‹ Histoire des plantes (volume 3)Chapitre 21 sur 68 · RÉCEPTACLE · texte numérisé non relu

RÉCEPTACLE

Le calice» la corolle, les étamines, les pistils, s'insèrent sur l'extrémité du pédoncule floral, qui porte le nom de réceptacle. Sa forme est très-variable. Dans les Renoncules il est conique; le calice, la corolle, les étamines et le pistil s'insèrent et s'étagent successivement sur ses flancs, ces derniers organes occupant jus-

qu'à son sommet. Dans le if2/o^ur{/^(fig. S 13), il s'allonge tellement qu'il ressemble à un petit épi dont les fleurs seraient les carpelles. Comme dans ces circonstances les étamines sont insérées au-dessous des pistils, on dit que les étamines sont hypogynes. Dans le Pêcher (fig. 214), Y Abricotier , le réceptale a la forme

Fig. 213. Réceptacle du Myosoras. Fig. 214. Réceptacle de la fleur de Pécher.

d'une coupe, au fond de laquelle se trouve le pistil, tandis que sur ses bords s'insèrent le calice et les étamines. Celles-ci entourent le pistil, et sont dites péri^Tîw.

Dans la Rose (fig. 215), le réceptacle se creuse tellement qu'il prend la forme d'une bouteille, dont le fond est occupé par les carpelles et sur les bords supérieurs de laquelle s'insèrent les sépales, les pétales et les -étamines. Celles-ci sont encore périgynes.

Dans tous les exemples pig. 215.

que nous avons cités jus- Réceptacle de la fleur de la Rose pimplnella.

qu'ici, le pistil ne contracte aucune adhérence avec le réceptacle. Aussi dans tous ces cas, dans celui même où le réceptacle est creusé en bouteille, l'ovaire est libre ou supère. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Le réceptacle creusé en coupe se soude assez fréquemment avec la partie ovarienne des carpelles qu'il

176 ORGANOfeRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

renferme, et cette soudure se fait plus ou moins haut de manière à présenter tous les degrés possibles d'adhérence. C'est ce qu'on voit dans la fleur des Saxifrages (fig. 216), du Pommier^

Fig. aie. Ovaire adhérent. (Saxifrage. Fig. 217. Ovaire adliércnt. (Fuchsia.)

du Néflier y des Myrtes, dans les fleurs du Fuchsia (fig. 217). L'ovaire est dit alors adhérent

QlQÂCLP

.Les fleurs n'ont qu'une existence éphémère. Après la fécondation, elles disparaissent ; l'ovaire, fécondé et grossi, persiste seul. Les débris flétris et desséchés de la corolle jonchent le sol ou sont emportés par les vents. Mais si la plante a perdu ce qui lui prêtait son élégante décoration, si elle n'a plus cette parure briltante qui attirait et charmait nos yeux, le spectacle qui nous reste a bien son intérêt. C'est une décoration nouvelle qui remplace la première, et la vue n'a rien à regretter à ce changement de iableau. Aux blanches fleurs des Rosacées succèdent les jeunes fruits, aux teintes d'un vert engageant. En se dépouillant de leur corolle, les Sorbiers, les Néfliers, les Nerpruns étalent des fruits d'un rouge écarlate. Aux fleurs parfumées des Orangers succèdent les pommes d'or des Hespérides; aux tendres corolles du Cerisier, le globe empourpré de la cerise. La verdure de nos moissons séchées par le soleil de juillet fait place aux épis jaunissants, courbés sous le poids de leur fruit dur et corné. Comment ne pas admirer le tendre duvet de la Pêche, les globes énormes des Cucurbitacées, la chair épaisse et succulente de la Prune savoureuse, la substance nutritive des Légumineuses ou les grappes vermeilles de la Vigne, que dore le soleil d'automnel Si les fleurs éveillent en nous le sentiment du bonheur et de la joie, les fruits nous annoncent l'abondance et la richesse. L'homme contemple avec une juste satisfaction ce résultat, longtemps attendu, de ses soins et de ses travaux.

La fécondation des fleurs une fois opérée, la vie se concentre dans les ovules et dans l'ovaire qui les renferme et les protège. Ces deux parties continuent à croître, et ofl*rent bientôt de nouveaux caractères. L'ovule devient la graine, l'ovaire devient le péricarpe, et leur ensemble constitue le fruit. Le fruit est donc l'ovaire qui a mûri, ou qui a noué, comme disent les jardiniers.

L'aspect du fruit n'est pas le môme suivant que l'ovaire était

libre ou adhérent. Dans le premier cas, le fruit n'offre à sa surface que la cicatrice du style, et quelquefois, à sa base, les restes du calice, de la corolle, de l'androcée. Dans le second cas, le fruit présente à sa surface, et près de son sommet, les restes ou les cicatrices d'insertion des sépales, des pétales, des étamines. C'est ainsi qu'une pomme, un coing, une groseille, qui résultent de la maturation d'un ovaire adhérent, sont munis d'un œil, qui manque complètement à la prune, à la cerise, à la pêche, parce que ces derniers fruits résultent de la maturation d'un ovaire libre.

