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rablement élargis, se divisent pour en former deux autres, mais latéralement. Cette formation se répète plusieurs fois, et il semblerait naturel d'y chercher l’origine de nouveaux chapelets. Malheureusement, l’augmentation du nombre des grains, en diminuant la transparence, ne permet plus d’en suivre l'accroissement avec la même facilité. »
On voit que ces plantes sont d’une organisation tout à fait rudimentaire, et que leur mode de reproduction, qui consiste dans la segmentation, dans la division de l'individu en individus nouveaux, semble les rapprocher des animaux inférieurs, plutôtque des végétaux.
Le Nostoc, sans doute en raison de l’extrême promptitude de sa végétation, avait beaucoup attiré l'attention des alchimistes, qui mentionnent souvent cette plante, et la font entrer dans plusieurs de leurs recettes pour la prétendue transmutation des métaux.
Le Vaucheria. — Les touffes du Vaucheria sont formées d'un réseau de filaments cylindriques, rameux, continus, qui renferment des granules verts et un mucilage incolore. Cette petite plante, commune dans les marais, est très-remarquable par ses divers modes de reproduction. Elle a été l’objet des études les plus intéressantes de la part de MM. Thuret et Pringsheim. Ses spores reproductrices sont, comme on va le voir, douées, à une certaine époque de leur existence, d’un véritable mouvement. On croirait voir des animaux marcher. Ce fait bien remarquable montre combien il est souvent difficile d'établir des différences précises entre les animaux et les plantes, et de poser des limites absolues à ce que l’on nommait autrefois les règnes de la nature.
Voici de quelle manière étrange se fait la reproduction du Vaucheria.
L'extrémité des filaments de cette Algue se renfle en forme de massue, et la matière verte s’y condense, au point de prendre une teinte noirâtre. La figure 356 représente les altérations successives que présente l’extrémité du Vaucheria au moment où s’opère le travail qui prépare la reproduction. Nous avons indiqué par les lettres a, b, c, d, e, ces divers états de modification progressive. On voit, selon M. Thuret, les granules s’écarter peu à peu les uns des autres vers la base du renflement, en laissant un espace vide. Puis les granules se rapprochent et se rejoignent de nouveau. Mais
alors un grand changement a eu lieu, car cette opération singulière détermine la séparation de la plante mère et du corps reproducteur, ou spore. Désormais la spore, revêtue d’une membrane propre, possède une organisation distincte. C’est alors que le moment de la crise approche. L’extrémité supérieure de cette spore fait tout à coup hernie (fig. 357). En même temps, elle
Fig. 356. Fig. 357. Spore de Vaucheria Vaucheria. s'échappantaudehors.
commence à tourner sur son grand axe; si bien que l'on voit tous les granules qu’elles contient, passer rapidement de droite à gauche et de gauche à droite, comme s'ils se mouvaient à l'intérieur d’un cylindre transparent. L’étroite ouverture par où la spore cherche à sortir, détermine un étranglement très-marqué. En peu d'instants, elle réussit à
Fig. 358. se dégager, et s'élance rapidement dans l’eau. = Spore de Vaucheria. Une fois détachée de l'individu mère, la spore (fig. 358) ne cesse pas de tourner sur elle-même; mais sa marche est assez irrégulière, plus vive et plus lente dans une direction ou dans une autre. En général, elle gagne immé-
diatement les bords de la lame de verre sur laquelle l’observa-
tion se fait, comme si elle cherchait à s'échapper ; quelquefois elle s'arrète, puis un instant après elle reprend sa course.
Toute la surface de cette spore est couverte de cils vibratiles (fig. 352) qui sont invisibles à cause de la rapidité de leurs mouvements, Pour les bien voir, il faut les arrêter au moyen de quelque réactif, tel que l’opium ou l’iode. Les effets de ces deux réactifs sont très-remarquables. L'opium diminue assez les ; mouvements de la spore du Vaucheria pour spore dre que le jeu de ces organes soit nettement per- 2" ses cils vibratiles. ceptible. L’iode les arrête brusquement, et les rend visibles par ce brusque arrêt. L'eau iodée dont s’est servi M. Thuret, ne contenait que #15 d'iode.
Cet observateur a pu suivre les mouvements d’une spore de Vaucheria dans l’eau pendant plus de deux heures. Enfin, les cils cessent de se mouvoir, la spore reste immobile, et elle ne tarde pas à germer (fig. 360), pour donner naissance à une Algue, à un nouveau Vaucheria.
Voilà un bien étonnant phénomène. Ces jeunes êtres sont-ils vraiment des plantes ?
Les botanistes allemands les appellent des zoospores. Ils les identifient avec les animaux, faisant remarquer que les animaux seuls ont des organes de mouvement, et que les cils vibratiles dont est pourvue la spore du Vaucheria, sont de véritables organes de mouvement. Fig. 360.
Ainsi, d'après certains naturalistes alle- *""° "ancheria. mands, dès le début de leur vie, les Algues seraient de véritables animaux, qui deviendraient des plantes en se fixant et commençant à germer. Les botanistes français sont plus timides dans leurs vues; ils n’osent pas prononcer sur l'animalité de ces êtres. Nous devons nous borner à exposé ici les deux opinions.
Quand la spore est devenue immobile, elle se développe régulièrement. Il est facile de suivre sous le microscope les progrès
de cette germination. L’allongement des filaments s'opère pour ainsi dire à vue d'œil. M. Thuret assure avoir mesuré plus d'une fois un accroissement de & de millimètre en une heure.
Outre cette multiplication non sexuelle par des zoospores, on a récemment découvert dans cette même plante une véritable reproduction sexuelle, opérée à l’aide de deux organes distincts, nés à peu de distance l’un de l’autre sur les filaments. L'un (figure 361, A) est une sorte de rameau court, recourbé sur lui-même en colimaçon, et qu’on nomme cornicule; l'autre (B) est une sorte d’ampoule légèrement amincie en façon
Pig. 361. La cornieule et le sporange de Pet, €t Qu'on nomme sporange. du Vaucheria Ces deux-organes sont séparés l’un un peu avant la fécondation. ;
de l’autre sur le tube qui les porte, par une cloison transversale. Dans l'intérieur du sporange, et vers sa base, on trouve des grains verts, tandis que vers son bec se présente une matière incolore, très-finement granuleuse. Dans la portion extrême de la cornicule, qui est limitée par une mince cloison, on trouve un grand nombre de petits b4-
tonnets, plus ou moins enveloppés d’un mucilage incolore.
