‹ Histoire des plantes (volume 3)Chapitre 63 sur 68 · SUR LE GLOBE · texte numérisé non relu

SUR LE GLOBE

Linné, dont le singulier génie a deviné presque toutes les conquêtes réservées un jour à la science des végétaux, posa les premières bases de la géographie botanique. Dans les prolégomènes de sa Flore lapone , l'immortel botaniste d'Upsal disait , dans le style poétique et concis qui lui est propre :

f La dynastie des Palmiers règne sur les parties les plus chaudes du globe, les zones tropicales sont habitées par des peuplades d'arbustes et d'arbrisseaux, une riche couronne de plantes entoure les plages de l'Europe méridionale, des troupes de vertes Graminées occupent la Hollande et le Danemark, de nombreuses tribus de Mousses sont cantonnées dans la Suède ; mais les Algues blafardes et les blancs Lichens végètent seuls dans la froide Laponie, la plus reculée des terres habitables. Les derniers des végétaux vivent seuls dans la dernière des terres. »

Ces modifications dans la distribution des plantes que Linné avait observées] en marchant du sud [au nord, pendant son voyage en Laponie, Tournefort les avait]déjà remarquées lorsqu'il s'élevait, pendant son voyage en Arménie, sur les flancs du mont Ararat. Au pied de cette montagne célèbre, il voyait les plantes d'Arménie ; il trouvait plus haut celles d'Halle/ plus

haut encore celles de Paris ; au-dessus se montraient les plantes de la Suède; enfin, dans le voisinage des neiges éternelles, celles de la Laponie.

« Les végétaux qui couvrent la terre, disait BufTon, et qui y sont encore attachés de plus près que Tanimal qui broute, participent aussi plus que lui à la nature du climat. Chaque pays, chaque degré de température a ses plantes particulières. On trouve au pied des Alpes celles de France et d'Italie ; on trouve à leur sommet celles des pays du nord. On retrouve ces mômes plantes du nord sur les sommets glacés des montagnes d'Afrique. Sur les monts qui séparent l'empire du Mogol du royaume de Cachemire, on voit du côté du midi toutes les plantes des Indes, et Ton est surpris de ne voir de l'autre côté que des plantes d'Europe. C'est aussi des climats excessifs que l'on tire les drogues, les parfums, les poisons, et toutes les plantes dont les qualités sont excessives. Le climat tempéré ne produit au contraire que des choses tempérées : les herbes les plus douces, les légumes les plus sains, les fruits les plus suaves, les animaux les plus tranquilles, les honunes les plus polis, sont l'apanage de ces heureux climats, j

Telles sont les vues par lesquelles des hommes de génie préludaient aux découvertes que notre temps a vues naître concernant la distribution géographique des plantes.

Au commencement du dix-neuvième siècle, la géographie botanique trouvait son créateur dans Alexandre de Humboldt, génie vraiment universel et qui a marqué sa trace dans toutes les sciences modernes. Au retour de son voyage dans les régions équinoxiales de l'Amérique, de Humboldt établissait, dans un de ses plus beaux mémoires, que c'est la prédominance de telle ou telle forme végétale qui nous fait reconnaître immédiatement une contrée. Les Pins et les Sapins nous transportent dans le nord ou sur les hautes montagnes de l'Europe, les Chities et les Hêtres dans la zone tempérée, les Oliviers dans le midi, les Palmiers dans les régions intertropicales ; le cap de Bonne-Espérance est la patrie des Bruyères et le Mexique celle des Orchidées, Dans un autre mémoire, de Humboldt cherche à évaluer le nombre total des végétaux répandus à la surface du globe, et il étudie l'influence du climat sur leur distribution. Pour la première fois, il établit clairement que des points également distants de l'équateur et également élevés au-dessus de la mer peuvent avoir néanmoins des climats dissemblables^

tandis que des contrées situées sous des parallèles très-éloignés l'un de Tautre ont des climats analogues.

Les voyages des naturalistes de notre siècle dans toutes les parties du globe ont établi aux yeux des botanistes les caractères de la végétation propre à chaque climat, et mis en évidence des contrastes dont nous essayerons de donner au lecteur une idée succincte, mais suffisante. Les recherches de ces voyageurs, comme les travaux des botanistes descripteurs, ont permis de donner une certaine précision aux principes de la géographie botanique, que nous allons étudier dans ce chapitre.

Établissons, avant d'aller plus loin, le nombre approximatif des espèces végétales qui habitent notre globe. Les appréciations ont nécessairement varié dans cette sorte de statistique des plantes, à mesure que s'est accru Tinventaire de nos richesses naturelles. Linné, en 1753, connaissait 6000 espèces végétales; Persoon, en 1807, on comptait 26000. En 1824, Stendel en portait le nombre à 50 000, et en 1844 à 95 000. Les livres et les herbiers contiennent aujourd'hui environ 120000 espèces. Du nombre des espèces décrites, les botanistes ont pu conclure au nombre total des espèces existantes. Par un calcul ingénieux de l'espace occupé sur le globe terrestre par une espèce végétale, M. Alphonse de CandoUe a cru pouvoir inférer que ce nombre ne saurait être au-dessous de 400 000 à 500 000.

Nous avons dit qu'en 1844 on connaissait 95 000 espèces de plantes; sur ce nombre, 80 000 sont phanérogames ou cotylédonées; 15 000 cryptogames ou acotylédonées. Parmi les cotylédonées, 65 000 appartiennent aux dicotylédones et 15 000 aux monocotylédones.

Tel est donc le budget général de la Flore terrestre.

La proportion numérique des espèces appartenant aux phanérogames ou aux cryptogames varie selon les latitudes du globe. A mesure qu'on s'avance vers le nord, le nombre des cryptogames augmente ; celui des phanérogames croit si l'on marche vers l'équateur. Dans les zones froides ou tempérées, les cryptogames sont d'humbles végétaux qui s'élèvent à peine au-dessus de la surface du sol ; mais dans les régions brûlantes des tropiques, d'élégantes Fougères arborescentes s'élèvent à la hauteur des plus grands Palmiers.

La végétation de chaque espèce correspond à un intervalle déterminé de l'échelle du thermomètre, et cet intervalle n'est pas le même pour toutes les plantes. Le Mélèze et le Bouleau nain résistent à des froids de — 40 degrés, tandis que beaucoup de Palmiers f d'Orchidées et de Fougères arborescentes n'attendent pas pour mourir que le thermomètre soit descendu à + 10 degrés. Pendant que les plantes alpines ou septentrionales soumises à cette même température de + 10 degrés se flétrissent au bout de quelques jours, d'autres plantes s*accommodent des sables brûlants de l'Afrique, dont la température atteint souvent 60 à 72 degrés centigrades.

Il est un autre point thermométrique important à considérer: c'est le degré auquel chaque espèce commence à entrer en végétation. Les chdj^mdintes Soldanelles des hautes montagnes germent et fleurissent à la température de zéro, tandis que les Cocotiers et les végétaux de la zone torride sont insensibles aux températures qui n'atteignent pas 15 ou 20 degrés.

La plante une fois en végétation, quelle est la température nécessaire pour amener l'épanouissement des fleurs et la maturation des fruits ? La végétation de l'Orne, la céréale qui s'avance le plus vers le nord, commence lorsque le thermomètre dépasse seulement -}- 5 degrés. Si donc on veut déterminer avec précision la somme de chaleur qu'une plante doit nécessairement accumuler pour parcourir toutes les phases de son développement jusqu'à la maturité de la graine, il ne faut pas tenir compte des températures inférieures à -|- 5 degrés, maïs additionner les températures moyennes de chaque jour où le thermomètre a dépassé + 5 degrés. On a trouvé, en procédant ainsi, que, dans les hautes latitudes, V(h*ge mûrit lorsqu'elle reçoit une somme de chaleur de 1500 degrés. Pour que le grain de Blé mûrisse, il lui faut une accumulation d'environ 2000 degrés de chaleur. La Vigne j pour produire un vin potable, exige 2900 degrés à partir du jour où la moyenne est de-j- 10 degrés.

On comprend maintenant pourquoi certains végétaux vivent dans un pays sans y donner de fleurs , d'autres sans y porter de fruits : c'est que la somme de chaleur de tel climat, qui est suffisante pour développer leurs feuilles, ne Test pas pour faire épanouir leurs fleurs, à plus forte raison pour mûrir leurs fruits.

L'influence de la température sur la végétation est tellement marquée, que Ton peut à peine citer quelques espèces cosmopolites. La plupart des végétaux habitent une zone déterminée et n'en sortent pas. Le froid les empêche de franchir ces limites vers le nord; la chaleur, de les dépasser vers le sud. Ils ont tous une limite polaire et une limite tropicale.

L'humidité de l'atmosphère, l'influence du sol ont, d'autre part, une notable influence sur la distribution géographique des plantes.

Il faut enfin très-sérieusement considérer, pour la vie des plantes de diflérentes espèces, l'influence de l'élévation des lieux. A mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, la température s'abaisse, et cet abaissement de température est si prompt, qu'une ascension de quelques heures sur une montagne peut faire passer par tous les degrés de températuire décroissante.- D'où il suit qu'une haute montagne située sous l'équateur, et qui est revêtue à sa base d'une riche végétation, tandis qu'elle est couverte, à son sommet, de neiges éternelles, présente, réunie dans un espace borné, toute la diversité de végétation que le voyageur rencontrerait s'il se transportait de l'équateur au pôle. Nous reviendrons, au reste, avec détail, à la fin de ce chapitre, sur la végétation des montagnes.

Après ces considérations sur les causes principales qui président à la distribution géographique des plantes, nous ferons connaître les grandes circonscriptions botaniques, ou les zones de végétation^ qui résultent de la distribution des divers végétaux sur le globe.

On peut diviser, sous le rapport botanique, la surface de la terre en trois grandes zones : !• la zone torride, ou tropicale^ qui est comprise entre les tropiques, c'est-à-dire entre les 24" degrés de latitude nord et sud ; 2*» la zone tempérée, qui, dans chaque hémisphère, s'étend des tropiques au cercle polaire; 3* la zone polaire, qui, dans l'un et l'autre hémisphère, forme une sorte de calotte ayant pour centre le pôle et pour base le cercle polaire.

