‹ Histoire des plantes (volume 3)Chapitre 8 sur 68 · PREMIÈRE P^TIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE P^TIE

ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE

ConQez une graine à la terre ; placez par exemple une graine de haricot (fig. l) à quelques centimètres de profondeur dans la terre végétale humectée; si la température extérieure est de 1 5 à 20®, la graine ne tardera pas à germer : elle se gonflera et par cet admirable travail de la nature dont il nous est permis de contempler les merveilleux résultats, mais non de

Fig. 1. Graine de haricot en germination.

comprendre Tétonnant mystère, un végétal en miniature ne tardera pas à éclore. Deux parties bien distinctes apparaîtront : Tune, de couleur jaunâtre, habituellement ramifiée, s'enfoncera dans le sol: c'est la racim; Tautre, colorée en vert, se dirigera à Topposé *de la première et s'élèvera vers le ciel : c'est la tige{&g. 2).

Étudions d'abord, et d'une manière générale, la racine et la

tige, organes essentiels des végétaux, parties fondamentales qui existent chez toutes les plantes, ou du moins, si Ton fait abstraction de certains végétaux d'un ordre inférieur, qui existent

Fig. 2. Jeune haricot.

chez toutes les plantes parées de feuilles et de fleurs. Nous passerons ensuite à l'étude générale d'autres organes essentiels des végétaux, tels que les brandies, les bourgeons, les feuilles^ les Peurs, les fruits, les graines, etc.

Le Créateur des mondes semble avoir voulu embellir ce qui est exposé à nos yeux et refuser l'élégance à tout ce qui se dérobe à nos regards. Tandis que les feuilles, gracieusement suspendues aux rameaux, se balancent avec grâce au souffle des airs; tandis que les tiges, les rameaux et les fleurs font Tornement de nos campagnes, les racines, privées de formes gracieuses, dépouillées de toute nuance brillante, et revêtues le plus souvent d'une uniforme couleur brune, accomplissent dans l'obscurité leurs fonctions, tout aussi importantes que celles des tiges, des feuilles, des rameaux et des fleurs. Quelle difl*érence entre la cime verdoyante et fleurie d'un arbre ou d'un arbrisseau qui s'élève avec élégance au milieu des airs, et la masse grossière de ses racines, divisée en rameaux tortueux, sans harmonie, sans symétrie, et formant un inextricable réseau comme une chevelure en désordre ! Ces organes, si peu favorisés sous le rapport de la beauté, ont pourtant des fonctions d'une importance fondamentale dans Tordre des actions végétales. Commençons par exposer les dispositions extérieures et la structure des racines ; nous passerons ensuite à l'étude des fonctions physiologiques qui leur sont dévolues.

Toutes les racines ne sont pas implan-

j , 1 »i • . ' a ^L ^ F'g- 3. Lentille d'eau.

tées dans le sol. Il en est qui flottent

dans l'eau, comme celles de la Lentille d'eau (Hg. 3), et ne touchent

6 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

aucunement la terre. Il en est qui vont puiser leur nourriture dans les tissus mêmes d'autres végétaux : telles sont les racines du Gui, plante singulière qui forme sur le Pommier^ le Peuplier et une foule d'autres arbres, des touffes d'un beau vert.

Certaines racines paraissent n'avoir d'autre fonction que de fixer la plante au sol ; elles ne contribuent en rien à leur nutrition. On voyait, il y a quelques années, au Muséum d'histoire naturelle de Paris un magnifique Cierge du Pérou, d'une hauteur extraordinaire, qui poussait avec vigueur et avec une grande rapidité d'énormes rameaux. Ses racines étaient renfermées dans une caisse d'un mètre cube, remplie d'une terre que Ton ne renouvelait et n'arrosait jamais. Évidemment les racines de ce Cactus ne lui servaient que comme moyen d'attache.

€ Au milieu d*une contrée où six mois se passent sans qu'il tombe jamais de pluie, j'ai vu, dit Auguste de Saint-Hilaire, durant la sécheresse, des Cactus chargés de fleurs se soutenir sur des rochers brûlants, à l'aide de quelques faibles racines enfoncées dans l'humus desséché qui s'était introduit dans des fentes étroites. >

Cependant la plupart des plantes se nourrissent au moyen de leurs racines. Aussi voit-on cet organe se développer, se ramifier, et se multiplier indéfiniment dans presque tous les végétaux.

La multiplication des racines se fait de deux manières. Tantôt la racine s'allonge et s'épaissit, en n'émettant latéralement que des appendices grêles et courts, que l'on nomme radicelles et qui accompagnent le corps, ou le pivot du système descendant. On nomme ces racines pivotantes. Tantôt, au contraire, la racine est entièrement composée d'axes plus ou moins nombreux, à peu près de même calibre et qui partent de la partie inférieure de la tige : on nomme ce dernier type racines fasciculées. La Betterave, la Carotte, le Navet (fig. 4), les arbres de nos bois, nous ofirent des exemples de racines pivotantes.he Melon (fig. 5), le Blé, le Lis, les Palmiers, donnent des exemples de racines fasciculées.

Cette différence dans la constitution du corps radiculaire doit être prise en considération dans un grand nombre de circonstances. Le vieux Sapin, fixé au sol par un enracinement profond, brave les plus violents orages, et sur le sommet des montagnes il résiste aux plus terribles tempêtes. Mais le Palmier à éventail, dont les racines fîtsciculées courent et s'allongent hori-

zontalement dans le sable, est renversé, abattu par le vent, dès qu'il a atteint une hauteur de 1 à 2 mètres. Si Ton soutient d'une manière artificielle la tige de ce Palmier^ il peut atteindre, même dans nos climats, une hauteur de 1 5 à 20 mètres. Devant le grand amphithéâtre des cours du Muséum d'histoire naturelle de Paris, on voit deux Palmiers ainsi soutenus élever très-haut leur tête, chargée de feuilles en éventail (fig. 6).

Pig. 4. Racine pivotante do Navet. Fig- 5. Racine faacicalée dn Melon.

La connaissance de la forme des racines trouve des applications pratiques. Quand on arrose une plante, il faut verser Teau à son pied, si sa racine est pivotante ; on la verse, au contraire, à une certaine distance de ce pied, si les racines sont fasciculées. Quand on veut tenter la culture d'une plante, on se préoccupe de la nature des couches superficielles du sol ou de ses couches profondes, selon que cette plante a des racines pivo-

ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

tantes ou fasciculées. Dans un même champ, on doit faire succéder à une plante à racines fasciculees , qui épuise le sol à la surface, une plante à racine pivotante, qui va chercher sa nourriture à une plus grande profondeur.