« L'analogie des fruits avec les fouilles, dit A. de Jussieu, se montre ' dans leur nutrition aussi bien que dans leurs caractères extérieurs. Comme les feuilles, quoique, à un degré plus faible, sous l'action de la lumière ils prennent dans Pair environnant de Tacide carbonique en dégageant de Toxygène ; la nuit ils prennent de Poxygène en dégageant de l'acide carbonique. Leur vie passe par les mêmes phases; leurs tissus, d'abord mous et riches en sucs, se solidifient graduellement, et, arrivés à une certaine période, commencent à se dessécher, à perdre la couleur verte pour en prendre une autre, soit celle de feuille morte, soit des teintes différentes analogues à celles que certaines feuilles revêtent en automne ; et le péricarpe flétri continue à rester attaché à l'arbre ou tombe en se désarticulant, i

Les fruits peuvent se diviser en deux grandes sections : les fruits secs et les fruits charnus.

Fruits secs, — Parmi les fruits secs, il en est qui s'ouvrent à la maturité, pour laisser échapper les graines; il en est, au contraire, qui restent toujours clos. De là la division des fruits secs en dchiscenls et indéhiscents.

iig. yi8. Fig. 219. Fig. 220.

Akène de Bleuet. Akène de Renoncule. Samare de TOrme.

Les fruits du Pissenlit , de la Chicorée , du Sarrasin , du Bleuet (fig. 218), de la Renoncule (fig. 219), sont secs et ne

s'ouvrent pas. La graine unique qu'ils contiennent n'adhère

Fig. 321. Samare de l'Érable.

Fig. 222. Caryopse du Blé.

Fig. 22<i. Follicule d'Aconit.

pas au péricarpe : on nomme ce genre de fruit akhms.

L'Orme a pour fruit un akène; seulement, comme j|;^

il est entouré d'un repli membraneux en façon d'aile, on le nomme samare. La figure 220 représente le samare de YOrme^ la figure 221 le samare de VÈrable,

Le fruit du5/e, A^VÙrge, de Y Avoine, etc., est, comme l'akène, sec et indéhiscent; mais la graine unique qu'il renferme, adhère au péricarpe, de manière à ne former qu'un seul corps avec lui : ce fruit s'appelle caryopse. La figure 222 représente le fruit ou le caryopse du BU^ selon le mot botanique. ^.^ ^3

Que de variété dans la Gousse de Haricot.

maniè^e dont s'ouvrent les fruits secs! Les uns s'ouvrent en

Fig 225.

pjiide de la Jusquiame.

180 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

deux valves, qui portent chacune un rang de graines sur un de leurs bords; telles sont les gousses du Pois, des Haricots (fig.223), etc. Les autres se fendent longitudinalement d'un côté, et prennent, en s'étalant, la forme d'une feuille qui porterait des graines sur ses deux bords : c'est le follicule; tel est celui de V Aconit (fig. 224).

Il est des fruits secs qui s'ouvrent en deux parties par une fente horizontale circulaire, en sorte que la partie supérieure du fruit se détache comme un opercule. Ce genre de fruit sec se nomme pyxide; on le voit dans le Mouron rouge^ la Jusquiame (fig. 225). Chez d'autres, le péricarpe se détache en deux valves,

Fig. 236. Silique de la Giroflée. Fig. 237. Capsule du Pavot.

qui mettent à nu, par leur chute, un chéssis formé par les placentas garnis de leurs graines : ce genre de fruit se nomme silique; tel est le fruit de la Giroflée (fig. 226).

Est-il rien de plus ingénieux que le mode de déhiscence de la capsule du Pavot (fig. 227) ou du Coquelicot? L'ouverture de ce fruit se fait par un certain nombre de petites valvules réfléchies, disposées en cercle au-dessous du sommet aplati du fruit. Les graines y sont très nombreuses ; mais grâce à l'élégante disposition que nous venons de rapporter, elles ne tombent pour

ainsi dire que une à une, lorsque le vent incline la capsule, qui forme ainsi une sorte de semoir naturel.

Le fruit de la Digitale (fig. 228), qui est aussi une capsule, s'ouvre en deux valves, par le décollement des cloisons, et chaque valve correspond à un carpelle (déhiscence septicide). La capsule de la Tulipe {ûg. 229) s'ouvre en trois valves; chaque valve correspond à deux moitiés de carpelle, et porte une cloison sur son milieu (déhiscence loculicide).

Fig. 228.

capsule de la Digitale.

Fig. 229. Fruit de la Tulipe.

Fig 230. Fruit du Sablier élastique.

Dans quelques plantes la dispersion des graines est assurée par des moyens assez difficiles à expliquer. Tout le monde sait qu'il suffit de toucher le fruit des Balsamines ^our que ses valves se roulent tout à coup sur elles-mêmes, et projettent les graines à une certaine distance. C'est cette propriété qui a fait donnera Tune des espèces de la famille de ces plantes le nom d'Impatiente n'y tondiez pas.

Le fruit capsulaire et ligneux du Sablier élastiqiie (fig, 230), arbre américain de la famille des EuphorBiacées, est composé de 12 a 18 coques qui, par la dessiccation, s'ouvrent subitement, par le

dos, en deux valves et se détachent de Taxe avec une sorte de détonation. On a beau entourer un de ces fruits avec des fils de métal, la force de déforniation est telle que les valves s'écartent encore l'une de l'autre. Enfin, pour prendre plus près de nous un dernier exemple, les graines des Géraniums (fig. 231 ) sont enfermées dans de petites loges membraneuses, qui sont enchâssées au bas d'un axe allongé et soutenues par un filet qui part du sommet de cet axe. A la maturité, ce filet se courbe en volute ou en spirale, et en soulève la loge avec la graine qu'elle contient dans sa cavité. C'est ainsi que le fruit du Géranium bec de grue, qu'on rencontre à chaque instant aux environs de Paris, ressemble à une sorte Fig. 231. Fruit du Géranium, de Candélabre à cinq branches suspendues au sommet d'une colonne centrale.