Tel est l’état des choses lorsque la fécondation va s’opérer. À ce moment, la membrane du sporange se rompt à son bec, et la matière contenue dans cet espèce de sac sort par l'ouverture (fig. 362). Immédiatement après que le sporange s'est ouvert, la cornicule, par une coïncidence merveilleuse s’ouvre aussi à son extrémité et
Anthérozoïde verse son contenu à l’exté-
Fig. 362. Anthérozoïde de Vaucheria . É een pénétrant rieur. D’innombrables corpus-
dans ! i ans le sporange cules, extrêmement petits, en
forme de bâtonnets, c’est-à-dire des anthérozoïdes, sortent donc par l'orifice de la cornicule. Ils pénètrent dans l'ouverture adjacente du sporange (fig. 363) et la remplissent presque entièrement. Arrivés à la surface de la couche muqueuse et granu-
leuse, qui les empêche, à cause de sa consistance, de pénétrer plus avant, ils s’avancent, reviennent en arrière et continuent ce mouvement de va-et-vient pendant plus d’une demi-heure, offrant à l'observateur le spectacle le plus singulier. Bientôt il se forme, en avant de la couche muqueuse, une cloison, qui empêche l’action ultérieure des corpuscules locomoteurs de s'exercer davantage sur elle. Leurs mouvements durent encore pendant une heure; mais ils deviennent de plus en plus lents, pour cesser enfin tout à fait, et ils disparaissent complétement au bout de quelques heures.
C’est après l'introduction des anthérozoïdes dans le sporange qu’une grosse cellule, ou spore, se forme dans l'intérieur du sporange qu'elle remplit complétement. D'abord verte, cette cellule pâlit peu à peu, et présente dans son intérieur plusieurs corps plus gros et d’un brun sombre (fig. 364). Bientôt elle s'isole du tube, parce que la membrane du sporange commence à se dé- DIE composer. Au bout d’un temps assez Fig. 864.
long (trois mois environ), cette spore commence à redevenir verte, et peu à peu elle s’allonge en un jeune tube de Vaucheria qui deviendra parfaitement semblable à la plante mère (fig. 365 et 366).
Fig. 365. Spores de Vaucheria en germination. | Fig. 366.
Tel est le double et singulier mode de fécondation dans le Vaucheria. Il avait été jadis entrevu par Vaucher, qui reconnut le premier et soupçonna l’importance des cornicules. Mais nous devons la relation complète et circonstanciée que nous venons
de présenter ici, à M. Pringsheim, habile anatomiste allemand.
Le Sphæroplea. — Le Sphæroplea annulina est une Algue d’eau douce, qui se compose de longs filaments, formés de cellules plus ou moins allongées, et associées bout à bout. Ces cellules contiennent, à l’état adulte, de la chlorophylle, un liquide aqueux et des granules de fécule, le tout réparti de telle façon que l'élément liquide forme de gros utricules ou vacuoles, alignées comme les perles d’un collier (fig. 367, A).
Au mois d'avril, le contenu de certaines cellules se modifie, de manière à prendre un aspect spumeux par la multiplication des vacuoles (fig. 367, B) ; puis, par la condensation de la matièreverte et des grains d’amidon, la forme de la figure C a, et par la disparition de la plupart des vacuoles celle de la partie b de la même figure, où de grandes vacuoles aplaties représentent des logettes superposées. Bientôt ces mêmes cellules contiennent un grand nombre de masses globuleuses et libres (fig. 367, D). Ces masses sont de jeunes spores molles, élastiques et dépourvues de membrane.
Longtemps avant que le contenu des cellules aït subi les transformations que nous venons d'indiquer, la membrane propre des cellules offre, en certains points, de petites ouvertures dont le diamètre varie de +4 à =& de ligne (fig. Det E, 6).
Mais toutes les cellules du même filament de Sphæroplea ne présentent pas les modifications qui viennent d’être décrites, el dont le résultat final est de les convertir en sporanges, remplis d’une multitude de spores. Il se passe, en même temps, des phénomènes très-différents. Les anneaux interposés aux vacuoles incolores de viennentrougeâtres, et les granules d'amidon qu'ils contenaient disparaissent (fig. 367,E, a). Bientôt la matière orangée s'organise en une infinité de corpuscules courts et confondus dans un inextricable agencement. Les anneaux se décomposent. On voit soudain un des corpuscules plongés dans leur substance se dégager et se mouvoir dans la cavité cellulaire; puis d'autres corpuscules semblables, de plus en plus nombreux, donnent l'exemple du même phénomène. Le mouvement qui les anime, devient incessamment plus vif; et en peu de minutes toute la substance de l'anneau que l’on considère, se résout en une in:
nombrable multitude de corpuscules. Puis un second et un troisième anneau de la même cellule subissant le sort du pre-
Fig. 367. Reproduction du Sphærupiea.
mier, celle-ci se trouve en définitive toute remplie de corpuscules allongés qui s’agitent et fourmillent en tous sens (fig. 367, E, b).
