SYSTÈME DE TOURNEFORT
plaotes dont les fleurs et les fruits ne sont pas apparents. Le Blé, l'Orge, le Riz appartenaient aux herbes apétalées et àétamines; les Fougères, les Lichens, aui herbes apétalées sans fleurs, mais pourvues de fruits ; les Mousses et les Champignons aux herbes apétalées sans fleurs ni fruits apparents.
Toumefort formait quatorze classes des herbes à fleurs pourvues de corolle. Les onze premières classes renfermaient les herbes à fleurs isolées et distinctes ; les trois autres renfermaient les herbes h fleurs' réunies pour constituer des fleurs composées. C'étaient les Floscuîeuses, les Semi-flosculeuses, les Radiées (Soleil, Grande Marguerite).
Le tableau suivant, qui met sous les yeux le groupement fait par Toumefort, des herbes à fleurs simples, n'a pas besoin de commentaire, car le lecteur connaît déjà la valeur des termes qui caractérisent les classes.
Corolle monopëtale
Corolle polypétale
i Régulière / Irrégulière
Irréguiière
[ Campanifarmes Campanule.
[ Infundibuliformta Tabac.
I Penonnées Muflier.
I Labiée» Sauge.
f Cruci'/brniM Giroflée.
\ Rosacées Rose.
' Omb^liféres Angélique.
I Caryoï^ylléa CËillet.
Liliacifs Lis.
' Papiliouacéta Pois,
I Anomala Violette.
11 n'est pas mutile de faire remarquer que Toumefort a divisé chaque classe en un nombre plus ou moins considérable de sections, basées sur la composition, sur la consistance du fruit, sur quelques modifications particulières de la forme de la corolle, etc.
Tel est le premier système connu de classification des plantes. Cette conception scientifique rencontra une grande faveur auprès des contemporains, en raison de sa simplicité. Cependant dans bien des cas ce système présentait de grandes difficultés d'application. La forme de la corolle n'est pas toujours si nettement appréciable qu'on puisse décider, d'après cette forme seule, à quelle classe appartient la plante examinée. Mais le plus grave
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22<t CLASSIFICATION DES PLANTES.
défaut de ce système, c'est qu'il divisait le règne végétal en deui groupes qui, eu réalité, n'existent pas : les plantes herbtuxet et les arbres. Cette division détruit les analogies naturelles, car la taille d'une plante n'a aucun rapport avec son organisation et sa structure.
Au reste, le nombre toujours croissant des espèces nouvelles inconnues au temps de Tournefort et que l'on ne tarda pas à découvrir, mit en évidence le défaut de ce mode de distribution. La plus grande partie des espèces végétales'qui furent découvertes après Tournefort, ne purent entrer dans aucune de ses classes, et ce défaut, qui était visible pour tous les yeux, fil peu à peu tomber en défaveur le système du botaniste français.
Quarante ans après la publication du système de Tournefort parut celui de Linné. Ce nouveau mode de distribution des espèces végétales fut accueilli avec admiration; il régna sans partage jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, et de nos jours il conserve encore des partisans. En Allemagne, par exemple, plus d'un livre de botanique a toujours pour base le système de Linné, et bien des jardins d'école sont distribués d'après ses classes.
Le système de Linné repose sur la considération des organes de la fécondation, organes négligés jusque-là et dont les fonctions physiologiques, si longtemps ignorées, venaient, depuis peu, d'être mises en évidence. Linné introduisait, en même temps, dans la langue et la nomenclature botaniques une réforme admirable. 11 délinissait rigoureusement chacun des termes destinés à exprimer toutes les modifications d'organes employés comme caractères, et il réduisait le nom de toute plante à deux mots : le premier, substantif, désignant un genre ; le second, adjectif, désignant une espèce de ce genre. Avant Linné, en effet, on faisait suivre le nom du genre d'une phrase tout entière, destinée à caractériser l'espèce. A mesure que le nombre des espèces augmentait, les phrases s'allongeaient à perte de vue. C'est absolument la confusion qui s'introduirait dans la société et dans le langage, si au lieu de désigner, comme nous le faisons, chaque individu par un nom de famille et un nom de baptême, on supprimait le nom de baptême, pour y substituer l'énumération de plusieurs qualités distinctives de la personne; comme si par
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SYSTÈME DE LINNE. 22b
exemple, au lieu dédire Durand (Pierre), Durand (Louis), Durand (Auguste), nous disions : Durand le grand blond, Durand le- bon chanteur, Durand le dissipé, etc., etc.
