‹ Histoire des plantes (volume 3)Chapitre 13 sur 68 · RESPIRATION · texte numérisé non relu

RESPIRATION

respirer par le même mécanisme organique. Dans les plantes aériennes, Tair, circulant à travers les méats intercellulaires des feuilles, agit directement, comme on vient de le voir, sur le contenu des cellules du parenchyme. Les feuilles des plantes aquatiques qui sont dépourvues d'épiderme, et qui sont en général très-minces, empruntent Tair à l'eau qui le tient en dissolution ; de telle sorte que les plantes submergées, selon Fingénieuse remarque de M, Brongniart, respirent par un mode analogue à celui que présentent les poissons et les autres animaux qui respirent par des branchies.

Les plantes qui vivent perpétuellement dans Tobscurité, et qui, par conséquent, sont uniquement soumises à la respiration nocturne , subissent dans leur aspect extérieur des modifications particulières. Dans ces conditions anomales, elles perdent une grande partie de leur carbone, qui passe à l'état d'acide carbonique, et exhalent une plus grande quantité d'eau. Le résultat de ces deux phénomènes, c'est une élongation prononcée de la plante, une grande mollesse dans les tissus, et l'absence de la couleur verte.

Les sucs contenus dans une plante que Ton maintient dans l'obscurité, se modifient d'une manière sensible. Souvent acres dans les conditions normales de la végétation, ces liquides deviennent doux ou succulents. Ces faits sont mis largement à profit dans le jardinage maraîcher. Les jardiniers étiolent artificiellement les plantes. Pour faire blanchir le cœur des Laitues^ ils lient les feuilles après les avoir rapprochées les unes contre les autres. Ils transforment Tamère Chicorée en Barbe de ca/puciny en la plantant dans une cave. Ces modiGcations artificielles des propriétés primitives par l'étiolement sont fréquemment réalisées et variées dans nos jardins potagers.

CIRCULATION

La manière dont les liquides nourriciers circulent dans Tintérieur des plantes, a été, parmi les botanistes, un long sujet de discussions et de travaux contradictoires. La science est encore

124 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

loin d'être fixée sur ce point important de la physiologie végétale. Cependant, si Ton se borne à considérer les végétaux dicotylédones, les arbres de nos forêts, on peut énoncer des faits très-simples et sur lesquels tous les botanistes sont d'accord.

Suivons, dans un végétal dicotylédone, la marche des liquides, à partir du moment de leur absorption par les extrémités de la racine. Voyons la route que ces liquides suivent pour s'élever dans l'intérieur de la plante, et celle qu'ils prennent pour redescendre, après avoir subi, à travers le tissu perméable des feuilles, l'influence chimique de l'air; en d'autres termes, suivons la marche de la sève ascendante et de la sève descendante.

Dès que l'eau qui imprègne la terre a pénétré dans les racines d'une plante, et qu'elle s'est mêlée aux sucs ou aux liquides qui sont contenus dans les cellules du végétal, elle constitue ce que les botanistes nomment la 5ét;e, liquide complexe, qui, à certaines époques de la vie de la plante, circule et voyage constamment dans ses canaux. Les forces qui ont déterminé la pénétration de l'eau dans la racine, entraînent la sève dans la tige, et la poussent jusque dans ses dernières ramifications, c'est-à-dire jusqu'aux feuilles.

Quelle est la route suivie par la sève dans cette marche ascendante? Traverse-t-elle la moelle, ou Técorce, ou le bois, ou bien ces trois parties ensemble?