Cette diversité dans la structure des racines n'est pas d'ailleurs le fait du hasard , mais le résultat d'un dessein prémédité dans les vues de la nature.

La composition du sol varie singulièrement dans les différentes parties du globe. Pour que tous les points de la surface de la terre fussent couverts de végétation, pour qu'aucune de ses parties ne fût privée de cet incomparable ornement, il

Fig. 6. Palmier placé à l'entrée de l'Amphithéâtre /• n «i. i

du Jardin des Plantes de Paris. fallait que ICS

formes des racines fussent très-variables, afin de s'accommoder à ces variations de la composition du sol. Ici le terrain est dur et pierreux, fort ou léger, formé de sable ou d'argile ; là il est sec ou humide ; ailleurs, il est exposé aux ardeurs d'un soleil brûlant, ou balayé, sur les hauteurs, par la violence des vents et des courants atmosphériques. D'autres fois, il est abrité de ces agitations de Fair, dans le fond de chaudes vallées. 11 faut des racines dures, ligneuses, divisées en ramifications robustes, et pourtant très-divisées à leur terminaison, pour les plantes destinées à vivre sur les montagnes, au milieu des rochers ou entre , les pierres, afin que leur enracinement soit solide et que ces ramifications, pénétrant entre les fentes des rochers, s*y cramponnent avec assez de force pour résister à la violence des ouragans et des tempêtes aériennes. Les racines droites, pivotantes, peu ramifiées, conviennent aux sols meubles et perméables. Elles ne conviendraient pas aux terres compactes, argileuses, peu profondes. Dans ces terrains prospèrent les plantes aux racines qui s'étalent horizontalement à peu de distance de la surface du sol.

Ces considérations importent beaucoup à l'agriculteur qui, pour propager des plantes avec succès, doit s'appliquer à bien connaître la nature du sol et choisir pour ses cultures des terrains appropriés à la forme des racines de chaque plante.

Deux modifications peuvent se présenter dans les deux types principaux de racines dont il vient d'être question. On voit quelquefois ces racines se transformer en masses plus ou moins volumineuses, gorgées de matière nutritive, et qui sont destinées à nourrir la plante, ou à favoriser sa multiplication. Des exemples vulgaires de cette structure nous sont oflerts par les Orc/m de nos prés et de nos bois, connus sous le nom vulgaire de* Pentecôte; par les Anémones, les Renoncules, les Dahlias de nos parterres. On nomme ces racines tubéreuses quand elles préseritent la forme de celle du Dahlia (fig. 7), ou tubèreuses-fiJbreuses^ quand elles présentent la forme de celle de VOrchis (fig. 8 ). Ces renflements de la racine ont une utilité spéciale dans la vie de la plante : ils ont pour destination d'accumuler à la partie inférieure du végétal des réservoirs de matière nutritive, consistant surtout en fécule, qui doit servir à son

ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

développement pendant une certaine période de son existence.

La plupart des plantes se nourrissent principalement au moyen de leurs racines. On serait donc naturellement porté à croire que le volume des racines est toujours en rapport avec la grandeur des tiges et des rameaux d'une plante. Ceci est généralement vrai pour une même espèce; et Ton sait, par exemple, que plus les rameaux d'un Chêne sont nombreux, plus ses racines sont

Fig. 7. Racine tubéreuse du Dahlia.

Fig 8. Racine tubéreuse-fibreuse de T'Orchis.

abondantes; bien plus, sur un Chêiie,les plus fortes racines correspondent aux plus fortes branches. Mais si Ton passe d'une espèce végétale à une autre, on constate, non sans surprise, que les Palmiers et les Pins ont des racines peu en rapport avec leur élévation considérable, tandis que certaines plantes, comme la Luzeimey la Bryone, YOnonis arrête-bœuf, sont munies de racines énormes relativement aux faibles dimensions de leur tige.

Si les racines n'offrent pas dans leurs ramifications cette disposition régulière et constante que l'on remarque dans les feuilles

RACINE. Il

et les rameaux, c'est qu'elles rencontrent dans le sein de la terre bien plus d'obstacles que n'en éprouvent les feuilles et les rameaux dans les airs. Ces derniers peuvent s'étendre librement dans tous les sens, tandis que les racines sont arrêtées sans cesse par toutes sortes de résistances. Elles sont constamment gênées dans leur allongement ou leur grosseur, forcées de se détourner de la route qu'elles doivent naturellement suivre, obligées de contourner, de surmonter les obstacles que leur oppose l'inégale dureté du sol, la présence de murs, de rochers ou d'autres racines. De là les difformités que l'on remarque dans leur structure extérieure, les déviations nombreuses que présentent leurs rameaux.

La manière dont les racines parviennent à triompher de tous les obstacles, a toujours été un sujet d'étonnement. Qui n'a vu des racines d'arbres ou d'arbrisseaux, gênées, empêchées dans leur marche, développer une force mécanique considérable, renverser des murs ou fendre des rochers ; dans d'autres circonstances se réunir en touffes, ou bien étaler leurs ramuscules sur une longueur prodigieuse, pour suivre le tnget d'un ruisseau aux eaux bienfaisantes! Qui n'a vu avec admiration les racines s'accommoder aux dispositions spéciales du sol : dans un sol convenable, diviser à l'infini leur chevelu ; ailleurs, abandonner un sol stérile pour aller chercher plus loin une terre propice, et varier leurs formes, selon que la terre est plus ou moins dure, selon qu'elle est humide ou sèche, forte ou légère, sablonneuse ou pierreuse! On ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il y a dans cette élection faite par. les racines la manifestation d'un véritable instinct vital.

Duhamel, botaniste du dernier siècle, rapporte que, voulant préserver un champ de bonne terre des racines d'une allée d'Ormes qui l'épuisaient, il fit creuser entre le champ et l'allée un fossé, pour intercepter le passage aux racines. Mais il vit avec surprise celles des racines qui n'avaient pas été coupées dans cette opération, descendre le long du talus, pour éviter le contact de la lumière, passer sous le fossé , et aller de nouveau s'étendre dans le champ.

C'est à propos d'une merveille de ce genre que le naturaliste suisse Bonnet disait spirituellement qu'il est quelquefois difficile de distinguer un chat d'un rosier.