La nomenclature linnéenne, ou binaire, est donc un des plus grands titres de gloire de son immortel auteur. Dans les cadres du système de Linné on a pu faire entrer toutes les plantes
découvertes après l(ii, et c'est là une preuve irrécusable du mérite de cette classification artificielle des espèces végétales. Linné divise d'abord tous les végétaux connus en deux grands groupes : ceux dans lesquels les étamines et les pistils sont visibles, qu'il nomme Phanérogames, et ceux dans lesquels ces mÈmes organes sont cachés, qu'il appelle Cryptogames. Ces der-
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niers ne forment toutefois qu'une seule classe de son système, ta vingt-quatrième.
Parmi les plantes dont l'ensemble constitue les vingt-trois autres classes, les unes ont les fleurs hermaphrodites, les autres sont unisexuées.
Les plantes à fleurs unisexuées ont les fleurs mâles et femelles réunîessurle même individu : ilysiiiniléd'fuii>iuition,ou moimcu, comme l'indique le nom de la classe à laquelle se rapportent le Chêne, le Buis, le Maïs, le Hicin, etc., et qui forme la vingtunième (la monœck). Les fleurs mâles et femelles sont sur deux individus différents : il y a dualUé d'habUaiion, ou diœcie, comme l'indique le nom de la classe à laquelle appartiennent la Mercuriale, le Dattier, les Saules, etc., et qui est la vingt-deuxième (la Diœcie).
. Uneclasse, qui n'est qu'une combinaison des deux précédentes, renferpne les plantes qui oETrent, sur un ou plusieurs individus, desJleurs mâles, femelles et hermaphrodites : c'est la vingttroisième, ou Polygamie , dans laquelle viennent se ranger le Frêne, la Pariétaire, le Micocouher, etc.
Les plantes à fleurs hermaphrodites ont les étamines et les pistils portés les uns sur les autres, comme les Orchidées, l'Aristoloche: elles constituent la vingtième classe (Symndrk); ou bien ces oignes ne sont point adhérents entre eux.
Dans ce dernier cas, les étamines sont libres ou adhérentes entre elles.
Lorsqu'elles sont libres, elles sont ou égales entre elles ou - inégaies.
Si les étamines sont égales, leur nombre détermine les onze premières classes du système. La douzième et la treizième dasse sont fondées sur le nombre et le mode d'insertion des étamines. Voici le nom de ces diverses classes :
1 famine dans chaque fleur, ('«classe. MonanMie (Hippuris, Canna).
Dettx étaminei 2' classe . Dundrie (Jasmin, Lilaa).
Trait itamitu» 3* classe. Triandrie {BIé, Orge, Iris).
Quatre itamine$ déclasse. Tëtram>rie (Garance, Caillelait).
Cinq étamines tf classe . Pentandrie (Bourrache, Cigui).
Six étaminu 6' classe . Hexamdrie (Lis, Muguet).
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SYSTÈME DE LlNNÈ. 227
Sept éttâmines 7* classe. HEprANDRiB(Marronmerd'Inâe).
Huit ilamines 8* classe. Oct&ndrie (Bruyère).
Ntuf itamines 9' classe . Ennéahdrik [Laurier).
Duc élamines ■ . 10» classe . Décandrie [ Cïliltet, Lyohnis).
Onzeà dix-neuf élamines. . 11* classe. Dodëcandrib, Salicaire.
Vingt éta- jsur le calice.. 12' classe. Icosandhië (Myrte, Rosier).
mina ou I sur le récep-
filujins^(!es I tacle 13* classe. Polyandrie (Anémone, Pavot).