Lorsqu'on abat des arbres au printemps, il est facile de voir que la sève qui s'écoule, sort du bois. Lorsqu'on fait absorber à une plante des liquides colorés , ou qu'on plonge des rameaux de cette plante dans ces mêmes liquides, on voit aisément que ces liquides ne s'élèvent ni dans l'écorce, ni dans la moelle. C'est le bois (corps ligneux) qui leur livre manifestement pasiàage. Ce passage s'eflectue au travers de tous les éléments du corps ligneux : cellules, fibres et vaisseaux. La structure anatomique des vaisseaux du bois, leur grand nombre, leur fort calibre dans les tiges sarmenteuses et grêles, qui atteignent souvent une longueur considérable, et qui doivent être parcourues rapidement par une grande masse de liquides , afin de subvenir aux besoins de l'évaporation par les feuilles, tous ces faits généraux ne laisseraient à priori aucun doute possible sur le rôle des vaisseaux du bois dans la circulation. U n'est

CIRCULATION

rien, d'ailleurs, de plus aisé que de constater directement la présence de la sève dans l'intérieur du bois. Telle est donc la vraie route suivie par la sève ascendante.

Un physiologiste anglais, Haies, à qui Ton doit un grand nombre d'expériences propres à éclairer l'histoire du mouvement des sucs nourriciers dans les végétaux, voulut connaître avec quelle force la sève s'élève dans les tiges. Il adapta au sommet d'un chicot de vigne^ au printemps, un tube à double courbure, dont une branche ascendante était soigneusement fixée sur la section transversale du cep, l'anse inférieure étant remplie de mercure. La sève, en s'écoulant, s'accumulait dans les branches intérieures de l'appareil, et repoussait peu à peu le mercure, dont la colonne soulevée finit par monter jusqu'à un mètre (fig. 131). Cet écoulement de sève avait donc lieu malgré le poids d'une colonne de mercure d'un mètre de hauteur, augmenté du poids de l'atmosphère. Haies a calculé que la force qui pousse la sève dans la vigne, est cinq fois plus grande que celle qui pousse le sang dans une grosse artère chez le cheval.

Parvenue dans les feuilles , la sève est mise en contact avec l'air, par les innombrables ouvertures, ou stomates^ qui communiquent avec les lacunes et méats creusés dans la substance du parencnyme. La respiration de la plante, c'est-à-dire l'action chimique que l'air exerce sur les liquides qui remplissent les feuilles, jointe à l'exhalation de vapeurs dont les mêmes organes sont le siège, transforme, modifie la sève ascendante, de même que chez les animaux l'air modifie le sang veineux dans les vaisseaux sanguins et dans le poumon, et le change en sang artériel. Ainsi c'est dans les feuilles, et par suite des phénomènes d*exhalation

Fig. 131. Appareil de Haies

pour mesurer la pression

exercée par la sève

sur les parois des vaisseaux.

126 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

et de respiration dont elles sont le siège, que la sève ascendante change de nature, qu'elle s'élabore et se transforme en fluide nutritif.

Quelle est la route que suit, après cette importante modification vitale, la nouvelle sève, ou sève descendante? Tout porte à croire qu'elle circule dans Tècorce. Voici les faits qui autorisent cette opinion.

Si on lie fortement une tige ou une branche , de manière à comprimer Tècorce, il se fait au-dessus de la ligature un bourrelet, qui augmente de plus en plus, et qui paraît provenir de la stase, en cet endroit, des fluides nutritifs venus d'en haut; car la partie de l'arbre située au-dessous de la ligature ne prend aucun accroissement.

Les mêmes phénomènes se produisent lorsqu'on pratique sur le tronc des arbres des incisions annulaires ou en spirale. Du reste, des troncs d'arbre autour desquels se sont enroulées des plantes grimpantes ou volubiles, nous offrent une démonstration, pour ainsi dire vulgaire, du fait physiologique que nous signalons. Il se fait au-dessus de la ligature produite naturellement par les plantes grimpantes ou volubiles un bourrelet, un épaississement produit par l'arrêt et le séjour des liquides qui descendent du sommet du végétal à travers récorce.