12 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Nous nous sommes occupé plus spécialement jusqu'ici des racines qui constituent le système descendant et normal des végétaux. Cependant il est des racines qui se développent le long de la tige même. Organes supplémentaires en quelque sorte, elles vienj nent en aide aux

racines proprement dites , et les remplacent lorsqu'une cause quelconque est

^ venue les détruire. Dans le Blè^ le Chiendent (fig. 9), et en général dans toutes les plantes de la famille des Graminées, la partie inférieure de la tige donne naissance à des racines supplémentaires, auxquelles ces plantes, sim-

__^ pies et rustiques,

^ .^ ,^^^^,,^ , , ^ doivent unepartie

-^- de leur vigueur et

^. „„..,., ^.. , , de leur résistance

Fig. 9. Racine adventive de Chiendent.

aux causes de destruction. Dans la Primevère (fig. 10), la racine principale et les racines secondaires qui en naissent, se détruisent après quelques années de végétation; mais des racines adventives

Fi«. 11. Racines adventives de la Vanille, dans les serres du Jardin des Plantes de Paris.

se développent à la partie inférieure de la tige, et empêchent la plante de périr.

Dans les forêts tropicales de TAmérique et de l'Asie, la VanilUy aux fruits si recherchés pour leur suave arôme, enroule autour des arbres, comme une guirlande aérienne, sa tige allongée, élégante et flexible, ornement gracieux de ces solitudes. Les racines souterraines de la Vanille ne pourraient suffire à la nutrition de cette plante, et le transport des sucs nourriciers se ferait avec trop de lenteur. La nature a paré à ces

Pig. 10. Racines adventives de Primevère.

inconvénients par les racines adventives qui naissent de distance en distance le long de sa tige. Ces utiles auxiliaires descendent presque verticalement. Vivant sans peine dans Tatmosphère humide et chaude de ces forêts, elles finissent par s'enraciner çà et là dans le sol. Les autres flottant librement dans l'atmosphère en aspirent Thumidité et transportent cette humidité à la plante elle-même. On peut constater dans les serres du Muséum d'histoire naturelle de Paris ce mode intéressant de végétation delà Vanille (ûg. 11).

16 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Uii grand arbre qui embellit les paysages de l'Inde, le Figuier des Pagodes {Ficm religiosa\ est muni de racines advenlives, qui descendent verticalement des rameaux vers le sol. Ces racines demeurent minces et d*égal diamètre tant qu'elles n'ont pas pénétré dans la terre ; mais dès qu'elles s'y sont fixées, elles grossissent rapidement, et forment autour de la tige des milliers de colonnes d'une longueur souvent considérable. Les Indiens aiment à bâtir des chapelles dans les intervalles que laissent entre elles les ra-

Fiz. 13. Crampons de la tige du Lierre.

cines adventives de ce Figuier sauvage ; de là le nom de ficus veligiosa {ûg. 12) donné à cet hôte imposant des plaines et des fl3rêts de l'Asie. L'un de ces arbres vénérés, lé Figuier de Narbuddah, avec ses 350 grosses racines, auxquelles viennent se joindre quelquefois plus de 3000 autres plus petites, constitue une sorte de forêt dans la forêt.

Les rameaux du Lieire sont pourvus d'une quantité de crampons qui s'incrustent dans Técorce des arbres, ou à la surface

des murs : ces crampons (fig. 13, ç) sont de très-courtes racines adventives qui servent à soutenir la plante, mais nç la nourrissent pas.

n est pourtant une plante dont les crampons, qui s'implantent sur d'autres végétaux, y puisent leur nourriture. La Cuscute (fig. ]4), nous donne un exemple de ces plantes parasites dont les crampons forment de véritables racines nourricières.

Fig. 14. Tige à (u^oira de la Cuscutç.

La propriété fondamentale des racines, au point d« \w physiologique, c est de tendre sans cesçiç à s'enfouççr dauf te sol; elles semblent donc fuir la lumière du jour. Cette tendance se remarque dès les premiers moments de l'apparition de la radicule dans une graine en germination. Elle est si prononcée, elle paraît tellement inhérente à la vie de tous les végétaux en général, que si Ton essaye de la contrarier, si par exemple pn renverse une plante germante, en la plaçant, pour ainsi dire, la tète en bas, la racine et la tige se retournerpnt d'çUçs-mênies, la tige pour tendre vers le ciel, la racine pour s'enfpncçr en terre.

20 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

On peut se convaincre, par une expérience fort simple, de la vocation naturelle des tiges pour rechercher et des racines pour fuir la lumière du jour. Dans un appartement éc'airé par une seule fenêtre, placez sur du coton que vous ferez flotter sur Teau d'une écuello, quelques graines de moutarde en germination; vous verrez les petites racines se diriger vers la partie non éclair^^e de la chambre, et les tigelles s'infléchir, pour aller

à la rencontre des rayons lumineux venant de la fenêtre.

Quelle est la cause qui détermine cette naturelle et invincible tendance des racines vers rintérieur de la terre?

Les racines veulentelles éviter la lumière, dont l'action leur serait nuisible ? Cherchentelles l'humidité ? Les deux expériences suivantes répondent à ces deux questions.

Placez des graines sur une éponge humidecontenue dans un tube de verre, et éclairez l'appareil par en bas ; quand la plante aura germé et poussé des radicules et "^" '" destigelles, vous verrez,

comme le représente la figure 15, les petites racines descendre vers le bas du tube, et par conséquent se diriger du côté de la lumière, plutôt que de ne pas obéir à leur tendance naturelle. Ce n'est donc pas pour éviter la lumière que les racines s'enfoncent dans le sol, car dans cette expérience c'est précisément vers la lumière qu'elles affluent.

Remplissez de terre une botte dont le fond soit percé de plu-

sieurs trous, comme le représente la ligure 16 ; placez des graines de haricot dans ces trous, et suspendez Tappareil en plein air. Les radicules ne monteront pas, pour aller chercher cette terre humide. Obéissant à la loi inflexible qui les sollicite, elles descendront dans l'atmosphère, au milieu de Tair sec, et elles ne tarderont pas à s'y dessécher. Ce n'est donc pas l'humidité que les racines recherchent.

On a pensé que l'action de la pesanteur pouvait être pour quelque chose dans la direction des radicules, f/est en eflet ce qui paraît résulter des expériences suivantes.