On voit avec un plus fort grossissement ces corpuscules mobiles sur la même figure 367.
a C’est un spectacle vraiment surprenant, dit M. F. Cohn, professeur de botanique à l’université de Breslau, auquel on doit ces intéressantes observations, que celui de tous ces mouvements d'une incroyable vivacité au sein de la cellule mère... La membrane des cellules s’est percée à un moment donné d'une ou plusieurs ouvertures, semblables pour la forme et les dimensions à celles que nous avons vues chez les cellules sporanges. Un premier corpuscule s'échappe de leur cavité par une de ces perforations ; d’autres le suivent et bientôt ce sont des multitudes de ces corpuscules qui sortent à la fois. Leur mouvement dans l’eau est d’abord très-lent ; souvent l’issue que les corpuscules baculiformes voudraient forcer est obstruée par une vacuole qui y applique son enveloppe mucilagineuse ; les corpuscules s’épuisent en vain contre cet obstacle. Je les ai vus après douze heures d'efforts s’agiter encore tumultueuse-
ment dans leur prison, puis rentrer enfin dans le repos et se transformer en vésicules jaunâtres..… Les corpuscules agiles, dont il vient d’être question, mesurent environ s#$s de ligne en longueur; leur forme est cylin-
droïde allongée et rappelle celle de certains petits coléoptères curculionides. Leur extrémité postérieure est un peu renflée, parfois aplatie et élargie à la fois; elle est teintée de jaunâtre et laisse fréquemment distinguer dans son intérieur quelques granules ; l’extrémité antérieure s’allonge au contraire en une sorte de rostre étroit et hyalin qui porte à son sommet deux longs cils. Ceux-ci sont surtout bien visibles dans une solution iodée qui éteint la vie des corpuscules..… Ce mouvement des corpuscules cilifères dont nous parlons est caractéristique ; sont-ils doués de peu d’énergie vitale, ils ne font qu’osciller de leur rostre, comme en tâtonnant; s'ils se meuvent plus rapidement, ils tournent autour de leur axe transversal médian, comme le ferait un bâtonnet qui, étant solidement tenu par son milieu, recevrait un mouvement de rotation; on en voit aussi qui se meuvent en rond sur eux-mêmes sans changer de place à la manière du chat qui court après sa queue; mais Ja plupart du temps, ils décrivent une cycloïlde par un mouvement de progression saccadé et comme par sauts ; plus rarement s’avancent-ils en droite ligne. Leur tendance naturelle vers la lumière est indiquée par ce fait que, dans la goutte d’eau où je les observais, ils s’amassaient volontiers vers le bord qui regardait la fenêtre de ma chambre.
La ressemblance extérieure de ces corpuscules avec les anthérozoïdes des Vaucheria m’autorisait déjà à leur attribuer des fonctions analogues, lorsque j'eus la satisfaction de constater leur faculté fécondatrice avec toute l’évidence qu’il est possible de désirer dans l'observation des phénomènes de la nature... Quand ces anthérozoïdes, devenus libres, se sont répandus dans l’eau, ils se réunissent au bout de peu de temps autour des cellules dont le contenu s’est organisé en spore. Ils s’agitent tumultueusement près de chacune de ces cellules; ils s’attachent à ses parois, la quittent un instant, puis reviennent aussitôt. Enfin, un des corpuscules s’ap-
proche de l’une des petites ouvertures que nous savons exister dans la membrane des sporanges; il s’y tient fixé et y introduit son rostre délié. Quelquefois la partie postérieure de son corps est trop large pour passer impunément; alors on le voit se pousser avec effort en s’aidant sans relâche de son rostre et se faire plus petit en se contractant sur lui-même: enfin, il force le passage et pénètre dans la cavité du sporange. En même temps, d’autres anthérozoïdes pénètrent par la même voie ou par d’autres pertuis. Trois ou quatre sont souvent engagés à la fois dans la même ouverture; les plus petits passent sans obstacle au premier élan, et leur mouvement de translation du liquide où ils nagent dans le sein du sporange décrit de grands cercles et constitue un phénomène extrêmement curieux à observer. Au bout de quelques instants, il y a dans le sporange plus de vingt anthérozoïdes qui s’agitent autour des jeunes spores. Cellesci sont, comme je l’ai dit plus haut, de petites sphères lisses, plus ou moins complétement remplies de chlorophylle, et enveloppées d’une couche muqueuse qui n’a point les caractères d’une membrane de cellulose. Les spermatozoïdes se jettent d’une spore sur une autre, comme si une force électrique les attirait et les repoussait alternativement, et cela si rapidement que l’œil a peine à les suivre. Souvent ils se portent avec la même
agité d’un bout du sporange à l’autre, en même temps l’agitation de
leurs cils vibratiles imprime aux spores un mouvement lent de rotation... J'ai vu les anthérozoïdes s’agiter confusément dans la cavité des sporanges pendant plus de deux heures. Leur mouvement se ralentit ensuite peu à peu et ils finissent par s’appliquer à la surface des jeunes spores. On en voit un ou deux se fixer par les cils et le rostre sur chacun de ces corps et y demeurer comme implantés; ils y oscillent encore longtemps, puis enfin ils deviennent tout à fait immobiles et s’appliquent de toute leur longueur sur la spore, leur corps perd sa forme, il n’est bientôt plus qu’une gouttelette Fig. 368. muqueuse dont une partie semble être absorbée par la SPOredeSpbæroples. spore… La spore primordiale fécondée se recouvre bientôt d’une véritable membrane cellulaire (fig. 368). »
Quand ces spores se disposent à germer, leur contenu subit plusieurs modifications. Il devient grenu, prend une teinte assombrie de brun rouge, et un cercle plus transparent se montre dans son centre. Fréquemment la matière rouge se teint en vert avant la germination; ce changement de couleur se produit peu à peu de l'extérieur de la spore vers le centre de sa cavité. Tout le contenu plastique de ce corps finit par se diviser d’abord en deux, puis en quatre, puis en un plus grand nombre de parties (fig. 369, a, b, c), qui rompent leur double enveloppe, pour se répandre librement dans l’eau, comme autant de zoospores.
La forme de ces zoospores est inconstante, comme leur volume et leur couleur. Pendant plus d’une heure, ces corpuscules, munis de deux cils à leur rostre, s’agitent d’un mou-
Fig. 369. Spores de Sphæroplea en germination.
vement lent et saccadé. Ce mouvement s’interrompt de temps en temps, par de longues pauses, et parfois l’on croirait les corpuscules rentrés pour toujours dans le repos, lorsque, après plusieurs heures d’immobilité, ils se prennent tout à coup à pirouetter de nouveau.
Lorsque ces zoospores se mettent à germer, ils s’allongent de plus en plus en façon de fuseau (fig. 370, a, b, c, d,e, f), etbientôt la petite plante, jusque-là formée d’une seule cellule, se partage en deux compartiments égaux, puis successivement en un plus grand nombre de cellules au fur et à mesure qu’elle grossit, et elle finit par devenir un nouveau Spheroplea.
