EMBRANCHEMENT DES CRYPTOGAMES
végétale, qu'ils engraissent des produits de leur des'ruction. : Ce sol nourrit bientôt d’autres Cryptogames plus complexes, et ces êtres inférieurs sont remplacés, peu à pe, par des espèces végétales d'une organisation plus élevée. Tout sol primitivement stérile, toute terre récemment émergée du sein des eaux, sert d'abord d'asile à des Lichens crustacés et à des Lichens foliacés. Plus tard, des Mousses, des Fougères s’y développent; et l’on voit enfin apparaître des végétaux supérieurs, c’est-à-dire des Phanérogames. Tout porte à croire que telle a été aussi la série successive des créations végétales sur notre globe, quand il s’est refroidi assez pour donner accès à la vie organique, ou quand les îles et les continents se sont élevés au-dessus de l’océan universel de l’ancien monde.
Ainsi les végétaux les plus élevés n’ont apparu et n’apparaissent que sur les débris des végétaux les plus infimes.
Mais d’un autre côté, et par un de ces frappants contrastes dont la nagure nous offre plus d’un exemple, les végétaux d’un ordre supérieur, quand ils sont frappés de mort, quelquefois même pendant leur existence, sont souvent la proie des Cryptogames, qui s’attachent, comme à l’envi, à ces princes de l’organisation végétale , et les dévorent jusqu’au bout. L'action destructive des Cryptogames s’exerce partout; elle ne respecte pas plus les ouvrages des hommes que ceux de la nature.
Produire et détruire la vie, telle est donc la double et providentielle mission dévolue aux Cryptogames. Toutefois cette œuvre multiple de création et de mort ne leur est départie qu’à deux conditions. La première condition, c'est de vivre le plus promptement possible ; la seconde, c’est de se multiplier à l'infini et avec une rapidité prodigieuse. Il est des Champignons qui produisent soixante millions d'utricules par minute! Les capsules de cerlaines Moisissures renferment des semences dont il faudrait plusieurs milliers pour atteindre, en grosseur, à une tête d'épingle. Ces semences flottent libres et invisibles dans l'air, qui en est, en quelque sorte, saturé.
Chez les Cryptogames, les organes de la reproduction diffèrent d’une manière fondamentale de ces mèmes organes considérés dans les végétaux phanérogames. Ici, plus de pistil, d’étamine ui d’ovaire ; aucune fleur, dans le sens qu'on attache à ce mot.
Les organes reproducteurs, que l’on désigne sous le nom de spores, sont disséminés de la manière la plus variable, tantôt dans toute l'étendue, tantôt en certaines parties du végétal. Ces spores sont quelquefois renfermées dans des réceptacles particuliers, nommés sporanges ; d’autres fois elles sont dépourvues de toute enveloppe. Du reste, la reproduction des Cryptogames s'opère souvent par des dispositions organiques toutes particulières, qui ne sauraient être résumées d’une manière générale, et que l'on ne peut exposer que pour chaque cas.
Étudier toutes les familles qui composent l’embranchement des Cryptogames, serait une œuvre immense. Nous nous bornerons à considérer avec quelque attention quelques types de cinq familles : des familles des Algues, des Champignons, des Lichens, des Mousses et des Fougères.
De tous les végétaux connus, les Algues présentent l’organisation la plus simple. Il en est qui se réduisent à une simple cellule vivante. On pourrait dire que les Algues sont aux végétaux ce que les Zoophytes sont aux animaux.
Les Algues sont des plantes aquatiques. Elles croissent dans les marais, les lacs, les ruisseaux, les fleuves, les sources thermales et les mers. Elles n’ont ni feuilles ni axe bien déterminés. Les unes ne sont que des filaments d’égale dimension, dans toute leur étendue ; les autres, plus ou moins élargies et plus ou moins découpées à leur partie supérieure, se resserrent en une sorte de tige à leur partie inférieure, et se terminent, à la base, en une espèce de griffe, à l’aide de laquelle elles se fixent et se cramponnent sur des corps solides, .ce qui les empêche d’être à la merti des flots. Les Algues sont rouges, jaunes, brunes ou vertes, selon les espèces.