On a fait germer des graines de haricot placées à la circonférence d'une roue de fer ou de bois, entourée de mousse, pour maintenir l'humidité des graines, et contenant de petites auges pleines de terre, ouvertes de deux côtés (fig. 17). La roue* mise en mouvement dans le sens vertical par un courant d'eau, décrivait cent cinquante révolutions par minute. En raison de ce mouvement de rotation, qui produisait la force particulière connue en mécanique sous le nom de force ceniri-

22 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

fuge, raciion de la pesanteur était comme annulée, et la graine germante, échappant à l'influence de cette force, était uniquement soumise à la force centrifuge. Or, voici ce qui se produisit. Les petites tigelles qui, dans les circonstances normales, se dirigent vers le ciel, c'est-à-dire en sens inverse de l'action de la pesanteur, se dirigèrent en sens inverse de la force centrifuge, c'est-à-dire vers le centre de la roue. Les radicules qui, dans les circonstances normales, s'enfoncent dans le sol, c'est-à-dire dans la direction de la pesanteur, se dirigèrent dans

Pig. 17. Roue de Knigth.

le sens de la force qui remplaçait ici la pesanteur, c'est-àdire de là force centrifuge, et se rendirent vers la circonférence dé cette roué.

Cette curieuse expérience, réalisée pour la première fois par Kïlight, physicien anglais, a été répétée et modifiée en France par riAgénieux naturaliste Dutrôchet. Si l'on remplace la roue verticale pâf une roue horizontale, la pesanteur agit toujours sur les mêmes points de la graine germante ; mais comme celle-ci est soumise en môme temps à l'action de la force centrifuge, déve-

loppée par le mouvement de la roue, les petites racines suivent une direction intermédiaire entre la verticale, que devrait déterminer la pesanteur, et riiorizontale, que devrait déterminer la force centrifuge. Plus le mouvement imprimé à la roue est rapide, plus Tangle que fait la radicule avec le plan de la roue est aigu. Lorsque cet angle est nul, la radicule est horizontale et se dirige en dehors de la roue.

Fig. 18. Roae de Knigth tournant^horizoatalement.

L'influence de la pesanteur sur la direction des racines est mise hors de doute par ces curieuses expériences.

n faut pourtant reconnaître que tout n'est pas mécanique dans cette tendance des racines à s'enfoncer dans le sol, et qu'il y a là, sans aucun doute, une véritable faculté organique propre à l'être vivant.

Pour terminer ce qui concerne la racine en général, nous donnerons un aperçu de sa structure et des fonctions physiologiques dévolues à cet organe.

Si Ton rapproche et si Ton compare la coupe transversale de la tige et celle de la racine d'un des arbres de nos forêts, il est facile de constater que la différence entre ces deux parties du végétal, se réduit à peu de chose. A l'extérieur de la racine se trouve l'écorce, semblable à celle de la tige des arbres; seulement son parenchyme n'est jamais vert. A l'intérieur est un cylindre ligneux, représenté par des fibres, des vaisseaux et des rayons médullaires. Le bois forme donc la partie centrale de la racine, qui est presque toujours dépourvue du genre de vais-

24 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

seaux connus sous le nom de trachées; ce n'est même que d'après ce dernier caractère que la racine se différencie de la tige, au point de vue de sa structure. En étudiant la tige, dans le chapitre suivant, nous apprendrons à connaître, avec tous les détails nécessaires , ces fibres ligneuses , ces rayons médul ■ laires, etc.

Les racines ne s'accroissent que par leurs extrémités. Aussi ces extrémités sont-elles toujours jeunes, toujours formées d'un tissu perméable et mou. C'est dans le voisinage de ces extrémités que se fait l'absorption des liquides ou des gaz destinés à

s Fig. 19. Coupe verticale de l'extrémité d'une racine^ vue au microscope.

pénétrer, dans l'intérieur du végétal. Cette absorption est facilitée et multipliée par des poils radicaux, fins et allongés. La figure )9 représente la partie terminale d'une racine, vue au microscope. Le véritable siège de l'absorption n'est pas situé, comme on pourrait se l'imaginer, à l'exl rémité de la radicule, c'est-à-dire au point S, mais à une certaine distance de cette extrémité, dans la région représentée sur cette figure par la lettre 0.

Les matériaux que la plante puise dans le sol, pour les faire passer dans son organisme, ne peuvent être que des liquides ou

des gaz. Les corps solides, quelque atténués, quelque divisés qu'on les suppose, même quand ils sont en suspension dans Teau, ne sauraient pénétrer dans les canaux infiniment étroits qui s'ouvrent à l'extrémité des racines. Aussi les substances absorbées par les racines ne peuvent-elles y parvenir qu'à l'état de dissolution dans l'eau. Les plus importantes de ces substances pour la végétation sont des sels de potasse, de soude, de chaux, les composés ammoniacaux, le gaz acide carbonique dissous dans l'eau, etc.

Mais quelle est la mystérieuse force qui détermine l'absorption opérée par les racines des plantes, c'est-à-dire le passage d'un liquide extérieur àtravers un organe déjà gorgé de liquides?

Les botanistes s'accordent aujourd'hui à reconnaîtreque ce résultat est dû à la triple influence, aux actions successives ou combinées, de Yendosmosey de la mpillarilé et de Vappel déterminé par les feuilles.

Expliquons-nous.

Prenez une petite ves- ^'°- '' ^^^^'^ dendosmose.

sie, A (fîg. 20), formée d une membrane animale ou végétale, contenant de l'eau sucrée ou gommée et plongez cette petite vessie dans l'eau pure. Le liquide sucré ou gommé, contenu dans la vessie est plus lourd que l'eau pure qui l'environne. Cette densité inégale détermine aussitôt, au travers des parois de la vessie, un double courant : l'un qui va de dehors en dedans, ou de l'eau pure vers l'eau sucrée; l'autre qui marche en sens inverse. Mais le liquide le moins dense passe plus vite que l'autre, et si Ton adapte

26 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

à la vessie un tube vertical, B, on voit peu à peu le niveau du liquide s'élever dans le tube. C'est là le curieux effet désigné par les physiciens sous le nom d*endosmose»

Ce phénomène, qui a été étudié avec soin par les physiciens, se voit en action dans les fonctions vitales des plantes. Les extrémités radiculaires des végétaux sont remplies de liquides et de sucs plus lourds que l'eau qui imbibe la terre environnante. Par un phénomène d'endosmose, l'infiltration, ou le passage de cette eau, peut donc s'opérer à travers les minces parois du tissu extérieur ; de là cette eau s'élève à l'intérieur des vaisseaux de la plante, comme nous l'avons vue s'élever dans le tube de Vendosmomètre. Ainsi se produit un premier mouvement d'ascension.