La zone tropicale, qui reçoit d'aplomb les rayons solaires, est à peu près exempte d'hiver. Elle contient les régions les plus chaudes du globe. L'année s'y partage en deux saisons : l'une sèche

et brûlante, pendant laquelle la végétation est sensiblement suspendue ; l'autre pluvieuse, pendant laquelle la végétation se ranime. Cette large zone qui traverse des continents et des îles de toute grandeur, et que sillonnent d'immenses chaînes de hautes montagnes, présente des climats assez divers, et donne des productions qui sont loin de se ressembler toutes. Aussi est-on forcé de la subdiviser en trois zones secondaires.

La zone tropicale moyenne, ou zoneéquatoriale, s'étend du 15* degré au nord de Téquateur au 15« degré au sud. Les deux autres, ou les zones tropicales proprement dites, occupent de chaque côté de la zone équatoriale le reste de l'espace jusqu'au 24« degré.

Les deux zones tempérées sont contiguës d'un côté à la zone torride, de l'autre aux régions glacées du pôle, sur un espace de 42 degrés de latitude. Elles offrent, comme la zone tropicale, une grande variété de climats et de produits végétaux. Aussi les a-t-on subdivisées, au point de vue de l'histoire naturelle, en quatre zones secondaires, qui ont reçu les noms de zone jtwî(atropicalcj tempérée chaude, tempkée froide et arctique.

La zone polaire comprend les régions du globe communément nommées régions polaires^ qui s'étendent du 60» au 80* degré de latitude nord.

Nous ne suivrons pas, dans l'exposé qui va suivre. Tordre de ces régions naturelles. Le motif de cette détermination ressortira sufflsamment des lignes suivantes du Traité de M. Alphonse de Candolle sur la Géographie botanique raisonnée,

f Je tiens, dit le savant botaniste de Genève, les divisions du globe par régions, proposées jusqu'à présent, pour des systèmes artificiels, en grande partie. Les règles en sont trop arbitraires, et les régions obtenues ne sont ni semblables dans ]a majorité des livres, ni reconnues par le consentement du plus grand nombre des botanistes. >

Nous croyons plus simple, au lieu de ces régions naturelles sur lesquelles les botanistes, on le voit,*ne sont pas d'accord entre eux, de considérer à part, pour donner une idée de la végétation de leurs différentes zones, les cinq parties géographiques du monde : l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique et l'Australie.

On peutdistinguer en Europe trois grandes régions botaniques : 1** la région septentrionale; 2*» la région moyenne; 3* la région méridionale, ou méditerranéenne.

Région septentrionale, — La région septentrionale comprend la

Fig. 408. Paysage norwégien.

Laponie, l'Islande, les provinces septentrionales de la Suède, de la Norwége et de la Russie.

La végétation y est peu variée. Les espèces ligneuses n'y forment que la centième partie de tous les végétaux que Ton y rencontre. Les cryptogames y prédominent. Les arbres sont principalement représentés par les Conifères et les Amentacés. Sauf

quelques exceptions légères et accidentelles, le Chiney le Noisetier et le Peuplier s'arrêtent au 60* degré de latitude; le Frêne au 61«; le Hêtre et le Tilleul au 63*; les Conifères au 67* , VOrge et V Avoine peuvent être cultivées jusqu'au 70* parallèle nord. Le Spitzberg, nie la plus septentrionale de l'Europe, situé entre 76® 30' et 81* de latitude septentrionale, ne renferme que quatre-vingt-treize espèces phanérogames, appartenant principalement aux familles des Graminées, des Crucifères, desCaryophyllées, desSaxifragées, des Renonculacées et des Synanthérées. Parmi ces plantes, il n'y a pas un seul arbre, ni un seul arbuste, mais seulement un sousarbrisseau, YErr^etrum nigrum, et deux petits Saules rampants.

La figure 408 donne une idée générale de la végétation dans les froides contrées de la Norwége.

M. Charles Martins, auquel la géographie botanique doit tant de belles observations, a fait un très-intéressant voyage le long des côtes occidentales de la Norwége, de Drontheim au cap Nord. Le lecteur trouvera ici avec plaisir quelques traits du tableau pittoresque que le voyageur a tracé de cette végétation septentrionale :

t Le 28 juin, ditle savant professeur de la Faculté de Montpellier, nous arrivâmes à Drontheim. En débarquant, je fus surpris de voir des Cerisiers portant des fruits gros comme des pois. Les Lilas , le Sorbier des oiseleurs, le Cassis, Plris germanica étaient couverts de fleurs épanouies. Mon êtonnement cessa lorsque j'appris que le printemps avait été très-beau. L'arbre le plus conmiun dans les jardins et dans les rues de la ville est le Sorbier des oiseleurs. J'y remarquai quatre Chênes {Quercus robur)^ qui paraissaient souffrir du froid. En effet, sur la côte occidentale de Norwége la limite latitudinale naturelle du Chêne est à un demi-degré au sud de Drontheim.

Le Frêne est un arbre plus robuste , mais qui acquiert des dimensions moins considérables que le Chêne en Suède; c'est à la latitude de 61* 18' que j'ai remarqué les derniers Frênes. Le Tilleul peut vivre à Drontheim, comme le Peuplier baumier et le Marronnier d'Inde. Le Lilas conmiun fleurit dans tous les jardins. Tous les arbres à fruits ne peuvent être cultivés qu'en espalier. Même dans les expositions les plus favorables, les Fournies, les Poires et les Prunes ne mûrissent pas tous les ans. Aux environs de Drontheim, des bouquets d'Aunes, de Bouleaux et de Sapins, entremêlés de Frênes, d'Érables, de Trembles, de Cerisiers à grappe, de Noisetiers, de Genévriers et de Saules, couronnent les points culminants. Les champs cultivés s'étendent dans les localités sèches et bien exposées, tandis que les prairies occupent les bas-fonds. Ce frais paysage a quelque

chose de sévère et de froid qui plaît à là longue. C'est un beau cadre pour une existence calme et uniforme.

Vers le nord, je poussai jusqu'au cap Ladehamer, qui porte une couronne de Bouleaux au léger feuillage; vers Test, jusqu'à la cascade de Leerfes, où les eaux écumeusesduNidelven se précipitent au milieu d'une noire forêt de Sapins. J'y arrivai à l'heure de minuit. L'aurore et le crépuscule, qui se confondaient ensemble à l'horizon, projetaient sur le paysage une lumière douteuse ; car, à cette époque de l'année et à cette latitude, le soleil plonge à peine au-dessous de l'horizon, et les vives clartés qui brillent au ciel dans la direction du nord annoncent que l'astre ne tardera pas à reparaître, pour décrire de nouveau une circonférence à peine interrompue dans le point où il disparaît pendant quelques heures derrière les montagnes voisines....

Dans les champs et au bord des chemins, je trouvai un grand nombre de plantes de France qui habitent la môme station....

Cependant l'œil du botaniste était réjoui par la vue de quelques végétaux appartenant à la flore des régions boréales, des Alpes ou des bords de la mer. Dans les buissons, il découvre les Géranium sylvaticum, Ancolie des Alpes, Aconit septentrional, Pédiculaire de Laponie, Trientalis d'Europe, Paris à quatre feuilles; dans les lieux découverts : le Cornouiller de Suède, le Vaccinium vitis idaea, la Renouée vivipare, le Poa des Alpes ; dans les marais : l'Airelle fangeuse, la Benoi te des ruisseaux, etc.; sur les sables du rivage de la mer : le Plantain maritime , le Glaux maritime, le Triglochin maritime, l'Élyme des sables, etc. i

Dans les premiers jours de juillet, le voyageur arrive à Hildringen, bureau de poste situé sur la frontière du NonUand et du gouvernement de Drontheim, sous la latitude de 65* 15'. Il gravit une montagne, dont le sommet dénudé s'élevait à 635 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa végétation ressemblait à celle des sommets de la chaîne des Alpes; le Saule et la Oiapensie des Lapons rappelaient seuls au botaniste qu'il était en Norwége.

f A Bodoô, par 67^ W, je vis pour la première fois des maisons couvertes en tourbe, sur lesquelles croissait une herbe touffue. Suivant mon habitude, j'examinai d'abord les végétaux cultivés, mais je ne vis ^e des Pommes de terre, des Pois, des Radis, des Groseilliers sans fruits et quelques champs d'Orge et de Seigle.

Dans les prés, au niveau de la mer, je trouvai quelques plantes qui m'auraient démontré, à défaut de toute autre preuve, combien le climat de ce pays se rapproche de celui des régions alpines les plus élevées. C'étaient la Dryade à huit pétales, la Silène acaule, l'Arctostaphylos, l'Alchemille et la Bartsie des Alpes ; à côté d'elles, se trouvaient de ces végétaux propres aux régions septentrionales, mais qui n'existent pas daùs les Alpes, savoir : l'Aconit septentrional, le Draba blanc, la Tofieldie

boréale, le Pigamon alpin, etc. Cependant quelques-unes des plantes les plus vulgaires des environs de Paris, comme le Pissenlit, le Tussilage farfara, la Mille -feuille, la Cardamine des prés, la Violette de chien, etc., semblaient un souvenir de la patrie jeté au milieu de cette végétation boréale. >

Arrivons enfin à Hammerfest, par 70® 40' de latitude nord. Ici toute culture a disparu. C'est vers le commerce que sont tournés tous les efforts, et c'est par curiosité plutôt que dans un but d'utilité que l'on cultive un certain nombre de légumes.

