‹ Histoire des plantes (volume 4)Chapitre 44 sur 64 · EMBRANCHEMENT DES CRYPTOGAMES · texte numérisé non relu

EMBRANCHEMENT DES CRYPTOGAMES

végétale, qu'ils engraissent des produits de leur des'ruclion. Ce sol nourrit bientôt d'autres Cryptogames plus complexes, et ces êtres inférieurs sont remplacés, peu à peu, par des espèces végétales d'une organisation plus élevée. Tout sol primitivement stérile, toute terre récemment émergée du sein des eaux, sert d'abord d'asile à des Lichens crustacés et à des Lichens foliacés. Plus tard, des Mousses, des Fougères s'y développent; et l'on roit enfin apparaître des végétaux supérieurs, c'est-à-dire des Phanérogames. Tout porte à croire que telle a été aussi la série successive des créations végétales sur notre gtobe, quand il s'est refroidi assez pour donner accès à la vie oi^nique, ou quand les lies et les continents se sont élevés au-dessus de l'océan universel de l'ancien monde.

Ainsi les végétaux les plus élevés n'ont apparu et n'apparaissent que sur les débris des végétaux les plus infimes.

Mais d'un autre côté, et par un de ces frappants contrastes dont la nature nous offre plus d'un exemple, les végétaux d'un ordre supérieur, quand ils sont frappés de mort, quelquefois même pendant leur existence, sont souvent la proie des Cryptogames, qui s'attachent, comme à l'envi , à ces princes de l'organisation végétale , et les dévorent jusqu'au bout. L'action destructive des Cryptogames s'exerce partout; elle ne respecte pas plus les ouvrages des hommes que ceux de la nature.

Produireetdétruirelavie, telle est donc la double et providentielle mission dévolue aux Cryptogames. Toutefois cette oeuvre multiple de création et de mort ne leur est départie qu'à deux conditions. La première condition, c'est de vivre le plus promptement possible ; la seconde, c'est de se multiplier à l'infini et avec une rapidité prodigieuse. Il est des Champignons qui produisent soixante millions d'utricules par minute t Les capsules de certaines Moisissures renferment des semences dont il faudrait plusieurs milliers pour atteindre, en grosseur, à une tête d'épingle. Ces semences flottent libres et invisibles dans l'air, qui en est , en quelque sorte, saturé. .

Chez les Cryptogames, les organes de la reproduction diffèrent d'une manière fondamentale de ces mêmes organes considérés dans les végétaux phanérogames. Ici, plus de pistil, d'étamîne ni d'ovaire; aucune fleur, dans le sens qu'on attache à ce mot

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Les oignes reproducteurs, que l'on désigne sous le nom de sporet, sont disséminés de la maaiëre la, plus variable, tantôt dans toute l'étendue, tantôt en certaines parties du végétal. Ces spores sont quelquefois renTermées dans des réceptacles particuliers, nommés sporanges; d'autres fois elles sont dépourvues de toute enveloppe. Du reste, la reproduction des Cryptogames s'opère souvent par des dispositions organiques toutes particulières , qui ne sauraient être résumées d'une manière générale, et que l'on ne peut exposer que pour chaque cas.

Etudier toutes les familles qui composent l'embranchement des Cryptogames, serait une oeuvre immense. Nous nous bornerons à considérer avec quelque attention quelques types de cinq familles : des familles des Algues, des Champignons, des Lichens, des Housses et des Fougères.

De tous les végétaux connus, les Algues présentent l'organisation la plus simple. Il en est qui se réduisent à une simple cellule vivante. On pourrait dire que les Algues sont aux végétaux ce que les Zoophytes sont aux animaux.

Les Algues sont des plantes aquatiques. Elles croissent dans les marais , les lacs, les ruisseaux, les fleuves, les sources thermales et les mers. Elles n'ont ni feuilles ni axe bien déterminés. Les unes ne sont que des filaments d'égale dimension, dans toute leur étendue ; les autres, plus ou moins élargies et plus ou moins découpées à leur partie supérieure, se resserrent eh une sorte de tige à leur partie inférieure, et se terminent, à la base, en une espèce de grifTe, à l'aide de laquelle elles se fixent et se crampiooneat sur des corps solides, ce qui les empêche d'être à la merci des flots. Les Algues sont rouges, jaunes, brunes ou vertes, selon les espèces.

