‹ Histoire des plantes (volume 3)Chapitre 19 sur 68 · ÉTAMINE · texte numérisé non relu

ÉTAMINE

L'étamine (fig. 183) se compose ordinairement de deux parties: une partie supérieure épaissie, et une partie inférieure, le plus souvent allongée et grêle. La première se nomme Y anthère, la seconde le fileL Le filet a bien moins dimportance que Yanthère et peut manquer souvent.

L'anthère ne constitue pas un corps plein ; elle est creuse à Tintérieur et remplie d*une flne poussière. Elle est généralement formée de deux moitiés semblables, creusées chacune d'une

cavité, ou loge : ces loges sont séparées Tune de l'autre par un corps de structure, d'aspect, de développement très-divers, auquel on donne le nom de connec^ tif. On comprend que si le filet et le connectif se continuent en conservant la même direction et à peu près la même épaisseur, comme on le voit dans 17m (fig. 183), Tanthère sera immobile; mais il n'en sera plus de même si le connectif s'insère par un point seulement de sa surface sur l'extrémité amincie du filet, comme il arrive dans Y Amaryllis {ûg. 184).

Nous avons dit plus haut que l'anthère est généralement formée de deux loges. Cependant, chez quelques plantes, les anthères sont uniloculaires, soit qu'il y ait eu primitivement deux loges qui se seraient confondues en une seule, soit qu'il n'y ait réellement qu'une seule loge, comme cela se présente dans les Épacridées, élégantes Bruyères de la Nouvelle-Hollande. Dans d'autres plantes, comme les LaurierSy les Èphedray les anthères sont quadriloculaires.

Fig. 183.

Fig. i»4.

Étamine

Anthère

d'Iris.

d'AmarylLs.

164 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Les loges de Tanthère doivent s*ouvrir, pour permettre la sortie de la poussière fécondante qu'elles renferment, et qui porte le nom de pollen. Le plus souvent chaque loge présente un sillon longitudinal, suivant lequel se fait l'ouverture de l'anthère, ou la déhiscence, selon l'expression des botanistes. Quelquefois la fente ne s'étend que sur une petite longueur vers le sommet de la loge et constitue une sorte de pore. C'est ce qu'on voit dans les Bruyères y les Solarium (fig. 185).

Dans les Épims-vinettes {ûg, 186), les Lauriers (fig. 187), on observe un mode de déhiscence très-remarquable et très-élégant. Une certaine portion des parois de l'anthère se circonscrit, se soulève de bas en haut, de manière à former autant de petits

Fig. ISS.Étamine

de Pomme de terie

00 solanum.

Fig. 186.

Étamine de Berberis

( Épine- vinette).

Anthère à 4 loges

du Laurier de Perse.

panneaux ou valvules. Il y a une valvule pour chaque loge dans les ÉpineS'Vinettes ; il y a deux valvules pour chaque loge dans les Lawriersy comme le montrent les deux figures précédentes.

Le pollen, ou la poussière fécondante des végétaux, a donné \eu, quand on a su pénétrer dans sa structure intime, à des bservations très-curieuses, que nous allons résumer. Il faut, pour étudier les grains de pollen, faire usage d'un microscope à grossissement considérable. On trouve alors que les formes de ces grains varient beaucoup selon les espèces, et que ces formes sont souvent fort élégantes.

Le grain de pollen est, le plus habituellement, composé d'une

sorte de sac double ; le plus interne contient un liquide mucilagineux, auquel on a donné le nom de fovilla. Les figures 188 et 189 montrent les grains de pollen de la Rose trémière avec l'espèce de double sac ou de double enveloppe qui entoure chaque grain.

La membrane externe du globule de pollen est tantôt lisse, tantôt ponctuée, granulée, couverte de petits aiguillons, enfin

Fig. 1&8.

GraÎD de pollen

de Rose trémière

(l'* enveloppe).

Fig. 18».