Linné a fondé deui autres classes sur l'iné^lité des étamiaes libres : la Didynamie (quatorzième classe), qui comprend le Thym, la Lavande, la Digitale, la Scrofulaire, plantes ayant quatre étamines, dont deux plus grandes ; la Télradynamie , qui comprend la Giroflée, le Cresson, le Chou, qui ont six étamines, dont quatre plus grandes.
Lorsque les étamines sont adhérentes entre elles, cette adhérence a lieu par leurs antliëres ou par leurs filets. Les plantes qui rentrent dans le premier cas, comme le Bleuet, le Pissenlit, la Grande Marguerite, appartiennent à la dix-neuvième classe {Syngéttésie). Celles qui rentrent dans le second forment trois classes : la Monadelphie (seizième) , dans laquelle tous les filets sont soudés en un seul corps, comme dans la Mauve; — la Dia- ^delphie (dix-septième), dans laquelle les filets sont soudés en deux corps conune dans le Pois et le Polygala ; — la Polyadelphie (dix-huitième), dans laquelle les filets sont soudés en plu^eurs corps, comme dans l'Oranger.
Les vingt-quatre classes étant ainsi Bxées, Linné subdivise chacune d'elles, d'après des considérations tirées, pour les treize premières classes, du nombre des styles ou des stigmates distincts; — pour la quatorzième (Didynamie), de la disposition des graines, tantôt nues (ou du moins qu'il considérait comme telles), tantôt renfermées dans un péricarpe; — pour la quinzième {Tétradyjiamie), de la forme du fruit; — pour les seizième, dix-septième, dix-huitiëme et vingtième, du nombre absolu des étamines; — pour les deux suivantes, du nombre absolu des étamines ou de leur adhérence entre elles ; — pour la vingt-troisième classe (Polygamie), de la distribution des Heurs hermaphrodites et unisexuelles sur un même individu ou sur deux ou trois individus différents. La dix-neuvième classe (Syngénésie) est divisée comme il suit :
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Fleurs toutes tierniaphrodites fertiles, Polygamie égaie (SalsiSs, Laitue, Chardon).
Fleurs hermaphrodites fertiles dans le disque, fleurs femelles fertiles à la circonférence ; Polygamia superflue (Tanaisie, Armoise, Séneçon).
Fleurs hermaphrodites fertiles dans le disque, fleurs neutres stériles à la circonférence : Polyg(miie frustranée (Centaurée, Soleil).
Fleurs hermaphrodites stériles dans le disque, fleurs femelles fertiles à la circonférence : Polygamie nécessaire (Souci).
Fleurs pourvues d'un calice propre et agrégées sous un calice commun : Polygamie séparée (Ëchinops).
Fleurs séparées : Monogamie (Jasione, Lobélie, Violette).
La classification des plantes que nous venons d'exposer a reçu le nom de système artificiel, parce qu'elle groupe les genres d'après un petit nombre de leurs rapports, et non d'après l'ensemble de ces rapports. Ce système permet plutAt de distinguer les genres les uns des autres, que de faire connaître chacun d'eux d'une manière intime. Il insiste beaucoup sur leurs différences, peu sur leurs ressemblances. Entre ces genres ainsi rapprochés il n'existe aucuneanalogieessentielle. Le Jonc prend place à côté àe l'Épine-^ Yinetie, parce que ces plantes ont chacune six étamines et un seul style. La Vigne se range à côté de la Pervenche, parce que ces deux plantes ont cinq étamines et un- style; la Carotu s'associe au Groseillier, etc. Or, il n'y a entre les plantes ainsi rapprochées aucun lien naturel, aucun rapport essentiel; il n'y a que des traits de ressemblance isolés dans l'organisation, et qui peuvent également se trouver réunis dans une foule de plantes trèsdifférentes.
Linné était doué d'un jugement trop sain, d'un tact trop exquis, pour ne pas sentir lui-même les défauts de ce mode artificiel de classification. D devina, par la force de son génie, l'existence de groupes végétaux supérieurs aux genres, et liés entre eux par un grand ensemble de rapports. Il appela ces groupes ordres naturels; c'est ce que l'on appela après lui familles naturelles. Bien plus, il essaya de distribuer les plantes d'après une classification naturelle, c'esl-à-dire en véritables familles.