Mais la force de Vendosmose ne pousserait pas bien avant les liquides extérieurs dans les vaisseaux de la plante. Une seconde force qui intervient ici, active singulièrement la marche ascensionnelle du liquide. Quand un liquide a commencé de pénétrer par endosmose à l'extrémité de la racine, la densité du liquide contenu dans ces extrémités radiculaires étant ainsi diminuée, il se fait un courant de celles-ci dans l'intérieur des racines.

C'est la force connue en physique sous le nom de capillarité qui provoque ensuite l'ascension des liquides dans les parties plus élevées de la racine. La paroi interne de chaque vaisseau de la racine exerce sur le liquide qu'il contient, un eflfet de capillarité, en d'autres termes, une attraction, qui détruit une partie de Tefiet de la pesanteur, et détermine l'ascension du liquide bien au-dessus du niveau auquel il se serait arrêté dans un tube plus large. Le phénomène de la capillarité s'^'oute donc à l'action de Vendosmose pour favoriser l'absorption des liquides par les extrémités radiculaires.

Lorsque la plante est munie de feuilles, il est une troisième orce qui vient se joindre aux deux autres pour activer l'absorption. Les feuilles sont le siège d'une évaporation considérable. L'eau disparue en vapeur dans l'atmosphère laisse dans les vaisseaux un vide partiel; ce vide est tout aussitôt comblé par l'afflux des liquides qui remplissent les racines. Ainsi se produit un appel, une sorte de succion, qui entraîne vers les feuilles

un afflux de liquides, afflux auquel Tabsorption radiculaire est forcée constamment de suffire.

Ainsi endosmose, capillarité, ^i/ccion par le haut du végétal, telles sont les forces physiques qui paraissent jouer un rôle dans l'absorption opérée par les racines. Il faut, en outre, pour expliquer ce grand phénomène de la vie des plantes, faire intervenir une force bien supérieure à toutes ces actions physiques : c'est la force vitale, cette secrète et invincible puissance que Dieu seul accorde et dont il dirige les effets.

Gmi)

La tige est l'axe du système ascendant du végétal. Elle est garnie, par intervalles, de nœtids vitaux (yeux) d*où s'échappent des feuilles et des bourgeons, disposés dans un ordre parfaitement régulier. La racine ne présente rien de semblable. Ce caractère permet toujours de distinguer dans Taxe végétal ce qui appartient réellement à la tige de ce qui est propre à la racine.

La tige est la partie des plantes qui , dirigée dans l'air, supporte et produit les branches, les rameaux, les feuilles et les fleurs. C'est à travers son tissu que les liquides aspirés par la racine pénètrent dans l'intérieur du végétal, pour lui servir de sucs nourriciers, pour fournir à son accroissement et à l'entretien de ses fonctions vitales.

La forme, la grosseur, la direction des tiges, dépendent du rôle que chaque plante doit jouer dans la vaste population végétale qui couvre et embellit notre globe. Les plantes qui ont besoin pour vivre d'un air pur et souvent renouvelé, sont portées sur une tige droite, robuste ou élancée. Quand elles n'ont besoin que d'un air humide, plus condensé, plus rarement renouvelé; quand elles doivent ramper sur la terre, ou se glisser dans les broussailles, les tiges sont longues, flexueuses et traînantes. Si elles doivent flotter en lair, en se soutenant sur des végétaux plus robustes, se suspendre aux arbres des forêts, en festons gracieux, en guirlandes légères, elles sont pourvues de tiges flexibles, grêles et souples, pour embrasser, dans leurs élégantes volutes, le tronc des arbres et des arbrisseaux. Ainsi, la nature façonne les formes extérieures des plantes d'après le rôle qu'elle leur a tracé d'avance, et d'après les fonctions qu'elle leur a assignées.

Rien n est plus variable que le port des tiges végétales qui ,

dans leur inOnie diversité, nous présentent quelquefois des types accomplis de beauté et d'élégance. La sculpture et le dessin

J-ig, *^1. 'IroQc de Ciiéae.

ont emprunté au tronc de certains arbres les modèles d'une architecture élégante ou majestueuse, dont les types, qui nous

30 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

ont été transmis depuis l'antiquité la plus reculée, se sont conservés jusqu'à nos jours. L'homme a trouvé dans les formes végétales ses premiers dessins d'ornement, de construction et de décor. La tige du Palmier et du Dattier y les feuilles de V Acanthe , ont donné le modèle des colonnes majestueuses de l'ordre corinthien; les pampres de la Vigne, les guirlandes naturelles des jeunes plantes grimpantes, ont fourni à l'art ancien les types des dessins d'ornement, qui se sont conservés dans notre architecture moderne . C'est par l'imitation de la nature que l'art a pris naissance à son origine, et qu'il s'est perfectionné.

Dans le langage botanique, les tiges des plantes ne soat pas désignées par le même nom. Les tiges des arbres de nos climats, comme le Chêne (fig. 21), portent le nom de trçnc, \jes tiges des Graminées, ordinairement cylindriques, presque toujours creuses et garnies de nœuds annulai-

Fig. 22. Chaume de Seigle. ^^^^ j,^^ ^^^^^^^ ,^3 feuilles,

sont désignées sous le nom de chaumes (iig. 22); celles des

Palmiers y qui ressemblent à des colonnes couronnées d'un chapiteau de feuilles, se nomment stipes (iig. 23).

Fig. 23. Stipe de Palmier.

La grosseur et rélévation des tiges varient beaucoup chez les végétaux. Tandis que le tronc de certains arbres exotiques,

32 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

comme le monstrueux Baobab, atteint des dimensions gigantesques, les liges de plusieurs de nos plantes printanières ont à peine la grosseur d'un fil : telles sont celles de la Saxifrage à trois doigts et de la Drave printanière.

« En traversant le Rio Glaro, rivière de la province de Goyas (Brésil), dit A. de Saint-Hilaire, j'aperçus sur une pierre une plante qui n'avait pas plus de trois lignes, et que je pris d*abord pour une Mousse. C'était cependant une espèce d'un ordre supérieur et pourvue d'un a^ppareil reproducteur conune nos chênes et nos hêtres. A côté d'elle, des arbres gigantesques élevaient à cent pieds leur cime majestueuse. » \

i<ig. 24. Tige de Cactus.