Fruits charnus^ — Quand le parenchyme des fruits prend un grand développement et qu'il se gonfle de liquides, le fruit devient charnu. L'homme tire de ce genre de fruits un si grand parti pour sa nourriture, qu'il a exclusivement appelé arbres fruitiers ceux qui fournissenf ce produit végétal. D'après cette singulière erreur du langage, on croirait que V Abricotier , le Pêchcry etc., portent seuls des fruits. Il y a ici un étrange désaccord entre la science et le sentiment.

Le fruit charnu est coloré (3n vert dans les premières phases de son développement. 11 dégage alors, comme toutes les parlies vertbs des végétaux, de l'oxygène pendant le jour, et de l'acide carbonique pendant la nuit. Mais bientôt son volume augmente; il reçoit par son pédoncule l'eau et les substances minérales indispensables à son développement. C'est dans cette première période que les principes immédiats solubles prennent naissance; leur proportion s'accroît à mesure que le fruit se développe.Ces corps solubles sont : le tannin, les acides organiques, qui varient suivant les différents fruits (acide malique, citrique, tartrique, etc.), le sucre, la gomme, la pectine, etc.

La formation de la pectine, substance qui compose les gelées des confitures de nos ménages, est due à la réaction des acides sur une matière insolubledans l'eau, l'alcool et rélher,etqui accompagne presque constamment la cellulose dans le tissu des végétaux.

Le sucre provient de la modification de certaines matières neutres, comme la gomme et l'amidon. En effet, Tamidon existe en grande quantité dans certains fruits verts, et il en disparait complétementau moment de la maturité. Il est donc extrêmement probable que c'est cet amidon qui se transforme en sucre (glycose) sous rinfluence des acides. Le tannin lui-même qui existe dans presque tous les fruits verts, et qu'on ne retrouve plus dans un fruit mûr, se transforme en glycose sous Tinfluence des acides.

La disparition de Tacidité dans les fruits est le fait le plus curieux de la maturation. On a constaté que cette disparition n'est pas due à la saturation des acides par les bases minérales, que les acides ne sont pas masqués par le sucre ou les matières mucilagineuses qui existent dans le fruit mûr, mais qu'ils sont vraiment détruits pendant la maturité. C'est le tannin qui disparaît le premier, puis viennent les acides.

Le moment où le tannin et les acides ont disparu est celui que Ton choisit, en général, pour manger les fruits ; si on attendait plus longtemps, le sucre lui-même disparaîtrait et le fruit serait fade.

Vers l'époque de la maturité, les fruits exhalent de l'acide carbonique. Ils ne présentent plus, dès lors, aucun dégagement d'oxygène pendantle jour, et respirent, pour ainsi dire, à la façon des animaux.

Le fruit peut enfin subir un troisième ordre de modification : nous voulons parler du blèsissement. Cette modification nouvelle a également pour effet de faire disparaître du fruit les principes immédiats qu'il renferme. \]nQ Nèfle, par exemple, d'abord trèsacide et astringente, perd son acide et son tannin et ne devient comestible que lorsqu'elle est blette. Mais ce qui établit une grande différence entre la maturité et le blèsissement d'un fruit, c'est que ce dernier état se manifeste seulement lorsque, la peau du fruit s'étant modifiée, l'air a pu pénétrer dans les cellules du péricarpe, les colorer en jaune et les détruire en partie.

Nous n'avons pas besoin de rappeler le rôle immense que ouent les fruits charnus dans la production des boissons alimen-

184 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

taires. Le jus du fruit de la Vigne qui a subi la fermentation nous donne le Vin ; le jus fermenté de nombreuses variétés de Pommes et de Poires, nous donne le Cidre et le Poiré.

C'est dans les fruits charnus que Ton distingue le plus aisément les trois parties constitutives du péricarpe, c*est-à-dire de cette partie du fruit qui forme les parois de l'ovaire. Ces trois parties sont, en allant de dehors en dedans : Vépicarpe («m, au-dessus, xapiroç, fruit), membrane épidermique plus ou moins épaisse, — le mésocarpe {\ki(5ot,, milieu, xapiroç, fruit), qui constitue ordinairement la chair ou la pulpe des fruits, — et Yendocarpe (tvSov, en dedans, xapTioç, fruit), qui forme souvent le noyau des fruits, mais dont la consistance varie, comme nous le verrons bientôt.

L'ovaire résultant de la transformation physiologique d'une feuille, et le fruit n'étant qu'un ovaire mûr, on peut considérer Yépicarpe et Yendocarpe cotnme représentant les deux épidermes de cette feuille, et le mésocarpe comme le parenchyme de cette feuille primitive.

La plupart des botanistes actuels n'admettent que deux classes de fruits charnus : les drupes et les baies.