Une certaine relation paraît exister entre la grandeur des Algues et l'étendue des mers qu'elles habitent. Dans les mers de peu d'étendue vivent de petites Algues ; dans les Océans, des

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Algues gigantesques, et d'autant plus gigantesques que les Océans sont eux-mêmes plus considérables. Dans la Méditerranée, par exemple, habitent des Ulva, des Ceramivm, des Caulerpa; dans l'océan Atlantique, des Sargassum, des Cystoceyra ; daas l'océan Arctique, des Fucus immenses, des Laminaria. Enfin, l'océan Antarctique renferme des Algues de si grandes dimensions, qu'on les a comparées à des arbres marins : telle est le Durvillea {iaminariatyuccinaris), qui entravait la marche des navires de l'amiral Dumont-d'Urville. Tout le monde a vu sur les cartes géographiques ta Mer des Sargasses, qui occupe les parties centrales de l'océan Atlantique. Le grand banc de Sargasses de l'Atlantique se trouve entre le 1 9° et te 34'degré de latitude, entre les Açores, les Canaries et les lies du cap Vert. Son étendue est à peu près six fois celle de la France. Les Sargassum se pré<seDtent,'sur plusieurs points de l'océan Atlantique, comme d'immenses prairies flottantes arrachées des profondeurs du bassin de la mer. Pour donner une idée des dimensions de quelques espèces d'Algues arborescentes qui forment ces forêts sous-marines, nous citerons le Macrocystis pirifera, qui peut atteindre l'énorme longueur de &0Û mètres.

La structure intérieure des Algues estcelluleuse. Dans ces plantes il n'existe aucune trace de vaisseau, et par suite aucune circulation. Leur mode de reproduction est extrêmement varié. Ce n'est que depuis une vingtaine d'années que, grâce ■A des moyens d'investigation précis, on est arj-ivé à des renseignements exacts sur ce sujet.

Entrer dans des considérations générales sur la végétation et la reproduction des Algues serait peu avantageux dans un ouvrage comme celui-ci. Au lieu de présenter des généralités sur ces faits, nous choisirons un certain nombre de types connus L'histoire de ces quelques êtres, pris comme exemples, éclairera d'un jour sufGsant la famille tout entière.

Le Nostoc. — Vers la fin de l'année, en automne, dans les jours humides, ou après une ondée de pluie, on rencontre fréquemment, sur le bord des chemins ou dans les allées des jardins, de petites masses gélatineuses, verdâtres, plus ou moins globuleuses et plissées : ce sont diverses espèces de Nosloc. Nous allons faire connattre l'organisation de ces curieuses plantes, d'après

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l'élude que M. Thuret a feite du ffostoc verruqtuux, qui croit dans les ruisseaux des environs de Paris,' attaché aux pierres submergées , sur lesquelles plusieurs individus agglomérés forment comme des tapis d'un vert presque noir.

Chaque Nostoc est une sorte de vessie irrégulière (fig. 354) plissée, arrondie, ferme, remplie d'une gelée verdâtre, dont l'aspect et la consistance rappellent parfaitement la pulpe d'un grain de raisin. Au sein d'une matière gélatineuse très- "=•■"■ "■"•" '•""'■•""■ abondante, se trouvent des flla-

ments nombreux, composés de globules sphériques, placés bout à bout comme les grains d'un chapelet, et formés d'une matière granuleuse d'un vert bleuâtre. La figure 355 représente les sortes de chapelets qui occupent l'intérieur du Nostoc, et accompagnent la matière mucilagineuse. Lorsque la plante est parvenue à tout son développement, la pellicule i©| interne, formée parlemucilage épaissi, se crève (oj et laisse échapper une gelée verte, formée de CD mucilage et de chapelets. Ceux-ci se répandent ol dans leau, avec d'autant plus de facilité, qu'ils \ci sont doués à cette époque d'un mouvement ^-" spontané très- sensible.