c Près de la ville, dit M. Ch. Martins, je remarquai de belles prairies, que Ton fauche une fois Tan, et des troupeaux de' rennes moitié sauvages paissent librement dans Pile. On se tromperait si l'on se figurait l'aspect d'Hammerfest comme celui d'une ville triste et sonfibre. La rue principale se compose de belles maisons en bois, neuves et brillantes de propreté ; ce sont les habitations des riches. Celles des pauvres, plus basses et plus vieilles, empruntent un charme particulier aux gazons fleuris dont elles sont couvertes. Le toit est formé de grosses mottes de terre et une foule de4)lantes y germent et y poussent vigoureusement. En voyant ces jardins aériens, j'ai pour la première fois bien compris cette indication de localité, in tectis^ que l'on trouve si souvent dans les écrits de Linné. C'est en effet sur les toits qu'il faut herboriser à Hammerfest, et souvent j'ai emprunté une échelle chez le propriétaire de la maison, pour aller cueillir les plantes qui croissaient autour de sa cheminée. Celles qu'on y trouve le plus souvent sont : Cochlearia anglica, Lychnis sylvestre. Chrysanthème inodore, Thlaspi bourse à pasteur, Poa des prés et des champs. En automne, lorsque les fleurs jaunes du Chrysanthème inodore sont largement épanouies au milieu d'un gazon verdoyant, ces prairies suspendues rivalisent de beauté avec celles de nos climats et donnent à la ville une physionomie riante, qui contraste heureusement avec la nature sévère qui l'environne. La Renoncule glaciale, l'Arabis des Alpes, le Silène acaule, la Saxifrage des neiges, des Airelles, le Diapensia de Laponie, des Saules nains comme le Saule réticulé, l'herbacé, etc., etc., croissaient dans les environs. •

Enfin le voyageur arrive au voisinage du cap Nord, par 71* de latitude.

c Combien je fus surpris agréablement en descendant à terre de me trouver au miUeu de la plus riche prairie subalpine qu'on puisse voir! L'herbe haute et touffue me venait aux genoux, et je trouvais à l'extrémité de l'Europe les fleurs que j'avais admirées si souvent au pied des Alpes de la Suisse ; c'étaient elles, aussi vigoureuses, aussibrillantes et plus grandes que dans leurs montagnes : Trolle d'Europe, Alchémille, Géranium des bois, Épervière des Alpes, Renouée vivipare, Phléau alpin, Poa des Alpes. A droite, s'élevait la masse imposante du cap Nord, escarpée, inac-

cessible ; devant nous se déroulait une pente roide mais verdoyante, qui permettait d'atteindre le sommet en contournant la base de la montagne. C'est par là que nous montâmes. Je recueillais avec ardeur toutes les plantes qui s'offraient à ma vue ; il me semblait qu'elles avaient un intérêt particulier, comme étant pour ainsi dire les plus robustes et les plus aventureuses de toutes leurs sœurs européennes. Je me plaisais à retrouver parmi elles des végétaux des environs de Paris. Ils me semblaient dépaysés, comme moi, sur ce noir rocher battu par les flots. J'étais tenté de leur demander pourquoi elles avaient quitté les lisières des champs cultivés et les ombrages paisibles du bois de Meudon, où elles recevaient les hommages des botanistes parisiens, pour vivre tristement parmi des étrangers : c'étaient la Reine des prés, le Céraiste des champs, la Bourse à pasteur, le Pissenlit, la Verge d'or, etc. Néanmoins les plantes boréales ou alpines étaient en majorité sur ces pentes. J'y trouvai : le Pigamon des Alpes, la Pédiculaire laponne, le Saule réticulé, la Gentiane des neiges, le Cornouiller de Suède, ^tc.

« Le sommet le plus élevé du cap Nord est à 308 mètres au-dessus de la mer. Il est surmonté d'un petit rocher sur lequel les voyageurs gravent leur nom. Même ce dernier rocher n'était pas dépourvu de toute végétation ; les petites plaques circulaires de la Parmélie saxatile et de l'Ombilicaire rongée (qui sont des Lichens), noires conmie la roche, s'étaient attachées à elle, et une petite mousse microscopique se cachait dans ses fentes. Sur le plateau, il y avait aussi quelques plantes souflreteuses, dé- .pouillées par les vents, couchées sur le sol, et cherchant abri derrière les plis du terrain qui pouvaient les protéger contre les rafales continuelles qui balayent le cap Nord. Parmi les arbrisseaux, je trouvai encore le Bouleau nain, le Chamélédon couché. Les plantes herbacées n'étaient guère plus nombreuses : c'étaient le Silène acaule, la ûiapensie des Lapons, la Saxifrage à feuilles opposées, etc. »

Région moyenne, — La région moyenne de l'Europe se compose de tous les pays qui forment les provinces du midi de la Russie, l'Allemagne, la Hollande, la Belgique, la Suisse, le Tyrol, les Iles Britanniques, Tltalie supérieure et la plus grande partie de la France. Cette région, dont les limites rigoureuses seraient difficiles à tracer, est bien distincte de la précédente. Elle est plus douce, plus tempérée ; ses forêts sont essentiellement composées du Chêne commun ou Quercus robur, auquel se mêlent le Châtaignier, le Hêtre, le Bouleau, YOrme, le Charme, VAunCy etc. Mais le Chêne prédomine. Ces arbres, qui perdent leurs feuilles pendant Fhiver, donnent au paysage une physionomie toute particulière et qui varie avec les saisons.

Cette région est presque partout favorable à la culture des céréales. Une ligne oblique, diversement infléchie dans sa

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longueur, qui va de Touest à Test (vers les 47« et 48' parallèles), et remonte un peu plus vers le nord dans cette dernière direction, la divise en deux zones : lune septentrionale, dans laquelle la Vigne et le Mûrier ne peuvent supporter les rigueurs de l'hiver, dont les forêts se composent souvent de Conifères, où la culture de la Vigne est remplacée par celle du Pommier et du Poirier, et qui renferme plus de Cypéracées, de Rocacées et de Crucifères que la suivante ; l'autre méridionaky caractérisée par la culture de la Vigne, du Mûrier , du Mais, et dans laquelle commencent à prédominer les plantes de la famille des Labiées.

La figure 406, qui représente une Fue des bords de la Loire en France, donne une idée de la végétation de la région moyenne de l'Europe.

Région méridionale. — La Méditerranée forme un vaste bassin dont les bords présentent une végétation, sinon identique, au moins analogue, sur les différents points de son étendue. Les Labiées y abondent, et quelquefois remplissent les airs de leurs suaves parfums. Il faut joindre à ces familles les Caryophyllées, Cistinées, Liliacées et Borraginées. La région méditerranéenne, tire un de ses principaux caractères de vastes terrains incultes où dominent le Chêne à keiynès, les Phyliirea, le Chêne vert et diverses Labiées sous -frutescentes. On retrouve partout ces plantes en Italie, en Espagne, en Grèce, en Algérie et dans le nord de TAsie Mineure. Cependant une végétation nouvelle apparaît à Rhodes et à Jaffa ; elle se relie à celle de TÉgypte.

La végétation de la région méditerranéenne offre le plus souvent un aspect agréable et riant. Des bosquets de Myrtes odorants, d'Arbousiers, de Gattiliers aromatiques, se pressent au bord de la mer. De magnifiques Lauriers -roses, dont les poètes oht chanté les nobles et élégantes fleurs, dessinent de loin le bord des ruisseaux. En Italie, en Sicile, en Espagne, Y Oranger se couvre presque sans interruption de fleurs et de fruits. Les Cactus raquettes (Opuntia vulgaris), les Agaves, espèces africaines, devenues ici presque indigènes, forment des haies impénétrables dans les parties méridionales de ces mêmes contrées, auxquelles elles donnent un aspect très-pittoresque et très-caractéristique. Les forêts y sont essentiellement formées parle Chêne vert (Quercus ilex), dont les feuilles persistent jusqu'à la fin de

la troisième année, et dont les glands, qui ont une saveur agréable, servent à la nourriture de Thomme; par le Chéne^iége {Quercus suber)^ auquel se mélangent des arbustes caractéristiques, comme YErica arborea, de nombreuses espèces de Cistes à fleurs éphémères, souvent aussi grandes que brillantes, des Cytises, des Genêts odorants, etc.

Parmi les autres espèces caractéristiques de ces heureuses régions, nous citerons des Cyprès, des Pins pignons, Pins d'Alep, Pins laricio, des Platanes, et particulièrement YOlivier, qu'on rencontre à peine ailleurs, le Lentisque, le Caroubier, le Grenadier et le Pistachier.

Sur une grande partie des côtes méridionales de la Sicile, un Palmier, le Chamœrops humilis, agite ses palmes en éventail, pendant que, dans le voisinage des habitations, le Dattier élève quelquefois, du sein de groupes d'Orangers et de Citronniers, son long stipe, couronné d'un élégant panache de feuilles découpées et pendantes.

Il faudrait un volume pour donner une idée de la végétation si riche et si variée de l'Asie. Nous nous bornerons à présenter un tableau rapide des végétaux caractéristiques propres aux régions septentrionale, centrale et méridionale de cette partie du monde.

Région septentrionale: — La Sibérie forme une région botanique qui a beaucoup de rapports, d'un côté avec la région hyperboréenne de l'Europe, et d'un autre côté avec la région moyenne. Cependant elle tire un caractère particulier de la prédominance de certaines familles, comme les Légumineuses, les fienonculacées, les Crucifères, les Liliacées, les Ombellifères. Quelques genres s'y font aussi remarquer par le grand nombre de leurs espèces. Nous citerons à cet égard le genre Astragale parmi les Légumineuses, le genre 5pir^ parmi les Rosacées, le genre Armoise parmi les Composées, le genre Rhubarbe parmi les Polygonées.

« Là où la chaleur moyenne annuelle est seulement d'environ 2 à 6* au-dessous de zéro, nous ne pouvons attendre de la couver-

ture végétale des conditions bien variées. Des forêts à feuilles acérées sont formées par le Mélèze de Sibérie , le Mélèze danrique, le Pin de Sibérie, le Pin cimbrique, le Pin sylvestre, etc. Des Peupliers blancs et balsamiques isolés , des espèces naines de Bouleaux, des Cormiers, des Bourdaines, des Aunes, des Saules les accompagnent, pendant que des Myrtiliers et des Roses des Alpes en forment le taillis.... La composition de la Flore des steppes du Kamtchatka ne s'éloigne pas de celle des pâturages de l'Europe centrale, et plus on se représente ces pâturages comme stériles, plus on est agréablement surpris à la vue des Tulipes, des Iris, ces gracieux ornements que le printemps mêle au gazon. Mais l'Absinthe grisâtre et monotone leur succède....