La Pêche, la Cerise, la Prune, la Nèfle, la Cornouille, sont des

Fig. 232. Cerise. Fig. 233. Coupe d'une Cerise.

drupes ; le Raisin, la Groseille, la Pomme, l'Orange, la Grenade sont des baies. Tous ces fruits sont plus ou moins charnus ou pulpeux. Ils

sont de plus indéhiscents , mais il y a dans les drupes un ou plusieurs noyaux qui manquent dans les baies.

Jetons d'abord un coupd'œil sur les drupes.

Dans la Pêche, la Cerise et la Prune, qui résultent de la maturation d'un ovaire simple et supère, il est facile de distinguer trois parties : 1° une peau extérieure, plus ou moins épaisse, lisse ou veloutée, ou couverte d'une sécrétion cireuse, connue sous le nom de velouté: c'est Tépicarpc ;2<» une chair épaisse, pulpeuse, succulente : c'est le mésocarpe; 3° un noyau ligneux, lisse ou creusé d'anfractuosités profondes, qui constitue la chambre solide et protectrice de la graine : c'est Vendocarpe, La ligure 232, qui montré la coupe du fruit de la Cerise, et la figure 233, donnant une coupe verticale du même fruit, font voir les dispositions intérieures et extérieures de cette drupe.

Le fruit du Néflier résulte de la maturation d'un ovaire infère composé, à 5 loges, soudé avec une enveloppe extérieure que l'on considère comme une expansion du réceptacle floral. Aussi ce fruit est-il encore couronné par les sépales du calice. La même Nèfle présente cinq noyaux osseux plongés au sein d'une masse pulpeuse qui résulte de la transformation et de la fusion des parois ovariennes (moins les endocarpes ligneux) et de ce réceptacle envahisseur.

Le petit fruit oblong et rouge du Cornouiller est pareillement une drupe résultant de la maturation d'un ovaire infère et composé. Ici seulement les noyaux se sont soudés entre eux, de telle sorte qu'on en trouve au centre un seul qui présente deux à trois loges contenant la semence.

Il résulte de ce que nous venons de dire, que dans la Pêche, la Cerise, la Prune, la ^ partie comestible provient exclusivement de la maturation du péricarpe, ou des parois de l'ovaire, tandis que dans la Nèfle, ou le fruit du Cornouiller ^ la partie comestible résulte non-seulement pjg ^g^ de la maturation du péricarpe, mais aussi de la ^*es du Groseillier. transformation du pédoncule de la fleur qui s'est accru et est devenu succulent.

Les baies sont, comme les drupes, des fruits charnus et indé-

186 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

hiscents, mais privés de noyau. Telles sont les baies de la Vigne ou du Groseillier (fig.234). Il faut remarquer seulement, à Toccasion de ce dernier fruit, que sa partie comestible et pulpeuse n'appartient pas seulement au- péricarpe, mais aussi aux graines qui présentent un lesta gélatineux assez développé. Les graines de la Grenade présentent aussi un testa rempli de pulpe. Il est d'autres baies dont la structure est si particulière, qu'on leur adonné des noms spéciaux. Nous nous contenterons de mentionner ici les fruits des Pommiers et des Orangers.

La Pomme résulte de la maturation d*un ovaire infère et composé, à 5 loges. II est enveloppé, comme le fruit du Néflier ou du Cornouillei\ par une expansion du réceptacle floral. Cette enveloppe est devenue charnue et succulente, comme l'ovaire avec lequel elle est confondue et dont Tendocarpe seul, qui tapisse la cavité des cinq loges, est mince et cartilagineux. L'endocarpe constitue ces sortes d'écaillés qui s'arrêtent souvent entre les dents lorsqu'on mange une pomme.

Le fruit de VOranger (fig. 235) résulte de la maturation d'un ovaire supère, composé et à plusieurs loges. La peau extérieure, colorée en jaune, à surface mamelonnée, parsemée de glandes

qui sécrètent un liquide odorant, est Vépicarpe, La couche blanche, spongieuse et sèche, qui suit immédiatement la peau extérieure , est le mésocarpe.

Enfin la mince membrane qui tapisse les quartier^s est Yen- Fig. 235. Coupe d'une orange. docarpe. Ccs quar-

tiers eux-mêmes forment autant de loges contenant les graines vers leur angle interne, et remplies d'un tissu nouveau et particulier. Ce tissu se développe sur la paroi opposée de chaque loge. Il y apparaît d'abord sous la forme de poils ; ces petits organes se multipliant, encombrent peu à peu la cavité entière, se gorgent de sucs, et finissent par constituer un

parenchyme succulent, c'est-à-dire la pulpe savoureuse de l'Orange.

Ainsi, dans cet admirable fruit, la partie comestible n'appartient pas au mésocarpe, comme dans la Cerise ou le Raisin ; on peut même dire qu'elle n'appartient qu'accessoirement au péricarpe, puisqu'on rejette les trois parties principales qui constituent ce tégument. La partie comestible est un tissu additionnel pour ainsi dire, et qui n'existe pas dans d'autres fruits.

On voit, par cet exemple, combien est variable la structure des fruits, et quelles difficultés doit présenter leur étude si l'on embrasse le règne végétal tout entier. Aussi bornerons nous là ces considérations scientifiques sur les fruits secs et charnus. Seulement, pour compléter le rapide aperçu qui précède, nous nous arrêterons un instant sur quelques fruits vulgaires, dont les aspects divers et particuliers exigent quelques mots d'explication.

