‹ Histoire des plantes (volume 4)Chapitre 57 sur 64 · EUROPE · texte numérisé non relu

EUROPE

chose de sévère et de froid qui plait à la longue. C'est un beau cadre pour

une existence calme et uniforme.

Vers le nord, je poussai jusqu'au cap Ladehamer, qui porte une couronne de Bouleaux au léger feuillage; vers l'est, jusqu'à la cascade de Leerfea, où les eaux écumeusesduNidelven se précipitent au milieu d'une noire forât de Sapins. J'y arrivai à l'heure de minuit. L'aurore et le crépuscule, qui se confondaient ensemble i. l'horiEon, projetaient sur le paysage une lumière douteuse; car, à cette époque de l'année et à cette latitude, le soleil plonge à peine au-dessous de l'horiïon, et les vives clartés qui brillent au ciel dans la direction du nord annoncent que l'astre ne tardera pas à reparaître, pour décrire de nouveau une circonférence i. peine interrompue dans le point où il disparaît pendant quelques heures derrière les montagnes voisines....

Dans les champs et au bord dos chemins, je trouvai un grand nombre de plantes de France qui habitent la même station....

Cependant l'œil du botaniste était réjoui par la vue de quelques végétaux appartenant à la flore des régions boréales, des Alpes ou des bords de la mer. Dans les buissons, il découvre les Géranium sylvaticuni, Ancolie des Alpes, Aconit septentrional, Pédiculaire de Laponie, Trientalis d'Europe, Paris à quatre feuilles; dans les lieux découverts ; le Cornouiller de Suède, le Yaccinium vitis idtea, la Renouée vivipare, le Poa des Alpes; dans les marais : l'Airelle fangeuse, la Benoite des ruisseaux, etc.; sur les sables du rivage de la mer : le Plantain maritime, le Glaux maritime, le Triglochin maritime, l'Ëlyme dessables, etc. *

Dans les premiers jours de juillet, le voyageur arrive à Hildringeu, bureau de poste situé sur la frontière du- Nordiand et du gouvernement de Drontheim, sous la latitude de 65' 15'. Il gravit une montagne, dont le sommet dénudé s'élevait à 635 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa végétation ressemblait à celle des sommets de la chaîne des Alpes ; le Saule et la Dia.pensie des Lapons rappelaient seuls au botaniste qu'il était en Norwége.

■ A Bodoe, par 67" W, je vis pour la première fois des maisons couvertes en tourbe, sur lesquelles croissait une heri>e touffue. Suivant mou habitude, j'examinai d'abord les végétaux cultivés, mais je ne vis que des PiHnmes de terre, des Pob, des Radis, des Groseilliers sans fruits et quelq[uea champs d'Orge et de Seigle.

Dana les prés, au niveau de la mer, je trouvai quelques plantes qui m'auraient démontré, à défaut de toute autre preuve, combien le climat de ce pays se rapproche de celui des régions alpines les plus élevées. C'étaient la Dryade & huit pétales, la Silène acaule, l'Arctostaphylos, l'Alcbemille et la Bartsie des Alpes; à cAté d'elles, se trouvaient de ces végétaux propres aux régions septentrionales, mais qui n'existent pas dans lesAlpes, savoir : l'Aconit septentrional, le ûraba blanc, la Tofieldie

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boréale, le Pigamon alpin, etc. CepeDdant quelques-unes des plantes les plus vulgaires des environs de Paris, comme le Pissenlit, le Tus^lage farfara, la Mille -feuille, la Cardamine des prés, la Violette de chien, etc., semblaient un souvenir de la patrie jete au milieu de cette végétation boréale. *

Arrivons enfin à Hammerfest, par 70" 40' de latitude nord. Ici toute culture a disparu. C'est vers le commerce que sont tournés tous les efTorts, et c'est par curiosité plutôt que dans un but d'utilité que l'on cultive un certain nombre de légumes.

« près de la ville, dit M. Ch. Martins, je remarquai de belles prairies, que l'on (auche une fois l'an, et des troupeaux de rennes moitié sauvages paissent librement dans l'iie. On se tromperait si l'on se figurait l'aspect d'Hammerfest comme celui d'une ville triste et sombre. La rue principale se compose de belles maisons en bois, neuves et brillantes de propreté; ce sont les habitations des riches. Celles des pauvres, plus basses et plus vieilles, empruntent un charme particulier aui gazons fleuris dont elles stint couvertes. Le toit est formé de grosses mottes de terre et une foule de plantes y germent et y poussent vigoureusement. En voyant ces jardins aériens, j'ai pour la première fois bien compris cette indication de localité, in teclis, que l'on trouve si souvent dans les écrits de Linné. C'est en effet sur les toits ^'il faut herboriser à Hammerfest, et souvent j'ai emprunté une échelle chez le propriétaire de la maison, pour allercueillir les plantes qui croissaient autour de sa cheminée. Celles qu'on ; trouve le plus souvent sont : Cocblearia anglîca, Lychnis sylvestre, Chrysanthème inodore, Thlaspi bourse à pasteur, Poa des prés et des champs. En autoome, lorsque tes fleurs jaunes du Chrysanthème inodore sont laidement épanouies au milieu d'un gazoa verdoyant, ces prairies suspendues rivalisent de beauté avec celles de nos chmats et donnent à la ville une physionomie riante, qui contraste heureusement avec la nature sévère qui l'environne. La Renoncule glaciale, l'Arabis des Alpes, le Silène acaule, la Saxifrage des neiges, des Airelles, le Diapensîa de Laponie, des Saules nains comme le Saute réticulé, l'herbacé, etc., etc., croissaient, dans les environs. »

Enfin le voyageur arrive au voisinage du cap Nord, par 71' de latitude.

■ Combien je fus surpris agréablement en descendant k terre de me trouver au milieu de la plus riche prairie subalpine qu'on puisse voir! L'herbe haute et teuffue me venait aux genoux, et je trouvais à l'extrémité de l'Europe les fleurs que j'avais admirées si souvent au pied dos Alpes de la Suissejc'étaient elles, aussi vigoureuses, aussibrillantes et plus grandes que dansleurs montagnes : Trolle d'Europe, Alchêmille, Géranium des bois, Éperviëre des Alpes, Renouée vivipare, Fhiéau alpin, Poa des Alpes. A droite, s'élevait la masse imposante du cap Nord, escarpée, inao-

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