« Humboldt assigne aux forêts de l'Oural le caractère de la végétation d'un parc, vu qu'elles offrent alternativement un mélange d'arbres à feuilles acérées et à feuilles rondes, et de magnifiques pelouses. Cet ensemble est complété par des broussailles formées de Rosiers sauvages, de Chèvrefeuilles, de Genévriers, pendant que l'Hespéris, la Polémoine bleue, la Cortuse de Matthiole, de magnifiques Primevères et Dauphinelles, forment des tapis de fleurs, et que le trèfle d'eau aux fleurs blanches si délicatement découpées fait la grâce des marais.... Humboldt vit de môme, sur les bords de Tlrtisch, de grands espaces entièrement colorés en rouge par les Épilobes, auxquels s'associaient ailleurs les hautes tiges des Delphinium à fleurs bleues, ou celles de l'œillet rouge feu {Lychnis cakedonica), »

Ces fragments de tableaux , que nous empruntons à l'ouvrage de Mùlier, les Merveilles du monde végétal ^ enlèveront sans doute un peu de cet aspect triste et désolé qu'on prête si aisément aux vastes régions de l'Asie septentrionale. ,

Région centrale. — Transportons-nous maintenant dans l'Asie centrale, dans la région chinoise et japonaise (Japon et nord de la Chine). C'est dans cette région que se trouvent ces MagnoliaSy à grandes feuilles, à fleurs magnifiques, dont la culture se répand dans nos jardins et leur donne une physionomie particulière ; — ces Camellias que l'Europe a naturalisés dans ses serres, dont le feuillage persistant et les larges fleurs font Tadration des artistes, et dont on compte aujourd'hui plus de 700 va-

riétés; — le Thé {Thea simnsis), aux feuilles si précieuses et dont on importe annuellement en Europe plus de dix millions de kilogrammes; — VAucuba^ aux feuilles coriaces et panachées, qui fait aujourd'hui Tomement des squares parisiens; — le Kersa^ dont les fleurs jaunes deviennent doubles par la culture et figurent des roses-pompons; — enfin les genres Cèlastre^ Houx, Fmairij Lagerstrôme, Spirée^ Chalef, etc.

Les arbres et arbrisseaux remarquables sont, en outre, le Palmier élégant, connu sous le nom de Rhapis flnbelliforme ; le Mûrier à papier (Broussonetia papyrifera)\ V Olivier odorant, dont les fleurs servent à aromatiser le thé; le Plaqaeminier Kaki (Diospyros Kaki), à fleurs blanches, à baies d'un rouge cerise, d'une saveur délicieuse, nommées figues-caques; le Néflier du Japon {Mespilus Japonica); le Gingko biloba, arbre sacré, que l'on plante autour des temples; des Ifs {Taxus nudfera, verticillata), des Cyprès {Cupressus japonica, pendula), des Genévriers, des Thuya, des Chênes {Quercus glabra, glauca), VAune du Japon, le Noyer noir, diverses espèces de Lauriers et d'Érables,

Nous mentionnons parmi les plantes cultivées : le Riz, le Froment, Y Orge, Y Avoine, le Sorgho, le Sarrasin, le Sagoutier (Cycas revoluta), le Chou caraïbe {Caladium esculentum), la Patate (Convolvulu^ batatas); les Pommier, Poirier, Cognassier, Prunier, Cerisier, Abricotier, Pêcher, Néflier du Japon, diverses sortes d'Orangers; les Choux raves, Radis, Igname, Concombre, Courges, Pastèques, Anis {Pimpinella anisum), Pois, Haricots, Fèves, Sésame, Chanvre, Mûrier à papier. Colon annuel {Gossypium herbaceum), mélange remarquable qui nous offre de frappants contrastes que nous aurions pu signaler en commençant, et qui nous transporte à tout moment d'Europe en Asie et d'Asie en Europe.

Ce curieux assemblage de la végétation des tropiques et de celle du nord de l'Europe se reproduit dans l'Asie centrale pour les plantes de culture. Nous venons de voir qu'à côté du Figuier, de la Vigne, du Châtaignier, des Grenadiers, de Y Amandier et des Citronniers, on cultive en Chine et au Japon le Sarrasin, le Froment, le Mais, YOrge, Y Avoine, la Pomme de terre, YAsperge, les Melons, les Pois et les Fèves, en même temps que le Riz, YArum escuientum et YIgname,

Nous ne saurions nous arrêter ici sur une foule de plantes

<i72 GÉOGRAPHIE BOTANIQUE.

d'ornement t dont beaucoup sont aujourd'hui naturalisées en Europe, comme la Glycine, le Lis du Japon, le Lis tigrê.h Primevère de la Chine, le Magnolia Yulan^ etc.

Région méridionale. — Cette région comprend les deux presqu'îles de rinde. Les familles non tropicales disparalssent^ou se montrent plus rarement. Les familles tropicales paraissent, ou deviennent plus nombreuses. Les arbres ne perdent pas leurs feuilles. Le nombre de végétaux ligneux est plus grand qu'il ne l'est hors des tropiques. Les fleurs sont grandes et magnifiques. Les plantes grimpantes et parasites sont nombreuses.

L'Inde peut être considérée comme la véritable patrie des aromates. La riche nature de ce pays n*estpas moins féconde en productions végétales d'un autre ordre : les arbres propres à fournir du bois de construction y croissent en profusion.

Parmi les plantes arborescentes les plus abondantes dans cette région botanique, nous citerons : les Bomhax, Sapindus^ Mimosa, Acacia, Cassia, Jambosa, Gardénia; le Diospyros ebenum^ dont le bois était célèbre dès la plus haute antiquité par sa couleur noire; des Bignonia; le Tectona grandis, arbre magnifique qui fournit un bois de construction d'une résistance considérable ; Ylsonandra gutta, qui produit la substance analogue au caoutchouc, connue sous le nom de gutta^percha, et qui découle des incisions pratiquées au tronc de ce grand arbre; des Lauriers à écorce aromatique ; des Muscadiers (Myristica) , dont les semences sont employées comme épice; des Figuiers (Ficus religiosa, indica, elastica); des Palmiers comme les Borassus (BorcLssu^ flabelliformis) aux magnifiques feuilles étalées en éventail, les Cocos; les Sagus ou Sagoutier, dont la moelle fournit une farine très-riche en amidon ; les Calamus, aux tiges grêles et grimpantes, longues souvent de plus de plus de 500 pieds, et dont on fait des cannes connues en Europe sous le nom de joncs; les Areca {Areca catechu), dont la noix est employée comme masticatoire et qui fournit un cachou très-estimé; le Corypha umbraculifera, dont le tronc, d'une hauteur de 20 à 30 mètres, est couronné d'un ample faisceau de feuilles en parasol d'un diamètre de 18 pieds; le Dragonnier, le Baguais {Pandanus), le Bambou, etc.

Si maintenant nous jetons un coup d'ϔl sur les plantes cul-

tivées, nous aurons à signaler des végétaux d'une importance capitale. Ce seront : le /lu, le Sorgho^ l'Igname, la Pistache de terre^ le CocolieTj cet arbre élégant et utile, qui donne à rtionune de quoi suffire à tous ses besoins, car il lui sert à la fois, comme nous l'avons déjà dit, à s'abriter, à se vêtir, à se chauffer, à s'éclairer, à se désaltérer et à se nourrir; le Giroflier (Caryophyllus aromaticus), dont la fleur en bouton est envoyée en Europe sous le nom de clou de girofle; des Poivriers ^ parmi lesquels nous citerons le Poivre noir, dont les fruits cueillis avant la maturité constituent le poivre, importé parmi nous depuis les conquêtes d'Alexandre, et le Poivre B^e/ aux feuilles aromatiques et amères, qu'on mêle avec la noix d'Arec pour former un masticatoire trèsusité; le Tamarin (Taniar indus indica), arbre magnifique, dont les fruits renferment une pulpe d'odeur vineuse et de saveur aigrelette; le Manguier {Mangifera indica), dont le fruit trèsvan té a un Jéger goût de térébenthine; le Mangoustan (Garcinia mangostana), dont la baie renferme, sous un épicarpe amer et astringent, une pulpe délicieuse ; le Bananier à baies jaunâtres, longues de 6 à 8 pouces, fournissant un aliment très -nourrissant, qui a le goût d'une pâte de beurre légèrement sucrée ; le Jambosa vulgaris, à petites pommes qui répandent dans la bouche Todeur de la rose ; le Goyavier (Psidium pomiferum) aux fruits jaunes et gros comme une poire ; plusieurs Orangers; des Pastèques, la Canne à sucre et le Café.

On a essayé dans la planche 410 de réunir d'une manière idéale les principales espèces végétales propres à la région botanique qui vient d'être décrite. Sur les plans principaux figurent les espèces rustiques ; sur l'arrière-plan sont quelques végétaux cultivés. A gauche du tableau est le Corypha, surmonté du palmier ilren^a à 5t//;re et d'un groupe de Bambous, Vers le milieu, toujours à gauche, et, près du tronc d'un gros Santo/,le Scinapsus, surmonté du Sagoutier. Le palmier Ârecquier étend, au milieu du tableau, sa tige accidentellement infléchie et entourée de quelques Lianes,

A droite est le palmier Borassus, près d'un Bananier, tous deux à l'ombre d'un imposant Manguier. Le Laurier cannelier et Visonnandra gutta, ou Arère à gutta-percha, sont à gauche de ce groupe, suivis d'un haut Cocotier.

Les végétaux cultivés qui se voient à TaiTière-plan, sont le Poivrier et le Laurier camphrier, placés à l'arrière du Cocotier ^ et dans le lointain le Muscadier et le Giroflier, près d'un rideau de Bambous et de Rotangs,

VAfrique nous présentera, comme l'Asie, trois parties principales bien distinctes : iMa partie septentrionale, qui comprend la région méditerranéenne et le Sahara; 2* la partie centrale, ou tropicale ; 3« la partie australe, ou la région du cap de Bonne- Espérance.