Qu'est-ce que la Fraise? La partie charnue, succulente, qui la constitue essentiellement, est-elle le fruit ? En aucune façon. Les véritables fruits de la fraise (fig. 236) (et ils sont très-nombreux) sont ces petits grains brunâtres, secs, insipides, croquant sous la dent, qui restent au fond du vase, mêlés à de petits fils noirâtres, quand on a arrosé les fraises avec du vin. Les petits grains brunâtres sont des akènes, les petits fils noirâtres sont les

Fig. 236. Fraise. Fig. 237. Framboise.

Styles de la fleur séchée. Ce que nous mangeons dans la Fraise, c'est le réceptacle de la fleur, qui peu à peu se gorge de sucs, augmente de volume, déborde les petits akènes, les enchâsse dans son parenchyme, et prend, avec une riche couleur, une odeur des plus suaves, une saveur douce, aromatique et acidulé.

188 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Dans la Framboise^ au contraire (fig. 237), le réceptacle est sec et porte un certain nombre de fruits, qui loin d*ôtre des akènes^ comme dans la Fraise, sont au contraire de petites drupes. Le siège de la partie charnue et sapide est ici entièrement déplacé.

Dans la hlgue (fig. 238), la partie comestible est, comme pour la Fraise, constituée par un réceptacle fait en forme de gourde, épaissi, charnu et succulent. Les véritables fruits, que le lecteur aura sans doute pris pour les graines elles-mêmes, et qui sont des akènes, sont insérés à la face interne du réceptacle. Mais la Figue présente cette différence avec la Fraise que, tandis que tous les fruits de la fraise appartiennent à une même fleur, tous les fruits d'une même figue appartiennent à autant de fleurs différentes

Fig. 238. Fruit composé de la Figue. Fig. 239. Mûre. Fig. 24o. Cône du Pin.

La, Alûre (fig. 239) n'est pas un fruit charnu proprement dit, c'est un û/cène, renfermé dans un calice persistant devenu charnu.

On appelle cône, le fruit propre à un groupe naturel de plantes désignées pour cela sous le nom de Conifères. Le cène est un fruit sec, composé d'un grand nombre d'akènes, ou de samares, cachés dans l'aisselle de bractées dures et très-développées. La figure 240 représente le cône du Pin.

La graine est la partie essentielle du fruit. Elle présente au dehors un système d'enveloppes protectrices qui est ordinairement double; c'est à cette enveloppe défensive qu'elle doit les aspects les plus variés.

Les graines sont tantôtlisses, comme celles du Tabac (fig. 241 ),

Pig. 241. Fig. 242.

Graine striée Graine lisse

du Tabac. du Poirier.

Fig. 243.

Graine plissée

de la Nigelle.

Fig. 244.

Graine papiileuse

de la Stellaire.

Fig. 245.

Graine alvéolée du Coquelicot.

ou du Poirier (fig. 242); tantôt ridées, chagrinées, comme dans celles de la Nigelle (fig. 243); papilleuses, comme celles de la Stellaire (fig. 244); alvéolées, comme celle An Coquelicot {ûg. 245),

Pig. 246.

Fig. 247.

Fig. 248.

Graine ailée

Graine du Cotonnier

Graine du Cotonnier

du Pin.

(coupe).

(graine entière).

ailées comme celles du Pin (Hg. 246), velues comme celles du Cotonnier (fig. 247 et 248).

Toute la partie de la graine qui est ainsi recouverte et protégée par cet appareil tégumentaire, se nomme Yamande.

Googl

ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Le caractère essentiel de TAmande, c'est de contenir Yembryon, c'est-à-dire un individu nouveau, une petite plante en miniature, qui présentera bientôt les caractères de la plante dont cet embryon est appelé à conserver Tespèce.

On distingue dans Tembryon une petite tige, ou tigelle, une petite racine, ou radicule, un petit bourgeon, ou gemmule. Entre la radicule et la gemmule, on trouve la première feuille, ou les deux premières feuilles de Tembryon ; ces premières feuilles se nomment cotylédons. La figure 249 montre ces diverses parties sur un embryon d'Amandier.

Quand la plante n'a qu'une seule feuille germinative, ou qu'un seul cotylédon, comme le Ricin (fig. 250), le Blé, la Tulipe^ le

Fig. 249.

Fig. 250.

Fig. 251.

Kig. 252

Gemmule,

Embryon

Embryon du

Embryon

radicule

du Ricin

Potamégoton

de l'Amandier

et cotylédons.

(monocotylédone).

(monocotylédone).

(dicotylédone).

Palmier^ le Potamogéton (fig. 251), on dit que l'embryon est m^nocotylé et la plante monocotylédone. Quand il y en a deux, comme dans la Rose, YAm/indier (fig. 252), le Haricot, on dit qu'il est dicotylé, et la plante dicotylédone.

Les cotylédons du Ricin (fig. 250) sont minces et offrent à leur surface des nervures bien distinctes. Ils ressemblent à de petites feuilles; mais ceux de VAinandier, du Haricot, sont épais, charnus et ne présentent, au premier abord, rien qui ressemble à une feuille. C'est qu'ils ont subi des modifications profondes et essentielles, appropriées aux fonctions qu'ils doivent remplir dans l'acte de la germination.