Grain de pollen

de Rose trémière

(•2* enveloppe).

Fig. 193.

Grain de pollen

du Melon.

Fig. 191.

Grain de pollen

de l'Onagre.

Fig. 192.

Grain de pollen

de l'Ail.

Fig. 190. Grain de pollen du Blé.

Fig. 194. Grain de pollen du Pblox.

réticulée. Elle offre des plis, des pores. Dans le pollen du Blé (fig. 190), il n'y a qu'un pore; dans YOnagre (fig. 191), il y en a trois. Les figures 192, 193, 194 font voiries grains de pollen de Y Ail, du Melon, et ceux du Phlox. Le nombre des pores du grain de pollen peut s'élever jusqu'à cinq et même huit. Ces pores remplissent, comme nous le verrons bientôt, des fonctions importantes.

166 ORGANOtiRAPHIE ET PHYSIOLOGIE,

Lorsqu'on place un grain de pollen dans Teau, il se gonfle, parce qu'il absorbe une certaine quantité de ce liquide; ses membranes se distendent, et la membrane interne fait bientôt saillie par les pores de la membrane externe. Les ampoules qui se forment, ne tardent pas à crever, et la fovilla s'échappe brusquement en une sorte de fusée muqueuse et granuleuse. C'est là un phénomène anomal, mais très-curieux à observer.

Nous disons qu'il est anomal, parce que ce n'est pas ainsi que les choses se passent dans la nature. Lorsqu'un grain de pollen tombe sur la surface humide et visqueuse d'une partie du pistil que nous ne tarderons pas à décrire et qui porte le nom de stigmalCy il se gonfle lentement ; la membrane interne fait peu à peu saillie par un ou deux pores; ces saillies s'allongent peu à peu et finissent par former un véritable tube, qu'on nomme tube pollinique.

La longueur de ces tubes est très-variable; elle atteint, dans certains cas, plusieurs centaines de fois celle du grain de pollen qui leur a donné naissance. Ce prodigieux allongement ne saurait évidemment provenir d'une simple élongation de la membrane interne du grain de pollen : il est le résultat d'une véritable végétation de cette membrane. Le tube pollinique se nourrit et s'accroft, c'est-à-dire végète, à mesure que, partant du stigmate, il pénètre dans les tissus qu'il est destiné à traverser. Nous reviendrons, du reste, avec détails sur le tube pollinique en parlant, dans le chapitre suivant, de la fécondation.

Bien que les grains de pollen soient presque toujours libres et distincts, il est des plantes chez lesquelles ces grains sont réunis entre eux et souvent d'une manière très-intime. Ainsi, dans les Orchidées (fig. 195), le pollene st aggloméré en masses tantôt presque pulvérulentes à granules lâchement cohérents, tantôt formées de nombreuses petites masses anguleuses réunies au moyen d'une matière glutineuse. Dans le Planthanthera chloranta et VAsclepias ftoribunda^ les masses poUiniques offrent la disposition représentée par les figures 196 et 197.

La forme de Tétamine et la structure du pollen nous étant connues, il importe d'entrer dans quelques détails sur le nombre

et les rapports des étamines entre elles et avec les différentes parties de la fleur.

Fig. 195.

Masse poUiniqoe

d'Orchis macolata.

Fig. 196.

Masse poUiniqoe

da PlaDthanthera chloranta.

Masse pol 11 nique

de TAsclepias floribonda.

Le nombre des étamines, pour chaque fleur, varie suivant les espèces végétales.

Lorsqu'elles sont disposées en verticille, elles sont ordinairement en nombre défini, comme dans la Vigne (Gg, 198) et la

Fig. 198. Androcée de la Vigne. Fig. 199. Androcée d'une Giroflée.

Primevère, qui en comptent cinq. Lorsqu'elles sont en spirale, elles sont ordinairement très-nombreuses, comme cela se voit dans le Magnolia, la Renoncule.