Région méditerranéenne, — Cette région comprend tout le littoral africain baigné par la Méditerranée, en particulier l'Algérie, depuis le versant septentrional de l'Atlas jusqu'à la mer et les pays baignés par le delta du Nil. Cette région d'Afrique offre la plus grande analogie de végétation avec la région méridionale de l'Europe, que nous avons étudiée plus haut.

Par ses étroites affinités avec les contrées correspondantes de l'Europe, l'Algérie sera toujours pour nous le centre principal de colonisation, la région de culture par excellence. Ses riches productions en céréales l'appellent à être le grenier d'abondance de la France.

Dans la région montagneuse inférieure du nord de l'Afrique, on peut se livrer avec avantage à la culture des plantes du centre de l'Europe. La Vigne y prospère assez bien, grâce à la fraîcheur que procure Télévation de ces lieux; aux environs de Tlemcen, de Milianah, de Mascara, de Médéah, les colons, et même les indigènes, ont entrepris de la cultiver. VOlivier^ si généralement répandu dans l'Afrique septentrionale, constitue l'une des principales richesses des tribus kabyles. LeChéne-liége forme des forêts immenses dans la partie inférieure de la région montagneuse du littoral africain ; dans la province de Constantine, le Chêne-liége est, depuis la conquête de ce pays par la France, l'objet d'importantes exploitations.

M. Cosson, botaniste et voyageur, s'exprime ainsi sur la végétation et sur les cultures du Sahara algérien :

< L'ensemble de la région naturelle du Nord de TAfrique, est caractérisé surtout par Textrême rareté des pluies, la sécheresse de Patmosphère, des températures extrêmes, Tabsence de grands relèvements montagneux et de cours d'eau permanents, Paspect tout spécial de la végétation désertique... ; L'ensemble des végétaux croissant spontanément ne dépasse pas le chiffre de 500 espèces. Le plus grand nombre d'entre elles sont vivaces, croissent en touffes et ont un aspect sec et maigre, un port roide et dur tout à fait caractéristique. Les familles représentées dans le Sahara algérien par le plus grand nombre d'espèces sont : les Composées , les Graminées^ les Légumineuses, les Crucifères et les Salsolacées, Parmi les espèces ligneuses on peut citer des Tamarix et le Lentisque atlantique. Le Dattier est sans contredit le principal élément de richesse des jardins des oasis ; il y est cultivé non-seulement pour l'abondance et la variété de ses produits, mais encore pour son ombrage qui garantit les autres cultures de la violence des vents et maintient dans le sol l'humidité nécessaire à la végétation.... Outre le Dattier, la plupart des oasis présentent en assez grande abondance le Figuier, le Grenadier, l'Abricotier et souvent la Vigne. Le Pécher, le Cognassier, le Poirier et le Ponwnier sont surtout plantés dans les jardins des ksours ou dans les oasis situées vers les montagnes; plus rarenaent on rencontre dans les oasis le Cédratier, l'Oranger, l'Olivier. L'Orge et plus rarement le Blé sont cultivés dans les terrains irrigués du voisinage et dans les intervalles des plantations de Dattiers. Les Oignons, les Fèves, les Carottes, les Navets et les Choux tiennent une large place dans les cultures. Il en est de môme du Piment, dont le fruit, en raison de ses propriétés stimulantes, entre comme condiment dans la plupart des mets arabes. L'Aubergine et la Tomate sont cultivées dans quelques jardina pour leurs fruits comestibles. De nombreuses espèces et variétés de Cucurbitacées (Potirons, Courges, Pastèques) sont semées en été dans les jardins, où leurs fruits acquièrent un grand développement. Le Gombo {Hibiscus esculentus) est cultivé çà et là par les nègres pour ses fruits mucilagineux et comestibles.... Les plantes industrielles ou fourragères principales sont le Chanvre, représenté seulement par une variété naine (Haschich) qui n'est pas employée comme plante textile, mais dont les extrémités sont fumées par quelques musulmans peu fervents. Le Tabac rustique est le seul cultivé, et cette culture n'a quelque importance que dans le Sont. Le Henné {Lawsonia tnermts), dont les feuilles ont été employées récemment dans la teinture en noir, n'existe guère que dans les oasis des Ziban. »

Région équaXoriale, — La végétation de l'Afrique tropicale n'est encore aujourd'hui qu'imparfaitement connue, à cause de la terrible insalubrité de ces parages. On y voit, en général, apparaître les mêmes formes végétales qui dominent dans les autres régions des tropiques, ce qui veut dire que des espèces végétales qui sont ordinairement herbacées dans les contrées extra- tropicales, prennent ici l'aspect ligneux. Telles sont les

478 GfiorxRAPHIE BOTANIQUE.

plantes de la famille des Rubiacées et de celle des Malvacées. On y constate, par exemple, la disparition presque complète des Crucifères, des Caryophyllées, etc., tandis que les familles qui y prédominent sont les Légumineuses, les Térébinthacées, les Malvacées, Rubiacées, Acanthacées, Capparidées, Anonacées, etc.

Jetons un coup d'oeil sur quelques individualités végétales remarquables propres à l'Afrique centrale.

Sur les côtes humides se développent des forêts impénétrables formées de Mangliers (Rhizophora mangle) et d'Avicennies {Avicennia tomentosa). Des Banajiiers, des Cannées, des Amométs^ de bizarres Pandanées, des Malvacées gigantesques, comme le Baobab^ des Broméliacées, des Aroïdées, des Aloès, parmi lesquels YAloe soccotHna, qui fournit le purgatif qu'on nomme aloès, des Euphorbes charnues, aux formes étranges, impriment un caractère particulièrement remarquable à cette végétation puissante.

Ce serait arracher aux régions centrales de TAfrique un des plus beaux éléments de leur splendide parure, que de ne point parler de leurs admirables Palmiers. A leur tête se place le Palmier oléifère de Guinée, ou Elaïs GuineensiSj dont le fruit, de la grosseur d'une olive, contient une si grande quantité d*huile, que ce hquide en découle lorsqu'on le presse entre les doigts; la graine contient une sorte de beurre connu sous le nom de Beurre de Galam. La sève de cet arbre précieux donne du vin, et ses feuilles servent de fourrage aux moutons et aux chèvres. Mais le véritable Palmier vinifère de ces contrées, c'est le Sagoutier (Sagus vinifera). Citons encore le Lodoïcea Sechellarum, dont les fruits, plus gros que la tête d'un homme, et du poids de vingt livres, vont flottant sur la mer, et finissent par atteindre ainsi jusqu'aux rivages des Indes.

Un fait digne de remarque, c'est que dans la région qui nous occupe , on observe très-peu de Fougères et d'Orchidées, groupes de végétaux dont les espèces sont, au contraire, extrêmement multipliées dans les autres contrées tropicales.

Parmi les végétaux exotiques que l'on cultive avec succès dans l'Afrique centrale, on compte le Maïs, le Riz^le Sorgho, V Igname, le Manioc, le Caladivm esculentimi, ou Chou caraïbe, plante de la

familledesAroïdées, dont le rhizome elles feuilles sont ali m ntaires; le Bananier, le Manguier, le Papayer, dont le fruit a la grosseur d'un petit melon, que Ton mange cru ou cuit, et dont la pulpe, mêlée au sucre, forme une marmelade délicieuse; YAnanos, des Figuiers, le Caféier, la Cannfi à sucre, le Gingembre, diverses espèces de Haricots et de Dolics, la Pistache de terre, le Cotan, le Tabac et le Tamarin,

La figure 408, qui représente un village de TAbyssinie, peut donner une idée de la végétation de l'Afrique équatoriale. A côté de hauts Palmiers et de Baobabs, on voit s'étendre des cultures de Riz.

Région méridionale. — Arrêtons enfin nos regards sur la pointe méridionale du continent de l'Afrique.

La région du cap de Bonne-Espérance est la patrie de tous ces Protea, de ces Pelargoniwn, de ces Bruyères, de ces Oxalis, de ces Ixia, dont les espèces nombreuses et variées font l'ornement de nos serres ou de nos parterres. Aucune autre contrée du globe ne peut se comparer à celle du Cap pour la prodigieuse abondance et les dimensions des Bruyères. Là est leur véritable patrie. Tandis que les plaines de l'Europe, ainsi que les Alpes, possèdent à peine une demi-douzaine d'espèces de Bruyères, au Cap il en existe plusieurs centaines. Elles atteignent quelquefois près de 5 mètres de hauteur. Leurs feuilles sont peu développées et aciculaires; mais leurs fleurs sont souvent très-grandes, et décorées de couleurs brillantes, qui varient des nuances les plus tendres aux tons les plus éclatants.

La Flore de cette région est riche en formes végétales ; mais elle est peu riante par son aspect. On n'y voit point de véritables forêts, grandes et sombres ; il y a peu de plantes grimpantes, mais en revanche beaucoup de plantes grasses.

Les familles caractéristiques sont les Restiacées, Iridées, Protéacées, Éricinées, Picoïdées, Diosmées, Géraniacées, Oxalidées, Polygalées. Parmi les genres caractéristiques, citons:

Les Ixia, les Gladiolus, aux fleurs singulières et bigarrées ; les Hœmanthus, aux corolles écarlates; les StrelUzia, dont une espèce cultivée dans nos serres est si remarquable par son inflorescence et par ses fleurs bizarres à divisions jaunes et bleues les Protea, aux formes changeantes; les Leucadendron, dont une

espèce, nommée Arbre d'argent, élève à 10 ou 12 mètres ses rameaux chargés de feuilles lancéolées, soyeuses et argentées ; les Erka, dont le Cap est, comme nous l'avons dit, la véritable patrie.

