‹ Histoire des plantes (volume 5)Chapitre 66 sur 106 · CRUCIFÈRES · texte numérisé non relu

CRUCIFÈRES

Cette famille est une des plus naturelles du règne végétal. Étudier un des genres qui la composent, c’est les étudier tous. Prenons pour type la fleur d’une Giroflée (fig. 339).

Cette fleur est régulière. Le calice se compose de quatre sépales libres, droits, dont les deux latéraux sont bombés à la base. La corolle présente quatre pétales, alternant avec les sépales, unguiculés, à limbe étalé, entier. Les étamines sont {étradynames, c'est-à-dire au nombre de six, dont quatre plus grandes et deux plus petites, et hypogynes. Leurs anthères sont biloculaires et s'ouvrent en dedans, par deux fentes longitudinales. À leur base se trouve un disque, composé de glandes, dont deux d’un vert foncé enchâssent pour ainsi dire le pied des deux petites étamines, tandis que les quatre autres, beaucoup plus petites, sont placées en dehors des longues étamines. Le pistil se compose d’un ovaire très-allongé, surmonté d’un style assez court, dont le stigmate est bilobé. Cet ovaire présente deux loges à l’état adulte. Il était cependant, dans le jeune âge, uniloculaire, avec deux placentas pariétaux, chargés d’ovules. Ce n’est qu’à une certaine période du développement qu’une lame, partie de l’un de ces deux placentas pariétaux, et s’avançant vers l’intérieur, a rencontré la lame provenant du placenta opposé, s’est soudée avec elle, et a constitué ainsi une cloison, qui a divisé la cavité ovarienne en deux compartiments. À la maturité, cet ovaire est devenu une suique, dont les graines, dépourvues d’albumen, renferment un embryon à cotylédons plans et à radicule latérale, c'est-à-dire repliée sur la commissure des cotylédons. |

Nous avons déjà dit que toutes les Crucifères sont construites

sur un grand type commun. Cependant quelques caractères secondaires tirés de Ja régularité ou de l'irrégularité de la corolle, de la forme du fruit et de l'embryon, etc., servent à distinguer les genres. C'est ainsi que les Jberis ont deux pétales beaucoup plus grands que les autres; — que le fruit, qui est une silique dans la Giroflée, est une silicule dansles Thlaspi; — quil devient lomentacé dans les Raphanus , monosperme et indéhiscent dansl’/satisetc.

Quant à l'embryon, la radicule ne se replie pas toujours sur l'intervalle des deux cotylédons, comme dans la Giroflée; elle peut se replier sur lecr dos, comme dans l'Jsalis.

Ces cotylédons peuvent n'être pas plans, mais pliés longitudinalement, enroulés sur euxmèmes, etc.

Parmi les plantes remarquables appartenant à cette vaste famille végétale, nous nous contenterons de citer : le Cochlearia officinal (Cochlearia officinalis), qui est le plus puissant des autiscorbutiques; — le Cresson alénois (Lepidiumn sativum) ; — le

Fig. 339. Girofle.

VIOLARIÉES. 343

Cresson de fontaine (Nasturtium officinale); — le Raifort (Cochlearia armoractia ); — le Radis (Raphanus sativus), dont les deux variétés (Radis noir et Petite Rave) paraissent sur nos tables; — le Chou rave (Brassica rapa), dont la racine charnue est un peu âcre et presque sucrée ; — le Colza (Brassica oleifera), dont les graines fournissent une huile employée pour l'éclairage; — le Chou potager ( Brassica oleracea), qui nous donne le Chou vert, le Chou cabus, le Chou-fleur., le Brocoli, etc.; — la Moutarde noire (Sinapis nigra), dont les graines renferment une huile fixe et une huile volatile très-âcre, à laquelle il faut rapporter leur vertu excitante; — la Guède (Isatis tinctoria), dont la racine fournit un principe colorant bleu, nommé pastel; — diverses espèces d’Eris, de Lunaires; — l’Alyssum saxatile (Corbeille d'or); — les Matthiola (Quarantaine); — les Cheiranthus ; — les Hesperis (Juliennes ), qui sont cultivés comme plantes d'ornement.