Après la mort et pendant la vie de Linné, bien des botanistes
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SYSTÈME DE LINNE. 229
se sont efforcés de découvrir sur quel principe il avait fondé ses orttres naturels, c'est-à-dire ont cherché à retrouver la clef ou le principe caché de ses ordres; mais personne n'y a réussi. Linné lui-même ne paraît pas avoir eu à cet égard des vues bien arrêtées. D créa ses ordres par une sorte d'instinct supérieur propre à l'homme de génie, par cette demi-divination que Qnit par acquérir tout naturaliste, tout savant, qui possède une connaissance vaste et approfondie des êtres qu'il passe sa vie à observer.
Linné créa donc ses ordres naturels, sans avoir eu de plan bien prémédité, sans avoir consulté aucun ensemble bien dë£ini d'organes. C'est ce que parait prouver l'entretien suivant qu'il eut avec un de ses élèves, nommé Gisèke, entretien qui nous a été conservé, et qu'il ne sera pas sans intérêt de rapporter. Nous laisserons parler chaque interlocuteur :
GisËK£. Oui, sans doute : par exemple celui des Ombe 11 itères. LiNNË. Et quel est-il?
GisËKE. Celui-là mema d'être ombellifëres, c'est-à-dire de porter des ' fleurs disposées en ombelle.
J.iimÉ. Fort bien ; mais ne vous rappelez-vous pas quelques plantes dont les fleurs sont aussi en ombelle etqui cependant n'appartiennent pas à cet
GiSËK£. 11 est vrai, Je me souviens de quelques-unes; j'ajouterai donc
LiHNÉ. Alors VEehinophore ne sera pas de cet ordre, car elle n'a qu'une semence dans le centre du pédoncule, et cependant c'est une ombelliftre ; et où mettre! -vous l'Eryngium?
GisËKE. Parmi les Agrégées.
LiNNË. Point du tout. C'est très-certainement une ombeiliftre, car elle a UD invotucre, cinq étamines, deux pistils, etc. Quel sera donc son caractère?
GisËKE. De telles plantes doivent être rejetées à la fin d'un ordre pour servir de passage à un autre. L'Eryngium joindrait les Ombellifères aux Agrégées.
LimiË. Ob! oh! ceci est autre cbose, c'est tout autre chose de connaître les patiages et da donner les caraclém. Je les connais très-bien, et comnte l'un doit être joint à l'autre.... Il y avait autrefois ici un de nos Élèves nommé Fagraui, et qui maintenant est à Saint-Pétersbourg, jeune homme très-laborieux. 11 s'ealéta du projet de découvrir la clef de mes ordres, il y travaiUa près de trois années et m'envoya son rSve. Pour
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moi, j'en ris bien. Enfin je sais une cbose, c'est que si je donnais une seconde édition de mon livre, je donnerais une seconde disposition de mes ordres. »
Dans une lettre de Linné au même botaniste, on trouve les lignes suivantes :
■ Vous me demandez les caractères de mes ordres, mon cberGisèke;j« vous avoue que je na saurais les donner. ■
Magnol, célèbre professeur de botanique de l'École de Médecine de Montpellier, est le premier qui, dans un ouvrage intitulé Prodromm historix generalis plantarum, publié en 1689, ait imaginé le terme heureux de (amUle, pour désigner des groupes très-naturels de genres végétaux.