Telle est l’histoire du Sphæropleo annulina. Nous n'avons retranché que très-peu de chose au récit de M. Cohn. Ces détails étranges font naître chez le naturaliste et le penseur une admiration profonde.
Voilà des individus placés au plus bas de l'échelle végétale, et qui se reproduisent en émettant des germes qui sont doués d’un mouvement propre, et semblent guidés dans leurs évolutions par un véritable instinct. A la vue de ces mouvements volontaires et presque réfléchis dans les jeunes
#7 Tee —
Fig. 370. Germination du Sphæroplea.
générations d'un végétal inférieur, on est entraîné à les considérer, avec les Allemands, comme des animaux, lesquels en se tenant immobiles et se fixant sur ua objet quelconque, deviendraient des végétaux. Mais combien ces faits bouleversent les notions généralement reçues sur les distinctions des animaux et des plantes! Pour savoir er quoi la vie consiste, il ne suffit pas de la contempler chez les êtres supérieurs, il faut la suivre dans toute la série de la création, depuis l'homme jusqurè humble Sphæroplea. |
Le Fucus vésiculeux (lig. 371). — Voici l’Algue la u
Fig. 371. Fucus vésiculeux.
la plus connu: de ces végétaux inférieurs. Le Fucus vésiculeux est une Algue qui croît abondamment sur les rochers, au bord de l'Océan et de la Méditerranée. Elle sert, dans le Nord, à couvrir les toits rustiques. On la coupe deux fois l'an, pour la brûler, et
retirer de ses cendres de la soude, ou bien pour fumer lesterres. La partie plane de sa fronde bifurquée est parsemée de vésicules globuleuses, pleines d'air, qui sont probablement destinées à soutenir la plante dans l’eau, et remplissent la même fonction que la vessie natatoire des poissons. Des tubercules mamelonnés recouvrent l'extrémité de ces bifurcations de la fronde.
Si l’on retire de l’eau certains échantillons de ce Fucus, à l’époque où ces tubercules sont bien développés, on s'aperçoit bientôt que leur orifice est obstrué par une goutte d’une liqueur rougeâtre. D'autres échantillons de ce même Fucus offrent, dans les mêmes circonstances, une sorte de sécrétion, non plus rougedtre, mais olivâtre.
Cette différence d’aspect semble, au premier abord, indiquer
Le”
Fig. 372. Conceptacle mâle de Fucus végétaux coupé transversalement.
une différence de constitution et de rôle physiologique dans les tubercules portés sur des frondes différentes. En effet, chacun de ces tubercules n’est autre chose qu’une cavité, ou conceptacle, renfermant soit un appareil fécondateur, soit un appareil de fructification, et ces appareils sont portés sur des individus différents. Le Fucus vésiculeux peut donc être considéré comme divique.
MM. Thuret et Decaisne ont fait sur la structure des concep-
tacles mâles et femelles de cette Algue et sur son mode de fécondation des observations très-curieuses.
Étudions la structure des conceptacles mâle et femelle.
On trouve dans les conceptacles mâles (fig. 372) des sacs ovoides contenant une masse blanchâtre, parsemée de granules rouges. Ces sacs, désignés sous le nom d’anthéridies, sont portés sur des poils rameux, articulés, qui remplissent presque tout le conceptacle. Ils renferment de nombreux corpuscules, transparents, d'une grande ténuité, pourvus d’un granule orangé ou rougedtre. Ces copuscules portent le nom d’anthérozoïdes; ils s’agitent avec une extrême vivacité, dès qu'ils sont mis en liberté. Leurs organes locomoteurs consistent en deux cils pro-
Fig. 373. Coupe transversale d'un conceptacle femelle de Fucus vésiculeux renfermant les spores.
digieusement ténus, dont l’un, plus court, paraît inséré vers l'extrémité la plus étroite du corps, laquelle est toujours en avant pendant la progression. Le deuxième cil traîne derrière le corpuscule.
On trouve dans les conceptacles femelles (fig. 373) des sacs membraneux plus ou moins sphériques ou oblongs, renfermant une masse arrondie, opaque, d’un brun grisätre, divisée en huit parties. Ces sacs, ou sporanges, sont portés sur un court pédicule et environnés de filaments articulés.
Lorsque le sporange s'ouvre, comme le fait l'anthéridic
à un moment donné, la masse qu’il contient est mise en liberté en conservant sa forme première, grâce à une membrane qui retient les éléments ou spores qui la constituent fortement serrés entre eux. Mais les choses ne restent pas longtemps en cet état : les spores s’isolent de plus en plus dans le revêtement membraneux qui les retient prisonnières, et finalement elles deviennent libres. Elles sont alors parfaitement rondes, d’un jaune olivâtre, et absolument dépourvues de téguments.
M. Thuret, à qui l’on doit de très-bonnes observations sur la structure admirable de ces végétaux inférieurs, a établi, par ses expériences, ce que deviennent les spores dégagées de leurs enveloppes, suivant qu’elles sont mises en contact avec les anthérozoïdes, ou soustraites à leur action :
« Lorsque les frondes mâles, faciles à reconnaitre par la couleur jaunâtre de leurs réceptacles, dit-il, sont placées quelque temps dans une asmosphère humide, il se produit un effet analogue à celui que j’ai décrit dans les plantes femelles. Les anthéridies, expulsées en immense quantité hors des conceptacles, viennent former à la surface de la fronde, à l'entrée de chaque ostiole, de petits mamelons visqueux, de couleur orangée. Que l’on détache un peu de cette matière visqueuse avec une aiguille, et qu'on l’examine au microscope dans une goutte d’eau de mer, on verra qu’elle est entièrement composée d’anthéridies qui, presque aussitôt, se vident des anthérozoïdes qu’elles renferment. Ceux-ci s’agitent avec la plus grande vivacité, et leurs mouvements se prolongent quelquefois jusqu’au lendemain, mais en diminuant peu à peu d'intensité. Le troisième jour au plus tard ils se décomposent.
