‹ Histoire des plantes (volume 4)Chapitre 20 sur 64 · OR&ANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

OR&ANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE

le Fuchsia : le dépât du pollen sur le stigmate se fait donc alors sans obstacle.

Quand les étamines et les pistils ne se trouvent pas rapprochés l'un de l'autre, la nature met en œuvre les moyens nécessaires pour provoquer ce rapprochement. Aussi observe-t-on chez les différentes plantes, à l'époque de la fécondation, des mouvements très-curieux et très-variés dans les étamines.

Chez les Orties, les Pariétaires, les Mûriers, les iîlets de l'étamine sont courbés sur eux-mêmes, sous la pression de l'enveloppe florale. Mais dès que l'épanouissement a lieu, les filets se déroulent et projettent le pollen à plus d'un mètre de distance. Ce n'est là qu'un simple mouvement d'élasticité.

Dans laitue, au moment de la fécondation, chacune des nomhreuses étamines qui constituent l'androcée, s'infléchit sur le stigmate ; elle y dépose du pollen, et se relève ensuite pour prendre sa position première. Il y a ici un mouvement individuel et vraiment spontané.

Dans la Fleur de la passion, les styles sont d'abord dressés, mais au moment de l'ouverture des anthères on les voit se courber et s'abaisser vers les étamines, puis se redresser et reprendre leur position première.

Si, dans la fleur de VÈpiiie-Vitiette, on vient à toucher une élaraine avec la pointe d'une épingle, on la voit, par un mouvement brusque, s'appliquer sur le pistil, puis reprendre, au bout de peu de temps, sa position première, qu'elle quittera de nouveau si l'on produit une nouvelle irritation. Il y a ici un phénomène d'irritabilité qui n'existe point dans les cas précédemment cités-

Les poils qui recouvrent les styles des Campanules présentent une propriété singulière. Ils se replient sur eux-mêmes, comme un doigt de gant dont on refoule l'exirémité libre, et dans ce retrait ils entraînent avec eux les grains de pollen, dont ils déterminent la chute.

Dans une jolie petite plante de la Nouvelle-Hollande, connue sous le nom de Leschenanthia, le stigmate a la forme d'une coupe et il est bordé de poils assez longs. Au moment de l'ouverture des anthères, une partie du pollen tombe dans la coupe stigmatique, qui se contracte comme pour les embrasser, tandis que les poils se rapprochent pour empêcher la sortie de la poussière fécondante.

Dans les faits que nous venons de signaler, ce sont les organes mêmes qui sont en action pour produire la fécondation de la fleur. Mais cet acte physiologique est souvent facilité par le concours des agents extérieurs. Les vents peuvent transporter le pollen à une certaine distance, et favoriser ainsi beaucoup la fécondation dans les fleurs des plantes monoïques , dioiqius ou polygames. Les insectes, par leurs mouvements d'une fleur à l'autre, deviennent souvent les instruments actifs de la fécondation végétale.

Dans les Orchidées, chez lesquelles le pollen a une structure si particulière, l'intervention des insectes parait favorable, mais Don indispensable, à la fécondation.

A l'époque où la doctrine de la sexualité des végétaux, popularisée par Linné, était combattue par quelques esprits arriérés, un patient observateur, Conrad Sprengel, épiait, pendant de longues heures, l'instant où un insecte, arrêté sur une fleur pour y puiser ses sucs odorants, déposait quelques grains de pollen sur le stigmate de cette fleur. Sprengel constatait de cette manière un fait naturel, intéressant sans aucun doute, raaisil n'apportait aucun argument contre la doctrine de Linné, et l'ouvrage qu'il publia pour développer tous ses argumenis contre la sexualité des végétaux, n'amena aucun changement dans le courant des idées nouvelles.

Dans certains climats, les oiseaux-mouches sont d'utiles auxiliaires de lafécondatioD desfleurs. Enfln, la mainde l'homme intervient fréquemment pour pratiquer des fécondations artificielles. Nous citerons comme exemple la fécondation des DaUiers, qui est mise en pratique dans l'Algérie et dans tout l'Orient, écoutons, à ce sujet, un botaniste qui a observé les choses sur les lieux :

< C'est vers le mois d'avril, dit M. Cosson, que le Dattier commence à Qeurir et qu'on pratique la fécondation artificielle. Les spathes mâles sont ■ fendues au momeut où l'espèce de crépitation qu'elles produisent sous le doigt indique que le pollen des fleurs de la grappe est suffisamment développé , sans toutefois s'fitre écbappË des anthères; la grappe est ensuite divisée par fragments portant chacun sept ou huit fleurs. Après avoir placé les fragments dans le capuchon de son burnous, l'ouvrier grimpe avec une agilité merveilleuse jusqu'au sommet de l'arbre femelle, en s'appujant sur une anse de corde passée autour de ses reins et qui embrasse %, la fois son corps et le tronc de l'arbre. Il se glisse ensuite avec une