t Peu de livres en botanique etmême en histoire naturelle, dit M. FIourens, ont eu plus de succès que le petit, (je dis petit car il n'a pas cent pages), que le petit livre de Magnol. Labelle préface de ce petit livre, et il n'y a que !a préface qui soit belle, n'a que treize pages, et le nom de MagDoi sera immortel, tant il y a de force et de vie dans quelques idées supérieures, quand elles sont les premières et toucbent à un grand problème. >
Citons quelques lignes de cette préface tant admirée par M. Flourens :
< Après avoir examiné, dit Magnol, les méthodes les plus usitées et trouvé celle de Morison insuffisante et défectueuse, celle de Roy trop difficile, j'ai cru apercevoir dans Jes plantes une affinité, suivant les degrés de laquelle on pourrait les ranger en di\erses faimllti comme on range les animaux.... Cette relation entre les ammaux et les végétaux m'a donné occasion de réduire les plantes en certaines familles, par comparaison aux familles des hommes, et comme il m'a paru impossible de tirer les caraC' tores de ces familles de la seule fructification, j'ai choisi les parties des plantes où se rencontrent les principales notes caractéristiques, telles que les racines, les tiges, les fleurs et les graines ; il y a môme, dans nombre de plantes, une certaine similitude, une cerlatne affinité fui ne consiste pat dam Ut parties considérées séparément, mais en /o(ai.... je ne doute {As que les caractères des familles ne puissent être tirés aussi des premières feuilles du germe au sortir de la graine..- J'ai donc suivi Tordre que gardent les parties des plantes dans lesquelles se trouvent les notes principales et dislinctives des familles, et sans me borner îi une seule partie, j'en ai souvent considéré plusieurs ensemble, i
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Magnol établit 76 familles, mais il n'en donne pas les caractères. Ses principes de classification sont encore vagues et incertains. Ils ne font qu'annoncer l'œuvre du Jour nouveau qui va bienlàt se lever sur la science. La préface du Prodronms histoiix ptaïuarum, dont nous avons cité quelques lignes, renferme
comme en un brouillard l'idée mère de la méthode naturelle. C'est i Bernard de Jussieu, sous-démonslrateur de botanique au Jardin des Plantes de Paris, qu'appartient la gloire d'avoir fondé cette méthode naturelle.
* Bernard de Jussieu, nous dit son neveu Laurent de Jussieu, regardait
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u de Domeoclature, r une coDnaissance approfondie de tous les caractères de chaque plante. Il rassemblait chaque jour des matériaux pour former cet ordre naturel qui est comme la pierre philosophale des botanistes. II négligeait de publier ses premiers essais en cherchant à perfectionner son ouvrage. 11 a peu écrit, mais beaucoup
FIg. -tla. Bsroird de Jusslcu.
observé, et le fruit de sou travail aurait peut-être été perdu pour a science sans une circonstance favorable qui l'obligea à mettre au jour son plan naturel sur l'arrangement des plantes.... >
Voici quelle fut cette circonstance. Louis XIV ayant vu à Saint-Germain les jardins dans lesquels le maréchal duc de
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Moailles faisait cultiver des arbres et des arbrisseaux exotiques, forma le dessein de créer à Trianon une école de Botanique. D'après le conseil de Lemonnier, premier médecin des enfants de France , et plus tard du roi, il choisit Bernard de Jussieu pour disposer cette école.
( Forcé, nous dit Laurent de Jussieu, d'adopter un arrangement, Bernard crut devoir substituer son plan nouveau aux méthodes anciennes. Ces méthodes n'étaient selon lui que des tables raisonnêes dans lesquelles les plantes étaient disposées suivaiit un ordre convenu pour la faciLté de ceux qui les étudient, La science bornée k ces méthodes est uoescience factico bien éloignée de celle de l'ordre naturel qui est ia véritable , et qui consiste dans la connaissance des vrais rapports des plantes et de leur organisation. ■
c Quand un homme, dit encore Laurent de Jussieu, a combiné les caractères des plantes au point de pouvoir dans une espèce inconnue déterminer l'existence de plusieurs par la présence d'un seul , de rapporter sur le champ cotte espèce à l'ordre qui lui convient; quand il a détruit ce préjugé flétrissant pour la botanique, que l'on ne regardait que comme une science de mémoire et de nomenclature, et qu'il eu a fait une science de combinaisons qui fournit uu aliment à l'esprit et à l'imagination, cet homme peut être appelé le créateur ou du moins le restaurateur de la science.