« Pour bien observer ce phénomène, dit M. Thuret, le moyen le plus simple est de déposer de beaux échantillons fratcbement recueillis dans une assiette pleine tu Au bout de deux ou trois jours , la pellicule externe se rompt , les chapelets se répandent dans 1 eau Si alors on a recours au microscope, on verra que ces chapelets, originairement très- longs et contournés de mille manières, se sont divisés en nombreui dtni le Nostoc. fragments de longueur inégale, presque tous droits ou à peine fleiueui, qui se meuvent dans le sens de leur longueur et seonbient ramper sur les lames de verre du porte-objet. Leur maiche est lente, mais bien sensible.... Si l'on continue les observations pendant quelques jours, on verra les chapelets, devenus immobiles, augmenter de grosseur en même temps qu'il se développe un mucilage dont ils sont eotourés comme d'une gaine transparente. Bientôt les grains, considé-

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rablement élargis, se divisent pour eo former deux autres, maÎB latéralement. Cette formation se répète plusieurs fois, et il semblerait naturel d'y chercher l'origine de nouveau* chapelets. Malheureusement, l'augmentation du nombre des grains, en diminuant la transparence, ne permet plus d'en suivre l'accroissement avec la mÊme facilité. >

Oo voit que ces plantes sont d'une oi^nisation tout à fait rudimeolaire, et que leur mode de reproduction, qui consiste dans la segmentation, dans la division de l'individu en individus nouveaux, semble les rapprocher des animaux inférieurs, plutAt que des végétaux.

Le Nosloc, sans doute en raison de l'extrême promptitude de sa végétation, avait beaucoup attiré l'attention des alchimistes, qui mentionnent souvent cette plante, et la font entrer dans plusieurs de leurs recettes pour la prétendue transmutation des métaux. Le Yaucheria. — Les touffes du Vaucheria sont formées d'un réseau de filaments cylindriques, rameux, continus, qui renferment des granules verts et un mucilage incolore. Cette petite plante, commune dans les macais, est très -remarquable par ses divers modes de reproduction. Elle a été l'objet des études les plus intéressantes de la part de MM. Tburet et Pringsheim. Ses spores reproductrices sont, comme on va le voir, douées, i une certaine époque de leur existence, d'un véritable mouvement. On croirait voir des animaux marcher. Ce fait bien remarquable montre combien il est souvent difficile d'établir des diOéreDces précises entre les animaux et les plantes, et de poser des limites absolues à ce que l'on nommait autrefois les règnes de la nature. .

Voici de quelle manière étrange se fait la reproduction du Yaucheria.

L'extrémité des filaments de cette Algue se renfle en forme de massue, et la matière verte s'y condense, au point de prendre une teinte noirAtre. La figure 3&6 représente les altérations successives que présente l'extrémité du Yaucheria au moment où s'opère le travail qui prépare la reproduction. Nous avons indiqué par les lettres a, b, c, d, e, ces divers états de modification progressive. On voit, selon M. Thuret, les granules s'écarter peu à peu les uns des autres vers la base du renflement, en laissant un espace vide. Puis les granules se rapprochent et se rejoignent de nouveau . Mais

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38b FAMILLES NATURELLES.

alors un grand changement a eu lieu, car cette opération ainguliëre détermine la séparation de la plante mère et du corps rtprodueuur, ou spore. Désormais la spore, revêtue d'une membrane propre, possède une organisation distincte. C'est alors que le moment de la crise approche. L'extrémité supérieure de cette spore fait tout à coup hernie (fig. 357), En même temps, elle

commence ù tourner sur son grand axe ; si bien que f "on voit

tous les granules qu'elles contient, passer rapidement de droite

^ -^ à gauche et de gauche à droite, comme s'ils se

Ê^SÈl mouvaient à l'intérieur d'un cylindre trans-

HBj parent. L'étroite ouverture par où la spore

^^■/ cherche à sortir, détermine un étranglement

^S' très-marqué. En peu d'instants, elle réussit à

Fig.»!. se dégager, et s'élance rapidement dans l'eau.

spoH d. v»ucb«ri.. Une fois détachée de l'individu mère, la

spore (fig. 35B) ne cesse pas de tourner sur elle-même; mais

sa marche est assez irrégulière, plus vive et plus lente dans

une diieclion ou dans une autre. En général, elle gagne immé-

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ALGUEiî. 387

diatement les bords de la lame de verre sur laquelle l' observalion se fait, comme si elle cherchait à s'échapper; quelquefois elle s'arrête, puis un instant après elle reprend sa course.