Pour féconder les spores et les mettre en état de germer, il suffit de mélanger à l’eau qui les baigne quelques anthéridies. Si l’expérience est faite sur une lame de verre et que les anthérozoïdes soient en quantité assez considérable, on sera témoin d’un des plus curieux spectacles que l'étude des Algues puisse donner l’occasion d'observer. Les anthérozoïdes s'attachant en grand nombre aux spores, leur communiquent, au moyen de leurs cils vibratiles, un mouvement de rotation quelquefois très-rapide. Bientôt tout le champ du microscope est couvert de ces gros3es sphères brunâtres, hérissées d'anthérozoïdes qui roulent dans tous les sens, au milieu du fourmillement de ces corpuscules.
Après s’être prolongée environ une demi-heure, rarement plus longtemps, la rotation des spores cesse ; les anthérozoïdes continuent à s’agiter quelque temps, mais avec moins de vivacité, jusqu’à ce qu’enfin tout mouvement s'arrête. Dès le lendemain du jour où les spores ont été mises en contact avec les anthérozoïldes, elles sont déjà revêtues d'une membrane. »
M. Thuret fait du reste remarquer que Ia rotation des spores est un phénomène qui, si curieux qu’il soit, ne mérite peut-être pas une grande considération. Il ne le croit nullement nécessaire à la fécondation des spores, et n’admet pas que ce mouvement ait lieu dans la nature.
Les Champignons n’ont jamais ni feuilles, ni tiges, ni racines. Ils respirent en produisant de l’acide carbonique, comme les fleurs ou les animaux. |
Les organes de la végétation et ceux de la reproduction sont distincts chez les Champignons. Les premiers sont représentés par une sorte de feutre, composé de filaments entrecroisés, trèsténus, que l’on nomme mycelium. Ce mycelium est souterrain, peu apparent, et souvent se détruit de bonne heure. C’est sur lui que se développent les appareils de la reproduction, qui sont toujours très-considérables relativement aux organes de la végétation, et quelquefois multiples pour une seule et même espèce deChampignons. Cette multiplicité d'organes reproducteurs a été reconnue pour certaines espèces dont il sera parlé plus loin : les Érisyphés qui causent la maladie de la Vigne, et le blanc des horticulteurs. On a signalé dans l'Érisyphé jusqu'à trois sortes d'appareils reproducteurs qui se développent successivement.
Les Champignons vivent dans les conditions les plus opposées et dans les lieux les plus divers. Certains apparaissent à la surface de la terre : tels sont le Champignon de couche, le Bolet comestible, la Morille, la Vesse-Loup, etc.; d’autres croissent sur le tronc des arbres, sur les rameaux ou les feuilles. Quelques-uns, comme la Truffe, vivent enfouis à une certaine profondeur. Des milliers de petites espèces vivent en parasites sur d’autres végétaux, comme la Vigne, la Pomme de terre, et occasionnent parfois des maladies désastreuses, etc. D’autres s’attaquent aux animaux. Personne n'’ignore que la maladie qui détruit tant de vers à soie dans les magnaneries du midi de la France, est pro-
‘ duite par un Champignon qui se développe à l’intérieur du
corps de la larve vivante du ver à soie. Enfin, ces êtres microscopiques et envahisseurs peuvent s'attacher même à la peau et aux membranes muqueuses de l’homme et des animaux.
Les Champignons font en beaucoup de pays la nourriture du pauvre, qui attend leur retour comme une manne protectrice; mais d’autres recèlent un poison mortel. Les animaux, tels que les insectes, les vers, limaces, etc., se nourrissent aussi de Champignons. Ce n’est donc pas sans raison que la nature les a répandus avec tant de profusion sur le globe.
Nous ne saurions entrer ici dans des considérations générales sur les Champignons; mais nous espérons donner au lecteur une idée claire et suffisante de leur structure, en lui présentant successivement quelques types bien choisis parmi ceux qui sont aujourd'hui le mieux connus sous le rapport scientifique, ou qui nous intéressent le plus sous le double point de vue de leur utilité, cu des maladies désastreuses dont ils sont la cause directe.
L'Agaric comestible ou Champignon de couche ( Agaricus campestris). — Ce Champignon (fig. 374), dont on fait le plus grand usage culinaire, surtout à Paris, présente un pied ou stipe, haut de trois à cinq centimètres, plein intérieurement, et surmonté d’un chapeau, d’abord arrondi en boule, ensuite élargi et bombé, blanc ou d’un jaune pâle, lisse et glabre. Ce chapeau porte, en dessous, des feuillets, d’une couleur rosée, qui brunissent à mesure que la plante se développe. Une membrane blanche, semblable à une espèce de voile, recouvre entièrement ces feuillets dans leur jeunesse, et forme ensuite, en se déchirant, un collier, plus ou moins complet, autour du stipe.
L’Agaric comestible croît naturellement sur les pelouses exposées au soleil, dans les prés, etc. On l’obtient également par la culture, dans les lieux peu éclairés, comme les caves et les carrières. Il faut se garder de le confondre avec une autre espèce connue sous le nom d'Amanite vénéneuse, qui lui ressemble pour le port, mais s’en distingue par un pied bulbeux à la base, et enveloppé comme d’une bourse (volva), enfin par Ja couleur de ses lames, qui ne sont pas rosées, mais blanches.
Pour avoir une idée exacte de la structure des Champignons en général, nous étudierons cet Agaric comestible.
Détachons une des lames qui occupent la face inférieure du
chapeau; nous reconnaïtrons aisément, en la regardant à la loupe, que les deux surfaces de cette lame sont veloutées ; mais ce n’est qu’au microscope que nous pourrons apprécier leur véritable organisation.
Si l'on pratique dans la très-faible épaisseur de ces lames, des coupes transversales, ou perpendiculaires à leur surface, on peut s'assurer que chacune de ces lames présente trois couches bien distinctes : une couche moyenne, se continuant avec la substance du chapeau, sorte de trame sur laquelle reposent les éléments
Fig. 374. Agaric comestible.
perpend'culaires des deux autres couches, qui sont placées de champ sur la première.
