K T FL VF IL P FL M
Fig. 45. Rayons médullaires d'un tronc d*firable, vus au microscope (coupe verticale).
Tandis que les fibres et les vaisseaux ne contiennent jamais de matières nutritives solides, les cellules qui forment, par leur réunion, les rayons médullaires, sont le siège d'une abondante production de petits granules d'amidon.
Uécarce de nos arbres est essentiellement formée des tissus fibreux et cellulaire. Hais il est facile de comprendre combien
sont variées la forme, la disposition et la structure de ces éléments, lorsqu'on considère la variété extraordinaire d'aspect <les écorces de nos arbres et la diversit cation de tout ce qui concerne la si terait de tels développements et pré; que nous sommes forcé de nous lin et de nous borner à indiquer les prir considérée dans la généralité des ai
Vépidefnie enveloppe, à Textérieu autres parties du végétal. Mais son poraire. Cet épiderme est détruit de croissement du végétal que par l'a Mais il n'en est pas de môme de la sous le nom de subery et dont les cel intimement unies entre elles, à pan et se colorant plus tard en brun.
Dans plusieurs arbres, le mber ne prend que fort peu de déve^ loppement. Mais il n'en est pas ainsi dans le Chêne-liège. Dans ce bel arbre qui fournit à l'homme un de ses plus importants produits commerciaux, le suber présente un développement extraordinaire : ce n'est autre chose que le liège (en latin 5u6<5r).
C'est vers l'âge de cinq ans que le suber, qui compose la plus grande partie de l'écorce du ChtneAiége, commence à pre;ndre un accroissement remarquable. Alors toute l'activité de la végétation semble se concentrer sur cette partie de l'arbre. De nouvelles cellules apparaissent à la face interne de la zone primitive, et repoussent au dehors celles qui ont été précédemment formées. Indépendamment de ces cellules, dont Taccuniulation successive constitue Ja masse du liège, il s'en. forme d'autres, plus cojurtes, plus foncées, en forme de table, ou de lame, qui divisent la masse du liège en zones successives d'accroissement. Cette masse prend peu:à peu une grande épaisseur. Si on l'abandonnait à elle-même, elle se crevasserait si profondément qu'elle devien-îdrait impropre aux usages auxquels le liège est destiné. Aussi faut-il l'enlever avant qu'elle diircisse et se gerce.
L'écôrçage du Cfiém-liegeii'a aucun incohvéïlieht potir cet arbre si Ton a soin de ménager la partie nouvellement formée du
suber^ et par conséquent les couches vivantes et sous -jacen tes de Técorce. Cette opération peut se pratiquer dès que les arbres ont 25 à 30 centimètres de circonférence; elle se fait pendant l'été. On commence par creuser dans l'écorce une entaille longitudinale et plusieurs incisions transversales, distantes les unes des autres de 1 mètre. On bat l'écorce, pour rompre l'adhéreiTte du liège, et on la sépare des tissus sous-jacents, sous la forme de tronçons cylindriques, à l'aide du manche d'une cognée, courbé et aminci à son extrémité (Hg. 46).
Le Chèm4iége est un arbre propre aux pays chauds; l'Algérie possède beaucoup de forêts de cet arbre en exploitation. Les récoltes du liège se font ordinairement de huit en huit ans dans chaque forêt.
Le suber repose immédiatement sur une masse cellulaire bien différente. En effet, les cellules qui constituent cette couche sont polyédriques ; elles sont plus épaisses et plus lâchement unies. Elles sont colorées en vert. Cette coloration est due à la présence de la chlorophylle, matière propre à tous les organes verts des végétaux, et qui est appliquée à la face interne de la paroi cellulaire. La chlorophylle se présente, à l'état adulte, sous la forme de globules arrondis, très -petits, formés d'une substance albuminoïde et de matière grasse, renfermant quelquefois dans leur intérieur de petits noyaux d'amidon et paraissant pénétrés superficiellement de la matière colorante verte.
Aux trois formations corticales que nous venons de signaler, il faut en jouter une quatrième, qui porte le nom de libery et qui parait généralement formée d'assises composées alternativement d'éléments à parois épaisses et d'éléments à parois minces. Les premières sont des fibres d'un blanc brilla^nt, plus longues et plus grêles que les fibres ligneuses , leurs parois, très-épaisses, sont souvent ponctuées et extrêmement tenaces.
Les fibres du liber rendent à l'industrie des hommes un important service, puisqu'elles fournissent les matériaux des cordages, des fils et des tissus les plus solides. Nous représentons dans la figure 47 les fibres du Chanvre comme exemple vulgaire de l'élément végétal connu sous le nom de liber. Ces fibres sont réunies en faisceaux. Ces faisceaux, disposés en cercles concentriques et fréquemment anasto-
52 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
mosés entre eux, constituent des couches superposées trèsminces, qui représentent comme une sorte de toile, d'un tissu plus ou moins lâche. On avait anciennement comparé l'ensemble de ces couches à un livre dont chaque feuillet serait formé par une couche : de là le nom, assez impropre, de liber.
Les assises d'éléments à parois minces sont formées de cellules qui, au printemps, renferment de la fécule et de fibres très-remarquables, dont les parois, très-minces, offrent des ponctuations volumineuses, occupées par un grillage d'une délicatesse admirable, par un réseau dont les mailles n'ont souvent pas plus de nAnj ^^ Hgne en diamètre. Ces fibres, dont le rôle physiologique parait considérable, portent le nom de fibres grillagées.
Nous ne terminerons pas l'examen de Técorce sans signaler l'existence d'un produit qui, dans ces dernières années , a singulièrement occupé les botanistes:
nous voulons parler du latex et des vaisseaux laticifères.
Dans l'écorce et dans la moelle de certains arbres on a reconnu te présence de vaisseaux très- différents de ceux dont nous avons parlé jusqu'ici. Ces vaisseaux sont remarquables à la fois par leur struc- Fig. 47. Fibres libériennes turc et par Icur coutcnu. Ce sont des du Chanvre. tubcs, simplcs OU ramifiés, qui tantôt sont
complètement indépendants, tantôt se rattachent les uns aux autres en un tout continu. Tandis que les vaisseaux du bois sont formés de cellules que Ton peut séparer les unes des autres par l'emploi de moyens convenables, les cellules qui constituent les vaisseaux laticifères sont au contraire si intimement fondues entre elles , qu'aucune action ni chimique ni mécanique ne peut les séparer.
Les vaisseaux laticifères contiennent un suc généralement coloré. On constate aisément, sous le microscope, que ce liquide
se compose d'un sérum incolore, tenant en suspension des glo bules très-nombreux el très-petits, auxquels il doit sa coloration. Ce liquide se nomme latex. Mais ce qui frappe surtout l'observateur, c'est le mouvement de circulation qui est propre au latex. La transparence des parois vasculaires et la présence des granules rendent ce mouvement très-sensible.
Le latex abonde dans certains végétaux. Placez sur le porteobjet du microscope, et sous une mince lame de verre, une jeune feuille de grande Chélidoine (fig. 48) tenant encore au rameau, ou bien un sépale de la même plante, dont le latex est jaune orangé, ou bien encore un pétale de Pavot, dont le latex est blanc, une stipule du Figuier élastique y etc., on verra, dans tous ces cas, le latex descendre dans une branche du réseau des vaisseaux laticifères, remonterdans une autre, revenir quelquefois à son point de départ, en un mot, circuler avec une rapidité d'autant plus grande, que la température est plus élevée et la végétation plus active.
La gutta- percha, le caoutchouc, l'opium, proviennent du latex de certaines plantes.
Fig. 4S. Vaisseaux Uticifères
Les éléments qui entrent dans la com- ^"^ ^* chéiidomc.
position du tronc des arbres de nos forêts, sont, on le voit, assez complexes. Après avoir décrit en détail chacun de ces éléments, nous mettrons sous les yeux du lecteur une*fîgure d'ensemble, destinée à résumer les notions qui viennent d'être présentées.
La figure 49 représente la section, à la fois horizontale et verticale, d'un tronc d*Érable dans le cours de sa deuxième année. Les éléments contenus dans l'accolade du chiffre 1 représentent le bois de la première année; ceux de l'accolade 2, le bois formé pendant la deuxième année; et l'accolade 3, les éléments de l'écorce.
54 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
On voit au centre de la tige la moelle M, sous la forme de cellules à section polyédrique. Les trachées, ou étui médiUlaire, qui font suite à la moelle et Tenveloppent de toutes parts, sont représentées par les lettres T,EM. Viennent ensuite trois groupes de fibres ligneuses PB; des vaisseaux du bois y VF, alternent avec les trois groupes de fibres ligneuses.
L'écorce embrassée par Taccolade 3 fait suite à ces éléments. On y remarque les fibres du liber représentées par les lettres PC
Fig. 49. Coupe d'un tronc d*Érable.
(fibres corticales), et les éléments du suber représentés par les lettres ES; les vaisseaux laticifères sont représentés par les lettres VL, et la couche herbacée par les lettres EC. L'épiderme EP, hérissé de quelques poils externes, termine cet ensemble.
Les rayons médullaires s'aperçoivent assez nettement sur la tranche horizontale; ils partent de la moelle et s'arrêtent à la portion du bois appartenant à la seconde année. On les voit aussi sur la tranche verticale, indiqués par les lettres RM.
Après avoir passé en revue tous les éléments constitutifs du tronc des arbres de nos forêts à feuilles membraneuses, nous avons à parler de la structure de la tige des arbres verts.
Les arbres verts (Pt/w, Sapins) se distinguent immédiatement des arbres dont ii vient d*ôtre question , par la structure do leur bois, qui est exclusivement formé de larges fibres, sans apparence de gros vaisseaux. Ces fibres ligneuses (fig. 50) présentent, en outre, cette particularité curieuse d'ofirir sur cha- . cune de leurs faces latérales (celles qui regardent les rayons médullaires) une rangée de ponctuations entourées d'une alvéole
Fig. 50. Fibres ligneuses Fig. 51. Coupe transversale
du Sapin. d'une tige de Sapin.
très-remarquable. Ce bois est parcouru par des conduits résinifères , sortes de lacunes dans lesquelles s'accumule la résine, produite par des cellules spéciales qui les environnent.
La figure 51 représente la section transversale de la tige du bois de Sapin, On voit que les arbres verts présentent, comme les arbres de nos forêts, un canal médullaire central, des couches ligneuses concentriques et des couches corticales.
66 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Mais les vaisseaux du bois n'existent pas et les rayons médullaires sont peu apparents.
L'aspect général des Palmiers est bien différent de celui de . nos arbres indigènes. Leur stipe élancé , d'une épaisseur sensiblement égale depuis la base jusqu'au sommet, complètement nu, c'est-à-dire ne se divisant pas en branches et en rameaux, les fait ressembler à une sorte de haute colonne, qui serait surmontée d'une touffe épaisse de feuilles.