Toute la surface de cette spore est couverte de cils vibratiUs {fig. 352) qui sont invisibles à cause de la rapidité de leurs mouvements. Pour les bien voir, il faut les arrêter au moyen de quelque réactif, tel que l'opium ou l'iode. Les efTels de ces deux réactifs sont très-remarquables. L'opium diminue assez les mouvements de la spore du YaiKheria pour syand^'v que le jeu de ces organes soit nettement per- "~ **■ '"* "'*»"""•■ ceptible. L'iode les arrête brusquement, et les rend visibles par ce brusque arrêt. L'eau iodée dont s'est servi M. Thuret, ne contenait que 7^ d'iode.

Cet observateur a pu suivre les mouvements d'une spore de Yaucheria dans l'eau pendant plus de deux heures. Enfin, les cils cessent de se mouvoir, ta spore reste immobile, et elle ne tarde pas à germer (fig. 360), pour donner naissance à une Alf;ue, à un nouveau Vaitcheria.

Voilà ua bien étonnant phénomène. Ces jeunes êtres sont-ils vraiment des plantes? Les botanistes allemands les appellent des zoospores. Ils les identifient avec les animaux, faisant remarquer que les animaux seuls ont des oignes de mouvement, et que les cils vibratiks dont est pourvue la spore du Yaucheria, sont de véritables organes de mouvement. Fig. no.

Ainsi , d'après certains naturalistes aile- *°'" ^' "'^ naands, dés le début de leur vie, les Algues seraient de véritables animaux, qui deviendraient des plantes en se fixant et commençant à germer. Les botanistes français sont plus timides dans leurs vues; ils n'osent pas prononcer sur l'animalité de ces êtres. Nous devons nous borner à exposé ici les deux opinions.

Quand la spore est devenue immobile, elle se développe régulièrement. Il est facile de suivre sous le microscope tes progrès

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de cette germination. L'allongement des filaments s'opère pour ainsi dire à vue d'œil. M. Thurel assure avoir mesuré plus d'une fois un accroissement de ^ de millimètre en une heure.

Outre cette multiplication non sexuelle par des xoospores, on a récemment découvert dans cette même plante une véritable reproduction sexuelle, opérée à l'aide de deux organes distincts, ° nés à peu de distance l'un de l'au-

tre sur les filaments. L'un (figure 361, A) est une sorte de rameau court, recourbé sur lui-jnéme en colimaçon, et qu'on nomme com^ cuk; l'autre (B) est une sorte d'ampoule légèrement amincie en Ikçon „, „ , . , . , de bec, et qu'on nomme sporange.

Plg. «I. Lt comicnlB et la aponnga "-"il r a

da vauebariK f]es dcux Organes sont séparés l'un

nn peu «mit U fécondaUon. , u . i i i. ■ i ■

de 1 autre sur le tube qui les porte, par une cloison transversale. Dans l'intérieur du sporange, et vers sa base, on trouve des grains verts, tandis que vers son bec se présente une matière incolore, très-finement granuleuse. Dans la portion extrême de la comicule, qui est limitée par une mince cloison, on trouve un grand nombre de petits bâtonnets, plus ou moins enveloppés d'un mucilage incolore.

Tel est l'état des choses lorsque la fécondation va s'opérer. A ce moment, la membrane du sporange se rompt à son bec, et la matière contenue dans cet espèce de sac sort par l'ouverture {. aes). Immédiatement après que le sporange s'est ouvert, la comicule , par une \ coïncidence merveilleuse s'ouvre aussi à son eitrémité et verse son contenu à l'extéa^ ,.„^„... rieur. D'innombrables corpus-

dâii. le »porang«. gyj^g^ extrêmement petits, en forme de bâtonnets, c'est-à-dire des anthérozoïdes, sortent donc par l'orifice de la comicule. Ils pénètrent dans l'ouverture adjacente du sporange (fig. 363) et la remplissent presque entièrement. Arrivés à la surface de la couche muqueuse et granu-

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leuse , qui les empêche, h cause de sa consistance, de pénétrer plus avant, ils s'avancent , reviennent en arrière et continuent ce mouvement de va-et-vient pendant plus d'une demi-heure, offrant à l'observateur le spectacle le plus singulier. Bientôt il se forme, en avant de la couche muqueuse, une cloison, qui empêche l'action ultérieure des corpuscules locomoteurs de s'exercer davantage sur elle. Leurs mouvements durent encore pendant une heure ; mais ils deviennent de plus en plus lents, pour cesser enfin tout à fait, et ils disparaissent complètement au bout de quelques heures.