Ces éléments sont des cellules de trois sortes (fig. 374, 4). Les unes sont plus courtes que les autres et ne portent rien à leur extrémité libre: celles-ci sont un peu plus longues et terminées par quatre pointes, lesquelles portent chacune un petit sac sphérique à leur sommet (fig. 374, 5). Celles-là, beaucoup plus grandes encore, ne portent ni pointes, ni sacs à leur extrémité.
On s’est assuré par expérience que les petits sacs disposés quatre par quatre, au sommet des cellules de moyenne grandeur, sont les organes reproducteurs, qui peuvent germer et reproduire la plante mère. On leur donne le nom de spores. Les cellules qui les supportent se nomment basides.
Le résultat de la germination de ces spores est ce mycelium, dont nous avons déjà parlé comme étant l’appareil reproducteur des Champignons, et que l’on voit, sous forme de filaments, à la base de l’Agaric, dans la figure 374 (1).
Des fragments de ce mycelium peuvent multiplier la plante, comme pourrait le faire un fragment de rhizome quelconque d’un végétal phanérogame. C’est pour cela que les cultivateurs achètent et sèment le mycelium, qu’ils nomment blanc de champignon, et qui peut se conserver plusieurs années sans perdre de ses propriétés germinatives.
Pour obtenir des Champignons, on étend le mycelium sur des couches, épaisses de près d’un mètre, formées d’un mélange de terreau, de fumier avancé et de crottin de cheval, que l'on recouvre d’une couche de terreau. Si l’on arrose de temps en temps cette couche artificielle, afin d'y entretenir la chaleur et l’humidité, on voit, au bout de peu de temps, apparaître de petits tubercules, qui seront plus tard de jeunes Champignons.
Les Truffes. — La Truffe est un Champignon qui vit souterrai- . nement. Ce végétal se plaît dans les sols traversès par des racines d'arbres, particulièrement de Chènes. Il faudrait bien se garder toutefois d'établir aucun lien de parenté entre les racines d'arbres au milieu desquelles la Truffe croît de préférence, et ce cryptogame. La Truffe se développe, comme tous les autres Champignons, par des spores. Ces organes, qui apparaissent à la maturité, sont d’une singulière petitesse, car leur dimension ne dépasse pas un dixième de millimètre de diamètre. Lorsque la Truffe, après l’époque de sa maturité, pourrit et se décompose dans le sol, ces spores, mises à découvert, produisent du mycelium, c’est-à-dire des filaments blancs, analogues au mycelium de l’Agaric. Ce mycelium, en se développant souterrainement, produit la Truffe.
Si l’on examine, dans le courant du mois de septembre,
le sol d’une truffière du Poitou, par exemple, on voit qu'il est traversé par de nombreux filets blancs, cylindriques, bien plus ténus qu’un fil à coudre, et qui sont pourtant composés de filaments microscopiques de 3 à 5 millièmes de millimètre de diamètre. Ces filets blancs, cloisonnés sur leur trajet, se continuent avec un mycelium floconneux, de même nature, qui enloure les jeunes Truffes, et forme autour de ces Champignons comme une sorte de feutre blanc, de quelques millimètres d'épaisseur. Ces filaments se continuent directement avec la couche externe de la jeune Truffe. Mais bientôt ce réseau enveloppant se détruit peu à peu, d'abord partiellement, puis entièrement, et la Truffe paraît alors complétement isolée dans le sol.
La structure de la Truffe est beaucoup plus compliquée qu’on ne l’avait cru jusqu’à nos jours. C'est aux beaux travaux des frères Tulasne que nous devons la connaissance exacte de l'organisation de ce singulier végétal.
Les jeunes Truffes présentent des cavités sinueuses, très-irré gulières, communiquant en partie entre elles, et qui viennent aboutir, tantôt à une ouverture unique correspondant à une dépression extérieure, tantôt à plusieurs points de la surface Lorsqu’elles sont plus avancées en âge, elles sont parcourues par un double système de veines, les unes blanches, les autres colorées. Les veines colorées sont continues au tissu extérieur qui compose l'enveloppe. Dans leur partie moyenne, elles sont formées par un lacis de filaments dirigés dans les sens de ces cloisons , d’où naissent des filaments plus courts, perpendiculaires, dont les extrémités renflées deviennent des sporanges. Les veines blanches paraissent formées par les prolongements des filaments stériles, entremélés avec les sporanges, au milieu desquels se trouve de l’air interposé. Elles viennent aboutir à la surface externe, en un ou plusieurs points.
Les spores, dont les formes sont très-diverses, mais constantes pour une même espèce, sont en nombre limité, qui s'élève de k à 8. Leur membrane externe est lisse, hérissée, ou diversement réticulée.
Les Tuber brumale, melanosporum, æstivum et mesentericum, sont les seules espèces recherchées en France. En Algérie, c'est le
Terfex (Terfesia leonis) qui remplace à lui seul toutes les Truffes comestibles de l'Europe occidentale.
Les Truftières se trouvent spécialement dans les sols calcaires ou calcaires et argileux : en France dans le Poitou, la Touraine, le Vivarais, le Comtat-Venaissin, la Provence, à Brives et à Cahors.
Pour se développer, les Truffes ont besoin d’un sol ombragé et rendu fertile par la décomposition des feuilles et des fruits qui tombent annuellement des arbres, en même temps qu'il est divisé par le réseau souterrain des racines. Les Chènes et les Charmes sont les arbres les plus favorables à leur développement.
Le chien ne cherche la Truffe que pour plaire ou obéir à son maître. Il laisse à l’homme le soin de creuser la terre, dans le point qu'il lui a indiqué en grattant légèrement. Cependatt Lt si le sol est labouré et meuble, le chien ne WW 7 s'arrête pas qu'il n’ait saisi la Truffe. En Bourgogne, on emploie pour la recherche des Truffes le chien de berger; en Italie, on se sert du barbet.
Le porc est plus égoïste; il aime la Truffe et la cherche pour lui-mème. Le porc, dressé à cette recherche, demeure immobile, le nez sur sa trouvaille, attendant qu’on l’enlève. Toutefois il n'attend jamais longtemps, et dévore sa proie odorante au moindre retard. Dans la haute Provence, un porc à Truffes, bien dressé, vaut
200 francs.