Quelle est la structure intérieure de ce stipe? Pour s'en faire une idée, il faut savoir que le mode de développement du Palmier diffère du mode de développement du groupe d'arbres que nous venons de considérer. Les Palmiers ne s'accroissent
Fig. 52. Coupe d'une tige de Palmier.
pas, comme nos arbres verts et comme les arbres de nos forêts, par des couches concentriques, qui viennent se déposer entre le bois §t l'écorce. Dès lors, la structure intérieure de leur stipe doit présenter des dispositions autres que celles que nous venons de mettre en relief. Ici, plus de canal central unique, destiné à loger la moelle ; plus de couches concentriques séparant nettement la moelle, le bois et l'écorce; plus de rayons médullaires divergeant du centre à la circonférence. Qu'on coupe en travers un stipe de Palmier (flg. 52), et Ton verra tout de suite qu'il ne diffère pas moins du tronc de nos arbres par son organisation
intime que par son aspect extérieur. On y chercherait en vain cette moelle centrale, ces zones concentriques, ces lignes rayonnantes, qui caractérisent si nettement le bois de nos arbres indigènes. On y voit apparaître, sur un fond de couleur pâle, de petites taches d'une teinte foncée, formées par un tissu plus . solide. Ces petites taches, arrondies ou en demi-lune, sont plus nombreuses, plus pressées, plus colorées, et en général plus
Fig. S3. Figure théorique de la structure des faisceaux internes ou filets du Palmier.
volumineuses vers la circonférence du stipe qu'elles ne le sont dans les parties centrales. Ce stipe semble donc formé au premier abord de deux sortes de tissus : l'un peu résistant, constituant, pour ainsi dire, la masse; l'autre très-solide, et formant de petits îlots à l'intérieur du premier.
L'examen microscopique a fait voir que le premier de ces tissus est exclusivement formé de cellules, et peut se comparer
58 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
à la moelle de nos arbres indigènes; et qn'il est traversé par des faisceaux ou fi^lets très-résistants, dont la marche tortueuse dans l'intérieur du tronc est tracée théoriquement à Taide de la figure 53, sur laquelle les lettres A, B, C, D, représentent les divers entre-croisements de ces filets au milieu de la moelle.
Les filets qui traversent les tiges des Palmiers et des arbres appartenant au môme groupe naturel, présentent des dispositions très-intéressantes à connaître. La structure anatomique de chacun d'eux ne paraît pas être la même dans toute la longueur ; elle semble se simplifier à mesure qu'on s'éloigne du point où
Fig. 5%. Coape d'une lige de Fougère arborescente.
il abandonne la tige, pour entrer dans une feuille. Dans cette partie supérieure, à la fin de son trajet, le faisceau dont nous parlons revêt la structure caractéristique des tiges de nos arbres indigènes , y compris Tétui médullaire. Il présente, en effet, des trachées, des vaisseaux ponctués et rayés, plus ou moins volumineux, des fibres ligneuses, etc.
Les Fougères arborescentes des pays chauds se rapprochent beaucoup plus, par leur aspect, des Palmiers, que de nos arbres indigènes. Leurs troncs élancés, simples et nus, d'une épaisseur à peu près égale de la base au sommet « portent à une
grande hauteur une touffe de feuilles. Cependant les Fougères diffèrent beaucoup des Palmiers par leur structure intérieure. Autour d'une moelle abondante sont allongés des faisceaux volumineux, offrant sur la section transversale de la tige une forme sinueuse plus ou moins irrégulière et hiéroglyphique, et groupés en un cercle vers la périphérie du tronc. C'est ce que montre la figure 54, qui représente la coupe horizontale d'une tige de Fougère arborescente.
Les faisceaux qui traversent de haut en bas un stipe de Fougère arborescente^ présentent une bordure noire, formée de fibres très-résistantes, imprégnées d'une couleur bistre, en dedans de laquelle se trouvent du tissu cellulaire et un petit nombre de vaisseaux de divers ordres.
Parmi ces vaisseaux nous citerons particulièrement des tubes prismatiques, offrant sur chacune de leurs faces des fentes horizontales très-rapprochées les unes des autres, et à distance égale , et connus sous le nom de vaisseaux scalari formes. La figure 55 montre quelle est la structure et ^^^iJiiùiîor^^^ la disposition relative des vaisseaux scalariformes ^®* Fougères. dans un tronc de Fougère, Ces vaisseaux sont représentés sur cette figure avec l'amplification qu'ils présentent quand on les regarde au microscope.
BOURGEON
Nous avons encore étudié que des racines tortueuses, difformes, et des troncs dénudés. Avant de considérer, dans les branches, les rameaux, les feuilles et les fleurs, la parure des végétaux, nous devons nous arrêter sur les parties des plantes qui renferment tous ces éléments. Nous voulons parler des bourgeons^ qui cachent sous leur verte enveloppe la source de ces brillants ornements de la nature que chaque année voit naître et mourir. Le bourgeon est, en effet, comme le berceau de la jeune plante : il suffirait à lui seul pour produire un individu nouveau, et souvent Thorticulteur s*en empare et produit, par son moyen, de merveilleuses multiplications. Mais dans les circonstances ordinaires le bourgeon n'est pas destiné à se séparer de la plante-mère. C'est elle qui le nourrit, le fortifie, Taccroît, jusqu'à ce qu'il soit devenu lui-même un organe concourant, avec les autres, à la vie de la plante.
Le bourgeon peut être considéré comme un élément fondamental dans la plante, qui, sans lui, ne tarderait pas à périr. C'est le bourgeon qui , chaque année, répare les pertes qu'a déterminées la végétation ; il remplace les fleurs, les feuilles , les rameaux disparus. C'est par lui que le végétal s'accroît, qu'il prolonge son existence; c'est lui qui, à chaque printemps, efface les marques de la vieillesse chez les hôtes de nos bois : le bourgeon est le véritable renouveau du monde végétal.
Aussi, dans une plante, tout est-il bourgeon, on peut le dire. Il n'est presque aucune partie qui n'en produise : les racines, les feuilles, les fleurs même , peuvent donner accidentellement naissance à des bourgeons, car la nature ne perd jamais de vue le phénomène essentiel de la vie organique, c'est-àdire la production d'êtres nouveaux.
On peut distinguer deux sortes de bourgeons : les bourgeons à
BOURGEON. 61
bois, qui produisent des branches et des feuilles ; et les bourgeons à fleurs^ qui contiennent à la fois des feuilles et des fleurs.
Il ne faut pas, d'ailleurs, confondre les bourgeons avec les simples boutons de fleurs, qui ne contiennent que des fleurs près de s'épanouir : un bouton de rose, un bouton d' œillet, ne renferment que la fleur qui va s'ouvrir, tandis que le bourgeon, dans sa masse serrée et complexe, renferme tous les éléments propres au développement de la jeune plante, et, comme nous venons de le dire, il suffirait à lui seul pour produire un individu nouveau.
Les bourgeons sont le premier âge et la première forme des axes végétaux. Ils sont placés au sommet des axes qu'ils doivent prolonger, ou à Faisselle des feuilles. Chez les plantes herbacées en général, et chez un grand nombre d'arbres des contrées équinoxiales, dont la végétation n'éprouve pour ainsi dire aucun repos, les bourgeons sont nus, c'est-à-dire que toutes les jeunes feuilles se ressemblent, et donnent, en grandissant, de véritables feuilles. Mais dans les pays dont l'hiver, plus ou moins rigoureux, détruirait des organes aussi délicats, les feuilles les plus extérieures, celles qui doivent recouvrir les autres^ subissent certaines modifications qui les transforment en organes protecteurs. Elles se changent en écailles, membranes coriaces, qui souvent sont garnies à l'intérieur d'un duvet abondant, d'une bourre épaisse, ou enduites d'un suc résineux, insoluble dans Teau et conservant bien la chaleur. Grâce à cet abri protecteur, le rudiment de la jeune pousse est si exactement calfeutré, si bien emmaillotté, qu'il est parfaitement à l'abri des injures de l'air. L'expérience a prouvé que des bourgeons détachés de l'arbre, et dont on avait recouvert la cicatrice d'un vernis, ont pu rester très-longtemps sous l'eau sans éprouver la moindre altération.
Les écailles sont toujours des feuilles modifiées; cependant ce n'est pas constamment la même partie de la feuille qui les constitue. La nature emploie divers procédés pour transformer une feuille en écaille. Au reste , entre les écailles d'un bourgeon et les feuilles qu'il renferme, on trouve souvent une série de formes intermédiaires qui mettent complètement en lumière les diverses métamorphoses dont une feuille est le siège, quand elle passe insensiblement d'un état à l'autre. La figure 56, qui représente ' chez le Groseillier le passage insensible de la feuille à l'état
ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
d'écaille, montre suffisamment les transitions graduelles d'un organe à l'autre, pour qu'il soit inutile d'entrer dans plus de détails à cet égard.
Les feuilles ne sont pas toujours disposées de la même manière
Fii. 56. Transformation graduelle des feuilles en écailles chez le Groseillier.
dans le bourgeon, soit qu'on les considère isolément, soit qu'on les considère dans les positions qu'elles occupent les unes par rapport aux autres. Le mode de vernatiouy selon le terme adopté par les botanistes, est quelquefois un caractère distinctif trèsutile aux forestiers qui veulent connaître les essences des arbres pendant l'hiver. Nous devons donc en dire quelques mots.
Fig. 57. Bourgeon du Tulipier. Fig. S8. Bourgeon d'Amandier.
Considérons d'abord chaque feuille indépendamment des autres. Voici les différentes situations que la feuille peut aflecter dans l'intérieur du bourgeon. Elle peut être pliée transversalement, de ^ manière que la partie supérieure soit appliquée sur la partie
BOURGEON
inférieure, comme dans le Tulipier (fig. 57); pliée dans sa longueur, de manière que Tune des moitiés s applique exactement sur l'autre, comme dans V Amandier (fig. 58) ; plissée un certain nombre de fois en éventail, comme dans le Bouleau (fig. 59) ; rou-
Fig. 59.
Bourgeon de Boaleau.
Fig. 60.
Bourgeon de Balisier.
lée sur elle-même en cornet, comme dans le Balisier ( fig. 60) ; roulée par les deux bords qui se réfléchissent soit en dehors, comme dans la grande Patience (fig. 61), soit en dedans, comme dans le Peuplier (fig. 62).
Nous n'entrerons pas dans plus de détails à ce sujet, les figures 63, 64 et 65, qui représentent la coupe verticale des bourgeons de Sauge, de Lilas et d7m, suffiront à mettre en évidence les rapports mutuels des jeunes feuilles chez un certain nombrede végétaux, quand elles sont encore renfermées dans le bourgeon.
6k ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Dans presque tous les arbres de nos pays, les bourgeons apparaissent au printemps, s'arrêtent bientôt dans leur développement, et ne s'allongent qu'au printemps suivant. Us se ramifient donc très-lentement, et il n'y a chaque année qu'une seule production de branches.
Fig. 61 . Bourgeon de la grande Patience.