Presque toutes les plantes de la famille des Crucifères contiennent un suc d’une saveur âcre et piquante, due à la présence d'une huile volatile, qui tantôt préexiste toute formée, tantôt peut se développer sous l'influence de l’eau chaude, comme on l’observe dans la graine de Moutarde. La présence de cette huile âcre et excitante communique à la plupart des plantes de la famille des Crucifères des vertus antiscorbutiques dont la médecine tire parti.

Certaines Crucifères sont employées comme aliments, à cause des principes mucilagineux et sucrés qu’elles renferment, et qui corrigent l’âcreté de leur suc. D’autres fournissent, par leurs graines, une huile, que l’on utilise pour l'éclairage. On cultive très-peu de plantes de cette famille pour l’ornement des jardins.

VIOLARIÉES.

La Violette (fig. 340), type de cette famille, a des fleurs irrégulières, accompagnées chacune de deux bractées. Le calice a cinq sépales, et chacun de ces sépales présente à sa base un petit

appendice qui descend au delà de son point d'insertion. La corolle se compose de cinq pétales; l'inférieur, échancré, plus grand, se termine, à sa base, par un éperon court et obtus, et il se dirige en bas, avec les deux latéraux qui sont entiers et barbus; les deux supérieurs, également entiers, sont dirigés en haut. I] y a cinq étamines, alternant avec les pétales. klles sont presque sessiles, légèrement soudées entre elles par leurs anthères. Elles sont biloculaires et s'ouvrent en dedans, par deux fentes longitudinales. Chaque anthère est surmontée d'une petite languette mince et jaune, qui est un prolongement du connectif.

Fig. 340. Violette.

En outre, deux de ces étamines, les antérieures, sont pourvues à leur base d’une sorte de queue, qui se loge dans le cornet creux “du pétale inférieur. Le pistil se compose d’un ovaire libre, surmonté d'un style ascendant, renflé un peu au-dessus de sa base, et terminé par un stigmate effilé en bec. A l’intérieur de l'ovaire, qui est uniloculaire, on remarque trois placentas pariétaux chargés d’ovules droits, anatropes.

Le fruit est une capsule qui s'ouvre en trois valves, portant

JUGLANDÉES. 345 chacune un placenta dans leur milieu. Les graines contiennent un embryon droit, dans l’axe d'un albumen charnu.

La Violelte est une plante acaule, ou sans tige, dont la hauteur ne dépasse pas de 1 à 2 décimètres. Ses feuilles radicales, ou portées sur des stolons, sont aiguës ou ovales, crénelées ou en forme de cœur. Les stipules sont ovales, acuminées ou lancéolées. Les fleurs, à odeur suave, d’un violet foncé ou d'un bleu rougeâtre, sont portées chacune sur un pédoncule grèle, qui se réfléchit au sommet.

Telle est pour le botaniste la Violette (Viola odorata), dont les poëtes donneraient assurément une autre description.

Tout le monde sait qu’on en trouve aux environs de Paris d’autres espèces qui, au grand désappointement des promeneurs, sont inodores ; telles sont la Violette sylvestre, la Violette de chien, etc.

Qu'est-ce que la Pensée? Cette jolie plante appartient aussi au genre Viola, mais à une section de ce genre. En effet, dans les Pensées, les pétales supérieurs et latéraux sont dirigés en haut; l’inférieur seul est dirigé en bas, et de plus, le stigmate est urcéolé, globuleux.

La Pensée (Viola tricolor) présente deux variétés : l’une, la Pensée sauvage, dont la corolle ne dépasse pas le calice; l’autre, la Pensée des jardins, dont les pétales dépassent plus ou moins le calice. La culture fait considérablement varier les couleurs et les dimensions de la Pensée.

JUGLANDÉES.

Le Noyer commun (Juglans regia) (fig. 341) est un grand arbre, à écorce blanchâtre, plus ou moins gercée suivant l’âge, à tige cylindrique, nue, se partageant en grosses branches, qui forment une cime ample et arrondie. Les feuilles sont alternes, glabres, coriaces, composées, à 7 ou 9 folioles ovales aiguës, superficiellement sinuées, d’une couleur vert sombre. Le Noyer est indigène dans le Caucase, la Perse et l’Inde. Cet arbre ne prospère et ne fructifie abondamment que lorsqu'il est isolé.