Nous avons énuméré, en parlant de la structure des racines, les causes sous l'influence desquelles se fait l'ascension de la sève. Les causes qui détermineraient sa marche descendante nous sont, avouons-le, complètement inconnues. Il paraît probable que c'est dans les couches profondes de l'écorce et particulièrement dans ces fibres grillagées du liber dont nous avons indiqué plus haut J'admirable structure, que cette sève chemine ; ces fibres sont, en effet, très-riches en matières mucilagineuses et albuminoïdes. Quelques physiologistes considèrent en outre les vaisseaux laticifères comme les réservoirs principaux et essentiels de la sève élaborée. Mais il faut avouer que toute cette question est encore très-obscure.

C'est au printemps que la circulation de la sève se fait avec une grande activité. Alors la plante est gorgée de matières nutritives, qui s'étaient conservées en dépôt pendant l'hiver. Elle

CIRCULATION. 127

est pleine de liquides, et ces sucs s'écoulent et se répandent au dehors par la plus légère blessure. Au printemps, la vigne et d'autres végétaux pleurent^ selon l'expression pittoresque consacrée par l'usage. Mais lorsque les feuilles se sont développées, l'active évaporation qui se fait à leur surface, entraîne les liquides à l'extrémité du végétal, d'où ils s'exhalent en vapeurs. Alors la vigne et autres plantes ne pleurent plus quand on les blesse.

Quand les rameaux se sont développés et consolidés, le mouvement de la sève se ralentit. 11 se réveille quelquefois vers la fin de l'été, lorsque, le printemps ayant été hâtif, les matériaux que la plante avait préparés pour la végétation de l'année suivante, sont prêts trop tôt, et mis prématurément en œuvre. Après la chute des feuilles et quand l'approche de l'hiver abaisse la température extérieure, le mouvement de la sève s'arrête totalement. L'arbre arrive peu à peu à un état de repos presque absolu, qui n'est pas la mort, mais l'attente du réveil. •

MODE d'accroissement DES VÉGÉTAUX.

Les végétaux s'accroissent au moyen des matériaux nutritifs élaborés que leur apporte la sève descendante. Il faudrait entrer dans des développements bien longs et bien difficiles pour exposer toutes les études que les botanistes ont faites concernant l'accroissement des végétaux. Nous serons forcé de nous borner ici à exposer l'état actuel de nos connaissances sur le mode d'accroissement des arbres de nos pays.

Les arbres s'allongent par le développement des bourgeons qui les terminent. On voit les intervalles, d'abord très-courts, qui séparent les points d'insertion des feuilles, devenir peu à peu de plus en plus grands, jusqu'à un certain degré de développement, qu'ils ne dépassent plus.

Mais comment se fait l'accroissement des arbres en diamètre ou en largeur? Ce point exige un plus long examen.

Si l'on étudie la structure intérieure d'un rameau d'une année,

128 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

chez un arbre de nos bois, on trouve, vers la fin de cette année, que ce rameau est disposé comme il suit. On y voit une moelle, un cercle fibro-vasculaire muni de trachées à sa face interne, des rayons médullaires étroits traversant le cercle ligneux, pour se perdre dans Técorce, qui est composée de Tépiderme, du suber, de Tenveloppe herbacée et du liber. Mais entre le système ligneux et le système cortical on peut constater, en outre, la présence d'une zone spéciale formée de cellules très-délicates, à parois molles et transparentes, et qui, au printemps, est comme baignée dans un liquide abondant provenant de la sève descendante et que divers botanistes désignent sous le nom de cambium.

EP BS 10 ■ EC e VB VP fB VP Rff VP PB T^ M

Pig. 132. Coupe horizontale et transversale d'une tige d'Érable d'un an et demi.

Cette dernière couche est d'une importance capitale. En efTet, insensiblement et par les seuls progrès de la végétation, on voit dans le cours de la seconde année cette zone intermédiaire, qui a reçu le nom de zone génératrice et qui est placée entre le système cortical et le système ligneux, devenir le siège d'une formation double : Tune corticale, l'autre ligneuse.

La figure 132, qui nous a servi à mettre en relief les divers éléments d'une tige d'arbre, montre fort bien aussi son mode de développement. La partie embrassée par l'accolade 1 représente le bois et l'écorce de la première année ; la partie embrassée par

Page 1