Cependant le Pécher et la Vi^ne produisent annuellement deux générations de branches. C'est que leurs bourgeons écailleux qui sont demeurés stationnaires pendant 1 automne et Thiver de l'année précédente, s'allongent au printemps, et donnent naissance, à l'aisselle de leurs feuilles, à des bourgeons, lesquels,
BOURGEON. C5
au lieu de rester stationnaires et de se développer seulement au commencement de la saison prochaine, croissent, au contraire, sans interruption, et produisent de nouvelles branches. Les horticulteurs leur ont donné le nom de prompts bourgeons. Les branches qui en proviennent portent à leur tour des bourgeons écailleux, qui ne se développent que Tannée d'après, et que l'on appelle bourgeons dormants.
Fig. 63. Coupe transversal
des feuilles dans un bourgeon de Sauge.
Fig. 64.
Coupe d'un bourgeon de Lilas.
Fig. 6'2. Bourgeon de Peuplier. Fig. b&. bourgeon d*Iris.
Nous avons parlé jusqu'ici des bourgeons normaux qui naissent à l'aisselle des feuilles, ou qui terminent les axes. Il en est d'autres qui se montrent sur la plante sans ordre, et dont on ne peut prévoir à l'avance le lieu d'origine. Ce sont les bourgeons adventifs. Ces productions accidentelles peuvent se montrer sur toutes les parties du végétal, sur la tige, les feuilles, les fleurs et les racines. Les racines des Sumacs, par exemple, celles du Peuplier de Hollande, du Faux acacia, courent horizontalement dans le sol , très-près de la surface et produisent
66 OHGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
des bourgeons adventifs^ qui ne tardent pas à s'enraciner et à multiplier la plante, si bien que cette famélique postérité devient souvent en peu d'années gênante ou nuisible.
La formation des bourgeons adventifs est très-fréquemment déterminée par des irritations accidentelles que produisent à la surface des tiges et des racines des causes extérieures , comme la roue d'une voiture qui vient froisser un tronc d'arbre , ou la blessure q j'a faite à une racine le soc d'une charrue, etc.
Fig. 66. Saules coupés en têtards.
La production de bourgeons adventifs sur des arbres à la suite des plaies qui leur sont faites , est journellement utilisée dans la culture.
Si l'on coupe à ras de terre, dans un bois, les plants qui, abandonnés à eux-mêmes, seraient devenus des arbres, on les transforme en souches, qui se couvrent plus tard de branches de même âge et de même force : on transforme une futaie en un taillis.
Ces Saules dont le tronc énorme, court, souvent difforme et
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caverneux, est surmonté d'une épaisse touffe de branches (fig. 66), ces têtards, comme on les appelle vulgairement, doivent leur singulier aspect à la coupe réglée et périodique à laquelle ils ^ont soumis. Par suite de cette mutilation, il se forme un grand nombre de bourgeons adventifs, et par conséquent il se développe plus tard autant de branches sensiblement égales. On coupe ces branches pour faire des tuteurs pour les jeunes arbres, des échalas dans les pays vignobles, etc.
Ce n'est guère qu'à l'âge de vingt-cinq ou trente ans que le Peuplier d'Italie est abattu pour en faire des planches de quelque valeur; mais cet arbre est, en outre, émondé tous les cinq ans. Les plaies résultant de l'émondage se couvrent de nombreux bourgeons adventifs, et produisent ainsi un nombre considérable de branches, qu'on emploie à faire des clôtures, des piquets et des bourrées pour le chauffage.
Les bourgeons sont placés sur la tige pour y puiser leur nourriture et s'y développer en branches. Il résulte de là qu'on peut, sans dommage pour ces organes, les séparer de la plante sur laquelle ils ont pris naissance, à la condition de les porter sur une autre plante qui puisse, pour ainsi dire, leur servir de nourrice. Les horticulteurs profitent de cette circonstance pour faire produire à un sauvageon de plus belles fleurs. A cet effet, ils mettent à nu le bois du sauvageon par une incision corticale ayant la forme d'un T, et ils appliquent sur cette plaie la face interne d'un lambeau d'écorce pris sur l'espèce qu'on change de nourrice, lambeau auquel adhère naturellement un jeune bourgeon; c'est là la greffe en écusson.
I^ figure 67 montre la manière dont opère le jardinier pour greffer en écvsson. A, représente la branche de sauvageon greffée, avec l'incision en forme de croix; B, le sujet à greffer sur le sauvageon; C, la greffe mise en place. Le bourgeon continue de croître et de se développer sur cette nouvelle tige où on l'a transplanté : il y produit des feuilles et des fleurs. On peut, de cette manière, changer à volonté l'espèce végétale primitive en une autre qui produit des feuilles et des fleurs différentes. L'opération de la greffe joue un rôle considérable dans l'horticulture.
68 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Les procédés connus sous le nom de taille et d'ébourgeonnemtnty sur lesquels nous ne saurions nous étendre ici , ont pour but de supprimer une certaine quantité de bourgeons, afin que la
Fig. 67. GrefTe en écosson.
nourriture absorbée par la tige principale, ne se repartissant que sur un plus petit nombre de bourgeons, ces organes soient dès lors plus vigoureux et plus productifs.
cra^
ly
La branche se forme par le développement du bourgeon, et ce bourgeon naft, comme nous Tavons déjà dit, à l'aisselle d'une feuille.
lia branche n'étant qu*une tige secondaire qui émane de la tige principale, doit présenter les mêmes modifications de forme, de structure et de disposition des feuilles qu'on observe dans les tiges proprement dites. Cependant une ressemblance complète n'existe pas toujours entre la tige et ses branches. Ainsi dans le Petit Houx (RiMscus aculeaius) (fig. 68) les rameaux sont courts et prennent si bien, en s'élargissant, la forme de feuilles, qu'au commencement du siècle dernier tous les botanistes les considéraient comme tels. Mais un observateur attentif ne s'y trompera point s'il considèrç que ces organes aplatis et d'apparence foliacée naissent à Vaisselle d'écaillés qui sont les véritables feuilles, et portent des fleurs, caractères exclusivement propres aux branches.
Dans quelques plantes les branches se dilatent outre mesure; mais dans d'autres elles restent grêles : leur bourgeon terminal avorte, elles deviennent pointues à leur extrémité qui s'endurcit; en un mot, elles se changent en épines. C'est ce que nous présente YHippophae rhamnoides, le Mespilus oxyacantka^ etc.
Une modification extrêmement curieuse et importante de la forme et de la consistance des branches nous est fournie par ceux de ces organes qui, dans la Pomme de terre (Solanum m6erosum)j se développent sous terre. La partie souterraine de la tige de cette plante (fig. 69) porte des feuilles rudimentaires, à l'aisselle desquelles se développent des rameaux qui s'étendent plus ou moins horizontalement, et sont chargés eux-mêmes de feuilles avortées. Ces rameaux , très-grêles à leur origine, se renflent à leur extrémité, se remplissent de fécule et finissent
70 organoctBaphik et physiologie.
par constituer ce que Ton nomme le tubercule de la Pomme de terre. Si Ton examine, en etfel, une Pomme de terre, on voit qu'elle est chargée d'écaillés, régulièrement disposées. A Taisselle de ces écailles se trouvent des bourgeons. Ciiacun sait
Fig. 68. Brarichisde Petit Houx.
que ces bourgeons se développent d'eux-mêmes dans nos caves, au retour de la belle saison, et poussent alors de véritables branches. 11 y a donc une grande différence entre le tubercule de la Pomme de terre et celui du Dalilh, par exemple. Le tuber-
cule du Dahlia est une véritable racine, il n a pas de nœuds vitaux ; au contraire, celui de la Pomme de terre est une tige portant des nœuds vitaux.
Fig. 69. Rameaux souterrains de Pomme de terre {Solanum tubero9um).
La longueur et la direction des branches par rapport à la tige mère sont extrêmement variées. Cette variété donne à chaque plante son port spécial, sa physionomie particulière.
Si les branches les plus basses, formées les premières, continuent à s'allonger dans la même proportion, les supérieures étant plus courtes à mesure qu'elles s'approchent du sommet.
72 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
la cime de Tarbre est conique ou pyramidale, comme dans les Sapins (fig. 70).
Fig. 70. Sapin.
Si les branchesdu milieu dépassent celles du bas,la cime figure
une boule ou un ovoïde, comme il arrive pour le Marronnier dinde, quand il n'a pas été mutilé par la taille (fig. 71). La tige présente la forme d'un parasol, comme dans le Pin
Fig. 71 Marronnier d'Inde.
d'Italie (Gg. 72), si ce sont les branches du haut qui prennent le plus grand développement. Dans toutes ces circonstances, c'est, nous le répétons, la direction, le mode d'insertion des branches qui donnent au végétal son port, son aspect particulier.
74 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Les branches partent de Ja tige sous un angle variable, quelquefois très-aigu, quelquefois droit. I^ cime effilée d'un Cyprès
Fig. 72^. Pin d'Italie.
(fig. 73), comparée à l'espèce de large dôme formant les branches d'un Chêne ou d'un Cèdre, nous donne une idée de la différence de ces deux sortes de ramifications, et le port de chacun
de ces arbres met bien en relief l'influence qu'exerce le
Fig. 73 Cyprès.
mode de ramification sur la forme d'un végétai quel qu'il soit.
76 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Dans certains arbres, les branches prennent une direction particulière, qui est Tinverse de ce qui se voit habituellement. Au lieu de s'élever vers le ciel, elles s'inclinent vers la terre. Le Saule pleureur (fig. 74) nous donne un exemple bien frap-
Fig. 74. Saule pleureur.
pant et bien connu de ce mode de direction des branches et des rameaux. Les branches les plus longues de ce bel arbre retombent par leur propre poids, et le dessinateur de jardins lire un très-heureux parti de cette disposition naturelle, en plantant le
long d'un bassin, au bord d'une pièce d'eau ou d'un ruisseau, cet, arbre élégant et àTaspect mélancolique.
hig. 75. bopbora du Japou.
Les branches du SophoraduJaporiy ou Sophora pleureur (fig. 75),
78 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
sont aussi longues que celles du Saule pleureur , son congénère; mais comme elles ont une certaine raideur, elles se rebroussent dès leur origine, pour se diriger vers le sol.
Nous avons dit plus haut que la branche peut être considérée comme une tige secondaire émanant de la tige principale, dans laquelle elle puise sa nourriture. Si donc on offre à cette tige secondaire, à cette branche, un autre moyen de se nourrir, on peut la séparer de Taxe principal qui la porte, et Ton parvient à constituer ainsi un individu libre et distinct. C'est sur ce
Fig. 76. Marcottage par inclinaison.
fait naturel que sont fondés les procédés de multiplication des plantes connus dans Thorticulture sous le nom de marcottage, bouturage et greffe.
Courbez vers le sol humide une branche flexible, maintenez-la en terre, de façon à lui faire produire des racines (fig. 76); une fois ces racines développées, la branche pourra vivre par ellemême, elle n'aura plus besoin de la tige qui lui a donné naissance; on pourra la séparer de cette tige, la sevrer pour ainsi dire. C'est là l'opération du marcottage par inclinaison : la branche ainsi traitée s'appelle marcotte.