CU

3u6 FAMILLES NATURELLES.

Le Noyer est monoïque. Les fleurs mâles et femelles sont disposées en chaton; seulement dans les chatons femelles les fleurs

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Fig. 341. Noyer.

sont peu nombreuses. Les chatons mâles, à écailles lâchement imbriquées, sont pendants, cylindriques, très-caduques, placés

TILIACÉES. 347 -

à J'aisselle des feuilles qui sont tombées l’année précédente. A l'aisselle de chaque écaille, on observe une fleur, qui se compose d'un périanthe à six divisions et d’un nombre variable d’étamines, dont les anthères, à deux loges, s'ouvrent en dehors par deux fentes longitudinales.

Les fleurs femelles, agrégées 1 à 4, au sommet des jeunes rameaux, offrent une enveloppe extérieure très-courte, à peine dentée, et une enveloppe intérieure à quatre divisions. Au centre de la fleur s'élève un style court, qui se divise bientôt en deux lames stigmatiques. L’ovaire est infère, uniloculaire et ne renferme qu'un seul ovule. Il est subdivisè, par de fausses cloisons partant du placenta, en quatre loges incomplètes au sommet et à la base et en deux loges incomplètes dans le reste de son étendue. Le fruit est une drupe, dont la partie charnue fibreuse (le brou) se déchire en fragments irréguliers, et dont le noyau, très-dur, ligneux, est composé de deux valves concaves, irrégulièrement creusées de sillons anastomosés. La graine est très-inégalement bosselée, tortueuse, quadrilobée au sommet et à la base, à lobes séparés par des cloisons. Son tégument propre extérieur, d'abord blanchâtre, puis d’un jaune plus ou moins foncé, est d’une remarquable astringence. L'embryon, dépourvu d’albumen, est droit. Les cotylédons épais, charnus, huileux, bilobés, semblent figurer les circonvolutions et les anfractuosités du cerveau des animaux vertébrés. Ce sont ces cotylédons qui forment la partie comestible de la noix.

TILIACÉES.

Les Tilleuls sont de grands arbres, à Lois blanc et léger. Leurs feuilles sont ovales, brusquement acuminées, dentées, pubescentes ou glabres. Elles sont alternes, distiques, munies de stipules caduques. Les fleurs présentent ce caractère remarquable, d'être disposées en corymbes axillaires, pauciflores, à pédoncule soudé, dans sa moitié inférieure, avec une bractée membraneuse et blanchâtre.

Le Tilleul commun ou Tilleul de Hollande (Tilia platyphylla) (fig. 343) est disséminé dans les bois de plaines, de collines et de montagnes; il ne dépasse pas l'altitude de 110 mètres. On le plante dans les parcs et les promenades publiques. Ses bourgeons sont velus. Ses feuilles adultes sont un peu pubescentes à leur face inférieure.

Le Tilleul sylvestre (Tilia sylvestris), qu'on trouve planté çà et là dans les parcs et sur nos promenades, et qui, de plus, est assez commun dans les bois des environs de Paris, se distingue aisément de la première espèce, par ses bourgeons glabres, ses

Fig. 342. Fleur de Tilleul.

feuilles adultes, souvent très-petites, à face inférieure glabre, ne présentant de poils qu'aux angles de ramification des nervures. Maïs arrivons à la description de la fleur (fig. 342).

Le calice offre cinq sépales lancéolés, la corolle cinq pétales plus longs que les sépales. Les étamines sont hypogynes, trèsnombreuses, libres ou irrégulièrement polyadelphes à leur base. Leurs filets, allongés, portent deux loges, s’ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales. L’ovaire est libre et présente ordinairement cinq loges bi-ovulées, à ovules anatropes. Le style est simple et le stigmate a cinq lobes. Le fruit est une capsule coriace, indéhiscente, uniloculaire par la disparition des cloisons

Fig 343. Tilleul.

GÉRANIACÉES. 351

et ne contenant qu’une ou deux graines par avortement. Les graines renferment, au sein d’un albumen charnu, un embryon à cotylédons presque enroulés, foliacés.

Les fleurs du Tilleul contiennent une huile volatile, du sucre, du mucilage, de la gomme et du tannin. On les emploie en médecine comme antispasmodiques.