« D'autres en étendront pculrêtre les bornes, mais il en aura le premier montré la voie, tracé le plan, établi les principes. M. de Jussieu ne les a couaignés en effet dans aucun livre , mais dans le jardin de Trianon on reconnaît l'esprit de l'auteur. Eu examinant les caractères, Bernard avait remarqué que les uns étaient plus généraux que les autres, et devaient fournir les premières divisions. Après les avoir appréciés, il avait reconnu - que la germination do la graine et la disposition respective des organes sexuels étaient les deux principaux et les plus invariables: il les adopta et en fil ta base de l'arrangement qu'il établit à Trianon en 1759. >
Quatre ans plus tard , un ^utre botaniste français, naturaliste remarquable par l'originalité de ses vues et l'étendue de ses conceptions, Michel Adanson, publiait tout un livre sur les familles des plantes. Il proposait une marche particulière pour arriver à la vraie méthode naturelle. Mais quelle était cette marche? Classer toutes les plantes connues d'après un grand nombre de systèmes artificiels, et d'après tous les points de vue sous lesquels on peut considérer ces plantes ; ensuite , ranger dans le même groupe celles qui se sont trouvées rapprochées dans le plus grand nombre des systèmes employés.
Adanson créa ainsi 65 systèmes artificiels ; de leur comparaison, il forma 58 familles. Michel Adanson a le premier tracé les carac-
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iZk CLASSIFICATION DES PLANTES.
tères précis et détaillés de toutes ces familles; son travail, sous ce rapport , est bien supérieur à celui de ses prédécesseurs.
Cependant, si Michel Adanson avait eu raison d'employer tous leurs caractères pour classer les plantes , il avait eu, d'un autre côté, le tort de donner la même importance à tous. 11 comptait
les caractères sans soupçonner qu'ils n'ont pas une égale valeur. La somme des rapports ainsi calculée se trouva souvent fausse, comme il arriverait pour une somme que l'on évaluerait en ayant égard non au métal des pièces, mais seulement à leur forme ou à leur volume.
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GROUPES NATQRELS. 235
C'est de 1789 que date la véritable création des familles naturelles végétales. C'est à cette époque que Laurent de Jussieu publia son immortel Gênera ptantamm. La publication de cet ouvrage, le plus beau monument que l'esprit humain ait élevé à la science des végétaux, marqua une ère nouvelle pour la botanique. C'est la plus grande révolution qui ait jamais été opérée dans la science naturelle. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'à cette époque la distribution méthodique des animaux n'avait pas même été esquissée, et que la classification naturelle des des plantes dut contribuer beaucoup à hâter la création de la classification zoologique.
Les catalogues des jardins de Trianon , dressés par Bernard de Jussieu, et les conversations de ce dernier avec son neveu, fbrent l'étincelle primitive d'où Laurent de Jussieu fit Jaillir la lumière. Mais cette lumière devait resplendir sur la science des végétaux, et éclairer sa voie tout à la fois dans le présent et dans l'avenir. Nous laisserons le fils de l'immortel auteur du Gênera plantarum, Adrien de Jussieu, exposer les véritables bases de la métUode naturelle, et les considérations qui guidèrent Laurent de Jussieu.
( ADtoiae- Laurent de Jussieu , dit Adrien de Jussieu , admet, comme Adanscn, que l'examen de toutes les parties d'une plante est nécessaire pour 11 classer; mais, tout en poursuivant cet examen complet, il ne chercha pas à en déduire théoriquement la coordination des genres, et pour les grouper en familles il imita tes procédés suivis pour la formation des genres eux-mêmes. Les botanistes, frappés par la ressemblance complète et constante de certains individus, les avaient réunis en espèces ; puis, d'après une ressemblance également constante, mais beaucoup moins complËte, avaient réuni les espèces en genres. Les caractères qui peuvent varier dans une même espèce doivent dépendi'e de causes placées hors de la plante et non en elle-même, par exemple sa taille, sa consistance, certaines modifications de forme et de couleur, etc., qu'on voit changer avec le sol, le climat et sous d'autres influences purement eirconslanctetles. Les caractères spécifiques, au contraire, ceux que doit présenter tout individu pour être rapporté il certaine espèce quelles que soient les circonstances où il se trouve, doivent tenir à la nature mÈme de la piaule. Parmi ces caractères, il y en a plusieurs plus solides encore que les autres, moins sujets à varier d'une plante à l'autre. Ce sont ceux qui, se retrouvant dans un certain nombre d'espèces, leur impriment une ressemblance asset irappante pour qu'on en constitue un genre. Ceuï-lk auront donc par leur généralité plus de valeur que les spéciRques et les spécilîques plus que les individuels.