Mais toutes les branches qu'on voudrait marcotter ne sont pas
toujours assez voisines du sol, ni assez flexibles pour être courbées jusqu'au degré nécessaire. Dès lors, comme on ne peut les abaisser vers la terre, on élève la terre jusqu'à elles. A cet effet, on prend des vases de diverses formes, qu'on remplit de terre ;
Fig. 77. Marcottage par élévation*
on les maintient, d'une façon quelconque, à la hauteur de la branche à marcotter, et Ton place le vase de manière que la branche puisse le traverser de haut en bas. Le vase est, pour cela, percé d'un trou à son fond, ou fendu sur le côté, afin qu'on
80 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
puisse y introduire la branche. La terre étant entretenue humide, la portion de branche renfermée dans le pot ne tarde pas à pousser des racines adventives, et ces racines sont bientôt en nombre suffisant pour qu'on puisse, au bout d'un certain temps, la sevrer et la transplanter ailleurs (fig. 77 ). C'est le marcottage par approche.
Le bouturage ne diffère du marcottage qu'en ce que la partie de la plante qu'on veut faire enraciner pour la multiplier, est détachée de la plante mère, et complètement al)andonnée aux forces de la nature. Coupez une branche, même très-volumineuse, de Saule ou de Peuplier ^ et enfoncez-la dans le sol humide : elle poussera des racines adventives, elle deviendra un nouveau Saule ou un nouveau Peuplier.
Mais toutes les plantes ne s'accommodent pas de ce facile procédé de multiplication. Il en est dont les boutures ne prennent, selon l'expression consacrée, qu'à l'aide d'artifices plus ou moins compliqués. Il en est même qui résistent à tous les moyens connus de bouturage. C'est qu'une bouture se trouve généralement dans cette triple alternative : mourir d'inanition, se dessécher ou pourrir, et que le problème à résoudre par le jardinier multiplicateur, et qui consiste à favoriser la formation rapide des racines, à établir un juste équilibre entre les pertes aqueuses que subit la bouture et la quantité d'eau qu'elle absorbe, n'est pas sans offrir de grandes difficultés.
Ce n'est pas ici le lieu d'exposer les procédés à l'aide desquels on peut arriver à bouturer avec succès. Nous nous bornerons à dire que les boutures ne se font pas seulement par les branches, comme dans l'exemple que nous avons cité plus haut. On peut faire des boutures avec des racines, des rhizomes, des feuilles et même des fragments de feuille; mais ce dernier procédé n'est usité que pour certaines plantes exotiques qui, dans nos serres, ne fructifient point et ne se ramifient qu'à peine.
Le marcottage et la bouture ne sont pas les seules opérations dans lesquelles on fasse intervenir les branches comme moyen de multiplication. Il en est une autre, l'une des plus importantes du jardinage : c'est l'opération de la greffe, dont nous avons déjà dit un mot à propos du bourgeon. Elle a pour but de sou-
der un végétal à un autre qui lui sert de soutien et lui fournit la matière de son alimentation.
On voit quelquefois, dans un bois, certains arbres, particulièrement les Charmes f dont une brandie s'est soudée d'elle-même à celle d'un arbre voisin de même espèce. Ce qui se passe spontanément dans la nature, on le pratique artificiellement dans la
Fig. 78. Greffe en approche.
Préparation des sujets.
Fig. 79. Greffe en approche.
Juxtaposition des siyets.
culture et le jardinage. On enlève sur les deux sujets des lambeaux d'écorce et de bois de même longueur et de môme largeur; on met en contact ces plaies égales, et on les maintient en place avec des ligatures, qu'on recouvre de mastic. C'est là la greffe en approche. La figure 78 montre la manière de préparer les deux sujets que l'on veut greffer par approcfie;
82 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
la figure 79 fait voir les deux sujets fixés l'un sur Tautre par des ligatures.
Dans la greffe en fente^ on tronque horizontalement le sujet et Ton y pratique une fente verticale de quelques centimètres. On insère dans cette fente la branche à greffer chargée de bourgeons, qu'on a taillée en biseau à son extrémité inférieure. On établit un contact intime entre les parties mises à nu dans la greffe et le sujet, et l'on assure la durée de ce contact par des ligatures et du mastic. On voit sur la figure 80 ces deux opérations successives. La greffe en fente s'opère également bien sur des tronçons de racines.
C'est au moyen de l'opération de la greffe que le jardinier et l'horticulteur changent avec avantage les produits d'un végétal de même espèce, Fig. «0. ^^' ^^^^ porter des fleurs et des fruits autres que
Groflreen fente, ccux qui sout proprcs à la tige principale, enfin qu'ils rajeunissent un arbre ou un arbrisseau déjà âgés.
Nous avons étudié les bourgeons, qui renferment dans leur verte enveloppe les promesses du printemps. A l'heure marquée par le réveil de la nature, ce berceau des organes foliacés s'entr ouvre peu à peu, et bientôt les jardins, les campagnes et les bois sont recouverts d'un dôme éclatant de verdure.
L'époque de la renaissance des feuilles est celle qui exerce la plus douce influence sur Fâme humaine. Quand la végétation nouvelle vient décorer nos campagnes et donner aux branches et aux rameaux des arbres, longtemps dénudés par les frimas, cette nuance du vert printanier si reluisante et si vive, tous les êtres animés ne. peuvent se défendre d'une délicieuse impression. La verdure renaissante, c'est la révélation des beaux jours; la première parure des campagnes, c'est l'annonce du brillant cortège des fleurs et du tribut des fruits savoureux. La nature renouvelée offre tout à la fois aux yeux et à l'esprit le plus séduisant spectacle. Et quel plaisir ne nous procurent pas, dans lesjours brûlants de Tété, le calme et la fraîcheur que nous goûtons sous les ombrages!
Si les feuilles n'ont pas la couleur éclatante et diaprée des fleurs de nos champs ou de nos parterres, leur vert tapis, aux nuances variées, repose Tœil et conserve la vue. Le mouvement des feuilles se balançant avec grâce au souffle des vents, vient aussi animer le paysage et lui donner une sorte d'existence.
Mais les feuilles ne sont pas uniquement destinées à faire l'ornement dés campagnes et à nous procurer de doux ombrages. La nature, comme on le verra plus loin, leur a assigné une importante fonction : celle d'assainir et de purifier l'atmosphère, de ramener à sa composition normale l'air altéré par la respiration des animaux. Partout le Créateur a su allier, à l'élégance
ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
décorative et à la beauté des formes végétales, Tutilité directe et immédiate.
Les feuilles naissent toujours sur la tige et les rameaux. Rien
Fig. 81 . Feuille de Sagittaire. Fig. 82. Feuille de Oenévrier.
n'est aussi varié que leurs formes dans les différents végétaux
Fig. 83.
Feuille en disque ( Capucine . )
Fig. 84.
Feuille en spatule. (P&querette.)
qui couvrent et embellissent le globe. Les unes ressemblent à des flèches, comme celles de la Sagittaire (fig. 81); d'autres à
des aiguilles, comme celles du Genévrier (fig. 82); d'autres à une faux, comme celles de cerlains Glaïeuls^ à une épée comme celles des Iris. Elles affectent tour à tour la forme d'un disque, comme dans la Capucine (fig. 83), du croissant, d'une spatule, comme dans la Pâquerette (fig. 84), d'une lyre, etc.
11 est des feuilles dont les formes sont si étranges que les botanistes les considèrent comme anomales.
Dans le NepeiUhes distillatoria (fig. 85), les feuilles sont termi-
Fig. 85. Feuille anomale. (Nepenthes distillatoria.)
nées de la manière la plus singulière. C'est une sorte d'urne, surmontée d'un couvercle, suspendue à l'extrémité d'un pétiole ailé à sa base puis filiforme.
Nous trouvons dans un ouvrage récent le récit d'un fait qui prouve combien l'homme peut quelquefois apprécier les fruits de la prévoyante nature. Un officier de marine, dans un voyage à Madagascar, écrivait ce qui suit à propos de la feuille du Nepenthes distillatoria .
€ Trois jours après mon arrivée à Madagascar, je m'égarai en faisant une excursion dans les alentours, et bientôt à une lassitude excessive vint se joindre la soif la plus ardente. Après avoir longtemps marché, j'allais m'abandonner au désespoir, lorsque j'aperçois, tout près de moi, suspendus à des feuilles, de petits vases, à peu près semblables à ceux dont nous nous servons à bord pour conserver l'eau fraîche. Je crus
86 ORGANOGRAPHIE KT PHYSIOLOGIE.
être le jouet d'une de ces hallucinations qui montrent au malade altéré par la fièvre une coupe dont il veut en vain approcher ses lèvres desséchées ; pourtant je m'avance avec hésitation.... j'y plonge un regard avide et inquiet.... 0 prodige! et jugez de mon bonheur en les voyant remplis d'un liquide transparent et pur, auquel je trouvai, dans un tel moment, une saveur qui me fit préjuger celle du nectar que l'on sert à la table des dieux. 9
Dans les Sarracenias, le plus grand nombre de feuilles a la
Fig. 86. Fig. 87.
Feuilles en entonnoir. (Sarracenia. ) Feuille de Dionée attrape-mouche.
forme d'un long cornet ou d'un entonnoir, comme le montre la figure 86.
Dans la Dionée altrape-mouche (fig. 87), les feuilles sont terminées par deux plaques arrondies, hérissées de poils. Entre ces deux plaques s'étend une charnière qui les réunit, comme le dos d'un livre en retient les deux côtés.
Parmi tant d'espèces de plantes qui ont été décrites, il n'en est pas deux dont les feuilles soient parfaitement semblables.
• Ces contrastes, dit Auguste de Saint-Hilaire, transportent le naturaliste. Lorsque, traversant les contrées équinoxiales, il voit rapprochées les unes des autres des milliers de formes qui n'ont entre elles qu'un trait de ressemblance, Télégance et la grâce, lorsqu'il voit le feuillage délicat des Mimosa s'agiter au-dessus de la feuille gigantesque des Seitaminées, et la Fougère mille fois découpée croître sur le tronc des Eugenia avec les Bro^ tnéliées et les Tillandsia^ aux feuilles roides et immobiles. »
Bien plus, on ne trouve pas dans la nature deux feuilles exac-
Fig. 88. Rameau de Mûrier à papier.
tement semblables. Quelquefois la même plante en réunit qui ont entre elles moins de ressemblance que celles de deux espèces différentes. Le Mûrier à papier (fig. 88) a tout à la fois des feuilles en forme de cœur et des feuilles lobées. Dans la Valériane phu^ les feuilles inférieures sont entières et celles du sommet découpées. Dans la Renoncule aquatique (fig. 89), les feuilles qui végè-
88 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
tent dans Teau sont divisées en lanières si étroites qu'elles
Fig. 89. Feuilles aériennes et submergées de la Renoncule aquatique.
Fig. 90. Feuilles aériennes et submergées de la Sagittaire.
paraissent réduites à leurs nervures, tandis que les feuilles
aériennes sont entières et en forme de disque, plus ou moins découpé. Si la Sagittaire croît dans des eaux courantes, ses feuilles submergées forment de longs rubans; si elle végète sur le bord des étangs tranquilles, ses feuilles émergées ressemblent à des flèches (fig. 90).