Citons encore les Hélicrysum et les Gnaphalium^ Composées corymbifôres, si connues sous le nom d'Immortelles; les Mesam^ bryanthemum ou Glaciales; les Stapelia, Asclépiadées sans feuille?, charnues, anguleuses, à fleurs généralement belles, mais à odeur fétide; les Phylica^ Rhamnées qui ressemblent à des Bruyères, dont les fleurs sont en petites têtes cotonneuses blanchâtres, et qu'on voit souvent sur nos marchés aux fleurs ; les Pt* largoniuniy dont on cultive en Europe des centaines d'espèces variées à l'infini; les Oxalis; les Sparmannia^ arbrisseaux toujours verls, qui font l'ornement de nos orangeries, et dont les fleurs blanches ont des étamines à filets pourpreset à anthères irritables.

C'est sur les côtes sablonneuses de cette curieuse région botanique qu'abondent les Stapélies, les Iridées, les Glaciales ^ les Diosma,

Les Bruyères et les Crassules s'élèvent sur le flanc des montagnes.

Les végétaux cultivés sont : les céréales, les fruits et les légumes d'Europe, et en outre , le Sorgho des Cafres, la Patate^ le Bananier, le Tamarin^ le Goyavier.

L'Amérique est la partie de notre globe dont la végétatiop est la plus riche et la plus variée. Nous essayerons d'en donner une idée succincte, en descendant du nord au sud dans chacun des deux espèces de triangles qui constituent les deux Amériques septentrionale et méridionale.

Amérique du Nord. — La végétation polaire de l'Amérique du Nord est très-analogue à celle de l'Europe et de l'Asie sous les mêmes latitudes. C'est ce qui nous dispensera de beaucoup nous y arrêter. On y voit de la même manière les arbres {Saule, Sou-

teaw, Peuplier) devenir, par Taction des froids persistants , des arbustes rabougris, ou même prendre la forme herbacée. On y voit de même se presser les Saxifragées, les Mousses, les Lichens.

Sans nous arrêter aux régions arctiques, nous diviserons le reste de celte immense contrée en deux régions : Tune qui descendra jusqu'au 36* degré et que nous appellerons région septentrionale; Tautre, qui sera comprise entre le 36« et le 30» degré de latitude, en constituera la région méridianaU.

La région septentrionale de TAmérique du Nord a mérité d'être appelée la région des Asters et des Verges d'or (Solidago). C'est en efifet ici qu'abondent ces belles Composées, avec les genres LiatriSy Rudbeckia , Galardia, de la même famille ; des Œnothères, des Ckwkiay des Andromèdes^ des Kolmia, charmantes plantes d'ornement, aujourd'hui si répandues dans nos parterres, servent de même à caractériser cette zone végétale.

Parmi les espèces arborescentes les plus abondantes, nous mentionnerons : de nombreuses espèces de Piny de Sapin^ de Mélèze, de Thuya, de Genévrier; 27 espèces de Saules; 25 espèces de Chênes ; des Hêtres, des Châtaigniers, Chaimes, Aunes, Bouleaux, Peupliers, Ormes , Frênes, auxquels se mêlent le Platane d'Ocddent, le Liquidambar ou Copalme d'Amérique dont le tronc et les rameaux fournissent des sucs usités en médecine; le Tulipier aux feuilles singulièrement tronquées, aux fleurs solitaires, dressées, grandes et jaunâtres ; diverses espèces d! Érables, de Tilleuls, de Robinia, de Noyers.

En même temps que ces espèces arborescentes, si nombreuses, si variées et qui atteignent des dimensions considérables, croissent le Myrica cerifera, qui fournit une cire abondante, retirée du fruit par ébuUition; des Groseilliers à fleurs colorées et ornementales; d'élégantes Andromèdes, des Azalées, des Rhododendrons, des Spirées, qui font l'ornement de nos jardins; des Sumacs, dont une espèce (Rhits toxicodendron) renferme un sucre si acre qu'il produit par le contact des ampoules et des érésipèles et qu'il est très-vénéneux à l'intérieur ; des Ceanothus, des Houx, des Bourdaines, etc.

La région méridionale de l'Amérique du Nord, est comprise entre le 30« et le 36« degré. Sa végétation ofl're quelque ressemblance

avec celle des tropiques. C'est comme une sorte de flore de transition entre là zone tempérée et la zone torride. On y trouve des Noyers^ des Charmes, des Châtaigniers^ des Chênes^ mais aussi trois espèces de Palmiers parmi lesquels le Chamœrops Palmetio, dont la pousse terminale forme un délicieux légume; des Yucca; des Zamia parmi les Cycadées; des Passiflores^ des Lianes {Bignonia sapindm), des Cactées^ des Lauriers, Enfin, à côté des Tulipiers, des Pavia, des Rohinia, s'élèvent les magnifiques Magnolia qui ont ici leur véritable royaume.

On voit que les paysages de cette ré^jion de l'Amérique du Nord sont riches de contrastes.

La Canne à sucre, Y Indigo, le Riz, le Cotonnier, le Tabac , couvrent les plaines cultivées.

Dans le Missouri, le Texas, TArkansas , le Mexique, la grande colonie des Cactées élève ses hautes tiges, bizarrement embranchées ou ramassées sur elles-mêmes : les Cactus opuntia, Ceretis, Echinocactus , Melocacius, etc. Le plus remarquable de ces Cactus est sans doute le Cereus giganteus. Il habite les régions les plus inaccessibles et les plus sauvages. Il lui faut si peu de sol pour atteindre un développement prodigieux 1 C'est d'abord une sorte d'énorme casse-téle, puis une colonne de 3 mètres, qui commence dès lors à se ramifier et figure bientôt un immense candélabre dont la hauteur peut atteindre 12 mètres.

Nous représentons dans la figure 409 divers Cactus propres au Mexique, d'après le dessin original d'un voyageur français, M. Bende.

Le Mexique peut se diviser, sous le rapport botanique, en trois régions, d'altitudes croissantes. La première s'étend des vallées jusqu'aux forêts de Chênes: c'est la région des Palmiers, du Cotonnier, de YIndigo, de la Canne à sucre, du Caféier et des divers fruits de la zone tropicale. La seconde, située de l OOO mèlres à 2650 mètres d'altitude (région tempérée), s'étend depuis les forêts de Chênes jusqu'aux forêts de Conifères. A cette hauteur, la température suffit encore pour mûrir les fruits tropicaux. La troisième région, ou la région froide, occupe l'espace compris entre les Sapins et les neiges éternelles. Elle possède dans plusieurs de ses parties un climat sous lequel le Poirier, le Pom^ mier, le Cerisier et la Pomme de terre, peuvent encore se développer.

En s'élevant de la base de l'Orizaba, sur les flancs de celte montagne, on voit successivement apparaître et se remplacer

Aloès (agave). Mécal, Cactées et Aloès. Melocactus. Cactus organos.

Fig. 413.

des JHimoséeSy Acacias, Cotonniers, Convolvulus, Bignoniées, Chênes, Palmiers crundinacés. Bananiers, Myrtes, Laurinées, Térébinthacées,

Fougères arborescentes ^ Magnoliées^ Composées arborescentes ^ Platanes, AliboufierSy Pommiers, Poiriers, Cerisiers, Abricotiers, Grenadiers, Citronniers, Orangers, Aroïdées, Orchidées , Fuchsia, Cactées, etc., etc.

Amérique du Sud.— En pénétrant sur le continent de TAmérique du Sud, nous conduirons d'abord le lecteur dans ces plaines immenses de la république de Venezuela, connues sous le nom de Uanos. Nous trouverons dans Alexandre de Humboldt un guide éloquent et fidèle, un peintre autorisé de ces nxagnificences naturelles.

« C'est dans la Mesa de Paja par les } de latitude, dit Alexandre de Humboldt, que nous entrâmes dans le bassin des Llanos. Le soleil était presque au zénith; la terre, partout où elle se montrait stérile et dépouillée de végétation, avait jusqu'à 48 et 50** de température. Aucun souffle de vent ne se faisait sentir à la hauteur à laquelle nous nous trouvions sur nos mulets. Cependant, au milieu de ce calme apparent, des tourbillons de poussière s'élevaient sans cesse, chassés par ces petits courants d'air qui ne rasent que la surface du sol et qui naissent des différences de température qu'acquièrent le sable nu et les endroits couverts d'herbes. Ces vents de sable augmentent la chaleur suffocante de l'air. Chaque grain de quartz, plus chaud que l'air qui l'entoure, rayonne dans tous les sens, et il est difficile d'observer la température de l'atmosphère sans que les molécules de sable ne viennent frapper contre la boule du thermomètre. Tout autour de nous, les plaines semblaient monter vers le ciel ; et cette vaste et profonde solitude se présentait à nos yeux comme une mer couverte de varechs ou d'algues pélagiques. Selon la masse inégale de vapeurs répandues dans l'atmosphère et selon le décroissement variable de la température des couches d'air superposées, l'horizon dans quelques parties était clair et nettement séparé. Dans d'autres, il était ondoyant, • sinueux et conmie strié. La terre s'y confondait avec le ciel. A travers la brume sèche et des bancs de vapeur on voyait au loin des troncs de Palmiers dépourvus de leur feuillage et de leurs sonunets verdoyants ; ces troncs paraissaient comme des mâts de navire qu'on découvre à l'horizon. Il y a quelque chose d'imposant, mais de triste et de lugubre, dans le spectacle uniforme de ces steppes. Tout y parait immobile. A peine quelquefois l'ombre d'un petit nuage qui parcourt le zénith et annonce l'approche de la saison des pluies, se projette sur la savane.... Les steppes que nous traversâmes sont principalement couvertes de Graminées, de KiU lengia, de Cenchrus et de Paspalum, Aux Graminées se trouvent mêlées quelques herbes de la classe des dicotylédonées, comme des Tumera^ des Malvacées et, ce qui est bien remarqpiable, de petites Mrmoses à feuilles irritables, que les Espagnols appellent Dornudera$, Cette même race de vaches, qui en Espagne s'engraisse de sainfoin et de trèfle, trouve ici une excellente nourriture dans les Sensitives herbacées. A l'est, dans les