Dans un grand nombre de cas, l'amande est exclusivement constituée par l'embryon, c'est-à-dire que la graine tout en-

tière n*est formée que de Tembryon et d'une enveloppe tégumentaire. Mais souvent aussi il se développe autour, ou à côté de Tembryon, un corps accessoire, complètement indépendant, sorte de réservoir de matière nutritive dans lequel l'embryon puise les substances nécessaires à son premier développement. Ce corps, c'est VaWumen. Quand Talbumen manque, ce sont les cotylédons qui le remplacent dans ses fonctions de nourrice de la jeune plante, et c*est dans ce but qu'ils subissent les modifications dont nous venons de parler. Ainsi dans la graine du Haricot, qui ne possède pas d'albumen, les cotylédons, trèsdéveloppés, sont tout gorgés de substances nutritives dont l'embryon tirera un excellent parti, et dont nous* provoquons la formation dans le jardinage, car elle constitue pour l'homme un bon aliment. Dans la graine du Ricin, qui renferme un albumen volumineux, les cotylédons conservent les caractères propres aux organes qu'ils représentent, ils sont minces et foliacés.

L'albumen varie beau- p.g ^53^ pjg. ^si. coupe

coup dans son volume, caryopse da Blé. de la graine du Lierre.

dans sa nature, dans la position par rapport à l'embryon. Il est très-considérable dans le Blé (fig. 253) et dans le Lierre (fig. 254) ; il est réduit à une couche mince dans les Keîmies.

L'embryon est placé latéralement à la base de l'albumen dans le Blé. Il entoure complé- ^.^ ^^., ^.^ „^

tement cet albumen dans coupe de la graine coupe de la graine

, ,-. „ , ^, de Nielle des champs. de l'Oxalis.

la Nielle des Champs

(fig. 252); il en est, au contraire, entouré de toutes parts dans

la graine de VOxalis (fig. 256).

192 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Arrêtons-nous un moment sur la structure de l'albumen et sur la nature chimique des éléments qu'il renferme.

L'albumen est toujours exclusivement formé de tissu cellulaire. On n'y observe ni fibres, ni vaisseaux. Ces cellules ont tantôt des parois minces comme dans le Ricin, le Blé et les autres céréales; tantôt leurs parois sont très-fortement épaissies, comme on peut le voir dans le tissu corné et résistant du noyau de la Datte (fig. 257), qui n'est autre chose que l'albumen de la graine.

Dans l'albumen du Blé et des autres céréales, c'est la fécule qui prédomine à Tintérieur des cellules de l'albumen.

La forme des grains amylacés qui varie

avec les espèces, n'est pas sans importance.

Fig. 257. Si Ton ajoute, en effet, à ce caractère, quel-

oraine coupée de Dattier, q^^g autres Considérations tirées de leur

grandeur et de la structure des grains d'amidon, on pourra reconnaître l'origine d'une fécule inconnue, par une simple

observation microscopique, et, d'un coup d'œil, découvrir ainsi la falsification d'une farine.

Les grains d'amidon du Blé (fig. 258) sont lenticulaires, ellipsoïdes, ovoïdes ; leur plus grand diamètre atteint à peine 0™'»,0325. Il est très-facile de les distinguer de ceux de la Pomme de terre Fig. 258. (fig- 259), qui sont géné-

Granules d'amidon du Blé vu au microscope. ralcmeutpluS VOlumiueUX,

ovoïdes, munis d'une ponctuation autour de laquelle on observe des zones plus ou moins régulières et plus ou moins marquées. Dans le Mais (fig. 260) les granules amylacés de la partie cornée de l'albumen sont polyédriques, et offrent presque tous une ponctuation placée à leur centre. #

Dans ÏAvoinej les granules d'amidon sont de plusieurs sortes. Il en est de simples, dont le contour peut être arrondi, ovoïde, fusiforme. Il en est qui sont formés de deux, trois, quatre ou d'un nombre un peu plus élevé, mais restreint, d'éléments. Enfin il en est de composés, qui sont sphériques ou ovoïdes, dont le diamètre peut atteindre jusqu'à cinq centièmes de millimètre et dont la surface est comme une mosaïque de segments polyédriques.

Fig. 259. Fig. 260.

Granules de fécule de Pomme de terre. Granules d*amidon de Maïs.

On trouve d'autres substances que l'amidon dans les cellules, à parois très-minces, de l'albumen du Ricin, comme dans les cellules, à parois très-épaisses, de l'albumen de la Datte. La matière grasse y abonde. Elles sont gorgées de corpuscules d'une structure complexe, et dont la nature chimique n'est pas encore complètement déterminée. Ces corpuscules, qui dans certaines plantes ne sont pas sans quelque ressemblance avec des grains d'amidon, ont reçu le nom de grains d'aleurorw. Plus ou moins solubles dans l'eau, ils se colorent en jaune par l'iode. Les grains d'amidon, au contraire, sont, comme on le sait, insolubles dans l'eau, et se colorent en bleu par l'iode.

194 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Après ces considérations morphologiques et anatomiques sur la graine, nous avons à dire quelques mots sur le transport, la vitalité, enfin sur le phénomène physiologique de la germination^

Le vent, les cours d*eau, les blocs de glace charriés par les mers septentrionales, Faction des animaux, enfin celle de rhomme, c*est-à-dire ses cultures, ses vaisseaux, ses marchandises, ses voyages, telles sont les causes, plus ou moins puissantes, qui opèrent le transport des graines d*un lieu à un autre.