Il n'y a pas moins de diversité dans la longueur et la largeur des feuilles que dans leur forme. Tandis que certaines feuilles n'ont qu'une demi-ligne de longueur, d'autres atteignent une dimension de 5 à 6 mètres.
Le volume des feuilles n'est pas toujours proportionné à la grosseur de la tige qui les porte. I^ feuille d'une petite plante, la Patience sauvage ^ couvrirait plusieurs centaines de fois la feuille du Mélèze^ arbre imposant de nos montagnes; et il y a mille fois moins de matière végétale dans la feuille du Sapin ou du Cèdre du Liban que dans celle du Bananier.
La feuille se compose habituellement de deux parties : un support, ou pétiole, une lame, ou limbe.
Lorsque le pétiole manque, comme dans le Lin (fig. 91), la feuille est dite sessile. pig. 9i.
La feuille est simple si le limbe est Feuiue sessue. (Lin.)
unique; elle est composée lorsque plusieurs petits limbes, parfaitement distincts les uns des autres, s'attachent à un pétiole commun, par l'intermédiaire de petits pétioles, souvent trèscourts, et nommés pétiolules. La feuille du Tilleul (fig. 92) est simple; ^celle du Robinia, ou Faux acacia, est (fig. 93) composée.
Il arrive quelquefois que le pétiole commun se ramifie, et porte des pétioles de deuxième ou de troisième ordre, sur lesquels s'insèrent des pétiolules, avec leur foliole. C'est xe qui se passe dans le Gleditschia triacanthvs (fig. 94), et dans le Pigamon: on nomme ce genre de feuilles décomposées.
Le limhe des feuilles est souvent continu dans tout son pourtour, comme on le voit dans le Buis, Vlris, etc. Mais il n'en est
90 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
pas ainsi dans la plupart des végétaux. Le bord du limbe de la feuille est d'ordinaire plus ou moins pro fondement découpé. G*est d'après la forme et la profondeur de ces découpures qu'on dé-
Fig. 92. Feuille simple. (Tilleul.)
signe les feuilles sous les noms de dentées^ crénelées^ en sciey lobées^ fides ou fendues, partîtes, etc., etc. Les feuilles sont rfen/êe5 quand le bord du limbe est découpé
Fig. 93. Feuille composée. (Robinia.)
en dents aiguës, comme dans le Châtaignier (fig. 95) ; crénelées. quand le bord du limbe est taillé en parties saillantes, mais arrondies, comme dans une feuille de Saxifrage {û^. 96). Elles
sont lobées, quand le limbe est divisé plus profondément, en
Fig. 94. Feuille décomposée. (Gleditschia triacanlhus.
lobes élargis. La feuille du Gingko (fig. 97) est une feuille bilobée
Fig. 95. Feuille dentée. (Châtaignier.)
Fig. 97.
Feuille crénelée.
Feuille bilobée.
(Saxifrage.)
(Gingko.)
Fig. 98.
Feuille bifide.
< Bauhinia.)
Les feuilles sont fides ou fendues, quand leurs divisions
92 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
descendent environ jusqu'à la moitié du limbe. La feuille du Bauhinia (fig. 98) donne une très -bonne idée d*une feuille bifide. La feuille de Ridn (fig. 99) est fendue en huit sections.
Enfin les feuilles sont partîtes^ quand les incisions pénètrent jusqu'au pétiole, ou atteignent la côte moyenne du limbe,
Fig. 99. Feuille de Ricin. Feuille bipartite.
comme dans la figure 100 et dans la figure 101, qui représente la leuille du Chanvre; comme dans celle de YEchinops s-phœrocephalus (fig. 102), et celle du Scolymus kispanicm (fig. 103), dans lesquelles les divisions du limbe sont plus multipliées encore.
Le limbe de toute feuille est parcouru par des lignes proéminentes, plus saillantes sur la face inférieure que sur la face supérieure, et qui portent le nom de nervures.
La disposition des nervures ne s'écarte pas de trois types principaux. Dans le C/i«^a/^mer,dontla feuille est déjà représentée plus haut (fig. 95), on voit une nervure principale qui va de la base au sommet du limbe, en émetlant à droite et à gauche des
nervures secondaires parallèles, disposées comme les barbes d'une plume. Dans les Mauves (fig. 104), cinq nervures principales partent du sommet du pétiole, et vont en rayonnant dans
Fig. loi.' Feuille de Cbanyre.
le limbe, comme les doigts de la patte d'un oiseau palmipède. Dans 17m dont la feuille a déjà été représentée page 36, figure 29,
Fig. 102. Feuille d*£chinops sphcrocephalus.
un très-grand nombre de fines nervures partent de la base du limbe, et marchent vers son sommet, en restant toutes parallèles entre elles.
Le pétiole peut être long, court, ou, comme nous l'avons déjà dit, manquer tout à fait. Il est souvent cylindrique, quelquefois renflé, comme dans la Châtaigne rf'eau; ailleurs comprimé, comme dans le Bouleau et plusieurs peupliers, chez lesquels la surface
Fig. io3. Feuille de Scolymus hispanicus.
la plus large , au lieu d'être continue avec le limbe , y aboutit à angle droit. Dès lors le pétiole soutient mal le limbe; il présente au vent ses deux côtés élargis, ce qui fait osciller et trembloter la feuille.
Nous venons de dire que le pétiole de la feuille peut manquer. Le limbe même peut faire défaut, la feuille est alors réduite à son pétiole. Mais alors, obéissant dans ce cas à cette loi de balancement ou de compensation des organes, qui Fig.io4. veut que quand une partie
Nervures de la feuille de Mauve. . ,
avorte, la partie voisme prenne un plus grand développement, la nature élargit ce pétiole, qui ressemble dès lors à un ruban, à une sorte de limbe, ce qui fait qu'on l'a pris longtemps pour une feuille. Il s'en distingue par la disposition de ses nervures, et aussi parce fait, qu'au lieu d'être comprimé de façon à présenter une face supérieure et une face inférieure, sa tranche se trouve au contraire en haut et en bas et ses faces sont latérales. On donne à ce
pétiole le nom particulier de phyllodt. L* Acacia heterophylla (fig. 105) est d'une observation très-instructive à cet égard. On y trouve tous les degrés intermédiaires entre une feuille composée parfaite et un phyllode : on y voit le pétiole s'aplatir et s'élargir d'autant plus que le limbe s'amoindrit davantage.
Ptg. ios. Feuille d'Acacia heterophylla.
Cette transformation du pétiole, très-fréquente chez les Acacias de la Nouvelle -Hollande, se retrouve dans plusieurs autres plantes appartenant aux groupes des Légumineuses, des Ombellifères et des Renonculacées.
Les feuilles se transforment en d'autres organes avec une étonnante fréquence. C'est par les modifications des feuilles que la nature produit un grand nombre d'organes essentiels dans la vie des plantes.
Les feuilles se changent en écaiUes: VAsperge (fig. 106) nous en offre un bel exemple; — en vrilles, comme on l'observe dans le
96 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Pois (fig. 107 ) ; — en épines comme nous le voyons dans V Épinevinetu (fig. 108). Les figures ci-dessous montrent les résultats de cette curieuse transformation des feuilles, dont nous aurons Toccasion de citer bien d'autres exemples.
Fig. 106. Transformation des feuilles Fig. 107. Transformation des feuilles
en écailles Asperge). en vrilles (Pois).
Quelle est la disposition des feuilles sur les tiges et les rameaux qui les portent? Sont-elles jetées au hasard sur Taxe végétal? Il suffit de l'examen le plus superficiel , pour reconnaître que les feuilles sont toujours placées de la même manière, et dans un ordre fixe pour une même espèce de plantes; en d'autres termes, que leur distance relative et leur orientation sont rigoureusement fixées par la nature. Un examen un peu approfondi
va nous faire reconnaître que cet ordre est soumis à une véritable loi, et peut être exprimé par une formule arithmétique.
Si Ton jette les yeux sur une branche d'On?ie (fig. 109), de Saule, de Cerisier, on constatera aisément que les feuilles sont toutes insérées à des hauteurs différentes. Dans ce cas, on dit qu'elles sont alternes. Dans la Sauge, YOrtie (fig. 110), au con-
Fig. 108. Transformation des feuilles en épines. ( Kpine-vinelte).
Fig. 109.
Branche d'Orme ( feuilles alternes).
traire, les feuilles sont groupées par paire à la même hauteur. Dans ce cas , on dit que les feuilles sont opposées.
Dans la Lysimaque vulgaire et le Laurier-rose (fig. 111), trois feuilles sont groupées à la même hauteur autour de la tige; dans ce cas, comme aussi dans le cas où il existe un plus grand nombre de feuilles groupées de cette manière, on dit que les feuilles sont en verticille, ou terticillées.
Ce qui donne aux plantes une physionomie particulière, c'est que les éléments qui constituent le verticille d'un étage foliacé
98 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
quelconque, correspondent aux intervalles qui séparent les éléments de la paire, ou du verticille, situé immédiatement audessus ou au-dessous. 11 faut remarquer, en outre, que les éléments d'une même paire, ou d'un môme verticille, sont toujours équidistants.
Revenons aux feuilles alternes, pour mettre en évidence Tinvariable disposition des feuilles autour de la branche.
Pig 110. Feuilles opposées. (Ortie.) Fig. i |i. Feuilles verticillées. (Laurier-rose.)
Prenons un rameau de Pêcher (fig. 112 ) ou de Prunier ^ et considérons une feuille quelconque. Nous trouverons que plus haut le rameau porte une autre feuille exactement placée au-dessus de la première et que dans l'intervalle de ces deux feuilles il y en a quatre diversement placées. Toutes ces feuilles se trouvent sur le passage d'une spire régulière idéale qui s'enroulerait autour de l'axe. Cette spire , qui prend son origine à une feuille quelconque et se termine à la feuille exactement superposée à la première, constitue ce que l'on nomme un cycle. Ici, c'est-à-dire dans le cas du Pécher ou du Prunier, le cycle comprend 5 feuilles
et fait deux fois le tour du rameau. On exprime cette disposition par une formule numérique fractionnaire, dont le numérateur indique le nombre des tours de spire du cycle, et le dénominateur le nombre des feuilles constitutives du cycle. Ainsi, la disposition des feuilles du Pêcher (fig. 113) serait représentée par la fraction 2/5.
Fig. 112. Fig. 113. Insertion de
Rameau de Pécher. feuilles sur un rameau
de Pécher.
Dans VAurie (fig. 114), le Souc/iet, trois feuilles constituent le cycle, qui tie décrit sur la tige qu'un seul tour de spire. La disposition des feuilles est donc représentée par la fraction 1/3, comme le montre la figure 115.
Dans VOrme, comme on Ta vu sur la figure 109, page 97, dans le TUlexdy deux feuilles seulement constituent le cycle, qui ne décrit
100 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
sur la tige qu'un seul tour. La disposition des feuilles est donc représentée ici par la fraction 1/2.