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Mab comment est-oa parvenu à estimer ces différentes valeurs? La nature elle-même avait indiqué à l'observateur les espèces et beaucoup de genres par les trait; de ressemblance dont elle marque certains végëlaui, puisque tous les botanistes, à peu prfcs d'accord jusqu'à ce point, se séparaient plus loin, pour suivre chacun une route difTéreiite. Cependant il j a plusieurs grands groupes de végétaux liés entre eui par des traits d'une
ressemblance tellement évidente qu'elle n'avait échappé à aucun, et qu'il n'est pas besoin d'être botaniste pour la reconnaître. Outre ces traits communs à toutes les espèces d'un de ces groupes il y en a qui ne sont communs qu'à un certain nombre d'entre eilos, de telle sorte qu'il peut être subdivisé en un grand nombre de groupes secondaires. Ceux-ci avaient été reconnus comme genres par les botanistes. On avait donc dé^à quelques collections de genres évidemment plus semblables entre eux qu'ils De
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l'étaient k ceux de tout autre groupe ou en d'autres termes quelques ûmilles incontestablemeut naturelles. Jussîeu pensa que la clef de la méthode naturelle était là, puisqu'ea comparant les caractères d'une de ces lainilles à ceux des genres qui la composent, il obtiendrait la relation des uns aux autres, qu'en comparant plusieurs entre elles il verrait quels caractËres communs à toutes les plantes d'une même famille varient de l'une à l'autre, qu'il arriverait ainsi à l'appréciation de la valeur de chaque caractère et que cette valeur, une fois ainsi déterminée au moyen de ces groupes si clairement dessinés par la nature, pourrait Être à son tour appliquée à la détermination de ceui auxquels elle n'a pas aussi nettement imprimé ce cachet de famille, et qui étaient les inconnues de ce grand problème. Il choisit donc sept familles universellement admises : celles qu'on connaît sous les noms de Graminées, Liliacées, Labiées, Composées, Ombellifëres , Crucifères et Légumineuses. 11 reconnut que la structure de l'embryon est identique dans toutes les plantes d'une de ces familles; qu'il est monocotylédoné dans les Graminées et les Liliacées, dicotylédonê dans les cinq autres; que la structure de la graine est identique aussi; l'embryon monocotylédoné placé dans l'axe d'un albumen charnu chez les Liliacées, sur le côté d'un périsperme farineux chez lés Graminées l'embryon dîcotyiédoné au sommet d'un albumen dur et corné chei les Ombellifères, dépourvu d'albumen chez les trois autres ; que les étamines qui peuvent varier par leur nombre dans une même famille, les Graminées, par exemple, ne varient pas en général par leur mode d'insertion, hypogyne dans les Graminées, dans les Crucifères; sur la corolle dans les Labiées et les Composées ; sur un disque épigynique dans les Ombellifères. Il obtenait ainsi la valeur de certains caractères qui ne devaient pas varier dans une même famille naturelle. Mais au-dessous de ceui-lk s'en trouvaient d'autres plus variables qu'il chercha ï. apprécier de même, soit par l'étude d'autres familles indiquées par la nature même, soit dans celles qu'il formait en appliquant ces premières règles et plusieurs autres fondées sur l'observation. Nous ne pourrions le suivre ici dans les détails de ce long travail duquel résulte l'établissement de cent familles comprenant tous les végétaux alors connus.
On voit dans tout ce qui précède l'emploi d'un principe qui avait ^itappé ^ Adanson : celui de la subordination des caracléres qui, dans la méthode de Jussîeu, sont, suivant sa propre expression, pesés et non comptés. •
Lorsque les familles furent constituées; Laurent de Jussieu les groupa en 15 classes, comme on le voit dans le tableau suivant":