Si l'on considère qu'une multitude de graines sont légères, velues, pourvues de sortes de petites ailes ou d'aigrettes, on comprendra que le vent soit la cause la plus générale et la plus ordinaire de la dissémination des germes végétaux sur toute la surface d'un pays. Les fleuves entraînent les graines des plantes à de grandes distances. Si leur cours va du nord au sud ou en sens inverse, ils portent les espèces végétales dans des climats où elles ne sauraient vivre. Mais si le fleuve coule de Test à Touest ou de l'ouest à Test, les graines végétales transportées par les eaux courantes d'un point à un autre du globe pourront étendre beaucoup les limites ordinaires de la végétation de ces plantes.

Les courants marins qui longent les côtes, ou qui passent d'une terre à une autre terre voisine, transportent les graines, d'étape en étape, pour ainsi dire. Dans ce dernier cas, les graines restent peu de temps dans l'eau ; par conséquent elles s'altèrent peu. En outre, la température graduée des localités successives qu'elles atteignent, est favorable à leur acclimatation et à leur développement ultérieur.

Le rôle des glaçons dans le transport des graines végétales ne manque pas d'une certaine importance. Les navigateurs des mers polaires ont souvent rencontré des glaçons chargés d'une masse énorme de débris, mêlés de terre et de graines. Des plantes végètent sur ces débris. Si le glaçon vient à échouer sur une côte éloignée, il y dépose les graines, qui bientôt produisent des plantes, lesquelles se répandent ensuite dans la contrée.

La dissémination des graines est, dit-on, favorisée par les migrations lointaines des oiseaux granivores. Cependant l'influence des oiseaux, dans le cas qui nous occupe, nous parait de peu d'importance. La plupart des oiseaux détruisent complètement

les graines en les digérant : ce n'est que par exception que les graines traversent, sans être détruites, le tube intestinal de ces animaux.

c Les oiseaux omnivores, dit de Candolle, recherchent souvent les baies qui contiennent de petites graines dures, comme les raisins , les figues, les framboises, les fraises, l'asperge, le gui, etc. Leur estomac n'est pas aussi destructeur que celui des gallinacés, et il parait que les petites gr^nes peuvent traverser leur canal alimentaire sans s'altérer. Lorsque ces oiseaux sont voyageurs, ce qui n'est pas rare dans les régions tempérées et boréales, ils peuvent emporter fort loin des graines, en particulier lorsqu'ils quittent à l'automne les pays du nord pour gagner le midi; car, à cette époque, il y a beaucoup de fruits mûrs dans la campagne. Les grives, dont plusieurs changent de pays, soit en Europe, soit en Amérique, peuvent ainsi transporter des espèces. Lorsqu'elles avalent une trop grande quantité de fruits à noyau, elles les digèrent mal et peuvent en semer les noyaux. C'est une observation de Linné, lequel assure aussi que l'alouette sème beaucoup de graines dans les champs. »

C'est par le même procédé, c'est-à-dire par une digestion incomplète des graines qui ont servi à leur alimentation, que certains quadrupèdes, particulièrement les herbivores, peuvent quelquefois transporter des graines d'un pays à l'autre. C'est ce qui arrive pour les Rennes , animaux qui vivent en troupes dans les plaines de Ja Sibérie, et qui, à une certaine époque, émigrent par bandes considérables. Tel est aussi le rôle que jouent des troupeaux de bétail que l'homme conduit souvent à de grandes distances dans nos climats européens et en général dans tous les pays civilisés.

L'action de l'homme pour la dissémination des graines végétales se manifeste de mille manières. Nous emprunterons à M. Alphonse de CandoUe quelques considérations intéressantes sur ce sujet.

« Les premières peuplades qui se sont répandues sur chaque continent, dit ce savant botaniste, ont porté probablement avec elles quelques espèces de plantes utiles et surtout quelques-unes de ces graines qui s'attachent aux vêtements et aux animaux domestiques et qui se développent bien dans le voisinage des habitations, près des fumiers, des terrains brûlés et des décombres. Plus une population est faible, plus elle est étrangère aux arts de la civilisation, plus ces premiers transports de graines sont insignifiants. Ensuite la population devenant plus dense, plus civilisée, l'agriculture ayant pris naissance et étendu son domaine, les occasions de transport se multiplient. Les peuples chasseurs ou pasteurs parcourent

196 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

sans doute d'assez vastes étendues de pays, mais les peuples cultivateurs préparent des terrains propres à recevoir des espèces nouvelles et, faisant venir les graines de leurs champs de pays plus ou moins éloignés, ils introduisent avec elles des plantes diverses dont plusieurs naturellement deviennent spontanées. Enfin, lorsque la guerre a créé de vastes empires et forcé les hommes à de nombreux voyages, lorsque la navigation s'est étendue, lorsque des terres nouvelles ont été mises en rapport avec les anciennes, que l'agriculture a pu exporter ses produits et que l'horticulture s'est mise à peupler les jardins de milliers d'espèces étrangères, alors les transports de graines sont devenus de plus en plus nombreux. Ils ont pris une influence tout à fait prépondérante sur les transports par des causes naturelles'. »