Écrivons sur une seule ligne ces trois fractions |, J, |, et remarquons que la fraction f est la somme des termes des deux fractions précédentes. Additionnons les termes des fractions I et I, nous obtenons |; faisons de même pour § et f , nous obtenons -j^. Nous formerons de cette manière- la série ^, ^, 5> h A> !n> M- F^i^ singulier! ces formules fractionnaires, que
Fig. 114. Fig. 115. Insertion des feuilles
Rameau d'Aune. sur un rameau d'Aune.
nous venons de tracer sur le papier, expriment précisément des dispositions de feuilles que la nature a réalisées.
Les dénominateurs de ces fractions, tout en donnant le nombre des feuilles de chaque cycle, indiquent en même temps le nombre des lignes verticales suivant lesquelles les feuilles sont rangées. Ainsi dans l'Orwe, le Tilleul, les feuilles sont disposées sur deux rangées, et sont dites distiques. Dans Y Aune, le Souchet^ elles sont disposées sur trois rangées, et se nomment fristiques.
Dans le Pêchm-y les feuilles sont disposées sur cinq rangées ou en quinconce.
« La distribution des feuilles sur les rameaux, dit de CandoUe, est en rapport avec leurs fonctions..., qui sont presque exclusivement déterminées par Faction de la lumière solaire. Pour que cette action s'exerçât convenablement, il fallait, ou que les feuilles fussent très-écartées les unes des autres, ou qu'avec un écartement donné elles se recouvrissent le moins possible. On a pu voir que tous les divers systèmes de position des feuilles ont pour résultat, que les feuilles qui naissent immédiatement les unes au-dessus des autres ne se recouvrent jamais. Dans les cas les moins favorables la troisième recouvre la première, et la quatrième la deuxième. Dans un autre cas, c'est la sixième, etc. Ainsi, en combinant ces dispositions, soit avec la distance des systèmes et de leurs parties, soit avec la grandeur des feuilles qui va en diminuant de bas en haut, on arrive à comprendre comment toutes les feuilles jouissent de l'action de la lumière solaire. »
Dans la plupart de nos plantes, lorsque les feuilles ont accompli leurs fonctions physiologiques, elles tombent Tannée même où elles sont nées. Mais il en est d'autres qui ne se détachent que Tannée d'après, ou même qui persistent pendant plusieurs années sur la tige. Les feuilles de la plupart des Conifères, celles du BuiSy du Houx, de VOrangery etc., ne tombent point dans Tannée où elles se sont développées ; elles se rencontrent par conséquent avec les feuilles nouvelles. Aussi ces plantes ne sont-elles jamais complètement dépouillées : c'est pour cela qu'elles portent le nom vulgaire d'arbres verts,
Auguste de Saint-Hilaire fait les remarques suivantes sur la répartition des arbres verts selon les latitudes du globe :
« Lorsqu'on s'éloigne des tropiques, dit ce botaniste, le nombre des arbres verts va en diminuant dans une progression rapide. A Porto Allègre par le 30" degré de latitude sud, je trouvai, dans la saison la plus froide, les arbres presque tous chargés de feuilles. A San Francisco de Paula, près Rio Grande, par le 3(i' degré, à peu près le tiers des végétaux ligneux avaient perdu les leurs, et enfin à deux degrés plus au sud un dixième des arbres seulement conservaient leur feuillage.
« A Montpellier, les campagnes en hiver ne sont déjà plus dépouillées de verdure, et Lisbonne, Madère et Ténériffe offrent un nombre d'arbres toujours verts bien plus considérable encore. Il ne faut pas croire cependant que sous les tropiques tous les arbres soient toujours verts. Même dans les gigantesques forêts qui bordent la côte du Brésil et où la végétation est maintenue dans une activité continuelle par ses deux agents principaux.
102 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
la chaleur et Thumidité, il existe des arbres, tels que certaines Bignoniées, qui, chaque année, perdentcomme les nôtres toutes leurs feuilles à ïa fois, mais immédiatement après ils se couvrent de fleurs, et bientôt reparaît leur feuillage. Je vous parle ici des bois qui croissent dans celles des régions équinoxiales où, comme chez nous, les pluies etles sécheresses n'ont point d'époque déterminée. Mais dans les pays où à six mois de pluies continuelles il succède six mois d'une sécheresse non interrompue, il est des bois qui, chaque année, restent pendant un temps considérable entièrement dépourvus de verdure. Et le voyageur qui les traverse est brûlé par les feux ardents de la zone équinoxiale, en ayant sous les yeux la triste image de nos hivers. On a vu la sécheresse se continuer deux années et les arbres rester deux anîiées sans feuillage. ^
Mais les arbres verts ne sont qu'une exception dans le monde végétal. La plupart des arbres, des arbrisseaux et des plantes herbacées, sont dépouillés de leurs feuilles pendant la moitié de Tannée. Quand les feuilles ont accompli leurs fonctions, quand les fruits ont apparu et que la végétation entre dans une phase nouvelle, les feuilles perdent leurs brillantes couleurs. Elles revêtent quelquefois des couleurs accidentelles et transitoires en se desséchant en partie. Le vert, quand il persiste, s'assombrit; il brunit dans les feuilles du Noyer ^ il prend un ton blanchâtre dans le Chèvrefeuille, Les feuilles d'autres plantes, comme la Vigne vierge, le Sumac, le Cornouiller, revêtent une teinte rouge; elles jaunissent dans Y Érable et dans beaucoup d'arbres de nos bois. Mais quelle que soit la variété des nuances que prennent les feuilles en se desséchant, elles présentent un certain ton de tristesse et de mélancolie, qui annonce la disparition prochaine de ces ornements de nos campagnes, et qui trahit l'imminence de la froide saison. Bientôt le froid et l'humidité arrêteront la marche de la sève et désorganiseront le pétiole; les feuilles flétries et déformées tomberont sur le sol, ou seront emportées par le vent. C'est l'époque attristée et mélancolique de la chute des feuilles, qu'un de nos poètes élégiaques a retracée dans ces vers si connus :
De la dépouille de nos bois L'automne avait jonché la terre, etc.
Cependant les feuilles, séparées du végétal qui les portait, ne sont point perdues pour la terre qui les reçoit. Tout dans la
nature a son utilité. Les feuilles desséchées ont aussi leur usage dans le cercle continu de la production végétale. Les feuilles qui jonchent le pied des arbres, ou qui sont disséminées par les vents d'automne dans la campagne dépouillée, pourrissent lentement sur le sol. Elles se transforment en humm ou terreau; elles contribuent à former cette terre végétale^ indispensable à la vie des plantes. Ainsi, les débris de la végétation préparent la formation et la venue d'une végétation nouvelle. La mort prépare la vie; le début et la fin se donnent pour ainsi dire la main dans la nature végétale, et forment ce Cercle mystérieux de la vie organique qui n'a ni commencement ni terme.
Mais reprenons l'étude générale des feuilles dans la plénitude de leur existence. Nous avons à signaler un dernier et important phénomène dans l'ensemble de leurs fonctions : nous voulons parler des mouvements assez divers que les feuilles exécutent spontanément en plusieurs circonstances.
Les feuilles aflFectent presque toujours la position horizontale. Elles ont une face supérieure tournée vers le ciel, et une face inférieure regardant la terre. Cette position est si naturelle, et dès lors si nécessaire, que les feuilles la reprennent d'elles-mêmes, le jour aussi bien que la nuit, lorsqu'une cause accidentelle la leur a fait perdre. Si l'on place une plante dans Tintérieur d'un appartement éclairé par une seule fenêtre, on voit bientôt toutes les feuilles dirfger leur face supérieure vers la lumière. C'est une expérience que nos jeunes lecteurs peuvent se donner le plaisir de répéter avec une plante de salon.
Les feuilles exécutent d'autres mouvements spontanés trèsremarquables, et sur lesquels nous croyons devoir nous arrêter quelques instants. L'étude de ces mouvements a été, comme on va le voir, Tobjet d'observations curieuses et d'expériences inté-' ressantes.
Dutrochet ayant placé un jeune Pois dans une chambre éclairée d'un seul côté, vit la feuille tantôt s'incliner vers la lumière, tantôt diriger son pétiole vers le ciel, ou même l'incliner vers la partie obscure de la pièce. La vrille, tantôt presque droite, tantôt courbée en arc, offrait aussi des mouvements irréguliers. Dutrochet plaça des indicateurs fixes, soit auprès du som-
met de la vrille, soit auprès du sommet du pétiole, à Tendroit où s*inséraient les deux folioles ; et il put constater ainsi dans quel sens marchaient ces parties en s'éloignant des indicateurs fixes. Il ne tarda pas à reconnaître que le sommet du pétiole décrivait en Tair une courbe ellipsoïde, tandis que la vrille qui le terminait offrait des mouvements divers. Il vit bientôt que le mérithalle lui-môme (entre-nœud, ou écartement des pétioles sur la tige) de cette feuille participait à ce mouvement de révolution, et qu'il en était même le principal agent. Le mérithalle et la feuille engendraient donc par leur mouvement général une sorte de cône, dont le sommet était à la partie inférieure du mérithalle, et dont la base était la courbe décrite en l'air par le sommet du pétiole là où se trouve l'insertion de deux folioles. La vrille, pendant le mouvement de révolution, dirigeait constamment sa pointe vers le fond de la pièce, fuyant ainsi la lumière; elle se retournait lorsque le mouvement de sa révolution, en ramenant la pointe de cette vrille près de la fenêtre, tendait à la diriger de nouveau vers la lumière.
Cette révolution s'effectue dans un temps qui varie avec la température et avec l'âge de la feuille. Elle dure de une heure à vingt minutes par une température de 24** : de sept heures à onze heures quand la température est abaissée jusqu'à-}- 5 ou -|- 6\ L'amplitude des révolutions diminue à mesure que la température décroît. .
« Quelle est la cause de ce mouvement révolutif ? dit Dutrochet. Elle ne se dévoile point à nos yeux. C'est une cause excitante, intérieure et vitale. Non-seulement la lumière ne contribue en rien à la production de ce mouvement, mais elle le contrarie, et lorsqu'elle est vive, elle l'arrête. »
Dutrochet a observé le mouvement révoluiif dans les vrilles 'de la Bryone et du Concombre cultivé. Dans la Bryone, la vrille se meut dans des directions très-variées, tantôt marchant horizontalement, tantôt s'élevant, tantôt s'abaissant; dirigeant quelquefois sa pointe vers le ciel, puis prenant une courbure quelconque, pour prendre ensuite une courbure inverse. Les vrilles du Concombre marchent comme les aiguilles d'une montre posée à plat ; elle dirigent successivement leur pointe vers tous les points de l'horizon, soit de droite à gauche, soit de gauche à droite.
Il fallait toute la sagacité, toute la finesse d'observation de Dutrochet pour découvrir les mouvements si lents et si obscurs dont nous venons de parler.
Les mouvements spontanés que nous avons maintenant à signaler dans certains végétaux, sont beaucoup plus apparents; ils sont consignés depuis plus longtemps dans la science.
Parlons d'abord des mouvements de la plante connue sous le nom de Desmodie oscillante {Desmodium gyratis).