De tous les végétaux indigènes les Tilleuls sont ceux dont le liber est le plus fortement organisé. Aussi l’emploie-t-on à faire des cordages. Le bois, qui se laisse facilement travailler, est mis en œuvre par les menuisiers, les tourneurs et les sculpteurs.

On cultive dans nos serres le Sparmannia africana, joli arbrisseau du cap de Bonne-Espérance, à feuillage toujours vert, à fleurs blanches disposées en ombelles et dont les anthères sont irritables.

GÉRANIACÉES.

Pour donner au lecteur une idée suffisante de cette famille, dont il rencontre à chaque instant des espèces sous ses pas, soit dans la campagne, soit dans les jardins, nous étudierons successivement les genres Geranium, Erodium et Pelargonium.

Les Geranium ont un calice à cinq sépales, une corolle hypogyne à cinq pétales libres, un androcée composé de dix étamines, dont cinq grandes et cinq petites. Ces dernières sont extérieures et opposées aux pétales; les grandes étamines ont à leur base une glande nectarifère. Les filets de ces étamines sont légèrement soudés à leur base, et portent des anthères à deux loges, s'ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Le pistil se compose d’un ovaire à cinq loges, surmonté de cinq styles, plus ou moins soudés dans leur partie moyenne, mais libres vers leur sommet et portant le stigmate le long de leur bord interne. Chaque loge de l'ovaire contient deux ovules anatropes ascendants. Le fruit est une capsule à cinq loges, ne contenant qu’une seule graine par suite d’avortement et se détachant avec élasti- , cité d’une sorte d’axe central de la base au sommet. La graine

renferme sous ses téguments un embryon sans albumen, dont les cotylédons flexueux s’emboîtent l’un dans l’autre.

On voit fréquemment dans les haies, les buissons, dans les lieux frais, sur les vieux murs, l'Herbe à Robert ou le Bec de grue (Geranium Robertianum) (fig. 344), qui exhale une odeur forte, et fleurit du mois d'avril au mois d'août. Cette plante, qui a quelques usages en médecine, est annuelle, à tiges ascendantes diffuses ou droites, souvent rougeâtres, velues à poils

Fig. 344. Géranium Bec de grue.

étalés, glanduleuses, surtout au sommet. Les feuilles sont divisées en 3 à 5 segments pétiolulés. Les pédoncules sont plus longs que les feuilles. Les pétales sont purpurins et veinés de blanc.

Les Erodium, dont une espèce, l’Erodium à feuilles de ciguë (Erodium cicutarium), est très-commune dans les environs de Paris, ont le calice et la corolle des Geranium. Mais, des dix étamines, cinq seulement sont fécondes. Celles qui sont stériles,

GÉRANIACÉES. 353

c'est-à-dire dépourvues d’anthères, sont petites, à filets aplatis, et sont opposées aux pétales dans le verticille extérieur. Le fruit diffère aussi par quelques particularités de celui des Geranium.

Les Pelargonium sont particulièrement remarquables par l’irrégularité de leurs fleurs. Dans le calice, le sépale postérieur se prolonge, à sa base, en un éperon ou cornet nectarifère creux et étroit, adhérent au pédoncule. La corolle porte des pétales généralement inégaux : les deux du haut sont souvent plus grands, les trois autres dissemblables entre eux. Quant à l’androcée, tandis que dans les Erodium le verticille extérieur a avorté complétement, dans les Pelargonium, au contraire, trois des étamines seulement de ce verticille sont stériles.

Les Pelargonium sont des plantes originaires du cap de Bonne- Espérance. Une huile volatile qu’elles renferment leur donne une odeur forte, quelquefois désagréable. On en cultive en Europe un grand nombre d'espèces, que l’horticulture a variées à l’infini. Nous citerons entre autres : le Pelargonium à feuilles zonées ( Pelargonium zonale), dont les feuilles sont marquées d’une bande brunâtre et dont les pétales sont rouges ou rougeâtres, ou roses ou blanchâtres; le Pelargonium inquinans, dont les feuilles visqueuses, cotonneuses, tachent les doigts en brun de rouille et dont les pétales sont écarlates ou carnés, et le Pelargonium odoratissimuin.

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