DS UP LIT ESA UE I CT N EEE SES
l'entrée de l'Amphithéâtre du Jardin des Plantes de Paris.
tantes ou fasciculées. Dans un méme champ, on doit faire succéder à une plante à racines fasciculees , qui épuise le sol à la surface, une plante a racine pivotante, qui va chercher sa nourriture à une plus grande profondeur.
Cette diversité dans la structure des racines n'est pas d’ailleurs le fait du hasard, mais le résultat d'un dessein prémédité dans les vues de la nature.
La composition du sol varie singulièrement dans les différentes parties du globe. Pourque
tous les points de
la surface de la terre fussent couverts de végétation, pour qu'aucune de ses parties ne fût privée de cet incomparable ornement, il fallait que les
formes des racines fussent très-variables, afin de s’accommoder à ces variations de la composition du sol. Ici le terrain est dur et pierreux, fort ou léger, formé de sable ou d'argile; là il est sec où humide; ailleurs, il est exposé aux ardeurs d’un soleil brûlant, ou balayé, sur les hauteurs, par la violence des vents et des courants atmosphériques. D’autres fois, il est abrité de ces agitations de l’air, dans le fond de chaudes vallées. 11 faut des racines dures, ligneuses, divisées en ramifications robustes, et pourtant très-divisées à leur terminaison, pour les plantes destinées à vivre sur les montagnes, au milieu des rochers ou entre les pierres, afin que leur enracinement soit solide et que ces ramifications, pénétrant entre les fentes des rochers, s’y cramponnent avec assez de force pour résister à la violence des ouragans et des tempêtes aériennes. Les racines droites, pivotantes, peu ramifiées, conviennent aux sols meubles et perméables. Elles ne conviendraient pas aux terres compactes, argileuses, peu profondes. Dans ces terrains prospèrent les plantes aux racines qui s’étalent horizontalement à peu de distance de la surface du sol.
Ces considérations importent beaucoup à l’agriculteur qui, pour propager des plantes avec succès, doit s’appliquer à bien connaître la nature du sol et choisir pour ses cultures des terrains appropriés à la forme des racines de chaque plante.
Deux modifications peuvent se présenter dans les deux types principaux de racines dont il vient d’être question. On voit quelquefois ces racines se transformer en masses plus ou moins volumineuses, gorgées de matière nutritive, et qui sont destinées à nourrir la plante, ou à favoriser sa multiplication. Des exemples vulgaires de cette structure nous sont offerts par les Orchis’ de nos prés et de nos bois, connus sous le nom vulgaire de Pentecôte; par les Anémones, les Renoncules, les Dahlias de nos parterres. On nomme ces racines tubéreuses quand elles présentent la forme de celle du Dahlia (fig. 7), ou tubéreuses-fibreuses, quand elles présentent la forme de celle de l’Orchis (fig. 8).
Ces renflements de la racine ont une utilité spéciale dans la vie de la plante : ils ont pour destination d’accumuler à la partie inférieure du végétal des réservoirs de matière nutritive, consistant surtout en fécule, qui doit servir à son
10 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
développement pendant une certaine période de son existence.
La plupart des plantes se nourrissent principalément au moyen de leurs racines. On serait donc naturellement porté à croire que le volume des racines est toujours en rapport avec la grandeur destiges et des rameaux d’une plante. Ceciestgénéralement vrai pour une même espèce; et l’on sait, par exemple, que plus les rameaux d’un Chêne sont nombreux, plus ses racines sont
Fig. 7. Racine tubéreuse du Dahlia. Fig. 8. Racine tubéreuse-fibreuse de l’'Orchis.
abondantes ; bien plus, sur un Chêne, les plus fortes racines correspondent aux plus fortes branches. Mais si l’on passe d’une espèce végétale à une autre, on constate, non sans surprise, que les Palmiers et les Pins ont des racines peu en rapport avec leur élévation considérable, tandis que certaines plantes, comme la Luzerne, la Bryone, l'Ononis arrête-bœuf, sont munies de racines énormes relativement aux faibles dimensions de leur tige.
Si les racines n'offrent pas dans leurs ramifications cette disposition régulière et constante que l’on remarque dans les feuilles
et les rameaux, c'est qu’elles rencontrent dans le sein de la terre bien plus d'obstacles que n’en éprouvent les feuilles et les rameaux dans les airs. Ces derniers peuvent s'étendre librement dans tous les sens, tandis que les racines sont arrêtées sans cesse par toutes sortes de résistances. Elles sont constamment génées dans leur allongement ou leur grosseur, forcées de se détourner de la route qu’elles doivent naturellement suivre, obligées de contourner, de surmonter les obstacles que leur oppose l’inégale dureté du sol, la présence de murs, de rochers ou d’autres racines. De là les difformités que l’on remarque dans leur structure extérieure, les déviations nombreuses que présentent leurs rameaux. .