Selon qu'eliesdurentunan,deuxansoudavantage,onditqueles tiges sont annuelles, bisannuelles ou vivaces. Les tiges arborescentes qui vivent un nombre d'années plus ou moins considérable, et forment un bois solide, sont dites ligneuses. Les tiges molles des plantes annuelles, bisannuelles ou vivaces, sont dites herbacées; enfin on nomme succulentes les tiges des Joubarbes, des Cactus, de quelques Euphorbes, etc. La figure 24 représente la tige d'un Cactus en fleur.

Dans un grand nombre de plantes, la tige s'élève ferme et droite vers le ciel : on la nomme alors tige dressée. Il en est, au contraire, qui n'ont pas assez de consistance pour se maintenir verticales : elles s'étendent sur la terre, et ne lèvent pour ainsi dire que la tête (tiges couchées)^ ou bien étant couchées, elles se fixent par des racines adventives {tiges rampantes). La figure 25

Fig. 25. Tige couchée de la Véronique officinale.

représente la tige couchée de la Véroinque officinale. D'autres, comme le Lierre, s'accrochent aux corps voisins à Taide de cramponsy ou bien, comme le Liseron, s'enroulent en spirale autour des arbres. Les premières sont dites grimpâmes, les secondes volubiles.

Les tiges volubiles ne s'enroulent pas toutes dans le même sens. La direction de l'enroulement des tiges est invariable pour chaque espèce, et résiste même aux efforts que l'on fait pour la changer. Les unes, comme le Liseron, si nous supposons qu'elles s'enroulent autour de notre corps, vont de droite à gauche; les autres, comme le Houblon, vont de gauche à droite (fig. 26 et 27).

34 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

c Les lianes qui produisent dans les forêts primitives les accidents les plus variés, dit A. de Saint-Hilaire, et qui communiquent à ces forêts les beautés les plus pittoresques, sont des plantes ligneuses, les unes grimpantes, les autres volt^ûes. Ce sont des Bigonia, des Bauhinîa, des Cissus, etc., et si toutes ont besoin d^un appui, chacune a pourtant un port qui lui est propre. Quelques lianes ressemblent à des rubans ondulés, d'autres se tordent et décrivent de larges spirales. Elles pendent en fes-

Fig. 26. Liseron. Fig. 27. Houblon.

tons, serpentent entre les arbres, s'élancent de l'un à l'autre, les enlacent et forment des masses de feuilles et de fleurs où l'observateur a souvent peine à rendre à chaque végétal ce qui lui appartient. >

Ces Lianes des forêts d'Amérique sont bien imparfaitement représentées dans nos climats par le Lierre^ le Cfièvrefeuille et la Clématite.

IjCs tiges dont nous avons parlé jusqu'ici sont aériennes; mais

il en est de souterraines. Le Sceau de Salomon (fig. 28) présente une tige souterraine, épaisse, charnue, blanchâtre, creusée, à sa face supérieure, de cicatrices correspondant à la base d'anciennes tiges aériennes (de là le nom de sceau qui est resté à cette plante). Cette tige souterraine se termine, à son extrémité antérieure, par un axe feuillu et florifère placé en arrière d'un

Fig. 2S. Sceau de Salomon.

bourgeon terminal, qui se développera Tannée suivante. Beaucoup de plantes comme 17rw, le Jonc fleuri^ le Trèfle (TeaUy le Carex^ présentent également des tiges souterraines. La figure 29 représente la tige souterraine de Ylris germanica.

Ces tiges ont reçu des botanistes le nom de rhizomes. Elles rampent obliquement ou horizontalement sous le sol, et végètent par leur partie antérieure , pendant que leur partie postérieure se détruit peu à peu par Tâge. Ce mode d'existence des tiges souterraines est parfaitement mis en évidence par la figure 30, qui représente la végétation d'un jet de Carex. On y voit un axe horizontal rampant, qui présente à la fois des écailles ou feuilles

36 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

modifiées, et des fibres radicales, et qui émet, de distance en distance, des pousses feuillues. La pousse 1 n'a qu'un an ; au printemps suivant, elle prendra la forme de la pousse 2 ; Tannée

Fig 29. Tige souterraine de l'Iris germanica.

suivante elle donnera des fleurs et des fruits, comme on le voit sur la pousse 3, dont l'évolution signalera le terme de son existence, comme le montre le n*» 4.

Une autre sorte de tige souterraine bien remarquable est celle

qui forme la partie centrale et essentielle des bulbes^ ou oignons. Coupez longitudinalement un bulbe de Jacinthe ou de L«, vous verrez qu'il se compose d'un plateau charnu, plus ou moins conique supérieurement, tronqué inférieurement, constituant une

Fig. 30. Tige souterraine de Carex; pousses de trois annéei.

tige courte, à entre-nœuds très-rapprochés. Ce plateau donne naissance, par sa face supérieure, à des écailles charnues (feuilles modifiées) pressées les unes contre les autres, et à un bourgeon central, formé de feuilles et de fleurs rudimentaires, tandis que de sa face inférieure partent des fibres radicales (fig. 31 et 32).

38 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Dans la Jacinthe, les écailles forment des gaines complètes, qui s'emboîtent les unes dans les autres : son bulbe est tunique. Dans le Lis (fig. 33 et 34) les écailles, plus étroites, ne se recouvrent qu'à la manière des tuiles d'un toit : son bulbe est écaiUeux, Dans le Safran (fig. 35 et 36), la tige extrêmement développée, de forme globuleuse ou déprimée, ne porte que quelques écailles minces et membraneuses ; son bulbe est solide et superposé. Le rhizome et le bulbe ne se distinguent que par le plus ou

Fig. 31. Bulbe de Jacinthe. Fig. 32. Bulbe de Jacinthe (coupe Terticale).

moins de longueur du plateau et la consistance plus ou moins charnue des feuilles souterraines.

Nous avons maintenant à étudier la structure des tiges chez les différents végétaux. Pour en donner une idée exacte, il nous suffira de considérer : 1« la tige des arbres de nos forêts; 2* celle des Palmiers; 3° celle des Fougères arborescentes.