C'est après l'introduction des anthérozOUies dans le sporange qu'une grosse cellule, ou spore, se forme dans l'intérieur du sporange qu'elle remplit complètement. D'abord verte, cette cellule p&lit peu à peu, et présente dans son intérieur plusieurs corps plus gros et d'un brun sombre (fig. 364). Bientôt elle s'isole du tube, parce que la membrane du sporange commence à se décomposer. Au bout d'un temps assez ^- '■'■ long (trois mois environ), cette spore commence à redevenir verte, et peu à peu elle s'allonge en un jeune tube de Yaucheria qui deviendra parfaitement semblable à la plante mère (fig. 365 et 366).

Fig. SIS. Sporuds Vauchtrla eu girminatlon. Pig. IM.

Tel est le double et singulier mode de fécondation dans le Vaucheria. Il avait été jadis entrevu par Vaucher, qui reconnut le premier et soupçonna l'importance des comicules. Hais nous devons la relation complète et circonstanciée que nous venons

de préseoter ici, Â M. Prin^heim, liabite anatoroiste allemand.

U Sphxroplta. — Le Sphxroplta annuHna est une Algue d'eau douce, qui se compose de longs filaments, formés de cellules plus ou moins allongées , et associées bout à bout. Ces cellules contiennent, à l'état adulte, de la chlorophylle, un liquide aqueux et des granules de fécule, le tout réparti de telle façop que l'élément liquide forme de gros utricules ou vacuoles, al^nées comme les perles d'un collier {fig. 367, A).

Au mois d'avril, le contenu de certaines cellules se modifie, de manière à prendre un aspect spumeux par la multiplication des vacuoles (flg. 367, B) ; puis, parla condensation de la matière verte et des grains d'amidon, la forme de la figure G a, et par la disparition de la plupart des vacuoles celle de la partie b de la même ligure., où de grandes vacuoles aplaties représentent des logettes superposées. Bientâl ces mêmes cellules contiennent un grand nombre de masses globuleuses et libres (fig. 367, D). Ces masses sont déjeunes spores molles, élastiques et dépourvues de membrane.

Longtemps avant que le contenu des cellules ait subi les transformations que nous venons d'indiquer, la membrane propre des cellules offre, en certains points, de petites ouvertures dont le diamètre varie de-^ à -^ de ligne (fig. Det E, o).

Mais toutes les cellules du même filament de Sphxroplta ne présentent pas les modifications qui viennent d'être décrites, et dont le résultat final est de les convertir en sporanges, remplis d'une multitude de spores. Il se passe, en môme temps, des phénomènes Irès-difTérents. Les anneaux interposés aux vacuoles incolores de viennentrougeâ très, et les granulesd'amidon qu'ils contenaient disparaissent (fig. 367, E, a). Bientôt la matière orangée s'organise en une infinité de corpuscules courts et confondus dans un inextricable agencement. Les anneaux se décomposent. On voit soudain un des corpuscules plongés dans leur substance se dégager et se mouvoir dans la cavité cellulaire,- puis d'autres corpuscules semblables, de plus en plus nombreux, donnent l'exemple du même phénomène. Le mouvement qui les anime, devient incessamment plus vif; et en peu de minutes toute la substance de l'anneau que l'on considère, se résout en une in •

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nombrable multitude de corpuscules. Puis un second et un troisième anneau de la même cellule subissant le sort du pre-

F!g. MT. Reprodocttoa du Sph>nipi«t.

mier, celle-ci se trouve en délinitive toute remplie de corpuscules allongés qui s'agitent et fourmillent en tous sens Cflg. 367, E, b).