La Carie. — Le Champignon qui occasionne la carie des blés (Tilletia caries), croît à l'inté- Fig. 375. rieur de l’ovaire du froment cultivé (fig. 375: carie du Froment. 4 de quelques autres Graminées. À l'époque | de la maturité du Champignon qui l’a envahi, le grain cari
du blé (fig. 376) offre presque le volume et la forme du grain sain. Il en diffère suriout par sa teinte brunâtre, inégalement
répartie.
Le Champignon de la carie naît en quelque sorte avec la fleur du blé, et il entraîne l'atrophie des stigmates et des étamines.
« Ayant soumis, dit M. Tulasne, à l'examen mieroscopique la matière pulvérulente qui remplit l'ovaire carié et spécialement les parties voisines de la périphérie. qui semblent mürir plus tar. divement, nous avons reconnu que les spores se rattachent en grand nombre par des pédicelles courts à ces sortes de troncs ou de rameaux communs, ténus, incolores, d'une nature fragile et qui sont résorbés ou disparaissent au fur et à mesure de la maturité des spores qu’ils engendrent : le tissu constitué par eux s’est accru avec l'ovaire et Fig. 376. n'a pas cessé de le remplir ni d'y multiplierdesspo- Grain de Froment carié. res jusqu'au moment où celui-ci, parvenu à son plus grand développement, s’est aussi trouvé entièrement farci des semences du végétal parasite...»
a Quand cette semence germe, dit encore M. Tulasne, son tégument
Fig. 377. Fig. 378. Fig. 379.
Spore de la car'e Spore de la carie de Blé Sporidie. du Blé. en germination.
réticulé se brise très-distinctement en un point quelconque et sans régulrité (fig. 377, 1,2), et il en sort un tube épais et flexueux, qui s’allonge parfois jusqu’à atteindre près de quinze fois le diamètre de la spore.... Les germes courts manquent rarement de se couronner d’une gerbe et d’un faisceau de spores secondaires, désignées sous le nom de sporidies (fig. 378 et 379). Ce sont des corps linéaires, très-grêles, réunis deux à deux dans
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leur partie inférieure par une bride rigide et courte, ce qui donne au couple la forme d’un H. Après avoir mûri ce bouquet de sporidies, les germes ne tardent pas à se détruire. Les couples reproducteurs s’isolent alors les uns des autres et se répandent sans se dissocier à la surface des corps sous-jacents. Quelques-uns germent bientôt et émettent, surtoüt vers leur sommet des fils très-ténus, qui se ramifient promptement (fig. 380 et 381); d'autres en plus grand nombre donnent naissance à des
Fig. 380. Bouquet de sporidies Fig. 38{. Bouquet de la carie de Blé. de sporidies.
sporidies secondaires, sortes de corps épais; oblongs ou arqués, qui paraissent être les agents les plus importants de la multiplication des Champignons. Ce seraient des sporidies secondaires qui germeraient en émettant un ou plusieurs fils très-ténus par des points quelconques de leur surface. »
Le Charbon. — Le Charbon proprement dit (Ustilago segetum) . atiaque particulièrement les Orges et les Avoines. Il se développe dans le parenchyme des enveloppes florales, de l’axe des épillets et des pédicules de ces Graminées, Quand le vent a dissipé les spores du parasite, il ne reste plus de ces parties qu'une sorte de squelette noirci et méconnaissable. La présence de ce Cryptogame entraîne toujours l’avortement plus ou moins complet des organes de la fleur qu'il a attaquée, la stérilité des épis, et une altéfation notable de leur structure normale.
Une autre espèce de Charbon, à spores noires, est également très-redoutée des cultivateurs à cause du tort qu’elle fait au Maïs. La figure 382 représente un épi charbonné de Maïs à grains blancs. La figure 383 montre la coupe verticale d'un ovaire entouré de bractées tuméfiées, par Ja présence du Champignon. Les taches noires indiquent la formation, en ces points, de Îa poussière noire de l’Ustilago maydis. Ce Champignon peut également se développer dans la tige, et
y donner lieu à la formation d’excroissances plus ou moins volumineuses et difformes.
« En, disséquant les excroissances ordinaires, lorsqu’elles sont encore
Fig. 382. Charbon du Maïs (Ustilago Maydis).
gorgées de sucs, dit M. Tulasne, on les trouve formées d’un parenchyme à grandes cellules, fréquemment lacuneux, et | traversé par un petit nombre de faisceaux fibrovasculaires ; c'est une structure analogue qu'offrent toutes les bractées et l’ovaire investis par l'entophyte, aussi bien que les parties, hypertrophiées pour la même cause, des feuilles qui enveloppent la base de l’épi. Les lacunes de ce parenchyme, .et fréquemment l’intérieur même de ses cellules constitutives, sont remplies, à quelque Fig. 383. instant qu'on les examine avant la pulvérulence Coupe d'un ovaire de Maïs finale de l'Ustilago par la matière de ce Champi- attaqué par le Charbon. gnon. C’est une substance muqueuse, gélatineuse parfaitement incolore..…, qui se partage peu à peu en petites masses polyédriques, arrondies, .… ‘qui se révêtent bientôt d’un système tégumentaire et deviennent des spores, »
L'Érisyphé ou le Champignon de la Vigne. — Les Érisyphés sont de petits Champignons que chacun a grand intérêt à connaître, à cause du grand tort que plusieurs de ces petits végétaux causent aux plantes cultivées et aux produits de l’horticulture. La maladie que les Érisyphés déterminent, est vulgairement connue sous le nom de blanc.
La structure élégante et variée de ces petits Champignons avait depuis longtemps fixé les regards des mycologues, lorsque M. Tulasne, par de nouvelles études, parvint à des résultats imprévus.
Ces plantes microscopiques possèdent, d’après les observations
Fig. 384. Appareil reproducteur d'un Érisyphé (Conidies).
de M. Tulasne, jusqu’à trois sortes d’appareils reproducteurs, qui apparaissent successivement, et le Champignon, si redoutable pour la vigne, qu'on avait pris pour un type particulier, n’est autre chose qu’un “Érisyphé qui parcourt seulement les deux premières phases de l'évolution de ses organes reproducteurs.
