FOUGÈRES
Nous représentons dans la figure 393 une Fougère arborescente du Brésil.
Dans nos climats, ces Cryptogames sont loin de présenter les dimensions qu’ils atteignent sous les tropiques. Nos Fougères ne sont jamais que des plantes vivaces, à rizhome coutt, ou traçant, et dont les feuilles ne dépassent guère 10 à 15 décimètres. Ajoutons d’ailleurs que les Hymènopliylles et les Trichomanes (fig. 394) des tropiques et de l’hémisphère austral, qui ne croissent que dans les lieux humides, au pied des vieux arbres ou sur des rochers baignés par l’eau des ruisseaux, sont en général de très -petite taille. Leurs feuilles, délicates, sont dépourvues d’épiderme , et consistent en une simple lame de tissu cellulaire, parcourue par des nervures, formées elles- mêmes de vaisseaux scalariformes.
Pour étudier de plus près la structure d’une espèce de Fougère , nous prendrons
pour type le Nephrodium Fig. 394. Trichomanes.
/ïï/;rm«s,connu vulgairement sous le nom de Fougère ma£e(fig.395).
Cette plante est commune dans les bois et les lieux stériles; elle porte sur sa souche, qui rampe horizontalement, des écailles rousses. Les feuilles sont grandes, pétiolées, très-découpées. A la face inférieure des feuilles, ou du moins de ce qui a l’apparence des feuilles, et que l’on nomme dans le langage botanique, frondes , on trouve de petites saillies arrondies en forme de rein. Chacune de ces saillies est constituée par un groupe de petits corps, jaunes verdâtres dans le jeune âge, bruns à la
maturité, et qui sont recouverts par une mince pellicule gri-
r Fig. 396. Fougère mâle. Face inférieure
Fig. 395. Fougère mâle. et portion grossie de la fronde.
âtre. Chaque groupe de ces petits corps, ou sporanges, porte le
FOUGERES.
nom de sore; la pellicule qui les recouvre est nommée indusie. La figure 396 fait voir avec un grossissement microscopique, les organes qui se trouvent à la face inférieure des frondes de la Fougère male.
Los sporanges, ou capsules (fig. 397), sont des sacs celluleux
*'6- 3y<- Fig. sas.
Sporange de I ougère Déhiscence, ou ouverture d’un sporange
de Fougère màie.
pedicellés, munis, à leur circonférence, d’un cercle presque en tiei de cellules plus grandes et plus épaisses que celles du reste de la paroi. Ces cellules constituent donc une sorte d’anneau qui, par l’effet de sa croissance ou par ses changements hygrométriques, détermine la rupture irrégulière des parois du sporange (fig. 398) et, par ses mouvements, pousse au dehors un grand nombre de globules ovoïdes, anguleux, qu’on a longtemps considérés comme les graines de la plante, et que l’on
nommait spores. .Mais cette assimilation est absolument contraire aux faits.
Dans les divers genres composant la grande famille des Fougèies, les appareils dont nous venons d’entretenir très-succinctement le lecteur, offrent des formes ou des dispositions différentes.
Dans notre Polypode , les sores arrondis sont dépourvus d’in-* dusium. Dans le Pteris, un indusium continu avec le bord de la leuille, et s ouvrant du côté interne, protège les sores. Dans la Scolopendre , les sores, rapprochés par paire, sont protégés pai un indusium en apparence bivalve, et ils sont disposés en lignes obliques. Dans VOsmonde royale , les capsules forment des grappes terminales sur les nervures des parties supérieures de la feuille
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contractées et modifiées, et sont dépourvues d’anneaux, comme d’indusie, etc., etc.
Le mode de reproduction des Fougères a été étudié de nos jours par un botaniste allemand, M. Nægeli, et plus tard par M. Leszcyc-Suminski. Nous allons donner un exposé des observations si curieuses de ces naturalistes, qui nous ont révélé le mode étrange de reproduction des Fougères.
On savait depuis longtemps que les prétendues spores des Fougères étaient susceptibles, dans des conditions favorables, de germer et de reproduire le végétal originaire. Ce mode de développement de la plante semblait donc connu. On considérait les capsules comme des organes femelles, et l’on avait cru trouver les organes mâles dans les parties voisines, comme des poils, des glandules, etc. Mais de nouvelles et remarquables observations montrèrent bientôt que le phénomène n’était pas aussi simple qu’on l’avait pensé d’abord. D’ailleurs, la structure des corps qu’on avait considérés comme les organes mâles, ne répondait pas à celle que possèdent les anthéridies dans les Cryptogames voisins. Nulle part la présence des anthérozoïdes n’avait confirmé ces désignations hasardées. La nature, en effet, n’a placé les anthéridies des Fougères ni au milieu des sores ni sur le pédicule des capsules. Contrairement à toutes les prévisions de la théorie, c’est sur la plante en germination que l’on trouve ces organes, sur des individus qui ont à peine quelques semaines d’existence, et ne se, composent encore que d'un petit nombre de cellules.
Cette découverte, qu’on peut considérer comme prodigieuse, est due à M. Nægeli. Elle fut complétée, quelques années plus tard, par les observations de M. Leszcyc-Suminski, qui annonça que ce même rudiment de plante porte les organes femelles.
Assistons donc à la germination d’une spore de Fougère. Sa membrane externe, résistante et colorée, se rompt, et par l’ouverture qui se forme, la membrane interne fait saillie, sous la forme d’une espèce de boyau. Des cellules se produisent et se multiplient à l'extrémité de ce boyau. Il en résulte bientôt une petite expansion foliacée, en forme de cœur ou de raquette, (fig. 399 a) dont les dimensions sont d’environ 3 millimètres de
large sur 2 millimètres de long dans le Pleris serrulaia. A la partie inférieure de ce petit organe, ou prothallium, apparaissent
l'ig. 39a. Prothallium de Scolopendre munie d'anthéridies.
de bonne heure, des radicelles; puis se montrent les antliêridies et les archégonss.
Fig. 400. Portion de Proembryon de Fougère, portant deux antliêridies, o.
Les anthéridies sont de petits mamelons celluleux, formés, selon M. Thuret, de trois cellules superposées (fig. 400). Dans
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les jeunes anthéridies(a), dit ce botaniste, la cavité centrale (entourée par la deuxième cellule faite en forme d’anneau) n’est
remplie que d’une matière granuleuse grisâtre; peu à peu on y voit se dessiner des petits corps sphériques, qui sont les anthérozoïdes. A mesure que le développement de ceux-ci avance , la cavité centrale augmente de volume, et refoule fortement les parois de la cellule périphérique. Enfin il arrive un moment où la pression est si grande que l’anthéridie crève brusquement.
La cellule du sommet qui servait comme de couvercle à la cavité centrale se rompt, ou quelquefois est chassée à travers la déchirure de la cuticule (fig. 401). Les anthérozoïdes sont expulsés en même temps.
Au moment de leur sortie, lesa/itherozoïdes se présentent sous la forme de petites vésicules grisâtres,
Portion du proêmbrjon de Pleris Sphériques, dont le Contenu est peu
serrulala offrant à la fois des distinct (fig. 402). Ils SOnt d’abord anthêridies (b), et des archégones (a). ... , . ...
complètement immobiles, mais au bout de quelques instants on les voit, l’un après l’autre, se dérouler subitement, et s'élancer dans le liquide ambiant avec
. Fig. 402. Anthérozoïdes de Fougère.
une rapidité extraordinaire. Ils se mettent alors à tourner trèsvivement ; ces mouvements giratoires se prolongent quelquefois sans interruption pendant une heure ou deux. Si l'on ajoute