire des Plantes se divise en quatre parties :
1° L ’Organoyraphie et la Physiologie des plantes, comprenant la description des organes essentiels qui entrent dans la composition des végétaux, et l’exposé des fonctions qui s’exécutent par l’intermédiaire de ces organes.
2° La Classification des plantes , c’est-à-dire le développement des principes sur lesquels repose la distribution des végétaux en groupes particuliers.
3° Les Familles naturelles. Nous avons choisi 45 familles parmi les plus importantes à connaître. Après avoir décrit avec soin une plante prise comme type de la famille, nous citons les espèces les plus connues appartenant à ce groupe naturel, ce qui nous
PRÉFACE. xv
permet de donner l’idée d’un nombre considérable de végétaux usuels.
4° La Géographie botanique, c’est-à-dire la distribution des plantes à la surface du globe, selon les lieux où on les rencontre.
Ce cadre embrasse, on le voit, le cercle entier des études qui composent la science des végétaux.
On nous permettra de faire une mention spéciale des ligures qui accompagnent cet ouvrage. Nous n’avons pas voulu emprunter aux traités élémentaires de botanique des ligures banales, et pour ainsi dire, convenues. Presque tous nos dessins ont été faits d’après nature. Ceux qui se rapportent à la classe des Cryptogames sont empruntés aux mémoires originaux qui ont paru dans les Annales des sciences naturelles. L’auteur de ces dessins est M. Faguet, préparateur du cours de botanique à la Faculté des sciences de Paris, qui a su très-heureusement combiner dans cette œuvre le sentiment de l’artiste et la précision du savant.
Grâce au soin qui a présidé à la rédaction de cet ouvrage, comme à l’exécution des ligures qui l’accompagnent, nous espérons atteindre le but que nous nous sommes proposé, c’est-àdire donner à la jeunesse une idée précise des merveilles de la nature, considérées dans les plantes, et cela, non par des considérations vagues, mais par des indications rigoureuses, qui représentent exactement l'état actuel de la science des végétaux.