‹ Histoire des plantes (volume 3)Chapitre 24 sur 68 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Chaque plante qui croît à la surface de la terre ou dans les eaux, constitue une individualité distincte. L'examen attentif, la comparaison d'un certain nombre de ces individualités du monde végétal, conduiront tout observateur à reconnaître que plusieurs sont de tout point identiques, tand^js que d'autres ne présentent que quelques caractères communs. Examinez les individusplantes qui composent, par exemple, un champ d'avoine : chez tous, la racine, la tige, les feuilles, les fleurs, les fruits, offrent les mêmes caractères. Les graines de l'une quelconque de ces plantes donneront des plantes semblables à celles du champ. Tous les individus de ce champ appartiennent à une même espèce, à l'espèce Avoine.

L*espèce est donc la collection de tous les individus qui se ressemblent entre eux plus qu'ils ne ressemblent à d'autres, et qui par la génération reproduisent des individus semblables.

Ces espèce peuvent présenter, par suite de diverses influences, par l'action du climat, par la culture, des différences plus ou moins marquées, plus ou moins tenaces, qui les éloignent du type originaire. On leur donne, selon leur importance, les noms

de sous-variétés^ de variétés et de races. Le Blé^ la Vigne^ le Poirier^ le Pommier y la plupart de nos légumes, ont donné, sous Tinfluence d'une culture longtemps prolongée, des plantes plus ou moins éloignées les unes des autres par la forme extérieure, mais qui ont conservé les caractères essentiels de l'espèce dont elles font partie : ce sont des variétés de Blé^ de Vigne^ de Poirier^ de Pommier y etc.

La réunion d'un certain nombre d'espèces distinctes qui présentent le même aspect général, la même disposition dans les divers organes, la même structure de la fleur et du fruit, constitue un ensemble, un groupe, auquel on donne le nom de genre. La Rose à cent feuilles, la Rose églantineet la Rose du Bengale, sont trois espèces différentes d'un même groupe, ou genre : le genre Rosier. Le langage vulgaire, ou plutôt l'observation générale, avait créé, avant les études des savants, de véritables noms de genre. Les mots Chêne, Peuplier, Orge, sont des noms collectifs vulgaires, qui ont servi, avant la création des sciences naturelles, à désigner un certain groupe de plantes; ce sont de véritables noms de genres qui ont été créés par le public, et que les botanistes ont acceptéSjparce qu'ils étaient fondés sur une observation exacte. « Un homme dont les yeux et l'intelligence s'ouvriraient subitement, dit Pyramus de Candolle, remarquerait dans le règne végétal certains groupes supérieurs que nous appelons genres avant de discerner des espèces. » ^

C'est un botaniste français, Tournefort, qui, le premier, définit et limita nettement le genre dans les végétaux, et lui donna sa formule, déduite des caractères communs aux espèces qu'il renferme. La plupart des genres créés par Tournefort sont restés dans la science, ce qui montre toute la valeur des caractères qui avaient servi à les établir.

Professeur de botanique au Jardin des Plantes de Paris sous Louis XIV, Tournefort publia en 1694 ses Éléments de Botanique. Dans ce livre célèbre, Tournefort débrouille le chaos où la science des végétaux était plongée depuis Théophraste et Dioscoride. Séparant les genres et les espèces par des phrases caractéristiques, il décrit six cent quatre-vingt-dix-huit genres et dix mille cent quarante-six espèces. Il fait connaître, en même temps, un système de classification des plantes, éminemment se-

SYSTEME DE TOURNEPORT. 221

duisanr, surtout si Ton se reporte au temps oii ce système apparut. En effet, le botaniste français dirigeait Tattention et Tesprit de l'observateur sur la partie des plantes la plus propre à exciter son admiration, c'est-à-dire sur les différentes formes de la corolle de la fleur.

Fig. 276. Tonrnefort.

En choisissant les formes de la corolle comme base de sa classification, Tournefort a peut-être plus contribué aux progrès de la botanique que les plus savants naturalistes de son époque. Il a su plaire en instruisant. En prenant pour objet de détermination scientifique les parties les plus séduisantes du vé-

gétal, celles qui nous charment et nous récréent, il fit autant d'adeptes de ceux, qui jusque-là n'avaient vu dans la contemplation des plantes qu'une distraction agréable.

Jetons un coup d'oeil sur ce système de classification, le premier que la science ait possédé.

Tournefort établit d'abord deux grandes divisions dans le règne végétal : les fierbes et les arbres. Les fleurs des herbes sont munies ou non d'une corolle; — elles sont simples ou composées; — la corolle est monopétale ou polypétale ; — la corolle est régulière ou irrégulière. Ces considérations suffisent à Tournefort pour la classification des végétaux herbacés.

Quant aux arbres, leur fleur est pourvue ou non d'une corolle, c'est-à-dire apétaîée ou pétalée ; — les arbres apétales ont les fleurs disposées ou non en chaton ; — les arbres pétales ont la corolle régulière ou irrégulière.

Nous allons mettre sous les yeux du lecteur le tableau de la distribution des espèces végétales selon le système de Tournefort , en commençant par les arbres.

Page 1