Les tiges ligneuses des arbres de nos forêts sont intéressantes

à connattre sous plus d'un rapport. La nature a rassemblé tous les moyens pour donner aux arbres la force nécessaire pour résister aux dangers et aux causes de destruction qui les menacent. Leur cime ample et touffue , le feuillage énorme qu'ils supportent, Télévation extrême à laquelle ils parviennent au terme de leur accroissement, les exposent à l'impétuosité des tempêtes de l'air. Pour braver toute la violence des vents, leur tronc devait être d'une solidité inébranlable. La nature les a

Fig. 33. Bulbe de Lis. Fig. 34. Bulbe de Lis (coupe verticale)

construits dans ce but particulier de résistance. Elle accumule, année par année, dans leur intérieur, des couches successives de plus en plus solides. A mesure que le végétal grandit et a besoin d'un support plus puissant, elle resserre et consolide davantage ces anneaux intérieurs concentriques qui, par leur réunion, forment le tissu compacte et robuste des arbres de nos forêts.

A son origine, c'est-à-dire au moment où la jeune tige sortie

de terre commence à s'élever dans Tair, on ne remarque autre chose, à l'intérieur de cette tige, qu'une moelle abondante, entourée de quelques vaisseaux {trachées). Mais à mesure que la plante grandit, des éléments nouveaux s'interposent entre la moelle et Fécorce ; et quand le tronc s'est allongé, fortifié, il

Fig. 35. Bulbe de Safran. Fig. 36. Bulbe de Safran (coupe verticale).

présente une structure intérieure assez compliquée, qui assure sa résistance contre les actions du dehors.

Cette structure intérieure du tronc des arbres de nos forêts est l'objet sur lequel il convient d'attirer maintenant l'attention du lecteur.

Un simple coup d'œil jeté sur la section d'une bûche de bois destinée au chauffage permet de reconnaître que la tige des arbres de nos forêts présente trois parties essentielles, qui sont, en allant de dedans en dehors, la moelle, le bois et l'écorce. Examinons de plus près chacune de ces parties intérieures de la lige d'un arbre indigène.

La moelle forme une sorte de colonne au centre de Taxe ligneux, comme on le voit sur la figure 37, qui représente la coupe horizontale d'un tronc d'Érable. Dans les liges très-grosses et très-vieilles, son diamètre paraît extrêmement petit, et Ton a même longtemps admis que la moelle finit par disparaître complètement du tronc des vieux arbres. Mais il n'en est rien. On s'est môme assuré, par des mesures exactes, que ce diamètre demeure sensiblement invariable depuis le moment où le jeune

Fig. 37. Coupe horizontale d'un tronc d'Érable.

axe ligneux a commencé à se consolider, jusqu'à l'époque de son plus complet développement.

La moelle est formée par une réunion de cellules, selon le terme scientifique. Nous n'avons pas encore prononcé ce nom, qui revient si souvent dans le langage des botanistes ; c'est ici le lieu de s'expliquer à ce sujet.

La ceUiile est l'organe primitif dans toute structure végétale. C'est une sorte de sac, constitué par une membrane transparente. Ce sac est fermé complètement. Tantôt il est vide, tantôt il recèle une matière dans son intérieur. La figure 38 représente des cellules végétales coupées en travers. Elles sont, comme on le voit, de forme à peu près circulaire. Quand les cellules s'accroissent elles se compriment mutuellement, si bien que leur forme, d'abord circulaire, devient polyédrique (fig. 39).

ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

La moelle des jeunes arbres, telle qu'elle est représentée dans la figure 39, n'est autre chose qu'une agrégation de cellules qui, d'abord de forme sphérique, sont devenues polyé-

Fig. 38.

Fig. 30. Tissu de la moelle centrale.

driques par suite de leur accroissement et de leur compression mutuelle.

Le tissu médullaire paraît de très-bonne heure frappé d'atonie, surtout dans les parties centrales.

Entre la moelle et Técorce se trouvent des zones concentriques

Fig. 40. Coope verticale d'un tronc de Chêne de 18 ans (couches ligneuses comprenant le bois et l'aubier).

qui portent le nom de couches ligneuses, et dont l'ensemble forme ce qu'on appelle vulgairement le bois. Si l'on examine une tige de Chêne y de Pommier, de Cerisier, etc., on voit une différence très-sensible entre les couches ligneuses les plus intérieures

qui sont plus foncées et d'un tissu plus dense, et les extérieures qui sont, au contraire, d'une teinte plus pâle et d'un tissu plus mou. Sur la figure 40, qui représente la coupe verticale d'un tronc de Chêne âgé de dix-huit ans, Taubier est représenté par la lettre A, le bois par la lettre B, Técorce par la leltreE. Au centre est la moelle, avec Taspect étoile qu'elle présente souvent dans le Chine, Les rayons médtUlaireSy sur lesquels nous aurons à revenir, sont très-apparents sur cette figure.

On donne le nom d'aubier à l'ensemble des couches les plus extérieures du bois, et celui de casur du bois, ou duramen, aux plus intérieures. Dans quelques arbres, et notamment dans ceux qui ont peu de dureté, comme le Peuplier, le Saule, le Marronnier, etc., la ligne de démarcation entre le bois et l'aubier est peu sensible. Elle est, au contraire, très-prononcée dans les bois durs. Ainsi, dans VÉbène, le cœur du bois est d'un noir intense, tandis que l'aubier est blanc; dans P Arbre de Judée, le cœur est jaune et l'aubier blanc ; dans le Phyllirea, le cœur est rouge et l'aubier blanc.

Les ouvriers qui travaillent le bois savent que l'aubier a moins de solidité que le cœur, et que ce dernier doit être seul employé pour les ouvrages en bois.

Examinées en masses, les couches ligneuses sont d'au- ^, ^^ tant plus dures qu'elles sont plus intérieures. Ëtu- Fibres diée isolément, chaque couche est d'autant plus com- ^^^ pacte qu'on l'examine plus vers sa partie externe. Au °^«'o«»p«reste, toutes les couches ne sont pas d'une épaisseur égale, ni entre elles, ni dans leurs diverses parties.

L'élément qui domine dans le bois, celui qui lui communique sa dureté, c'est la fibre ligneuse (fig. 41). C'est un élément cellulaire, allongé, terminé en pointe à ses deux extrémités. Les parois des cellules qui le constituent sont très-épaisses, ordinairement si épaisses que leur cavité intérieure en est fort réduite. Au reste, l'épaisseur et la coloration des fibres varient avec la partie du boiSy l'Age de la tige, et l'essence même de l'arbre que l'on considère.

Les fibres ligneuses sont pressées les unes contre les autres,

4(1 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

appliquées bout à bout, et comme enchevêtrées de manière à constituer un tissu dit fibreux^ très-difficile à entamer lorsqu'on le coupe en travers, mais se divisant très-facilement, au contraire, lorsqu'on Tattaque longitudinalement. Les parois de ces fibres épaisses présentent fréquemment des parties non épaissies qui se présentent sous la forme de ponctuations.