LàDesmodie oscillante (lig. 116) appartient à la famille des Légumineuses. Elle fut découverte au Bengale, aux environs de Daca, par une Anglaise, Mme Monson, que son dévouement à This-
Fig. 116. Desmodie oscillante.
toire naturelle avait conduite à entreprendre un voyage dans l'Inde, et qui mourut au milieu de ses excursions botaniques.
Les feuilles de la Desmodie sont composées de trois folioles : la foliole terminale est très-grande, et les latérales sont très-petites. Ces dernières surtout sont presque toujours en mouvement ; elles exécutent de petites saccades, analogues à celles de Taiguille d'une montre à secondes. L'une des folioles s'élève et l'autre descend, pendant le même temps, d'une quantité correspondante ; quand la première commence à descendre, l'autre se met à monter. La grande foliole se meut en s'inclinànt tantôt à droite, tantôt à gauche, mais par un mouvement continu et très-lent, si on le compare à celui des folioles latérales. Ce singulier mécanisme dure pendant toute la vie de la plante; il s'exerce de jour
comme de nuit, par la sécheresse comme par Thumidité. Plus il fait chaud et humide à la fois, plus sont vifs les mouvements de la plante. On a vu dans Tlnde les folioles latérales de la Desmodk exécuter jusqu'à 60 petites saccades par minute.
Cette curieuse plante, qui a été introduite, pour la première fois en Europe, en 1777, est cultivée au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Les auditeurs du cours de M. Brongniart ont pu fréquemment observer de près les étranges phénomènes vitaux dont elle est le^siége.
Les mouvements de la Desmodie s'exercent spontanément et sans aucune cause occasionnelle ; mais il en est d'autres qui sont déterminés dans certaines plantes par des causes extérieures. Tels sont ceux de la Dionée attrape-motiche et ceux de la Sensitive,
La Dionée (fig. 117) est originaire de l'Amérique septentrionale. Ses feuilles qui s'étalent à la surface du sol, sont composées de deux parties, l'une allongée, qui peut ètr considérée comme un pétiole, l'autre très-élargie, presque circulaire, formée de deux panneaux qui sont réunis par une nervure en façon de charnière, et garnis sur leur pourtour de cils roides et allongés. A la face supérieure de ces panneaux se trouvent quelques petites glandes, d'où exsude une liqueur visqueuse qui attire les insectes. Si une mouche vient à §e poser à la surface de ce singulier appareil, les deux panneaux se redressent vivement le long de leur charnière ; ils se rapprochent, entrecroisent leurs cils, et la mouche est prisonnière. L'insecte en s'agitant augmente encore Virritabilité de la plante , dont les serres ne s'entr'ouvent qu'après que les mouvements de l'animal ont cessé avec sa vie.
Qui ne connaît, qui n'a vu la Semitive (fig. 118) et l'étrange sensibilité de ses feuilles? Il suffit du choc le plus léger pour faire fléchir ses folioles sur leur support, les branches pétiolaires sur le pétiole commun, et le pétiole commun sur la tige. Si l'on coupe avec des ciseaux fins l'extrémité d'une foliole, les autres folioles se rapprochent successivement.
De CandoUe s'était exercé à placer sur une des folioles de la SensUive une goutte d'eau, avec assez de délicatesse pour n'y exciter aucun mouvement. Mais lorsqu'il substituait à l'eau une goutte d'acide sulfurique, il voyait les folioles se crisper, les pétioles partiels et le pétiole commun s'abaisser, et graduellement subir
la même influence, sans que les folioles situées au-dessous participassent au mouvement. Cette expérience montre fort bien que l'irritation n'est pas locale, mais se communique de proche en proche dans les divers éléments d'une feuille, et se propagent ainsi d'une feuille à l'autre .
Fig. 117. Dionée altrape-mouche.
Pendant que tous ces mouvements s'opèrent, on peut remarquer que le limbe des folioles ne se courbe pas, ne se crispe pas. En effet, la faculté contractile réside au point d'insertion des fo • lioles sur les pétioles secondaires, de ceux-ci sur le pétiole commun, et de celui-ci sur la tige. Ces points d'insertion correspondent à des bourrelets cylindroïdes très-visibles, qui pendant le repos sont gonflés inférieurement, tandis que dans l'état d'irritation ils sont détendus supérieurement. Les mouvements que
108 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
l'on provoque chez la SensUive se manifestent avec une intensité et se propagent avec une rapidité plus grandes, lorsqu'on irrite sur ce bourrelet un articulation, de préférence à tout autre partie de la plante.
On a remarqué que plus la Semitive est vigoureuse, plus elle est impressionnable ; que plus la température est élevée, plus ses mouvements sont prompts. On a observé, en outre, que la SensUive peut jusqu'à un certain point s'accoutumer au mouvement. Desfontaines portant un pied de SensUive dans une
Fig. 118. Raraeau de Sensitive dont on a touché deux feuilles.
voiture, vit la plante fermer ses folioles et abattre toutes ses feuilles dès que la voiture commença à rouler sur le pavé. Mais peu à peu, comme revenue de sa frayeur, et pour ainsi dire habituée au mouvement, elle releva ses feuilles et épanouit ses folioles. Desfontaines fit alors arrêter un certain temps la voiture. Lorsqu'on se remit en mouvement, la SensUive se replia sur ellemême comme la première fois, et au bout de quelque temps elle s'épanouit de nouveau pendant la marche. Ne dirait-on pas une impression réfléchie et motivée de la part de cette singulière plante? Ces phénomènes d'irritabilité sous l'influence d'actions mécaniques ou chimiques directes, la plante les répète d'elle-même pendant la nuit. Quand l'obscurité arrive, la SensUive ferme ses folioles.
Cette habitude de replier ses feuilles pendant la nuit n'est pas,
d'ailleurs, exclusivement propre à la SensUive. Elle appartient à d'autres plantes, dont les feuilles n'offrent pas la même position pendant le jour et pendant la nuit. C'est là ce que Linné a nommé le sommeil des plantes.
f Mais il faut remarquer, dit de Candolle , que ce terme, emprunté au règne animal, ne représente pas les mêmes idées dans les deux règnes. Dans les animaux, le sommeil indique un état de flaccidité des membres, de souplesse des articulations : dans les végétaux il indique bien un changement d'état, mais la position nocturne est déterminée avec le môme degré de rigidité et de constance que la position diurne ; on romprait la feuille endormie plutôt que de la maintenir dans la position qui lui est propre pendant le jour. »
C'est sur une variété du Trèfle du Nord^ le joli Lotus ornithopodioidesy que Linné remarqua, pour la première fois, la différence entre l'attitude des feuilles pendant le jour et pendant la nuit. A peine eut-il fait cette remarque, qu'il devina que ce phénomène ne devait pas être borné à une seule plante, mais qu'il devait être général dans la végétation. Dès lors, chaque nuit, Linné s'arrache au sommeil, et, dans le silence de la nature, il va observer les plantes dans son vaste jardin. A chaque pas il découvre un fait nouveau. Aucun fait naturel, une fois mis en évidence par une première observation, n'a été aussi rapidement confirmé par une foule de remarques analogues. Linné ne fut pas long à se convaincre que le changement de position des feuilles pendant la nuit s'observe dans un nombre considérable de végétaux, et qu'en l'absence de la lumière les plantes changent tellement de physionomie, qu'elles deviennent trèsdifficiles à reconnaître d'après leur port. Il constata que c'est bien l'absence de la lumière et non le froid nocturne qui est la principale cause du phénomène, car les plantes des serres chaudes se ferment pendant la nuit, comme celles cpii sont exposées à l'air libre. Il reconnut aussi que cette différence est beaucoup plus sensible dans les jeunes plan tes que dans les plantes adultes.
L'illustre botaniste suédois a fait beaucoup d'observations sur la diversité de position que les feuilles affectent pendant la nuit, et il s'est efforcé de classer méthodiquement ces différences. Ce qu'il y a de plus général dans les distinctions qu'il a établies, c'est que les positions diffèrent selon que les feuilles
110 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
sont simples ou composées. Linné pensait que le but de la nature dans cette circonstance, c'est de mettre les jeunes pousses à Tabrî du froid de la nuit et de l'impression de Fair. •
C'est surtout dans les feuilles composées que la différence entre la veille et le sommeil est le plus nettement indiquée.
Les folioles du Trèfle Incarnat se redressent, en se courbant dans le sens longitudinal, de manière à ne se rapprocher que par
Fig. 119. Sommeil des feuilles de roxalls.
la base et le sommet, et à former une sorte de cavité, de berceau. Les folioles du MélUot se redressent à moitié, mais restent divergentes par leurs sommités.
Dans les Oxalis (fig. 1 19), les folioles se déjettent sur le pétiole commun, de manière à s'adosser par leurs faces inférieures, et à ne montrer que leurs faces supérieures.
Dans le Baguenaudier, les folioles se dressent verticalement, de manière à devenir perpendiculaires sur le pétiole commun et appliquées Tune contre l'autre par leurs faces supérieures.
FEUILLES. m
Les Cassia ont, au contraire, les folioles rabattues et appliquées par leurs laces inférieures.
Les folioles des Mimosées se couchent le long du pétiole en se dirigeant vers son sommet, de manière que les deux folioles extrêmes soient dirigées en avant et appliquées par leurs faces supérieures et les autres appliquées sur le dos des folioles qui sont d'un rang plus près du sommet.
Les feuilles des Airipkx s*appliquent sur les jeunes pousses et les enveloppent, comme pour les défendre des injures de Tair. Le Mouron des oiseaux ferme exactement ses feuilles pendant la nuit, et ne les ouvre qu'au matin. VŒnothère^ comme le Trèfle incamaty forme, pendant la nuit, une sorte de berceau du rapprochement de ses feuilles. Au contraire, le Sida et le Lupin blanc renversent leur feuillage. Plusieurs Mauves roulent leurs feuilles en cornet. La Gesse odorante, le Pois de senteur^ les Fèves cultivées^ appliquent, pendant la nuit, leurs feuilles les unes contre les autres, et semblent dormir.
Cet étrange sommeil des plantes rappelle vaguement le sommeil des animaux. Circonstance remarquable, la feuille endormie semble, par ses dispositions, vouloir se rapprocher de l'époque de son enfance. Elle se replie à peu près comme elle Tétait dans le bourgeon , avant d'éclore, lorsqu'elle dormait du sommeil léthargique de l'hiver, abritée sous ses robustes écailles, ou calfeutrée dans son chaud duvet. On dirait que la plante cherche chaque nuit à reprendre la position qu'elle occupait dans son jeune âge, comme l'animal endormi se replie et se ramasse sur lui-même, ainsi qu'il l'était dans fe sein de sa mère.