llanos du Caire et de Barcelona, le Cypura et le Craniolaria^ dont la belle fleur blanche a 6-8 pouces de long, s'élèvent isolés parmi les Graminées. Les pâturages senties plus gras non- seulement autour des rivières sujettes aux inondations, mais aussi partout où les troncs des Palmiers sont les plus rapprochés. Les lieux entièrement dépourvus d'arbres sont les moins fertiles. On ne peut attribuer cette dififérence à Pabri que donnent les Palmiers en empochant les rayons du so'eil de dessécher et de brûler le sol. J'ai vu, il est vrai, dans les forêts de l'Orénoque des arbres de cette famille qui offraient un feuillage touffu, mais ce n'est pas du Palmier des llanos {Corypka teetvrum) qu'on peut vanter l'ombrage. Ce Palmier n'a que très-peu de feuilles plissées et palmées comme celles du Chamaeropsj et dont les inférieures sont constamment desséchées.... Outre les troncs isolés de ce Palmier, on trouve aussi çà et là dans la steppe quelques groupes de Palmiers, de vrais bosquets dans lesquels le Corypha est mêlé à un arbre de la famille des Protéâcées et qui est une nouvelle espèce de Rhopala à feuilles dures et résonnantes.... Le Corypha s'étend dans les llanos de Caracas, depuis la Mesa de Paja jusqu'au Guayaval; plus au nord et au nord-ouest, il est remplacé par une autre espèce du même genre, à feuilles également palmées, mais plus grandes. Au sud du Guayaval dominent d'autres Palmiers, surtout le Piritu à feuilles pennées et le Murichi. C'est le Sagoutier de l'Amérique qui fournit de la farine, du vin, du fil pour tisser des hamacs, des paniers, des fi ets et des vôtemants. Ses fruits, en forme de cônes de Pin et couverts d'écaillés, sont parfaitement semblables à ceux du Calamus Rotang. Ils ont un petit goût de pomme. La nation des Guaraous, dont toute l'existence est pour ainsi dire étroitement liée à celle du Palmier Murichi {Mauritia flexuosa)^ en retire une liqueur fermentée acidulé et très- rafraîchissante. Ce Palmier à grandes feuilles luisantes et plissées en éventail conserve une belle verdure à l'époque des plus grandes sécheresses. Sa vue seule produit une agréable sensation de fraîcheur, et le Murichi chargé de fruits écailleux contraste singulièrement avec le triste aspect de la Palma de Cobija, dont le feuillage est toujours gris et couvert de poussière. »

Quelle différence de végétation , si nous nous élevions de la contrée basse delà partie centrale de T Amérique, vers les hautes crêtes des Cordillères ! Là des tourbillons de neige et de grêle succèdent chaque jour, et pendant plusieurs heures, au rayonnement du soleil. Élevons-nous sur les Andes, entre le 20* degré de latitude méridionale et le 5* degré de latitude septentrionale, à une hauteur de 1650 à 3000 mètres.

Les formes extratropicales apparaissent ou deviennent plus abondantes. Telles sont des Graminées, des Amentacées (Chênes, Saules), des Labiées, des Éricinées, de nombreuses Composées, des Caprifoliacées, Ombellifères, Rosacées, Crucifères, Renonenlacées. Au contraire, quelques formes tropicales s'éteignent

ou deviennent plus rares ; cependant des espèces isolées de Palmiers, de Poivriers , de Cactées, de Passiflores et de Mélastomes s'élèvent encore à une hauteur notable.

Parmi les végétaux ligneux les plus abondants , nous citerons le Ceroxylon andicola, le plus haut de tous les Palmiers, qui atteint jusqu'à 60 mètres, et produit une cire qui exsude de ses feuilles et surtout de la base de leurs pétioles; le Sau^et le Chêne de Humboldt; plusieurs espèces de Cinchona^ de Quinquina^ qui régnent ici en souverains; des Hoiuc, des Andromèdes^ des ria^ etc.

Les végétaux qui sont cultivés entre les tropiques aux environs de Mexico et dans TAmérique du Sud jusqu'à la rivière des Amazones, disparaissent presque entièrement ici. Cependant on cultive encore dans cette région le Mais et le Ca/ë, ainsi que les grains et les fruits d'Europe, les Pommes de terre et le Chenopodium chinoa, dont les semences, réduites en bouillie, servent de nourriture aux habitants des montagnes.

Si, à la môme latitude géographique, nous nous élevons, sur ces mêmes Andes, à 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer, les formes tropicales ont presque entièrement disparu ; au contraire, celles qui caractérisent les températures froides et les zones polaires deviennent abondantes. II n'y a plus de grands arbres; des Aunes, des Airelles^ des Thibaudia, des Groseilliers, des Escallonia aux feuilles amères et toniques, dont c'est ici le royaume , des Houx, des Drymis, sont les arbrisseaux propres à ces régions, que caractérisent encore ces curieuses Calcéolaires à corolle en forme de sabot, dont les semis ont donné à Thorticulture des variétés qui se multiplient à l'infini. Citons encore parmi les familles caractéristiques les Ombellifères, les Caryophyllées, les Crucifères, les Cypéracées, les Mousses, les Lichens.

Revenons à des districts végétaux plus circonscrits.

Le climat de Caracas a été souvent nommé un printemps perpétuel. Que peut-on, en effet, imaginer de plus délicieux qu'une température qui se soutient, le jour entre 16* et 20*, la nuit entre 16* et 18% et qui favorise à la fois la végétation du Bananier, de VOranger, du Caféier, du Pommier, de Y Abricotier et du Froment? Selon de Humboldt, la flore de Caracas est principalement caractérisée par les plantes suivantes : Yernonia odoratissima (dont les

fleurs ont une odeur délicieuse d'Héliotrope), Œillet d'Inde de Caracas^ Glycine ponctuée^ Amarante de Caracas^ Dalura arborescenf^ Saule de Humboldt, Thsophrasta à longues feuilles ^ Inga cendré, Inga fastueux, Èrythriney etc.

Nous ne quitterons pas ces régions fortunées sans s'gnalerau lecteur deux arbres bienfaisants : le Theobroma cacao et Y Arbre de la vache. Tout le monde sait que c'est avec les graines grillées, écrasées et additionnées de sucre, du Theobroma cacao, que Ton fabrique le chocolat. M. de Humboldt nous donne sur V Arbre de la vache les renseignements suivants :

« Ce bel arbre, dit Tillustre voyageur, a le port du Caimitier ( Chrysophyllum ainiio). Le fruit est peu charnu et renferme une et quelquefois deux noix. Lorsqu*on fait des incisions dans le tronc de VArbredelavache, il donne en abondance un lait gluant, assez épais, dépourvu de toute âcreté et qui exhale une odeur de baume très-agréable. On nous en présenta dans des fruits de calebassier. Nous en avons bu des quantités considérables le soir avant de nous coucher et de grand matin, sans en éprouver aucun effet nuisible. Les nègres et les gens libres qui travaillent dans les plantations le boivent en y trempant du pain de maïs et de manioc. Le majordome de la ferme nous assura que les esclaves engraissent sensiblement pendant la saison où le Palo de vacca leur fournit le plus de lait.

« Ce ne sont point ici, ajoute M. de Humboldt, les suberbes ombrages des forêts, ni le cours majestueux des fleuves, ni ces montagnes envelonpées d'étemels frircats, qui excitent notre émotion. Quelques gouttes d'un suc végétal nous rappellent toute la puissance et la fécondité de la nature. Sur le flanc aride d'un rocher croit un arbre dont les feuilles sont sèches et coriaces. Ses grosses racines ligneuses pénètrent à peine dans la pierre. Pendant plusieurs mois de Tannée, pas une ondée n'arrose son feuillage. Les branches paraissent mortes et desséchées ; mais lorsqu'on perce le tronc, il en découle un lait doux et nourrissant. •

Peindrons-nous maintenant les sauvages beautés des forêts inextricables de la Guyane ? Promènerons-nous le lecteur dans ces savanes immenses, qu'animent des gramens, des touffes de Myrtacées, des Orchidées, des Mélastomes, pendant que d'élégants Palmiers composent, çàet là, des groupes pittoresques ? Le ferons-nous naviguer sur les tranquilles fleuves de l'heureuse Guyane, sur les eaux desquels s'étale le splendide Victoria regia, la reine des Nymphéacées?

Pour pénétrer au cœur même de la végétation du Brésil, cette région des Palmiers et des Mélastomes , cette terre promise des

naturalistes, nous prendrons pour guide M. M. Martins et Auguste de Saint-Hilaire, qui en ont décrit avec exactitude .les merveilles végétales.

Au nombre des différentes espèces de Palmiers que possède le Brésil, il faut citer : le Cocotier, le Palmito (Euterpeoleracea), le plus élégant de tous ces princes du règne végétal; VAualea funifera, dont les spathes fournissent un véritable tissu d'une grande résistance; le Ginsi ou Diplothemium littorale, dont les fruits orangés contiennent un noyau très -dur dans lequel est une amande excellente; le Buriti {Mauritia vinifera), dont le stipe fournit par incision une sève vineuse recherchée; des Euterpes, des Chamxdorea, Bactris, ŒnocarpuSf Corypha, etc.

Les forêts du Brésil sont riches en bois estimés pour la teinture, la charpente et Tébénisterie (bois du Brésil, bois de rose, bois de fer, palissandre), et en plantes utiles par leurs fruits comestibles ou leurs propriétés médicinales. Le Caféier, la Canne à ma^e, le Cotonnier, le Tabac; les plantes à caoutchouc, le Manioc, le Riz, le Maïs, le Cacao, V Ananas, Y Indigotier, le Bananier, sont au Brésil l'objet principal des cultures. La végétation est extrêmement variée, parce que Texpositiôn et la hauteur des diverses provinces offrent de grandes différences. On y voit d'arides campos, où des touffes d'arbustes nains forment, avec les Graminées, les Êriocaulonées et les Xyridées, des plaines onduleuses d'un triste aspect; mais on y rencontre ces admirables forêts vierges, dont l'image est restée gravée dans l'esprit de tous ceux qui opt lu des relations pittoresques de voyages.