Le commerce qui, par ses vaisseaux, porte aux extrémités du globe les produits des échanges des peuples, qui fournit à l'Europe les produits du Nouveau-Monde, et lui rend, en échange, les productions de TAraérique, est quelquefois un agent indirect du transport des graines végétales. Les laines des moutons de Buenos-Ayres, du Mexique ou de la Plata, apportées en Europe, retiennent, engagées dans les toisons, des graines et des débris de plantes de ces contrées. Ces toisons arrivées en Europe, étant nettoyées, battues et lavées, les graines s'en détachent; elles peuvent alors germer sur ce nouveau terrain et transplanter sous nos climats des espèces végétales des régions situées au delà de T Atlantique. Au bord de la rivière du Lez, près de Montpellier, dans un lieu nommé Port-Juvénal ^ les laines d'Amérique sont reçues, pour être nettoyées, purifiées et vendues aux fabricants de draps de Lodève. Or les graines des plantes d'Amérique apportées par ces toisons ont fini par germer dans les environs du Porl-Juvénal, si bien que tous les botanistes célèbres de Montpellier, les de Candolle, les Dunal, les Delille, les Gordon, les Ch. Martins, ont vu et étudié dans cette petite région du midi de la France plusieurs espèces végétales empruntées à la flore de Buenos-Ayres ou du Mexique.

Combien de temps peut durer dans une graine la faculté de germer? Il est des graines qui perdent rapidement leur vie latente, ou, ce qui revient au même, leur faculté de germer. Il en est d'autres qui, placées dans les mêmes circonstances, conservent très-longtemps leur vitalité. Les graines de beaucoup de

l. Géographie botanique.

plantes de la tribu des Légumineuses germent encore plusieurs années après la récolte. Tout le monde a entendu dire que des graines de Haricot extraites, de nos jours, de Therbier de Tournefort, célèbre botaniste du dix-septième siècle, germèrent parfaitement. En 1824, on semait encore au jardin des Plantes de Paris des graines de Mimosa pudica récoltées à Saint-Domingue ^ en 1738.

Si les graines sont placées dans des conditions spéciales, à Tabri des agents atmosphériques, dans une terre plus ou moins sèche et tassée, par exemple dans des tombeaux ou des catacombes, leur vitalité peut se conserver un temps prodigieux. C'est un fait d'observation constante, qu'après la destruction d'une forêt, on voit apparaître sur remplacement qu'elle occupait jadis, une végétation nouvelle. On a admis, pour expliquer ce fait, que les graines des arbres enfouies à l'époque de l'existence de la forêt s'étaient conservées dans le sol, que leur vie avait été suspendue pendant un nombre d'années considérable, et que, sortant alors de leur sommeil léthargique, elles se développaient sous l'influence de conditions nouvelles et favorables à leur germination. Cette hypothèse est assez plausible dans un certain nombre de cas; toutefois, comme aucune expérience scientifique rigoureuse n'a été faite à ce sujet, il se pourrait que, dans le cas dont il s'agit, la renaissance des arbres soit due à un transport de graines étrangères, qui auraient germé dès que le sol, devenu libre, à été rendu à la lumière.

On cite des exemples presque merveilleux de la longévité des graines. M. Lindley, savant botaniste anglais, affirme que des graines de Framboises, trouvées dans un tombeau celtique qui comptait environ dix-sept cents ans d'existence, ont parfaitement germé, et donné des Framboisiers, qui existent encore aujourd'hui dans le jardin de la Société d'horticulture de Londres. M. Ch. Desmoulins assure que des graines de Luzerne lupidim^ de Bleuet et d'Héliotrope, trouvées dans des tombeaux romains, qui remontaient au deuxième ou au troisième siècle de Tère chrétienne, ont, non-seulement germé, mais donné naissance à des individus, qui ont ensuite fleuri et fructifié.

Il faut se tenir en garde contre de semblables prodiges. Si la nature, comme on l'a dit, est capable de tout, il ne faut ajouter

foi qu'aux faits rigoureusement établis, et redouter les mystifications et les mauvais tours que la malignité du vulgaire cherche à jouer à Tinfaillibililé des savants.

Nous allions oublier de parler de ces éternels grains de blé trouvés dans les tomlj^eaux de Tancienne Egypte. 11 est reconnu aujourd'hui que Ton a abusé, dans cette affaire, de la confiance et de la crédulité des voyageurs. Une variété de blé dite de Momie circule, il est vrai, parmi les agriculteurs, mais aucun fait authentique ne justifie son nom.

Si la durée de la vitalité des graines est très-variable, comme on vient de le voir, le temps nécessaire pour leur germination « ne Test pas moins. Certaines graines, comme celles du Cresson alènoiè, du Pavot, des céréales, germent en quelques jours. D'autres, comme celles du Pêcher, de Y Amandier, du Noisetier, du Rosier ^ exigent pour lever un an, ou même deux. Ces différences tiennent en partie à la grosseur des graines, à la dureté, à la nature osseuse de leurs téguments, et à la présence d*un noyau autour de la graine.

Il est des graines qui semblent pour ainsi dire tellement pressées de se développer, qu'elles germent dans le fruit même qui les renferme. Ce cas se présente assez fréquemment dans les Citrons, et chez certaines Cucurbitacées. L'embryon du Manglier^ arbre qui habite les marécages, l'embouchure des fleuves et les rivages de la mer dans les régions équinoxiales de l'Amérique, se développe dans le fruit attaché encore aux branches, et souvent on voit pendre de ce fruit une racine de plus d'un pied de longueur.

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