Quelle est la cause du phénomène général désigné sous le nom de sommeil des plantes? Il a lieu dans tous les états hygrométriques de l'air, et les heures auxquelles il s'effectue ne sont point dérangées par le changement de température. De Candolle supposa que la lumière était la cause la plus directe du phénomène. Pour s'en assurer, il soumit des plantes dont les feuilles sont disposées à dormh*, à l'action d'une lumière artificielle, fournie par deux lampes qui équivalaient aux 5/6 de la clarté du jour sans soleil . Les résultats furent très-variés ; les plus généraux furent les suivants :
t Lorsque j'ai exposé, dit de Candolle, des Sensitives à la clarté, pen-
112 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
dantlanuit, et à Pobscurité pendant le jour, j'ai vu dans les premiers temps ces Sensitives ou\Tir et fermer leurs feuilles sans règle fixe ; mais au bout de quelques jours elles se sont soumises à leur nouvelle position et ont ouvert leurs feuilles le soir qui était le moment où la clarté commençait pour elles, et les ont fermées le matin qui était l'heure où leur nuit commençait. « Lorsque j'ai exposé des Sensitives à une lumière continue, elles ont eu, comme dans l'état ordinaire des choses, des alternatives de sonmieil et de réveil; mais chacune des périodes était un peu plus courte qu'à l'ordinaire. Lorsqu'on expose des Sensitives à l'obscurité continue, elles offrent bien aussi des alternatives de réveil et de sommeil, mais très-irrégulières. »
De GandoUe ajoute qu'il n'a pu modifier le sommeil de deux espèces d'Oxalis ni par Tobscurilé, ni par la lumière, ni en les éclairant à des heures différentes de celles qui leur sont naturelles. On peut, selon lui, conclure de ces faits, que les mouvements du sommeil et du réveil sont liés à une disposition de mouvement périodique inhérente au végétal, mais qui est essentiellement mise en activité par l'action stimulante de la lumière, laquelle agit avec une intensité différente sur différents végétaux, de telle sorte que la même dose de lumière produit des résultats divers sur diverses espèces.
Après avoir étudié les caractères extérieurs des feuilles, nous allons essayer de pénétrer un peu dans leur structure, pour dé-' voiler les délicatesses de leur organisation intime.
Du tissu cellulaire auquel on donne, dans ce cas, le nom de parenchyme, remplit tous les interstices des feuilles laissés par Técartement des mrvures. Cet ensemble est recouvert, consolidé, protégé contre toutes les influences extérieures, par Yépiderme^ enveloppe qui s'étend, comme un manteau protecteur, sur toute la surface du végétal. Soumettons successivement à l'examen microscopique Vépùlermey le parenchyme et les nervures.
Nous considérerons d'abord les feuilles des végétaux supérieurs qui vivent dans l'air.
Déchirez avec quelque précaution une feuille quelconque, vous verrez se détacher d'un des fragments de la feuille un lambeau d'une membrane transparente et incolore. Si Ton place ce lambeau humecté d'eau sur une plaque de verre, et qu'on l'observe avec un assez fort grossissement, on pourra s'assurer qu'il est formé de cellules assez grandes, aplaties, à contours tantôt'
rectilignes et figurant comme un carrelage, tantôt irréguliers et sinueux (fig. 120). Le contenu granuleux de ces cellules est peu apparent, peu important, mais on y trouve parfois un liquide aqueux diversement coloré. Les éléments cellulaires de cette membrane épidermique, sont intimement unis et pressés les uns contre les autres, de manière à donner à Tépiderme une certaine solidité, une certaine résistance.
Les cellules épidermiques oflFrent une paroi extérieure, celle qui est en rapport avec Tair, beaucoup plus épaisse que les parois latérales et la paroi inférieure. On voit souvent quelques-unes de ces cellules s'allonger, se ramifier, se cloisonner, pour constituer des ^'6- "o.
., . ^ '11 structure de Tépiderme des feuilles.
poils, de forme variable.
La membrane épidermique n'est pas continue, elle n'est pas parfaitement close. Elle présente, au contraire, de distance en distance, de petites ouvertures formées par Técartement de deux cellules. Ces ouvertures, qui peuvent se dilater ou se resserrer
Fig. i2f . stomate de Cycas.
selon les circonstances extérieures, sont destinées à exhaler au dehors les produits de la transpiration de la plante, les gaz ou la vapeur d'eau, comme aussi à absorber les gaz et l'humidité atmosphériques. Elles portent le nom de stomates (du grec (TTÔfxa, bouche). La figure 121 représente un stomate de Cycas vu au microscope.
Les stomates sont plus abondants à la face inférieure des feuilles qu'à leur face supérieure Leur nombre varie beaucoup suivant les plantes, et plus ils sont petits, plus ils sont nombreux.
L'Œillet en présente 4000 sur une étendue d'un pouce carré, 17m 12 000, le Lilas 120 000.
L'épiderme qui recouvre et protège le parenchyme de la feuille, est lui-même revêtu d'une couche protectrice extrêmement fine, sans structure appréciable et dont on doit la découverte à M. Ad. Brongniart : c'est la cuticule. Elle adhère intimement à l'épiderme, se moule exactement sur cette membrane, et même sur ses poils, qui s'y engatnent comme les doigts dans un gant. Elle ofifre une petite boutonnière dans tous les points qui correspondent à des stomates.
Voyons maintenant quelle est la structure du parenchyme compris entre les épidermes supérieur et inférieur d'une feuille. On peut distinguer dans le parenchyme des feuilles de la plupart des végétaux, deux régions : Tune supérieure, l'autre inférieure (flg. 122). Dans la région supérieure, on trouve un, deux ou trois rangs de cellules oblongues, dirigées perpendiculairement à la surface de la feuille, pressées les unes contre les autres, s'écartant cependant quelquefois , de manière à laisser entre Fig. 122. plusieurs d'entre elles
structure du parenchyme des feuilles. u^g laCUnC qui Ordi-
Coupe transversale d'une feuille. .
nairement correspond à un stomate. La couche inférieure est composée de cellules irrégulières, souvent rameuses, se touchant seulement par le bout de leurs branches, et laissant entre elles de nombreuses lacunes, qui communiquent les unes avec les autres et forment une sorte de tissu spongieux. Parmi ces lacunes, beaucoup sont situées immédiatement sur l'épiderme inférieur, qui est criblé d'un plus grand nombre de stomates que l'épiderme supérieur, et c'est précisément à ces stomates que correspondent les lacunes.
Ces cellules parenchymateuses, dont les parois sont toujours minces, contiennent des grains de chlorophylle, substance à laquelle les végétaux doivent leur coloration verte. La chlorophylle est contenue en plus grande quantité dans la zone supérieure, dense, que dans la zone inférieure, spongieuse, du parenchyme. L'ensemble des cellules ainsi colorées par les grains de chlorophylle donne à la feuille végétale la teinte verte uniforme qui lui est propre.
Nous avons signalé ces particularités d'organisation, et surtout l'existence de ces méats intercellulaires ou lacunes, cavités qui communiquent toutes entre elles, et sont mises en rapport avec le milieu ambiant par les ouvertures stomatiques, parce qu'elles font comprendre que la feuille est admirablement organisée pour favoriser les phénomènes vitaux dont elle est le siège, phénomènes que nous étudierons bientôt.
On trouve dans les nervures des feuilles, des vaisseaux de divers ordres, reliés entre eux par des cellules de formes diverses, qui constituent la partie fibreuse de ce faisceau. La structure des nervures, qui est assez complexe, se simpliQe à mesure qu'elles se divisent et qu'elles diminuent de dimensions.
Si, des plantes à feuilles aériennes, nous passons aux plantes à feuilles qui flottent sur l'eau, ou qui sont submergées , nous verrons la structure de ces organes se modifier suivant les milieux dans lesquels la nature les a appelés à vivre. Ces curieuses modifications ont été étudiées, de nos jours, par M. Ad. Brongniart.
La feuille du Nymphéa qui flotte sur l'eau, présente, il est vrai, deux épidermes et un parenchyme peu différent de celui des feuilles aériennes, mais l'épiderme inférieur, en contact avec Teau, ne présente pas de stomates. Les feuilles submergées des Potamots sont généralement très-minces, complètement dépourvues d'épiderme, et par conséquent de stomates; elles sont creusées de lacunes qui ne communiquent pas entre elles, et sont formées de cellules polyédriques, pressées, gorgées de matière verte. Ces lacunes sont donc sans analogie avec celles des feuilles aériennes ; elles peuvent être considérées comme des réservoirs
116 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
d'air fourni par la plante elle-même et destinés sans doute à alléger son poids. Ce sont des appareils de flottaison qui semblent jouer un rôle analogue à celui de la vessie natatoire des poissons.
La Renoncule aquatique présente à la fols, comme nous l'avons déjà vu, des feuilles aériennes qui flottent à la surface de l'eau, et des feuilles trèsdivisées qui sont submergées. Les feuilles aériennes, munies d'un épiderme pourvu de stomates, offrent un parenchyme dont la structure ne s'écarte point sensiblement de celle que nous avons indiquée plus haut pour les feuilles aériennes. Les feuilles aquatiques n'ont pas d'épiderme proprement dit. Des cellules parenchyma- ^ teuses vertes, pressées les unes
contre les autres , y constituent un parenchyme uniformément dense, creusé çà et là de cavités aérifères isolées, comme on le voit sur la figure.
Nous ne terminerons pas l'étude des feuilles sans dire quelques mots des stipules^ organes accessoires et d'une importance secondaire, qui accompagnent les feuilles dans certains végétaux.
Les stipules sont organisées com-
Fig. 1*24. stipule du Tulipier. t r -m • * j
me les feuilles, mais ne sont pas des feuilles véritables. Elles en diffèrent par leur position, leur forme et leurs fonctions. Ce sont de petits organes foliacés, des appendices membraneux, dont le point d'insertion varie. Dans le Tulipier (fig. 124), on voit deux stipules placées, Tune à droite et l'autre à gauche du point d'insertion de la feuille. Dans le Rosier ou VÉglantier (fig. 125), les deux stipules se soudent avec le pétiole de la feuille. Dans le Houblon (fig. 1 26), les deux stipules placées du même côté de la tige et appartenant
à deux feuilles différentes, se confondent plus ou moins complètement ensemble de manière à former deux doubles stipules.
Fig. 125. Stipule d'Églantier.
Fig. 130. Stipule de Houblon.
Fig. 127. Stipule de Sarrasin.
Dans le Sarrasin (fig. 127), on ne voit qu'une stipule, placée entre la feuille et la tige.
118 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Les stipules naissent après la feuille qu'elles accompagnent ; cependant elles grandissent souvent plus rapidement que la feuille, et dans le bourgeon elles recouvrent complètement ces
organes. Les stipules sont destinées, dans ce cas, à protéger les jeunes feuilles. Aussi sont-elles généralement caduques.
Quelquefois les stipules n'ont ni ce mode de développement ni cette caducité; elles sont dites alors persistantes.
n est probable que les stipules persistantes sont utiles au végétal, soit pour couvrir et alimenter le bourgeon, soit pour remplacer les feuilles quand elles viennent à manquer.
Fig. 128. Feuilles ligulées (Milium muUiflorum. r i- i
La hgule est une forme particulière de stipule qui est propre aux plantes de la famille des Graminées. C'est une membrane mince et transparente, située à la face interne de leur gaîne. Nous donnerons, comme exemple d'un végétal muni de feuilles ligulées j le Milium multiflorum. Dans la figure 128, qui représente un rameau de cette plante, la ligule est représentée par les lettres Ig^ et se trouve à la base et à la face interne de la feuille, qui est engainante, comme celle de toutes les Graminées.
(imsd