Une certaine relation paraît exister entre la grandeur des Algues et l'étendue des mers qu’elles habitent. Dans les mers de peu d'étendue vivent de petites Algues: dans les Océans, des
Algues gigantesques, et d'autant plus gigantesques que les Océans sont eux-mêmes plus considérables. Dans la Méditerranée, par exemple, habitent des Ulva, des Ceromium, des Caulerpa; dans l'océan Atlantique, des Sargassum, des Cystoceyra; dans l’otéan Arctique, des Fucus immenses, des Laminaria. Enfin, l'océan Antarctique renferme des Algues de si grandes dimensions, qu'on les a comparées à des arbres marins : telle est le Durvillea (Laminaria buccinaris), qui entravait la marche des navires de l'amiral Dumont-d’Urville. Tout le monde a vu sur les cartes géographiques la Mer des Sargusses, qui occupe les parties centrales de l’océan Atlantique. Le grand banc de Sargasses de l'Atlantique se trouve entre le 19° et le 34° degré de latitude, entre les Açores, les Canaries et les fles du cap Vert. Son étendue est à peu près six fois celle de la France. Les Sargassum se présentent, sur plusieurs points de l’océan Atlantique, comme d'immenses prairies flottantes arrachées des profondeurs du bassin de la mer. Pour donner une idée des dimensions de quelques espèces d’Algues arborescentes qui forment ces forêts sous-marines, nous citerons le Macrocystis pirifera, qui peut atteindre l'énorme longueur de 500 mètres.
La structure intérieure des Algues est celluleuse. Dans ces plantes il n’existe aucune trace de vaisseau, et par suite aucune circulation. Leur mode de reproduction est extrêmement varié. Ce n’est que depuis une vingtaine d'années que, grâce ä des moyens d'investigation précis, on est arrivé à des renseignements exacts sur ce sujet.
Entrer dans des considérations générales sur la végétation et la reproduction des Algues serait peu avantageux dans un ouvrage comme celui-ci. Au lieu de présenter des généralités sur ces faits, nous choisirons un certain nombre de types connus. L'histoire de ces quelques êtres, pris comme exemples, éclairera d’un jour suffisant la famille tout entière.
Le Nostoc.— Vers la fin de l’année, en automne, dans les jours humides, ou après une ondée de pluie, on rencontre fréquemment, sur le bord des chemins ou dans les allées des jardins, de petites masses gélatineuses, verdâtres, plus ou moins globuleuses et plissées : ce sont diverses espèces de NWostoc. Nous allons faire connaître l’organisation de ces curieuses plantes, d'après
l'étude que M. Thuret a faite du Nostoc verruqueux, qui croît dans les ruisseaux des environs de Paris, attaché aux pierres submergées, sur lesquelles plusieurs individus agglomérés forment comme des tapis d’un vert presque noir. on Chaque Nostoc est une sorte gg” “#4”. de vessie irrégulière (fig. 354) ds. - * plissée, arrondie, ferme, remj ” plie d'une gelée verdâtre, dont =” l'aspect et la consistance rappellent parfaitement la pulpe d’un grain de raisin. Au sein d’une matière gélatineuse trèsabondante, se trouvent des filaments nombreux, composés de globules sphériques, placés bout à bout comme les grains d’un chapelet, et formés d’une matière granuleuse d’un vert bleuâtre. La figure 355 représente les sortes de chapelets qui occupent l’intérieur du Nostoc, et accompagnent la matière mucilagineuse. Lorsque la plante est & parvenue à tout son développement, la pellicule
Fig. 354. Nostoc verruqueux.
fe interne, formée par le mucilage épaissi, se crève JE et laisse échapper une gelée verte, formée de ©
mucilage et de chapelets. Ceux-ci se répandent dans l'eau, avec d'autant plus de facilité, qu’ils sont doués à cette époque d’un mouvement spontané très-sensible.
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« Pour bien observer ce phénomène, dit M. Thuret, + moyen le plus simple est de déposer de beaux échantillons fraichement recueillis dans une assiette pleine d’eau. Au bout de deux ou trois jours, la pellicule externe se rompt, les chapelets se répandent dans | l’eau... Si alors on a recours au microscope, on verra
Fig. 355. que ces chapelets, originairement très. longs et con- Chapelets contenus tournés de mille manières, se sont divisés en nombreux dans le Nostoc. fragments de longueur inégale, presque tous droits ou
à peine flexueux, qui se meuvent dans le sens de leur longueur et semblent ramper sur les lames de verre du porte-objet. Leur marche est lente, mais bien sensible... Si l’on continue les observations pendant quelques jours, on verra les chapelets, devenus immobiles, augmenter de grosseur en même temps qu'il se développe un mucilage dont ils sont entourés comme d’une gaine transparente. Bientôt les grains, considé-