Les organes de végétation des Érisyphés sont constitués par un mycelium, formé de fils très-ténus, pourvus de crampons, dont la forme et les fonctions rappellent, à plusieurs égards, les suçoirs des Cuscutes. Il faut donc voir dans ces Champignons des parasites qui vivent sur les parties vertes ou vivantes des végétaux, particulièrement sur les feuilles.
Des filaments du mycelium naissent des branches droites dont les articles, plus ou moins nombreux, se renflent en utricules ellipsoïdes, et constituent de petits appareils, souvent en forme de chapelets, formés de cellules reproductrices, analogues aux bourgeons caducs que produisent certaines plantes cotylédonées. Ce premier système reproducteur porte le nom de Conidies ‘fig. 384).
Une autre sorte d'appareil reproducteur consiste en vésicules sphériques ou ovoïdes, ordinairement pédicellées et remplies d'innombrables petits corpuscules ovales ou oblongs. Ce second système porte le nom de Pycnides (ig. 385).
Fig. 385. Autre appareil reproducteur d'un Érisyphé (Pycnides).
Telles sont les deux sortes d’appareils reproducteurs qui constituent le prétendu Oidium Tuckeri, l'ennemi redoutable de la Vigne. Ce n'est pas autre chose qu’un Érisyphé, dont la forme dernière et parfaite de reproduction ne s'est pas développée.
Cette forme importante et tardive consiste en conceptacles globuleux, sessiles, d’abord incolores, puis jaunes, bruns, et enfin d’un noir plus ou moins foncé, qui naissent, comme les deux premières sortes d'organes reproducteurs, des filaments du mycelium. Ils sont tous accompagnés, à la maturité, d'un plus ou moins grand nombre d’appendices filiformes, dont la forme, les dimensions et la position varient avec les espèces que l'on considère (fig. 386). Ils sont simples ou rameux, et se terminent . souvent en bras, plusieurs fois dichotomes. Au sein des conceptacles on trouve des sacs, ou thèques, en nombre variable, ordi-
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nairement ovoides, fixés par un court onglet à la base du conceptacle. Le nombre des spores, assez constant pour chaque
Fig. 386. Troisième sorte d'appareil reproducteur d'un Érisyphé (Conceptacles).
espèce, varie de deux à huit. Les conceptacles s'ouvrent irrégulièrement pour laisser sortir les thèques ou spores.
Les Moisissures. — L'organisation des Moisissures a paru longtemps fort simple, parce qu'elle avait été imparfaitement observée. Aujourd’hui même encore, la connaissance de ces Champignons est peu avancée. On a pu s'assurer pourtant que quelques-uns sont doués d’un appareil reproducteur multiple.
Les Mucors sont les plus communes des Moisissures. Ils forment, sur les substances organiques en décomposition, de larges touffes cotonneuses: des vésicules, pleines de spores verdâtres, surmontent des pédicules très-allongés (fig. 387).
On a reconnu récemment que deux genres que l’on avait créés sous les noms d’Aspergillus et d’Eurotium, ne sont que deux modes différents et successifs de fructification :
l'Aspergillus appartient à la jeunesse de la plante, l’Eurotium à son état adulte.
Dans le redoutable parasite de la Pomme Fig: 387. Moisissures, de terre, qui appartient à la famille de Champignons qui nous occupe, on a, de même, signalé deux modes de fructification : l’un dans lequel les spores naissent nues à l'extrémité des filaments; l’autre, dans lequel ces spores sont contenues dans des vésicules volumineuses. Dans un mémoire assez récent, M. de
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Bary, professeur à l'Université de Fribourg, en Brisgau, a fait connaître les phénomènes très-curieux de la germination des spores nues. Nous croyons utile de présenter ici un résumé de ces recherches, parce qu’elles concernent une plante dont le rôle funeste a tenu longtemps en éveil l’attention publique.
Les spores, ou plutôt les prétendues spores nues du parasite de la Pomme de terre, ou Peronospera, présentent trois modes différents de germination. Elles germent d’abord en émettant des filaments simples ou ramifiés, qui possèdent la propriété de pénétrer dans les tissus de la Pomme de terre en perçant la paroi de ses cellules superficielles. La seconde forme de germination est caractérisée par la formation d'une spore secondaire. Du sommet de la spore sort un tube simple, qui acquiert en longueur deux ou plusieurs fois le grand diamètre de celle-ci,
Fig. 388. Germiuation des spores du parasite de la Pomme de terre ( Peronospera ).
et se renfle en vésicule à son extrémité. Lorsque tout le contenu plastique de la spore est venu se renfermer dans cette vésicule terminale, elle s’isole du filament-germe par une cloison, et constitue une cellule distincte. Mais cette spore de deuxième ordre est le résultat d’un phénomène assez rare, et n’a, selon M. de Bary, qu’une importance secondaire.
Voici ce qui se passe quant au troisième mode de germination. La spore (fig. 388, A) se partage en un certain nombre de portions polyédriques (fig. 388, B) qui, au bout d’un certain temps, sortent les unes après les autres, par un pertuis arrondi (C), et constituent des zoospores, ovales, munies de deux cils inégaux, dont l’un, le plus court, est dirigé en avant dans la marche du corpuscule, et dont l’autre traîne après lui (fig. 388, D). Le mouvement de ces petits corps dure environ une demi-heure, et
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s'éteint dans des cercles qu’ils ne décrivent plus qu'avec lenteur avant d’entrer en repos. Devenue immobile, la zoospore prend une forme régulièrement arrondie, et donne naissance par un côté à un tube-germe, ténu et courbé, qui s’allonge rapidement dans l’eau.
Si on sème les zoosporanges sur des portions de la plante nourricière, et que les circonstances soient favorables, les zoospores qui en procèdent s'appliquent et se fixent sur l'épiderme de ces fragments, donnent leurs germes accoutumés, et ceux-ci, après avoir rampé un instant au dehors, pénètrent dans les cellules épidermiques. Leur extrémité, ainsi engagée, acquiert aussitôt une épaisseur considérable, et s'accroît ensuite en un tube qui ressemble parfaitement aux filaments du mycelium adulte des Peronospora, et s’insinue bientôt dans les profondeurs des tissus de la plante hospitalière.