Les étamines peuvent être toutes de même grandeur, comme on le voit dans le Lis, la Tulipe, la Bourrachcy ou bien inégales. Dans le Géranium il y a cinq élamines plus grandes que les autres.

168 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

qui sont également au nombre de cinq. Dans la Giroflée (fig. 199), qui porte six étamines, quatre sont plus grandes que le» autres, Linné les appelait tétradynames. Dans les Mufliers (fig. 200) il y a quatre élamines, dont deux plus grandes. Linné les appelait étamines didynames.

Les étamines d'une même fleur peuvent être complètement in-

Fig. •-'OO. Fig. 201.

Androcce du Muflier. Androcée de laMauve.

Fig. 202. Fig. 203. Fig. 204- ÉUmines en tube

Androcee du Millepertuis. Étamines du Ricin. d'une Synanthérée.

dépendantes les unes des autres, ou plus ou moins réunies entre elles, soit par leurs filets, soit par leurs anthères. Dans la Mauve (fig. 201) et dans le Lin, toutes les étamines sont réunies entre elles par leurs filets en une seule phalange. Dans le Haricot, le Polygala, elles sont réunies en deux phalanges; dans le Millepertuis d'Egypte (fig. 202), en trois phalanges; dans le Ridn (fig. 203), en plusieurs phalanges. On dit, depuis Linné, que

les étamines sont monadelpheSjdiadelpheSy triadelpheSy polyadelphes, suivant qu'elles forment une, deux, trois ou plusieurs phalanges.

Dans le PisseiUit, V Artichaut , le Chardon ^ les étamines sont réunies toutes ensemble par leurs anthères, de manière à constituer une sorte de tube supporté par les filets libres : on les nomme synanthérées (fig. 204).

Enfin, les étamines peuvent contracter des adhérences avec les enveloppes florales. Dans la Scille, six étamines adhèrent par leur base avec les six divisions de la fleur. Dans la Primevère^ cinq étamines s'attachent sur le tube de la corolle, qui est monopétale.

Il nous reste à compléter ce qui a rapport à l'étamine, en dévoilant la véritable nature morphologique de cette partie de la fleur.

Les bractées, les sépales, les pétales, sont, comme nous l'avons vu, des feuilles modifiées. Il paraît impossible, au premier abord, qu'il en soit de même pour les étamines. Cependant, efleuillez une fleur de Nénufar blanc; vous verrez peu à peu, en avançant vers le centre de la fleur, les pétales diminuer de longueur et de largeur, et présenter, vers leur sommet, une anthère, d'abord rudimentaire, qui devient de plus en plus complète à mesure que le support passe insensiblement de la forme de pétale à celle de filet. Dans YAncoliey sous l'influence de la culture , on voit des étamines se transformer peu à peu en cornets analogues à ceux qui constituent son élégante corolle. Dans la Rose, on trouve souvent des organes qui sont demipétales et demi-étamines.

Il est une très-curieuse monstruosité d'une espèce de Rose^ dans laquelle tous les organes de la fleur se transforment en feuilles, de manière à constituer ce que les horticulteurs ont nommé Rose verte. Dans la Rose verte , on peut suivre pas à pas toutes les transformations possibles entre une étamine presque parfaite et un pétale transformé lui-même en une petite feuille verte.

Tous ces faits démontrent jusqu'à l'évidence que l'étamine n'est autre chose qu'un pétale métamorphosé. Mais nous avons

170 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

déjà démontré l'analogie des pétales avec les sépales, des sépales avec les bractées, des bractées avec les feuilles. Donc les étamines sont des feuilles métamorphosées.

Pour bien rappeler ce mode d'origine de Tétamine, on a comparé le filet de Tétamine à Tonglet du pétale ou du pétiole de la feuille, le limbe à la feuille elle-même, le pollen à une modification spéciale du parenchyme de la feuille , enfin le connectit à la partie moyenne de la feuille, c'est-à-dire à la nervure médiane.

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