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adresse extrême entre tes pétioles des feuilles dont les aiguillons forts et acérés rendent cette opération assez dangereuse, et, après avoirfendu avec un couteau le spathe, il y insinue l'un des fragments qu'il entrelace avec les rameaux de la grappe femelle dont la fécondation est ainsi assurée. >

Un phénomène cpji se montre assez fréquemment au moment de la floraison, et qui est en relation intime avec la fécondation, est celui de la production de la chaleur. M. Ad. Brongniart a fait à ce sujet des expériences qui sont restées célèbres. Au moment de l'épanouissement, les fleurs de la Colocase odorante présentèrent à cet observateur des accroissements de température qu'on pourrait presque comparer à dos accès de fièvre quotidienne. Ces accès se répétaient sii jours de suite et avec une forte intensité, presque à la même heure, car c'était entre 3 et 6 heures de l'aprës-midi que cette élévation de température présentait son maximum.

Des phénomènes analogues s'observent au moment de la fécondation sur les fleurs de nos Gouets vulgaires (Arum vulgare), de la splendide Victoria regia, des Magnolia, etc.

Il est impossible de parler de la fécondation végétale sans citer la plante aquatique connue sous le nom de Vallisneria spiralis, qui fait depuis longtemps l'admiration des naturalistes, et que les poètes ont chantée-

Le Valtisnfria est une plante dioïque, c'est-à-dire à individus mâles et femelles existant séparément , qui vit dans les eaux tranquilles de quelques pays du midi de l'Europe, principale* ment de la France et de l'Italie (fig. 271). Dans l'individu femelle, le pédoncule de la fleur est très-long ; il a la forme d'un fil tordu sur lui-même en spirale. Peu de jours avant la fécondation, les tours de spire se déroulent, et le pédoncule s'allonge jusqu'à ce que la fleur femelle qui le termine atteigne le niveau de l'eau et vienne flotter à sa surface. La plante mAle présente, au contraire, un pédoncule très-court, qui n'est susceptible d'aucune extension; il porte une multitude de petites fleurs, munies seulement d'èlamines et enveloppées par une spathe transparente et fermée. A l'époque de l'épanouissement, la spathe se déchire, le pédoncule des fleurs mâles se coupe vers sa partie supérieure, et les fleurs séparées de la tige s'élèvent toutes fermées, ressemblant à de très-petites perles blanches; elles

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s'arrêtent à la surface de l'eau et viennent s'ouvrir près de la

Flg. Ï71. Us noces du Vtlllineria spimlia.

fleur femelle qui paraît les attendre. Quand la fécondation a été

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opérée, le pédoncule de la fleur femelle se resserre; il rapproche ses tours de spire, et ramène son ovaire au fond de l'eau pour y mûrir ses graines.

Voilà le phénomène qui a toujours excité la juste admiration des naturalistes et des observateurs de tout ordre.

C'est aulycée de ma ville natale que j'ai été initié aux premiers éléments des sciences naturelles, par un jeuae professeur qui excellait à inspirer à ses élèves le goùl de ce genre d'études, par M. Joly, aujourd'hui professeur à la Faculté des sciences de Toulouse. Les circonstances admirables des noces du Yallisneria spiratis, ou bien encore les merveilleusesévolutionsdu Nautile flottant sur la mer ou disparaissant dans ses profondeurs, étaient le texte favori des entretiens de M. Joly, pendant nos excursions de botanique et de géologie aux environs de Alontpellier, dans le bois fleuri de la Valette, ou sur la butte volcanique de Monferier. Trente ans se sonlécoulés depuis ces heureuses journées de mon adolescence, et le souvenir en est aussi vif, aussi présent, que si j'entendais encore retentir à mes oreilles les chaleureuses paroles de notre jeune maflre, nous racontant, sous le ciel radieux de nos campagnes, les merveilles de la nature et la puissance de Dieu.

Pour qu'une graine germe, il faut trois conditions : de la chaleur, de l'air et de l'eau.

Pour que la germination s'établisse et se maintienne, la température ne doit pas être trop inférieure à + '0 ou -f- l& degrés centigrades, et elle ne doit pas atteindre + 40 ou -|-45 degrés.

L'eau qui pénètre la graine, à l'intérieur du sol, ramollit, gonfle toutes ses parties, et permet leur évolution intime.

L'air est aussi indispensable à une graine pour germer, qu'il l'est aux animaux et aux végétaux pour vivre. Des graines que l'on enfouit trop profondément dans la terre, et que Ton soustrait ainsi au contact de l'air, ne germent point.

Quel est donc le rôle important que l'air atmosphérique joue dans l'acte de la germination ! Le même que celui qu'il remplit dans la respiration des animaux. L'air agit sur les graines par

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son oxygène. La graine qui germe, exhale, comme l'animal, de l'acide carbonique. Elle prend le carbone dans sa propre subslance, et ce carbone se combine à l'oiygène de l'air pour former deJ'acide carbonique. Mais dès l'instant où, par les progrès de la germination, la jeune plante a donné de petites feuilles vertes, le phénomène chimique se renverse, pour ainsi dire. Pendant le jour et sous l'influence de la lumière, la jeune plante absorbe l'acide carbonique de l'air, et le remplace par l'oxygène; sa respiration s'opère comme nous l'avons fait connaître en parlant de cet acte physiologique chez les végétaux colorés en vert.