L'aspect des forêts du Brésil varie selon la nature du sol et la distribution des eaux qui les parcourent. Si ces forêts ne sont pas le siège d'une humidité constamment entretenue, si cette humidité est seulement renouvelée par. des pluies périodiques, la sécheresse détermine un arrêt dans la végétation, qui devient intermittente, comme elle Test dans nos climats. C'est ce qui se passe dans les Catingas. Excitée, au contraire, sans cesse par ses deux agents principaux, l'humidité et la chaleur, la végétation des forêts vierges, dont Auguste de Saint-Hilaire va nous offrir l'éloquent tableau, se maintient dans une continuelle activité. L'hiver ne s'y distingue de l'été que par une nuance de teinte dans la verdure du feuillage, et si quelques arbres y per-

dent quelquefois leurs feuilles, c'est pour reprendre aussitôt une parure nouvelle. Écoutons maintenant le botaniste français :

c Lorsqu'un Européen arrive en Amérique, dit Auguste de Saint-Hilaire, et que, dans le lointain, il découvre les bois vierges pour la première fois, il s'étonne de ne plus apercevoir quelques formes singulières qu'il a admirées dans nos serres et qui sont ici confondues dans les masses. Il s'étonne de trouver dans les contours des forêts aussi peu de différence entre celles du Nouveau-Monde et celles de son pays, et si quelque chose le frappe, c'est uniquement la grandeur des proportions et le vert foncé des feuilles qui, sous le ciel le plus brillant, conununiquent au paysage un aspect grave et austère.

t Pour connaître toute la beauté des forêts équinoxiales, il faut s'enfoncer dans ces retraites aussi anciennes que le monde. Là, rien ne rappelle la fatigante monotonie de nos bois de chênes et de sapins; chaque arbre a un port qui lui est propre, chacun a son feuillage et offre souvent une teinte de verdure différente. Des végétaux gigantesques qui appartiennent aux familles les plus éloignées, entremêlent leurs branches et confondent leur feuillage. Les Bignoniées à cinq feuilles croissent à côté des Cxsalpinia^ et les feuilles dorées des Casses se répandent en tombant sur des Fougères arborescentes. Les rameaux mille fois divisés des Myrtes et des Eugenia font ressortir la simplicité élégante des Palmiers, et parmi les Mimoses aux folioles légères, le Cecropia étale ses larges feuilles et ses branches qui ressemblent à d'immenses candélabres. 11 est des arbres qui ont une écorce parfaitement lisse; quelques-uns sont défendus par des épines, et les énormes troncs d'une espèce de Figuier sauvage s'étendent en lames obliques qui semblent les soutenir comme des arcs-boutants.

€ Les fleurs obscures de nos Hêtres et de nos Chênes ne sont guère aperçues que par les naturalistes ; mais dans les forêts de l'Amérique méridionale, les arbres gigantesques étalent souvent les plus brillantes corolles. Les Cassia laissent pendre de longues grappes dorées; les Vochysiées redressent des thyrses de fleurs bizarres; des corolles tantôt jaunes et tantôt purpurines, plus longues que telles de nos digitales, couvrent avec profusion les Bignoniées en arbre, et des Chorisia se parent de fleurs qui ressemblent à nos Lys pour la forme , comme elles rappellent VAHstrœmerta pour le mélange de leurs couleurs.

c Certaines formes végétales qui ne se montrent chez nous que dans les proportions les plus humbles, là se développent, s'étendent et paraissent avec une pompe inconnue sous nos climats. Des Borraginées deviennent des ariDrisseaux; plusieurs Euphorbiacées sont des arbres majestueux, et l'on peut trouver un ombrage agréable sous leur épais feuillage.

c Mais ce sont principalement les Graminées qui montrent le plus de différence entre elles et celles de l'Europe. S'il en est une foule qui n'acquiert pas d'autres dimensions que nos Bromes et nos Fétuques, et qui, formant ainsi la masse des gazons, ne se distinguent des espèces européennes que par leurs tiges plus souvent rameuses et leurs feuilles plus larges, d'autres s'élancent jusqu'à la hauteur des arbres de nos forêts et présentent le port le plus gracieux. D'abord, droites comme des lances et

terminées par une pointe aiguë, elles n'offrent à leurs entrenœuds qu'une seule feuille, qui ressemble à une large écaille; celle-ci tombe; de son aisselle naît une couronne de rameaux courts, chargés de feuilles véritables : la tige des Bambous se trouve ainsi ornée, à des intervalles réguliers, de charmants verticilles ; elle se courbe et forme entre les aii)re8 des berceaux élégants.

« Ce sont principalement les lianes qui communiquent aux forêts leS' beautés les plus pittoresques ; ce sont elles qui produisent les accidents les plus variés. Ces végétaux, dont nos Chèvrefeuilles et nos Lierres ne donnent qu'une bien faible idée, appartiennent, comme les grands végétaux, à une foule de familles différentes. Ce sont des Bignoniées, des Bauhinia, des Cissus^ des Hippocratées ; et si toutes ont besoin d'un appui, chacune a pourtant un port qui lui est propre. A une hauteur prodigieuse, une Aroîde parasite ceint le tronc des plus grands arbres. Les marques des feuilles anciennes qui se dessinent sur sa tige en forme de losange la font ressembler à la peau d'un serpent ; cette tige donne naissance à des feuilles larges, d'un vert luisant, et de sa partie inférieure naissent des racines grêles qui descendent jusqu'à terre, droites comme un fil à plomb. L'arbre qui porte le nom de Cipo- Matador^ la Liane meurtrière, a un tronc aussi droit que celui de nos peupliers ; mais trop grê'e pour se soutenir isolément, il trouve un support dans un arbre voisin plus robuste que lui; il se presse contre sa tige, à l'aide de racines aériennes qui, par intervalles, embrassent celles-ci comme des osiers flexibles; il s'assure et peut défier les ouragans les plus terribles. Quelques lianes ressemblent à des rubans ondulés, d'autres se tordent et décrivent de larges spirales ; elles pendent en festons, serpentent entre les arbres, s'élancent de Tun à l'autre, les enlacent et forment des masses de branchages de feuilles et de fleurs, où Tobservateur a souvent peine à rendre à chaque végétal ce qui lui appartient.

« Mille arbrisseaux divers : des Mélastomées, des Borraginées, des Poivres, des Acanthacées, naissent au pied des grands arbres, remplissent les intervi- lies que ceux-ci laissent entre eux, et ofl'rent leurs fleurs an naturaliste, le consolent de ne pouvoir atteindre celles des arbres gigantesques qui élèvent au-dessus de sa tête leur cime impénétrable aux rayons du soleil. Les troncs renversés ne sont point couverts seulement d'obscurs cryptogames ; les Tillandsia^ les Orchidées aux fleurs bizarres leur prêtent une parure étrangère, et souvent ces plantes elles-mêraes ser\'ent d'appui à d'autres parasites. De nombreux ruisseaux coulent ordinairement dans les bois vierges; ils y entretiennent la fraîcheur; ils offrent au voyageur altéré une eau délicieuse et limpide, et sont bordés de. tapis de Mousses, de Lycopodes et de Fougères, du miUeu desquelles naissent des Bégonia aux tiges délicates et succulentes, aux feuilles iné* gales, aux fleurs couleur de chair. *

La figure 413 est la reproduction d'une gravure célèbre publiée vers 1825 : /a Forêt vierge du Brésil , d'après le tableau de M. le comte de Porbin, directeur des musées royaux.

Jetons enfin un coup d'œil sur la végétation des contrées du grand continent américain situées au dessous du tropique du Capricorne, et qui constituent le Chili, La Plata, la Patagonie.

Deux Palmiers se retrouvent encore au Chili : c'est le Jubœa spectabilis et le Ceroxylon australe. Un arbre magnifique, V Araucaria imbiicata qui élève à 50 mètres ses rameaux verticillés horizontalement et couverts de feuilles épineuses , y forme de vastes forêts. Des Graminées, des Fougères, des Labiées, des Ombellifères, des Fuchsia y des Loasées, des buissons de Myrtacées et de Laurinées, mais particulièrement des Composées ligneuses, forment le fond de la végétation.

Dans les forêts, encore peu connues du Paraguay, situées le long de l'océan Atlantique, on trouve des Composées ligneuses et le Maté de l'Amérique méridionale, qui représente Y Arbre à thé de la Chine : c'est un Houx (llex paraguayensis) qui fournit cette précieuse denrée. Le Paraguay expédie annuellement 5 6C0 000 livres de n>até.

Dans la République Argentine, Aug. de Saint-Hilaire ne trouva que 500 espèces de plantes, parmi lesquelles 15 seulement appartiennent à des familles qui ne sont pas européennes.

Mais atteignons la plage méridionale de la Patagonie ou les Falklands. Quelques Graminées et Cypéracées brunes et coriaces {Dactylis cxspitosa, Carex trifida)^ le Bolax glebaria, YOxaiis à neuf feuilles y la Cardamine glaciale^ une Véronique ^ une C alvéolaire, un Aster, Y Opuntia Darwinii, le Lomaria magellanica ^armi les Fougères arborescentes, des ronces, des buissons d'Airelles ou d'Arbousiers, tel est à peu près le bilan végétal de ces landes désertes, où régnent la Mousse, THépatique et le Lichen.

Nous voici parvenu à la partie méridionale de TAmérique du Sud. Nous approchons de la région polaire australe; par conséquent la végétation va presque entièrement cesser, et nous allons retrouver sur ce sol glacé les caractères généraux de la végétation des pôles.

Sur la Terre de Feu d'encaisses forêts recouvrent les montagnes, là où elles sont abritées contre le vent jusqu'à une hauteur de 500 mètres. Le Hêtre à feuilles de bouleau y prédomine ; puis vient le Hêtre antarctique, le Hêtre de Forster qu'accompagnent des buissons de Berberis, de Groseilliers, etc.

A Tîle de rHermite, le point le plus méridional, on retrouve encore un peu de végétation arborescente. Hooker y a obser\'é 84 plantes munies de fleurs et beaucoup de cryptogames. Un Champignon constitue Tune des principales substances alimentaires des misérables habitants de ces contrées glaciales.

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