La manière dont les racines parviennent à triompher de tous les obstacles, a toujours été un sujet d’étonnement. Qui n’a vudes racines d’arbres ou d’arbrisseaux, gêénées, empéchées dans leur marche, développer une force mécanique considérable, renverser des murs ou fendre des rochers ; dans d’autres circonstances se réunir en touffes, ou bien étaler leurs ramuscules sur une longueur prodigieuse, pour suivre le trajet d’un ruisseau aux eaux bienfaisantes! Qui n'a vu avec admiration les racines s’accommoder aux dispositions spéciales du sol : dans un sol convenable, diviser à l'infini leur chevelu; ailleurs, abandonner un sol stérile pour aller chercher plus loin une terre propice, et varier leurs formes, selon que la terre est plus ou moins dure, selon qu’elle est humide ou sèche, forte ou légère, sablonneuse ou pierreuse! On ne peut s'empêcher de reconnaitre qu'il y a dans cette élection faite par les racines la manifestation d’un véritable instinct vital.
Duhamel, botaniste du dernier siècle, rapporte que, voulant préserver un champ de bonne terre des racines d’une allée d’Ormes qui l’épuisaient, il fit creuser entre le champ et l'allée un fossé, pour intercepter le passage aux racines. Mais il vit avec surprise celles des racines qui n'avaient pas été coupées dans cette opération, descendre le long du talus, pour éviter le contact de la lumière, passer sous le fossé, et aller de nouveau s'étendre dans le champ.
C’est à propos d'une merveille de ce genre que le naturaliste suisse Bonnet disait spirituellement qu'il est quelquefois difficile de distinguer un chat d’un rosier.
Nous nous sommes occupé plus spécialement jusqu'ici des racines qui constituent le système descendant et normal des végé- : taux. Cependant
il est des racines qui se développent le long de la tige mème. Organes supplémentaires en quelque sorte, elles viennent en aide aux racines proprement dites, et les remplacent lorsqu'une cause quelconque esl venue les détruire. Dans le Blé, le Chiendent (fig. 9), et en général dans toutes les plantes de la famille des Graminées, la partie inférieure de la tige donne naissance à des racines supplémentaires, auxquelles ces plantes, sim- —__ ples et rustiques, RS. | —— doivent unepartie RS | de leur vigueur et de leur résistance aux causes de destruction. Dans la Primevère (fig. 10), la racine principale et Jes racines secondaires qui en naissent, se détruisent après quelques années de végétation; mais des racines adventives
Fig. 9. Racine adventive de Chiendent,
Fig. 11. Racines adventives de la Vanille, dans les serres du Jardin des Plantes de Paris.
— Ce ie
se développent à la partie inférieure de la tige, et empèchent la plante de périr.
Dans les forêts tropicales de l’Amérique et de l’Asie, la Vanille, aux fruits si recherchés pour leur suave arome, enroule autour des arbres, comme une guirlande aérienne, sa tige allongée, élégante et flexible, ornement gracieux de ces solitudes. Les racines souterraines de la Vanille ne pourraient suftire à la nutrition de cette plante, et le transport des sucs nourriciers se ferait avec trop de lenteur. La nature a paré à ces
[Fig. 10. Racines adventives de Primevere.
inconvénients par les racines adventives qui naissent de distance en distance le long de sa tige. Ces utiles auxiliaires descendent presque verticalement. Vivant sans peine dans l’atmosphère humide et chaude de ces forèts, elles finissent par s'enraciner çà et là dans le sol. Les autres flottant librement dans l'atmosphère en aspirent l'humidité et transportent cette humidité à la plante elle-même. On peut constater dans les serres du Muséum d'histoire naturelle de Paris ce mode intéressant de végétation de la Vanille (fig. 11).
16 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
Un grand arbre qui embellit les paysages de l’fnde, le Figuier des Pagodes (Ficus religiosa), est muni de racines adventives, qui descendent verticalement des rameaux vers le sol. Ces racines demeurent minces et d’égal diamètre tant qu’elles n’ont pas pénétré dans la terre ; mais dès qu’elles s’y sont fixées, elles grossissent rapidement, et forment autour de la tige des milliers de colonnes d’une longueur souvent considérable. Les Indiens aiment à bâtir des chapelles dans les intervalles que laissent entre elles les ra-
Fiz. 13. Crampons de la tige du Lierre.
cines adventives de ce Figuier sauvage ; de là le nom de Ficus religiosa (fig. 12) donné à cet hôte imposant des plaines et des forêts de l’Asie. L'un de ces arbres vénérés, le Figuier de Narbuddah, avec ses 350 grosses racines, auxquelles viennent se joindre quelquefois plus de 3000 autres plus petites, constitue une sorte de forèt dans la forêt.
Les rameaux du Lierre sont pourvus d’une quantité de crampons qui s’'incrustent dans l'écorce des arbres, ou à la surface