Suivons maintenant la série des phénomènes que la germioa- Im d'une graine présente à l'observateur attentif.

Le premier effet apparent de la germination, c'est le gonflement de la graine et le ramollissement des enveloppes qui la recouvrent. Si la graine renferme un albumen, l'embryon, qui est

rlg. Ma. Grilne ds Haricol en germioâlion.

en contact avec cet albumen, par la totalité ou la plus grande partiede son contour, absorbe les matières nutritives qu'il contient, et il grandit dans la même proportion que l'albumen décroît, puisqu'il se développe aux dépens de cette substance, emmagasinée dans ce but même par la prévoyante nature. Si la graine est dépourvue d'albumen, et que l'embryon remplisse déjà au moment de la dissémination toute la cavité de la graine, ce sont les cotylédons qui, farineux comme dans le Pois, ou charnus comme dans la Noix et leColza, forment la plus grande partie ûe la masse embryonnaire, et jouent, à l'égard du reste de l'embryon, le rôle d'albumen. U figure 272 représente le premier efi'et de la germination sur une plante non pourvue d'al- '"'inen, le HarUot.

On a été assez longtemps sans comprendre comment l'amidon lui constitue presque entièrement l'albumen du B(é, peut être

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absorbé par le jeune embryon, puisque les radicules des plantes n'absorbent que les matières solubles, et que l'amidon est entièrement insoluble dans l'eau froide. Mais on a fait de nos jours la découverte intéressante que l'amidon insoluble derient soluble sous l'influence d'un agent énergique, qui se développe près des germes, au moment de la germination des graines : cet agent de diBSolution a reçu le nom de diaslase.

La matière amylacée transformée par la diastase en substance soluble, porte le nom de dextrine. A son tour la dextrine se modifie sous l'influence de la diastase et passe à l'état de sucre.

n est donc vrai de dire que la première nourriture de la jeune plante, c'est de l'eau sucrée.

On a cherché à savoir si le grain d'amidon en se transformant en dextrine ne présente pas de traces visibles d'une modification moléculaire aussi profonde; s'il disparait subitement sous l'action de la diastase, ou s'il n'est transformé que graduellement en matière assimilable, de manière qu'on puisse suivre sous le microscope toutes les phases de cette altération. Il a été prouvé que cette modification ne s'opère que par des degrés successifs, et l'on a pu suivre les progrès de cette altération des granules d'amidon dans la germination d'un certain nombre de plantes.

Revenons à l'évolution de l'embryon. Ainsi nourri et fortifié , soit aux dépens de l'albumen, soit aux dépens de ses propres cotylédons, l'embryon ne tarde pas à presser de toutes parts les téguments qui l'enveloppent, et qui finissent par se rompre et lui livrer passage. Cette rupture se fait tantdt d'une manière irréguliëre comme dans les Harkolx d'Espagne (fig. 273) , les Fèves, etc., tantôt d'une manière très-régulière , comme dans l'Éphémère tir Virginie, le Dallier, le Balisier, etc. Dans ce dernier cas, en effet, l'embryon apparaît au dehors au travers d'une ouverture très-réguhèrement découpée dans l'enveloppe tégumentaire de la graine. Cette ouverture est primitivement dissimulée par une sorte de disque ou d'opercule, que la petite racine de l'embryon soulève pour s'échapper au dehors et s'enfoncer dans le soi.

r^ figure 27'i montre les étals successifs par lesquels passe une graine de Balisier en germination. Le petit opercule est soulevé et chassé (1) ; — le cotylédon se développe, s'allonge horizontalement et pousse la radicule au dehors (2) ; — celle-ci se

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dirige bientât vers la terre (3) ; — la gemmule fait saillie hors *e la fente cotylédonaire transformée en gaine (4); la radicule

"^ig. 3TJ. GenuiiiatioD du Haricat d'Eapagne, apparition des premières feuilles.

^^Rtnente de volume et le rudiment de la tigelle apparaît (5); ^%elle se forme (6).

Fig. lit. Oermination du B:

Les graines de la plupart des plantes monocotylédones sont pourvues d'un albumen, et, au moment de la germination, comme

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on le voit dans les Palmiers, les Balmers , les Éphémères de Yirffinie, le limbe cotylédonaire reste inclus dans la graine. Quant aux végétaux dicotylédones, tantôt, comme dans le Haricot d'Espagne, le ftadU, le Tilleul, les cotylédons se dégagent et sortent de

terre, comme on le voit sur la figure 275; tantôt, comme dans le Chêne, le Châtaignier, le Marronnier d'Inde, ils restent dans le sol. Dans le premier cas, les cotylédons sont dits épigés .- ils sont généralement minces et verts, et constituent en réalité les premières feuilles de la plante; dans le second, les cotylédons sont dits hypogés : ils sont épais et charnus.

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