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On voit avec un plus fart grossissement ces corpuscules mobiles sur la même figure 367.

< C'est un spectacle vraiment surprenant, dit M. F. Cohn, professeur de botanique à l'université de Breslau, auquel on doit ces intéressantes observations, que celui de tous ces mouvemeots d'une incroyable vivacité au sein de la cellule mère.... La meoibrane des cellules s'est percée à un moment donné d'une ou plusieurs ouvertures, semblables pour la forme et les dimensions à celles que nous avons vues chez les cellules aporan^s. Un premier corpuscule s'échappe de leur cavité par une de ces perforations; d'autres le suivent et bientôt ce sont des multitudes de ces corpuscules qui sortent i la fois. Leur mouvement dans l'eau est d'abord très-lent ; souvent l'issue que les corpuscule» bacuUformtt voudraient forcer est obstruée par une vacuole qui j applique son enyoloppe mucilagineuse ; les corpuscules s'épuisent en vain contre cet obstade. Je les ai vus après douze heures d'eDTorts s'agiter encore tumultueusement dans leur prison, puis rentrer enfin dans le repos et se transformer en vésicules jaunâtres.... Les corpuscules agiles, dont il vient d'fltre question, mesurent environ ;i)de ligne en longueur; leur forme est cylindrolde allongée et rappelle celle de certains petits coléoptères curculionides. Leur extrémité postérieure est un peu renflée, parfois aplatie et élargie k la fois; elle estteintêe de jaunâtre et laisse fréquemment disUnguer dans son intérieur quelques granules ; l'extrémité antérieure s'allonge au contraire en une sorte de rostre étroit et hyalin qui porte & son sommet deui longs cils. Ceux-ci sont surtout bien visibles daus une solution iodée qui éteint la vie des corpuscules.... Ce mouvement des corpuscules ùlifères dont nous parlons est caractéristique ; sont-ils doués de peu d'énergie vitale, ils ne font qu'osciller de leur rostre, comme en tâtonnant; s'ils se meuvent plus rapidement, ils tournent autour de leur axe transversal médian, comme le ferait un bâtonnet qui, étant solidement tenu par s/m milieu, recevrait un mouvement de rotation;... on en voit aussi qui se meuvent en rond sur eux-mêmes sans changer de place â la manière dn cbat qui court après sa queue; mais la plupart du temps, ils décrivent une cyclolde par un mouvement de progression saccadé et comme par sauts ; plus rarement s'avance ut- ils en droite ligne. Leur tendance naturelle vers la lumière est indiquée par ce fait que, dans la goutte d'eau où je les observais, ils s'amassaient volontiers vers le bord qui regardait la fenéti« de ma chambra.

La ressemblance extérieure de ces corpuscules avec les anthérozoïdes des Vaucheria m'autorisait déjà à leur attribuer des fonctions analogues, lorsque j'eus la satisfaction de constater leur faculté fécondatrice avec toute l'évidence qu'il est possible de désirer dans l'observation des phénomènes de la nature.... Quand ces anthérozoïdes, devenus libres, seGont répandus dans l'eau, ils se réunissent au bout de peu de temps autour des cellules dont le contenu s'est organisé en spore, Ils s'agitent tumultueusement près de chacune de ces cellules; ils s'attachent b ses parois, la quittent un instant, puis reviennent aassitét. Enfin, un des corpuscules s'ap-