Les fibres ligneuses ne sont pas les seuls éléments constitutifs dfi bois. Coupez transversalement uu rameau de Vigne (plante chez laquelle les éléments dont nous voulons parler acquièrent un volume considérable), et appliquez Tœil à un bout; si le rameau est droit, vous pourrez apercevoir le jour à Tautre bout. Si vous examinez, soit à Tœil nu, soit à la loupe, la surface de section de ce môme rameau, vous pourrez reconnaître qu'elle est percée d'un nombre considérable de petites ouvertures, d'inégal volume. Introduisez un cheveu ou un fil très-fin dans une de ces ouvertures béantes, et vous arriverez à faire apparaître ce fil à l'autre extrémité du rameau. Il existe donc, dans l'intérieur de ce rameau de vigne, des canaux continus. Ces canaux, formés d'une paroi propre, portent le nom de vaisseaux.

Si Ton coupe avec netteté une portion de la surface transversale d'une bûche de Chhie ou d'Orme, on s'apercevra que le bord interne de chaque zone ligneuse présente un certain nombre de petits trous, distincts à l'œil nu ou à l'œil armé d'une simple loupe, et qui sont les orifices de vaisseaux assez volumineux. Dans l'épaisseur de la zone ligneuse les vaisseaux sont beaucoup plus petits et parfois presque indistincts. Si l'on soumet au même examen le bois de Charme^ de Tillevi ou à^Êrable, le bord interne de la zone n'est plus occupé par de gros vaisseaux; elle est presque tout entière criblée par les ouvertures de vaisseaux plus petits et plus égaux entre eux, et qui deviennent indistincts vers le bord externe de chaque zone. Ces vaisseaux portent le nom de vaisseaux lymphatiques.

Quelle est la structure de ces divers vaisseaux? Ils ressemblent à un cylindre qui offrirait, de distance en distance, des étranglements plus ou moins marqués, et des lignes transversales qui les divisent en autant d'articles superposés. A ces étran-

glements, à ces lignes, correspondent parfois, à Tintérieur du vaisseau, des débris de diaphragmes transversaux. En un mot, ces cylindres paraissent formés de cellules mises bout à bout, et dont les cloisons se seraient détruites. Leurs parois extérieures offrent des ponctuations, des raies, des réseaux, souvent du plus bel effet, et qui résultent des inégalités d'épaississement que ces parois ont subi, inégalités qui obéissent à certaines lois de régularité et d'élégance.

La figure 42 représente les vaisseaux du Melon. D'après l'aspect particulier que présentent leurs tuniques extérieures, qui sont marquées de petits points, de sillons et de raies, on les nomme vaisseaxix ponctués eivaisseauœ rayés.

Il est une partie spéciale du bois dans laquelle les vaisseaux sont pourtant d'une nature différente de celle que nous venons d'indiquer- ici. On les trouve autour de la moelle, dans la portion la plus interne du cercle ligneux, et jamais ailleurs. Ces vaisseaux, avec les fibres peu épaisses qui les accompagnent, ont reçu, et gardé malheureusement, le nom A'étui médullaire.

Il n'y a, en effet, ici qu'une réunion de

vaisseaux etaucunesorted'éfmi.L'image Vaisseaux é/^s%'^\sse,ux poncque ce mot rappelle n'est pas de nature *"•* *' vaisseaux rayés du Meion.) à faire comprendre l'importante modification de structure que nous signalons dans les vaisseaux les plus internes du cercle ligneux. On donne à ces vaisseaux le nom de trachées.

La figure 43 représente, vue au microscope avec un très-fort grossissement, cette partie centrale des arbres, improprement désignée sous le nom d'étui médullaire. On voit les trachéeSj c'està-dire les vaisseaux dont nous parlons, touchant d'un côté à la moelle, qui est au centre du végétal, et de l'autre aux fibres ligneuses.

La structure des trachées est bien singulière. Ce sont des sortes

46 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

de fibres allongées, plus effilées encore à leurs extrémités. On

croirait au premier aspect que ces vaisseaux sont très-finement

rayés en travers et que leur tunique externe est continue ; mais

si Ton vient à exercer sur eux la plus légère traction, on les voit

se dérouler, comme un ressorte boudin. Ces vaisseaux sont

donc formés d'un fil spiral contourné en hélice et à tours

de spire contigus. Tous ces tours de spire

sont réunis par une membrane; mais

cette membrane est si prodigieusement

mince qu'il est difficile d'en retrouver les

traces lorsque la spire a été déroulée.

Une dernière particularité à signaler dans la section de la tige d'un arbre de nos forêts est cet assemblage de lignes divergentes qui portent le nom de rayons médullaires. Il est facile de voir, sur une coupe transversale d'une tige d'arbre, que la masse du bois est traversée par un grand nombre de lignes rayonnantes, qui partent toutes de Vécorce, pour converger vers la moelle.

Mais elles n'y arrivent pas toutes ; il en est un certain nombre qui s'arrêtent dans des couches plus ou moins profondes, sans atteindre jusqu'à la moelle. Ces lignes rayonnantes résultent de la section transversale de lames cellulaires dont on voit ainsi la

Fig.43. Trachées entourées ^^^^^'^ ^^ ^^'^^ ^^ lOUgUCUr et l'épaisSeur de la moelle et des fibres SOUt VariableS .

ligneuses. La figurc 44 représente les rayons mé-

dullaires d'un tronc de Chêm4iége sur une coupe pratiquée horizontalement.

La figure 45 montre les mêmes organes dans une tige d'Érable coupée. dans le sens horizontal et grossie au moyen du microscope. RM sont les rayons médullaires qui vont du centre à la circonférence de la tige. Les trachées ^ les fibres ligneuses et les vaisseaux^ sont représentés par les lettres T, FL, V, et la moelle par la lettre M

La plupart des arbres sont pourvus de rayons médtUlaires d*\xne seule espèce; quelques-uns seulement présentent à la fois des rayons plus épais et des rayons plus minces. Ainsi, dans le

Pig. 44. Rayons médullaires d*un tronc de Chéne-Iiége (coupe horisontalc) .

Chêne ou le Charme on trouve à la fois des rayons minces et des rayons épais, tandis que dans les Saules et dans VÉrable les rayons sont sensiblement égaux.

Page 1