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procbB de l'une des petites ouvertures que nous savons exister dans la memlirane des sporanges; il s'y tient fiié et y introduit son rostre délié. Quelquefois la partie postérieure de son corps est trop large pour passer impunément; alors on le voit se pousser avec effort en s'aidant sans relâche de son rostre et se faire plus petit en se contractant sur lui-mâme; enfin, il force le passage et pénètre dans la cavité du sporange. En mâme temps, d'autres anthérozoïdes pénètrent par la même voie ou par d'autres pertuis. Trob ou quatre sont souvent engagés à la fois dans la même ouverture; les plus petits passent sans obstacle au premier élan, et leur mouvement de translation du liquide où ils nagent dans le sein du sporange décrit de grands cercles et constitue un phénomène ettrèniement curieuK à observer. Au bout de quelques instants, il y a dans le sporange plus de vingt anthéroioldes qui s'agitent autour des jeunes spores. Cellesci sont, comme je l'ai dit plus haut, de petites sphères lisses, plus ou moins complètement remplies de chlorophylle, et enveloppées d'une couche muqueuse qui n'a point les caractères d'une membrane de cellulose. Les spermatozoïdes se jettent d'une spore sur une autre, comme si une force électrique les attirait et les repoussait alternativement, et cela si rapidement que l'œil a peine à les suivre. Souvent ib se portent avec la mSme agilité d'uQ bout du sporange à l'autre, en même temps l'agitation de leurs cils vibratiles imprime aux spores un mouvement lent de rotation.... J'ai vu les anthérozoïdes s'agiter confusément dans la cavité des sporanges pendant plus de deux heures. Leur mouvement se ralentit ensuite peu à peu et ils finissent par s'appliqmer à la surface des jeunes spores. On en voit un ou deux se fixer par les cils et le rostre sur chacun de ces corps et y demeurer comme implantés; ils y oscillent encore longtemps, puis enfin ils deviennent tout b. fait immobiles et s'appliquent de toute leur longueur sur la spore , leur corps perd sa forme, il n'est bientôt plus qu'une gouttelette "b- '<»■

muqueuse dont une partie semble être absorbée par la 3po'«a«sp'»«»P'M'. spore.... La spore primordiale fécondée se recouvre bientôt d'une iféritable membrane cellulaire (fig. 36S). >

Quand CCS spores se disposent à germer, leur contenu subit plusieurs modifications. Il devient grenu, prend une teinte assombrie de brun rouge, et un cercle plus transparent se montre dans son centre. Fréquemment la matière rouge se teint en rert avant la germination ; ce changement de couleur se produit peu à peu de rextérieur de la spore vers le centre de sa cavité. Tout le contenu plastique de ce corps finit par se diviser d'abord en deuz , puis en quatre , puis en un plus grand nombre de parties (fig. 369, o, b, e), qui rompent leur double enveloppe, pour se répandre librement dans l'eau, comme autant de zoospores.

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La forme de ces zoospores est inconstante, comme leur volume et leur couleur. Pendant plus d'une heure, ces corpuscules, munis de deux cils à leur rostre, s'agitent d'un mou-

Fig. Ht. Spore» ds Spharoplei ta gsrmlDitUan.

vement lent et saccadé. Ce mouvement s'interrompt de temps en temps, par de longues pauses, et parfois l'on croirait les corpuscules rentrés pour toujours dans le repos, lorsque, après plusieurs heures d'immobilité, ils se prennent tout à coup k pirouetter de nouveau.

Lorsque ces zoospores se mettent à germer, Us s'allongent de plus en plus en façon de fuseau (fig. 370, o, b, c, d,e, f), etbientôl la petite plante, jusque-là formée d'une seule cellule, se partage en deux compartiments égaux, puis successivement en un plus grand nombre de cellules au fur et \ mesure qu'elle grossit, et elle Qnit par devenir un nouveau Sphtro ■ plea.

Telle est l'histoire du Spharoplea anmdina. Nous n'avons retranché que très-peu de chose au récit de M. Cohn. Ces détails étranges font naître chez le naturaliste et le penseur une admiration profonde.

Voilà des individus placés au pins bas de l'échelle végétale, et qui se reproduisent en émettaot des germes qui sont doués d'un mouvement propre, et semblent guidés dans leurs évolutions par un véritable instinct. A la vue de ces mouvements volontaires et presque réfléchis dans les jeunes

Flg. 870. Germination da Spharoplat.

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géDérations d'un végétal inférieur, on est entraîné h les considérer, avec les Allemands, comme des animaux, lesquels en se tenant immobiles et se fixant sur un objet quelconque, deviendraient des végétaux. Mais combien ces faits bouleversent les notions généralement reçues sur les distinctions des animaqx et des plantes! Pour savoir en quoi la vie consiste, il ne suffit pas de la contempler chez les êtres supérieurs, il faut la suivre dans toute la série de la création, depuis l'bomme jusqu'à l'humble Sphxroplea.

Le Fucus vésiculeux {Rg. 37 1) . —Voici l'Algue la plus vulgaire.

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